‹ La famille et ses traditionsChapitre 88 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

naissent plus. Tous les rangs s'y confondent dans une commune dégradation.

Rappelez-vous cette définition trop juste du joueur : " Il commence par être dupe ; il finit par être fripon".

On lit dans Y Opinion Publique :

tc Dans une ville comme Montréal, où on ne trouve pas d'argent pour les choses les plus nécessaires, où on n'est pas capable de soutenir une bonne institution littéraire, de fonder une bibliothèque, on trouve moyen de sustenter plusieurs clubs de cartes. Le club envahit notre société, fait la guerre aux salons, remplace les réunions de parents et d'amis. On laisse sa femme, ses enfants et ses amis pour aller au club perdre le produit du travail d'une semaine ou d'un mois ; on recommence le lendemain pour regagner ce qu'on a perdu ; et on continue ainsi des années entières au détriment de sa santé, de son intelligence, de ses affaires et de sa famille.

" Pour peu que vous ayez vingt-cinq ou trente napoléons en or dans votre poche, dit Boitard, vous voilà l'égal des gens d'esprit de par le roi de carreau et la dame de cœur. Le jeu est le plus grand niveleur que je connaisse, et je défie, même par le temps qui court, les plus célèbres utopistes spéciaux, quelque soit le dévergondage de leur imagination et la fausseté de leur jugement, je les défie, dis-je, d'avoir jamais rêvé une égalité aussi complète que celle qui règne autour d'une table de jeu !... Le joueur seul ne reconnaît aucun supérieur ; il n'est, pour lui, aucune suprématie de

talents, de rang et de fortune. C'est l'idéal du démocrate parvenu aux dernières limites de l'exagération. Les cartes à la main et son enjeu sur table, le dernier des hommes est l'égal d'un prince qui joue avec lui, le dernier des rimailleurs est l'égal de Lamartine, et le dernier des sots l'égal d'un homme de génie. "

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