‹ La famille Frémont (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · CHARLES-PANET FRÉMONT · texte numérisé non relu

CHARLES-PANET FRÉMONT

Né à Québec le 4 novembre 1845.

Décédé à Québec le 21 octobre 1H63. Inhumé au cimetière Saint-Charles.

MARIB-ADINE FRÉMONT

Née à Québec le 25 février 1848.

Son père Taimait singulièrement, à cause de son caractère sérieux et réfléchi... On confia son instruction d'abord aux dames Ui*sulines de Québec, puis aux religieuses de Jésus-Marie, établies depuis peu à Saint- Joseph de Lévis... De retour dans sa famille, elle eut à soutenir plus d'un combat contre le monde qui cherchait à s introduire dans son cœur, quoique la porte en fut bien close et perpétuellement gardée. Un do ses parents cherchait surtout à l'attirer dans les réunions mondaines. Un jour, qu'il avait été plus pressant qu'à l'ordinaire, la jeune fille, pour se délivrer de ses irapor-

tunitcs, parut consentir, du moins laissa préparer sa toilette pour la soirée projetée. ** Intérieurement, dit- «11e, je ne cessais de demander à Notre-Seigneur de ne pas permettre «jue je prisse part à cette fête mondaine." Le jour terrible était arrivé et aucune heureuse circonstance n'avait répondu à sa prière... Vœux et alarmes redoublèrent jusqu'à Theure où il lui fallut revêtir réK'ganie toilette de bal... Toute crispée et presqu'en larmes, elle s'embarrassa si bien dans sa robe, en descendant l'escalier, qu'elle se donna une entorse qui rempêcha de marcher durant, plusieurs jours. Son parent tut extrêmement contrarié de cet accident, mais on dit qu'Adine n'eut jamais de plus radieux sourire qu'en se voyant les deux pieds au lit ce soir là.

Ce fut vers cette époque que Notre-Seigneur exigea d'elle un sacrifice'qui devait la détacher de plus en plus de la terre. Son bon père lui fut enlevé. Aucune expression ne saurait rendre la douleur d'Adine en apprenant ce tragique événement. De ce moment, sa détermination fut définitivement prise : elle serait ^ Dieu, à Dieu seul !...

Malgré son vif dt'sir d'entrer sans retard au noviciat des dames de Jésus-Marie, elle dût demeurer encore près de deux années auprès de sa bonne mère qui *n'avait pas le courage de s'en séparer. Le Bon Dieu le permit ainsi, parce qu'il avait d'autres vues sur Adine. »

Poussée sans doute par une inspiration céleste, madame Frémont conçut un jour le désir de visiter le monastère du Précieux-Sang de Saint-ECyacinthe quoiqu'elle n'y connut qu'une humble sœur converse

qui, pendant plusieurs années, avait été soi'vanie chez son père, le juge Panet. Elle s'y rendit accompagnée de ses deux jeunes filles dont Adine était Taînée.

En assistant dans la chapelle du monastère du Précieux Sang, aux exercices de l'heure réparatrice de la nuit, Adine comprit que Jésus l'appelait à l'adoration de son sang et à la réparation des outrages qu'il reçoit. Jamais rayons ne furent plus lumineux que les ténèbres de cette nuit-là pour la douce Adine. L'astre au sanctuaire lui avait montré sa voie : " Je ne serai jamais que religieuse du Précieux-Sang ", se dit-elle, depuis cette nuit dont elle garda un ineôaçable souvenir.

Madame Frémont consentit avec larmes à sacrifier sa fllle. Ce fut le 15 octobre 1866 qu'Adine Frc-'mont fit ses adieux au monde. Elle entra au monastère du Précieux-Sang, à Saint- Hyacinthe, screioe et radieuse, et toute imprégnée de ce délicieux sentiment qui enivrait le roi prophète quand il s'écnait : ** Le passereau a trouvé une demeure et la tourterelle un nid : vos autels, ô mon Dieu, vos autels seront le lieu de mon l'cpos ! ! '' Ses adieux à sa mère et à sa sœur, qui l'avaient accompagnée, furent calmes et joyeux. On sentait qu'il lui tai*dait d'être sous le joug " doux et léger "du Seigneur Jésus.

Ici commence «a vie claustrale : vie de silence, de solitude, de recueillement ; vie intérieure, vie cachée pour Adine plus que pour beaucoup d'autres, à raison de son caractère naturellement peu expansif.

Dès le début de son noviciat, la nouvelle postulante se fit remarquer par sa parfaite régularité et sa fidélité aux moindres devoirs. Elle avait le culte des petites choses, c'est-à-dire que rien ne lui paraissait petit et

qu'elle pratiquait grandement les moindres observances. Le monde lui avait dit que le genre de vie des religieuses du Prt^cieux-Sang était trop austère et trop rigide, qu'elle y perdrait ses forces et sa santé. Elle lui avait répondu qu'en gravissant le Calvaire, notre Seigneur était tombé d'épuisement plus d'une fois, et qu'elle serait trop heureuse si, comme lui, parvenue au sommet, elle mourait sur la croix... Jamais elle ne se ménagea, et toujours elle craignit d'être ménagée. Pourtant, sa santé n'était pas forte, mais elle avait beaucoup d'énergie et était une amie de la croix. Souffrir pour Jésus Jui était doux, — si doux qu'elle ne paraissait pas souflPrir : on eut dit qu-^llc aimait les plus vils travaux, les fonctions où il y avait davantage à se dépenser, — bien plus, elle avait le talent de faire croire à ses compagnes que ces fonctions étaient '** les plus efficaces remèdes pour sa dyspepsie ". Aussi étaitelle régulièrement employée, dans V intérêt de sa santé : en hiver, à entrer le bois, à pelleter la neige, k balayer les galeries ; en été, à bêcher, à piocher, à sarcler ; en toute saison, à ces fatigants travaux de ménage : lesfeive, repassage, lavage de plancher, qui, en toute communauté active, ne sont exercées que par les sœurs converses... Sa santé chancela, son courage jamais...

Pendant son postulat, il suffisait de lui montrer la blanche et rouge tunique qui l'attendait le 15 octobre suivant pour aiguillonner son ardeur : elle voulait se présenter si belle et si parée à son divin Fiancé !

Pendant son noviciat, le feu sacré lui montait à la figure et colorait ses joues chaque fois que,pour l'aider dans la voie de l'immolation, on attirait son attention sur la croix, surtout sur Vanneau d'une professe... Oh !

qu'il lui tardait de porter cet humble anneau d'argent !

C'est le 15 octobre 1868 que sœur Saint-Louis de Gonzague se lia irrévocablement au Divin Epoux... Les mondains n'ont point d'ivresses qui ressemblent à Ja sienne quand, se tournant vers l'assistance,, aprùg avoir reçu l'anneau nui)tial des mains de l'évêquo consécrateur, elle s'écria : " Je suis l'épouse de Celui que les anges servent et dont les eieux admirent la beauté ! Comme un gage de foi, il m*a donné son anneau."

Mais elle n'oublia pas qu'avant d'êti'e servi, son époux avait servi, et qu'il avait laissé à ses disciples ces paroles : " Le serviteur n'est pas plus grand que le maître "... " Si vous voulez être le premier, soyez le dernier "... " Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur "...

Depuis le jour de sa profession religieuse, il devint évident à toutes que sœur Saint-Louis de Gonzague qui, au jour de sa prise d'habit, avait pris pour maxime la parole de son saint patron : ** A quoi cela me servira-t-il pour Téternité ? ",chercha surtout à imiter le Maître ; et que, comme lui, elle voulait monter en descendant, s'élever en s'abaissant. De plus en plus, elle parut surveiller son intérieur. En toutes circonstances, elle était attentive à cacher ses sentiments de piété et à ne parler jamais d'elle ni de ce qui la concernait... Elle s'estimait véritablement la dernière des sœurs, et elle s'étonnait do toute marque d'attention ou d'affection. Quand l'occasion s'en présentait, la vénérée mère fondatiice du Précieux-Sang de Saint- Hyacinthe prenait plaisir à lui dire combien elle l'aimait sa petite Adine, combien elle lui était reconnaissante de ce qu elle avait fait pour le développement

matériel de son jeune institut (car elle avait donné sa part d'héritage à la communauté) et comme elle bénissait Dieu de l'avoir mise au nombre des vierges qu'elle avait à diriger. La confusion de 1 humble petite sœur était belle à voir en ces circonstances, et il était consolant à la mère fondatrice de l'entendre lui dire : '^ Mais, ma chère mère, ne dites donc pas cela, vous savez bien que je suis une bonne à rien, et que je suis la plus imparfaite ; vous êtes trop bonne de m'aimer un peu, je ne mérite pas cela." Elle poussait ce sentiment si loin qu'il lui arriva mémo de montrer un véritable mécontentement dans quelques occasions où on avait paru avoir pour elle des attentions paiticulières. Four qu'elle fut contente et à l'aise, il fallait que personne ne s'occupât d'elle. On comprit qu'elle avait piis à tâche de mettre sans cesse en pratique cette maxime de Vlmitafion : " Aimez à être inconnu et à passer pour rien." Et pour imiter le plus près possible l'acte du divin Maître lavant les pieds de ses apôtres, elle se chargea, durant assez longtemps, du soin de nettoyer les chaussures des sœurs employées au service de la basse-cour et du jardin ! 1 !

Sœur Saint-Louis de Gonzague avait fait de si bon cœur le sacrifice des biens d'ici-bas qu'elle craignait toujoure de reprendre quelque chose de ce qu'elle avait donné. Son plaisir était de porter des vêtements usés ; elle ne les quittait qu'à regret et seulement lorsque

l'obéissance la lorçait de les changer Sa chaussure

surtout était si particulièrement remarquable qu'en la rencontrant dans les passages il n'était pas nécessaire de lever les yeux plus haut que les pieds pour la reconnaître A table, quand on lui servait quelque

chose de particulier, à raison de son estomac dyspop-

— gotique, elle no pouvait 8'emi)êcher de laisser paraître sa contrariété ; elle disait toujoui's qu'elle n'avait besoin, de rien et qu'elle n'était pas entrée au monastère pour satisfaire ses caprices et chercher ses aises. Certes, non. En maintes circonstances, ses compagnes remarquèrent que leur pauvre sœur paraissait souffrir beaucoup plus des remèdes que de la maladie, car ce lui était un supplice d'être obligée de se servir de tous ceux dont il fallait se pourvoir à la pharmacie ; les plus efficaces, selon elle, étaient les décoctions provenant des herbes médicinales cultivées dans le jardin du couvent. Deux ou trois joui*s avant sa mort,elle fit encore paraître d'une manière bien remarquable son amour pour la pauvreté. Comme elle souffrait beaucoup du mal de tête,on voulut lui appliquer sur les tempes des compresses d'eau sédative : '-^ Non, non, dit-elle, cela coûte trop cher, mettez seulement dos linges tvempésdans l'eau froide." On se rendit : l'eau sédative lui eut tombé sur le cœur.

La sœur Saint- Louis de Gonzague m'aimait pas moins l'obéissance que la pauvreté ; et, sur ce point, elle était d'une délicatesse de cons>cience presqu 'excessive. Plusieurs lois on dut la réprimander d'avoir obJi trop à la lettre, ou de n'avoir pas fait certaines observations qui eussent été plus qu'à propos. Mais ces reproches ne servaient toujours que son humilité ; jamais ils xï' améliorèrent son obv-issai^ce : comme Jésus, jusqu'à la mortelle ne sut qu'obéir en silence.

Dans l'automne de 1870, madame Frémont, sa jeune sœur et son petit frère Henri entrèrent au monastère du Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe pour y passer l'hiver en qualité de pensionnaires. Cette circonstance donna à ses compagnes lieu de remarquer combien

sœur Saint- Louis de Gonzague était fidùle à garder son cœur contre tout sentiment naturel et à mortifier ses affections les plus légitimes. Parce qu'elle aimait beaucoup sa mère, sa sœur et son petit frère, elle craignait constamment, dans ses rap]x>rts avec eux, de perdre le mérite de les avoir quittés. Elle se fit une loi, durant ces mois, de ne les visiter (1) que lorsque l'obéissance Vy obligeait et de les quitter le plus tôt posëible.

C'est en pratiquant sans relâche ces humbles vertus que la sœur Saint-Louis de Gonzague s'ofibrçait de réparer les péchés que fait commettre la triple concupiscence.

Combien d'autres vertus nous pourrions signaler ! mais elles sont implicitement contenues dans celles que nous venons d'en umérer. •

Il resterait beaucoup à dire, si nous voulions parler de sa dévotion envers le Saint Sacrement, la Sainte Vierge, etc, etc. Mais n'a-ton pas tout dit en rjvolant 8(»n ardent amour pour Jésus-Christ ? Celui qui aime ne recherc he-t-il pas constamment la présence de la personne aimée et n'aime-t-il pas tous ceux qu'elle aime ? Aux heures libres, sœur Saint-Louis de Gonzague paraissait rivée à la grille du chœur, et ses yeux dévoraient si bien le tabernacle ou l'ostensoir qu'on s'étonnait presque de no pas voir apparaître Jésus. Mais c'était l'heure de la foi et de l'amour, non celle de la vision intuitive qui, cependant, ne devait pas tarder.

Sa dévotion à la passion et au Précieux-Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ était surtout particuliè-

(1) Les parloirs du monastère du Précieux-Sani; n'étaient pas encore g-rillés.

remont vive. C'est cette double dévotion qui a le plus contribue à la faire une victime réparatrice continuellement immolt-e à la gloire de Dieu et au salut do âmes. Adorer, louer, bénir le Précieux Sang, réparer les outrages qu^il reçoit à l'autel et dans les âmes, loff rir en faveur des pécheurs, telle fut son incessante occupation.

Plus la sœur Saint-Louis de Gonzague s'élevait dans la voie du renoncement et du sacrifice, plus elle sentait croître en elle le désir du ciel. Quoique V Kuchari.'^tie lui offrit d'enivrantes joies, le voile était toujoure là lui cachant la beauté de l'Epoux ; et elle ne pouvait s'empêcher de déclarer avec tristesse quand ses compagnes surprenant le secret de sa divine nostalgie, lui disaient que " près de la divine Eucharistie, on peut attendi*e moins impatiemment le ciel " : '^ C'est vrai, mais cependant je ne vois pas, dans l'hostie. Celui qui m'a tant aimée ; je ne contemple pas ses plaies sanglantes, jamais .son l'égard ne vient rencontrer le mien ; jamais t*a voix divine ne se fait entendre à mon oreille. . . oh ! non, l'Eucharistie n'est pas encore le ciel .. mais elle assoitfe du ciel."

Le ciel approchait. Il tardait au si à l'Epoux de «unir à cette âme si blanche de pureté, si rouge d'amo.ir.

Dès l'automne de 1870, elle parut avoir comme un pressentiment de sa mort prochaine, et elle s'oublia msqu'à dire formellement à quelques-unes de ses compagnes que l'hiver qui s'approchait serait le dernier qu'elle passerait sur la terre. Et comme on la badinait parce qu'elle réparait les ba^^ d'été dans les froids de décembre, elle se justifia en se hâtant de répondre qu'elle voulait laisser son linge tout prêt et en bon

ordre pour celles de ses sœurs à qui on le distribuerait après sa mort.

A son entrée au monastère, la sœur Saint Louis de Gonzagne souffrait de dyspepsie. La maladie avait toujours progresse, malgré tous les efforts de la science médicale pour enrayer le mal. Enfin, en janvier 1871, elle fut forcée de rester à l'infirmerie.

Mais laissons parler les Annales de la Communauté, à la date du 10 mars 1871 :

" Le douloureux sacrifice auquel nous nous préimrions est accompli : hier soir, vers six heures, notre douce petite compagne, sœur Saint-Louis de Gonza* gue, s'envolait dans les bras de l'Epoux. Vers deux heui*es et demie, cette chère sœur reçut la visite de madame sa mère, de sa sœur et de son petit frère qui demeurent ici depuis l'automne dernier, mais, soit extrême faiblesse ou défaut de lucidité d'esprit, après le:5 avoir accueillis avec un mot afiectueux, elle ne put leur parler davantage. Vers cinq heures, après leur départ, elle sortit de son assoupissement et eut la violente crise qui termina ses jours. Elle parut excessive* ment agitée ; ses joues et ses lèvres prirent une teinte violette ; sa respiration était haletante : " Vite, vite, écartez ces rideaux, dit-elle à celles qui étaient près de son lit ; donnez-moi de l'air... J'étouffe !" et sa respiration se faisait de plus en plus sifflante et entrecou» pée : " Priez, ujouta-t-elle encore, pnez pour moi, je meurs I ^' et aussi longtemps qu'elle en eut la force, elle répéta : " Oh ! priez, priez pour moi."

" Mgr de Germanicopolis était dé]à, rendu auprès de la mourante ; Mgr Eaymond, accouru au premier appel, ainsi que notre vénérée mère, récita les prières des agonisants et fut témoin des dernières luttes de notre bien-aimée sœur.

" Après cette violente crise, elle s'affaissa, comme épuisée ; une immobilité complète succiSda à son extrême agitation. Etait-ce la mort ? Probablement... Cependant pendant plus d'une demi-heure,nous demeurâmes près do son lit, cherchant à surprendre sur ses lèvres livides un dernier souffle de vie et sur son cœur une dernière palpitation... Mais tout était fini... même le jugement de cette âme d'élite.

'^ Depuis longtemps, ajoute Tannaliste, notre petite sœur sou pii*ait après rheureux moment qui la réunirait au Bien-aimé. Nos supérieurs, qui connaissaient ses dé8irs,robligèrent de demander sa guérison. Enfant s )umise et résignée, elle pria pour son rétablissement : ^^ Oui,'* disait-elle un jour à une religieuse qui lui demandait si elle était bien fidèle à faire ce qu'on lui avait ordonné, ^' oui, je demande ma guérison ; mais Notre Seigneur voit mes désirs..."

'* Cependant, elle ne s'attendait j)as à mourir aussi promptement. Peu d*heures avant sa mort,ses douleurs étant très aigiles, elle dit à sa garde- malade : '^ Je souffre le martyre." — " Ma chère sœur, cela vous dit que bientôt, bientôt vous serez au ciel." " — Bientôt, " demanda la malade d'un air oalme. — '^ Oh ! oui, ma petite, au joui-d^hui même très probablement. " — Aujourd'hui, répéta la mourante tout étonnée, aujourd'hui !... au ciel ! '

" Bien souvent, elle avait exprimé le désir de mourir comme son saint patron, saint Louis de Gonzaguc, à. 1 âge de vingt-trois ans. Le Seigneur l'exauça ; car elle quitta la vie âgée de vingt-ti-ois ans et quelques jours. Comme cet ange de la terre, elle avait parcouru en peu d'années une longue carriw-re."

Jules-Herman- Joseph Frémont

Né à Québec le 12 juillet 1850.

Décédé à Québec le 10 août de la même année. Inhumé au cimetièro Saint-Louis.

Marie- Luce- Hermine Frémont

Née à Québec le 24 décembre 1851.

" Dès s<is plus jeunes années, elle se sentit attirée coname par une force irrésistible à la vie religieuse. Cependant, elle n'osait prendre de détermination. Elle hésitait, elle craignait. Son âme était troublée, et (lans ses roflexions, dit le R. P. Braun, qui a écrit sa vie, elle pensait souvent à sa faiblesse, à la facilité avec laquelle son cœur s'attachait à ceux qui lui témoignaient de Talfection ; elle reconnaissait aussi qu'il y avait au fond de sa nature un secret penchant pour le monde,et qu'elle ne serait pas. insensible aux attraits et aux avantages qu'il offre.

" Elle comprit, ajoute le E. P. Braun, le danger qu'il y avait pour elle à rester dans sa famille, car ses bonnes résolutions pourraient s'affaiblir, et elle finirait par écouter les insinuations du monde. Quelquefois, elle regardait les autres jeunes filles,aimées, recherchées et heureuses, tandis qu'elle-même serait abandonnée, livrée à l'ennui, et deviendrait malheureuse. Que deviendrai-je si je reste dans ma famille ? Que deviendrai-je si maman meurt avant moi ? Que deviendrai-je si mes bonnes résolutions s'affaiblissent ? Serai-je toujours maîtresse de mon cœur ? Que de jeunes filles, qui avaient pris de bonnes résolutions comme moi, qui étaient meilleures que moi, et qui n'ont pas été fidèles 1 Ne serai-je pas capable de faire un coup de tête, même

a V&ge de quarante ans et de me marier ? Je le regretterais ensuite, mais ce serait trop tard. Mon Dieu ! que de périls qui me menacent dans le monde !

'* Ce furent ces réflexions qui la firent penser à la vie religieuse. " Au moins, disait-elle, dans la vie religieuse je serai préservée de tous ces dangers, et je n'aurai plus ces inquiétudes sur mon avenir."

'^ Ensuite elle disait : ^' Mais pour entrer dans la vie religieuse, il faut y être appelé, il faut une vocation, il faut connaître la volonté de Dieu. Et est-ce bien ma vocation d'être religieuse ? Mon directeur ne m'en a jamais parlé. Il m*a toujours dît de persévérer dans Fétat où je suis et que j'aime tant, vivant avec maman et éloignée du monde."

'< Ecoutons le E. P. Braun nous raconter de quelle manière elle parvint à connaître sa vocation :

" L'ordre parfait et la sainte pauvreté qu'elle admirait dans le monastère des Carmélites de Baltimore, qu'elle était allée visiter, le recueillement et la piété des religieuses, le silence si profond qui régnait dans les cloîtres et dans toute la maison, l'aimable charité , la douce joie, les délicate» attentions touchèrent profondément Hermine ; mais surtout la conver»ulion pieuse, si simple, si édifiante, les pensées si élevées et si généreuses des Sœurs, leur grand amour pour Jésus- Christ et leur dévouement pour le salut «ies âmes, achevèrent de gagner son cœur. Une voix intérieure lui disait que Dieu l'appelait au Carmel, et que le Carmel serait le lieu de son repos et de sa félicité. *^ Oh ! maman, dit-elle, quelle bonheur d'être dans cette maison ! C^est dans un couvent comme celui-ci

que je veux vivre.

" Elle était déterminée à devenir Carmélite.

" Dans cette courte visite, Hermine, éclairée par la lumière de la grâce,avait tout vu, avait tout compris ; et quand, après plus d'un an, elle entrera au Carmel de Eeims, les anciennes religieuses seront surprises et grandement édifices de voir qu'une i>ostulante d'un jour comprend si parfaitement l'esprit du Carmel, et, comme sans effort, elle se montre si fidèle aux moindres observances de la vie régulière."

'' Enfin,la voilà fixée sur «on choix : elle embrassera la vie religieuse ; elle sei*a Carmélite. Mais, comme il n'y avait pas de Carmel au Canada, elle résolut de faire venir des Carmélites de France et offrit tout son patrimoine pour cette fondation. Elle écrivit à ce sujet à la Kévéïende Mère Prieure du monastère de Eeims et demanda à être reçue comme novice dans la nou • velle maison. Elle ne put encore réussir : leur personnel nVlaiit pas assez nombreux, les Caniuliles de Heims ne purent accepter une fondation à Montréal.

" Mais, disait-elle, si les Carmélites ne peuvent pas venir au Canada, rien ne m'empêchera d'aller moimême en France et de solliciter mon admission."

" Voyant que son projet ne pouvait se réaliser pour le moment, elle sollicita la faveur d'être admise comme postulante dans le monastère de Reims.

" Laissons encore la parole au Père Braun :

" Dans un entre tien, où Hermine ouvrait à son directeur son âme et ses désirs, la jeune fille se montra si pénétrée de l'appel intérieur, que Dieu lui faisait que son directeur ne put s'empêcher de lui dire : " Allons ! puissiez-vous être un jour Thérèse de Jésus !" " Que je serais heureuse," répondit-elle en souriant.

" Six mois s'étaient écoulés. Durant ce temps, Hermine avait souvent écrit aux Carmélites de Beims.

Bans la dernière de ses lettres, si fervents étaient les désira exprimés, si résolue la demande d^être admise que la Mère Prieure émue, crut devoir assembler lo chapitre pour se mettre en mesure de donner une réponse définitive.

" Toutes les lettres d'Hermine furent relues. Le»

religieuses pénétrées de ce doux parfum, de ces désirs si célestes, se prononcèrent d'une voix unanime pour l'admission.

" Mais, mes Sœurs, dit la bonne Mèi*e Prieure, quel nom donnerons-nous à cette enfant que Dieu nous envoie ?

" Ma mère et mes sœurs, dit la maîtresse des novice.'?, Dieu a ses vues sur cette enfant : douce fleur qui va s'éclore dans notre Carmel, elle en sortira un jour pour aller porter au lointain Canada l'esprit de notre sainte mère : n'est-il pas juste qu'elle y porte aussi son nom ? Peut-être Dieu lui donnera-t-il de devenir un jour dans sa patrie la Mère spirituelle d*un grand nombre d'âmes, qu'entraînera son exemple." A ces paroles, toutes les religieuses, touchccs et pleines d'espérances n'eurent plus qu'une voix pour lui décerner ce nom si cher.

*' On écrivit au directeur,le chargeant de faire part à Hermine de son admission et du nom qui lui était donné. Le directeur se rappelant la conversation qu'il avait eue avec la jeune fille, pensa qu'elle avait dû solliciter la faveur de porter ce nom. La jeune fille, si son tour, crut devoir quelque reconnaissance au directeur, dont les instances lui avaient sans doute obtenu la faveur tant désirée. Mais non, Dieu avait entendu le secret désir de cette âme innocente, et avait tout

fait voulant sans douto rattacher par un lien plus fort à sa sainte voeation.

** ¥.n recevant la nouvelle de son admission Hermine Frémont s'écria : " Mon cœur surabonde de joie à la pensée que j'ai eu le bonheur d'être choisie afin de m'immoler au Carmel pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Je porterai donc le beau nom de la sainte Mère du Carmel, Thérèse de Jésus ! Oh ! comme je m'efforcerai do devenir une véritable fille de sainte Thérèse, en aimant beaucoup Jésus, sa Croix et sa très-sainle Mère."

" Elle' sent alora augmenter son courage. Ses craintes disparaissent : elle sait maintenant où elle doit aller On lui demande des sacrifices, elle les fera avec joie, pour la gloire do Dieu et le salut des. âmes, comme elle le dit. J^a pensée de quitter sa mère, sa mère qu'elle aime plus qu'elle-même, ne lui cause plus de frayeurs. '* Je puis être plus utile et faire plus de bien à ma famille au Carmel que si je reste à Québec, ditelle. A Québec, je puis rendre quelques services, pro» curer quelques consolations à maman et à ma famille, et encore pour combien de temps ? Au Carmel, je prierai, j'offrirai ma vie, je m'immolerai à Dieu pour maman, pour mes frères et pour tous ceux que j'aime, et ainsi j'attirerai sur eux les bénédictions du ciel. Ce no seront plus des consolations ten-estres que je leur procurerai ; mais je veux leur obtenir des grâces surnaturelles et célestes qui l'emportent sur tout ce qui est terrestre. Le bon Dieu bénira maman et mes frères en voyant la pauvre petite Thérèse de Jésus, qui suppliera pour eux, qui acceptera toutes les pénitences et s'imposera toutes les mortifications pour que maman soit toujours heureuse, pour que mes frères évitent

toujoui*8 lo pJchc mortel, pour que mes oncles et mes tantes, mes cousins et mes cousines et tous les membres de ma iamille restent toujoui*s des enfants de Dieu. Ainsi j'aimerai ma famille d'un amour plus véritable et plus parfait que j^* ne l'ai fait jusqu'à présent, et je lui semi beaucoup plus utile en vivant au Carmel que si je restais à Québec."

^* Cependant avant son départ pour la France, il fallait encoi'e que Thérèse do Jésus fut éprouvée. Kilo tomba gravement malade et l'on crut, pendant quelque temps, qu'elle n'en reviendrait pas. Durant cotto épreuve, sa résignation à la volonté du Ciel ne l'abandonna pas ; elle répétait souvent ; ^' O bon Jésus ! vous» voyez que je ne refuse pas de mourir, mais ce[>endent je voudrais bien mourir Carmélite, si c'est toutefoi.^ votre sainte volonté."

" Sa prière fut exaucée ; elle revint à la santé, puis, quelque temps après, elle arrivait à Keims, répétant ces paroles : " Mon cœur surabonde de joie et de consolation. Le Carmel est pour moi la porte du Pamdis, le palais où le Roi des Eois veut bien recevoir son indigne épouse."

" Voilà Thérèse de Jésus " dans le lieu de son repos." Nous allons voir se révéler ses heureuses qualités : ^' Le lis, planté dans un terrain qui lui convient moins, ne saurait croître et s'épanouir ; mais, dès qu'il trouve un sol plus favorable, il grandit, éclot et embaume l'air de ses parfums." La jevine canadienne est au comble de ses vœux. Suivons-là maintenant dan» la vie nouvelle qu'elle vient d embrasser.

" Dans une lettre qu'elle écrit à sa mère le 20 juin 1873, cinq jours après son arrivée, elle lui dit :

" Et d'abord, il faut que je vous parle de notre mo-

nastère, qui est un véritable paradis terrestre, de nos bonnes mères et sœurs, qui sont comme des anges. Je ne saurais vous dire assez combien nos Ri^vérendes Mères sont bonnes. Elles ont mille attentions délicates pour moi et de grands soins de ma santé» Voyez, chère maman, la bonté do Notix^-Seigneur ; il permet, pour que vous soyez rassurée, que ces bonnes Mères aient quelque chose de ce tact tout particulier qu'ont les mamans et principalement vous, ma mère bien-aimée, pour deviner les besoins de leure enfants. Ainsi elles préviennent mes besoins.

" Quand je suis arrivée ici, mère chérie, comme vous le pensez bien, j'étais fatiguée après un si long voyage ; eh bien ! ces bonnes Mères me font reposer beiiucoup» Je me couche plus tôt, je me lève plus tard que nos sœurs. Aussi suis-je bien reposée et bien heureuse de vous dire que je suis tr«>s-bien, et je n'hésite pas à croire que l'air du Carmel va me faire recouvrer une parfaite santé comme on me Tavait fait espérer."

" Dans des letti'es subséquentes, qu'elle adresse aussi à sa mère, nous trouvons les passages suivants :

" Si vous saviez, ma bien chère mère, comme tout le monde se porte bien au Carmel, vous ne seriez plus inquiète et vous auriez raison ; car si l'on peut atteindre un âge avancé, c'est bien ici à cause de notre genre de vie frugal et régulier. Il y a six de nos sœurs qui depuis quelques années ont renouvelé leur cinquantième anniversaire de religion.

" Je vous remercie beaucoup, ma bien-^aimée maman, de la gracieuse offre que vous me faites de m'ouvrir de grand cœur les portes de la maison, si jamais j'avais envie de retourner au Canada. J'ai bien ri et je ris en relisant cette partie de votre lettre.

" Ce n*c8t rien do nouveau, il y a longtemps que voua m'avez dit la mémo chose. Mais Dieu mo préserve par sa sainte grâce du grand malheur de profiter do votre si tendre invitation !

" Ne craignez pas que la hotite me fasse reculer ; mais je me trouve trop heureuse dans ma chère solitude ix»ur songer à la quitter. Si vous saviez, ma bien-aimde, comme je me trouve bien à ma place... Puis Notre-Seigneur est là tout à côté de moi, qui m'aide, mo soutient et me fait trouver léger ce que je redoutais. C'est vraiment étonnant comme cet aimablo Maître prend soin de son indigne petite épouse : noti*e bonne Maîtresse mo dit souvent que je suis une petite gâtée du bon Dieu, et c'est bien vrai quand on réfléchit aux grâces innombrables que ce bon Jésus m'a faites.

" Donc, ma mère chérie, je suis bien heureuse do vous dire que je n'ai pas la moindre envie do retourner au Canada, de laisser ma chère vocation où mon cœur a trouvé son repos. Je ne saurais vous dire assez comme on s y sent heureuse do n'appartenir qu'à Jésus, de se trouver si loin du monde qu'on se ci*oit presque dans un désert. Cela me fait souvent penser aux Pères du désert.

*• Kntin, ma chère mère, je n'en finirais pas, si je voulais vous dire tout ce que je découvre do jour en jour de beau et d'aimable dans la sainte Eeligion* Aussi, plus j'avance, plus je m'attache à ma sainte vocation.

'* 11 y a cependant quelque chose qui trouble et assombrit ma joie... vous le devinez, bien-aimée de mon cœur... c'est la pensée du sacrifice que je vous ai lait faire, ile la peine que vous en éprouvez, pauvro

inôre ! faut-il donc que nous soyons l'une pour Tautre la cause d'un véritable martyre ? Ne craignez pas qu'on cherche à m'influencer... Comme ce n'est pas pour des motifs humains que je suis Carmélite, ce n'est pas j)our des motifs humains que je pereJvèrerai. Ne croyez pas que nos excellentes mères cherchent à me faire demeurer au Carmel malgré moi.

" Oh ! mère chérie ! Si vous saviez comme on s'aime au Carmel ! Mais on s'aime d'une manière bien supérieure et bien plus élevée qu'on ne peut le faire dans le monde. Nous avons un avant-goût de cet amour qui unit dans le ciel les élus entre eux dans le Cœur de Jésus ! Voilà comme nous nous aimons.

" Et, en certains jours, comme au jour do mon admission à la vêture. Je bon Jésus nous fait goûter toutes les délices do ces pures et saintes affections. Que toutes les atî'ections mondaines sont viles et méprisables aux yeux d'une Carmélite, qui a goûté la sainte charité qui règne au Carmel !

" Je fus bien doucement émue, mère chérie, et je ne pus m'enpêcher de laisser couler quelques larmes de joie en voyant que l'admission au Carmel d'une pauvre petite Canadienne avait répandu tant de joie et do bonheur parmi toutes ces bonnes Carmélites. Comment expliquer tant d'atiection pour une enfant qu'elles n'avaient jamais connue autrefois ? Elles voyaient dans la petite Canadienne une Epouse que Jésus s'était choisie, et que ce bon Maître aimait tendrement, et voilà pourquoi elles étaient toutes si heureuses de mon admission et me témoignaient si atfectueusement leur bonheur.

" Enfin le grand jour est venu ; enfin le Seigneur a fait éclater ses miséricordes ; enfin je ne suis plus une

petite postulante, mais une novice Carmélite! Ah! mère chérie ! quel bonheur ! Et comment vous le décrire ? Ma plume n'en est pas capable, et mon cœur, trop plein, se refuse à dire tous ses sentiments de joie et de reconnaissance, à la vue d'un tel bienfait du bon Dieu !"

" Mais Thérèse de Jésus ne devait pas goûter longtemps ce qu'elle regardait comme le suprême bonheur sur la terre. Au commencement de décembre 1873, environ six mois après son entrée au Carmel, elle fut atteinte d'une maladie des plus cruelles ; puis, le 22 décembre, on écnvait du Carmel de Reims :

*^ La sainte volonté de Dieu soit toujours accomplie \ Kotre chère petite sœur Thérèse de Jésus est morte comme une sainte, dans l'acte de l'amour du bon Dieu, après avoir eu le bonheur de faire ses vœux et d'emporter au ciel le beau titre de Carmélite, que son cœur désirait ardemment. Oh 1 comme le divin Maître a été bon pour elle !

" Notre chère Canadienne nous arriva le 15 juin, et, après avoir épanché sa reconnaissance aux pieds de Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui l'avait conduite comme par la main, au milieu de tant d'épreuves et de périls, elle-même éteignit la lampe qui, durant son voyage, avait brûlé jour et nuit devant l'image de cette divine Mère.

" Une fois au Carmel, qu'elle avait tant désiré,8œur Thérèse de Jésus n'aspira plus qu'à en prendre l'esprit. Mais il semblait que cet esprit fût inné en elle ; rien ne rétonnait, c'était bien ce qu'elle avait cherché. Les petites pratiques d'humiLté, de silence, de pauvreté lui semblaient toutes naturelles

" Après sa suprême communion, après le sacrement de r Extrême-Onction, après une dernière bonédictioii du guide vénJré de son âme, il n'y avait plus, selon notre promesse, qu'à lui prêter toutes nos voix, et chanter de sa part le Magnificat,,. C'étaient à la fois les larmes de la terro et les joies du ciel. Quand il fut terminé, nous approchâmes de l'angélique enfant, qui nous accueillit en souriant. Elle sourit aussi ù sa chère Maîtresse, qu'elle vit également auprès d'elle. Puis son regard se promenait sur toutes ses cœurs bien-aimées, que nous times passer successivement devant son lit. Ses lèvres se remuaient encore pour baiser le crucifix, pour répéter les doux noms de Jésus, Marie, Joseph, mais aucun son n'en sortait plus. Peu à pou, elle sembla devenir étrangère à tout ce qui Tentourait, et nous commençâmes les prières de l'agonie.

*• Vers quatre heures, quelques légers mouvements nous avertirent que le moment du départ approchait ; un coup de sonnette rappela quelques unes do nos sœurs qui avaient été forcées de s'éloigner j et peu de minutes après, entourée de sa famille du Carmel qu'elle n'avait pas cesser d'aimer, notice douce sœur Thérèse de Jésus s'endormait sur le cœur de Celui qui lui fut toute chose ici-bas, pour s'envoler sans retard, nous en avons l'intime confiance, vera le ciel où elle le possède sans partage... Son visage, que l'agonie n'avait point contracté, se revêtit alors d'une suave expression ; ses lèvres semblaient s'entrouvrir pour nous parler encore.

'* Notice bien-aimée sœur Thérèse de Jésus a passé sous nos yeux comme une douce et rapide apparition,

' luissunt après clic un suave parium qui nous demcu-

j rera longtemps." (1)

V ^ Louis- Philippe Frémont

1^ Né à Québec le 23 novembre 1853.

Décédé à Québec le 2\) juin 1865. Inhumé au cimo-

< liôre Saint-Charles, le 1er juillet.

k YI

[ Jules-Joseph'Taschereau Frémont

* Le continuateur de la lignée.

James-Joseph Frémont Né à Québec le 22 mars 1858.

Dccédé à Québec le ô décembre 1861. Inhumj au cimetière Belmont.

Henri -Alfred Frémont •

Né à Québec le 1er décembre 1860.

Déci-'dé à Québec le 20 janvier 1883. Inhumé au cimetière Saint-Charles.

(i) Le R. p. Antoine Braun, S. J., a publié, sous le titre " Une fleur du Carmel," la vie de Sœur Thérèse de Jésus. Cet ouvrage lui a valu une ]« ttre élogieuse de Notre Saint-Père le Pape Pie IX.

JULES-JOSKPH-TASCHEKEAU FRKMONT

Jules-Josoph-Taschereau Frémont, le sixième enfant du docteur Charles-Jacques Frémont et de Marie- Cccile Panet, naquit à Québec le 20 décembre 1855.

Il fit ses études classiques au collège Sainte-Marie, à Montréal, et au collège Saint -François-Xavier, à New- York.

Il entra à Tunivorsité Laval en 1875 pour étudier le droit.

" Le stage universitaire a une influence considérable sur la carrière du jeune homme. Pour quiconque veut faire un avocat sérieux, il lui faut ne rien négliger pendant ses trois années de cléricature, d'où dépend souvent tout l'avenir du jeune homme.

" C'est un bien court espace de temps pour se pré» parer à la pratique d'une science qui embrasse plusieui*» des principales branches des connaissances humaines.

*• Le champ de la science du droit est si vaste, que «es adeptes doivent y consacrer tout leur temps. C'est ce que lit le jeune étudiant, et les épreuves si difficiles de la licence le trouvèrent tout préparé à subir les examens. Il obtint le degré de licencié avec grande distinction. Le 11 janvier 1878, le barreau l'admettait au nombre de ses membres.

** Sa carrière s'ouvrit sous les auspices les plus favorables.

" M. Frémont avait de plus que la majorité des jeunes gens qui débutent dans notre pays, les avantages de la fortune. Il était débarrassé des soucis de la vie matérielle et n'avait que celui de tracer sa voie. Mais n'est-ce pas là bien souvent un immense danger ? Le fait d'une situation établie et d'une carrière assurée,

n'estil pas un ëcueil contre lequel ont fait naufrage bien des intelligences d'élite ? M. Frémont, et c'est un trait caractéristique de sa carnùre, comprit que le travail est une loi impérative à laquelle il n'est pas permis de se soustraire. Pénétré de cette vérité que tout homme ee doit,non seulement à lui et à sa famille, mais ù. ses concitoyens et à son pays, et que Teffort individuel n'est jamais perdu quelque petit qu'il soit, il se mit résolument à l'œuvre et par de laborieuses recherches et de patientes études, réussit à acquérir une somme de connaissances que l'on rencontre assez rarement chez les jeunes gens de cet âge. En 1887, il se présentait devant les professeurs de la faculté de droit pour soutenir les épreuves du doctorat.

'* C'était un acte de courage, car le doctorat on droit n'était à cette époque que l'apanage de quelques rares esprits sérieux et studieux. Sa thèse, dont la soutenance fut brillante, était un traité complet, écrit dans un style sobre, clair et concis, sur la séparation de corps et le divorce.

** L'Université no tarda pas à appeler le nouveau docteur à faire partie du corps enseignant. Elle le nomma professeur de droit civil. Cette chaire occupée depuis longtemps par l'honorable François Langelier est la principale de l'enseignement du droit. Ce n'était pas chose facile de remplacer l'éminent professeur qui a formé à la science du droit plusieurs générations d'avocat.

" Mais il ne succomba pas sous le fardeau de la tâche, et pendant le peu de temps qu'il put donner à renseignement, il se montra professeur disert et méthodique, et ses élèves apprcciaient hautement son enseignement.

" En 1890, commence une nouvelle carrière pour M.

JULES JOSKPir TASCHEIiKAU KRKMOST

Frëmont. Ses concito}''en8 l'envoyèrent siéger au Con- . seil de Ville où ses manières affables, sa haute réputation d'intégrité, son caractère droit et son esprit conci* liant lui conquirent les suffrages de ses collègues qui le choisirent comme premier magistrat.

'* JVélévation au poste honorable de maire de Québec avait attiré Tattention sur lui, et les électeursdu comté de Québec lui confièrent, en 1891,1e mandat de député aux Communes qu'il garda jusqu'en 1896.

" L'année 1892 vit sa réélection comme maire.

'* A peine âgé de 36 ans, à Tâge où généralement commence la vie active pour la plupart des jeunes gens, M. Frémont était déjà maire de Québec, député aux Communes et professeur à l'université Laval.

" Comme maire de Québec, il a fait avec distinction les bonneura de la ville au prînce Arthur, au prince George, et au comte de Paris. Personne n*a oublié les fêtes brillantes auxquelles donnèrent lieu ces visites u'hommes illustres et avec quel tact le maire de Québec représenta ses concitoyens. Ses adresses et ses discoure étaient toujours frappés au coin du bon goût et de la délicatesse. Québec doit à M. Frémont l'organisation du bureau d'hygiène, le règlement du million du Pacifique, et Texécution de pi usieui*s autres projets dont la ville a grandement bénéficié.

" Comme homme politique, sa carrière a été sans tache et celle d'un patriote aux vues larges et éclairées et non d'un partisan aveuglé par l'esprit de parti. Il eut toujours pour guide sa conscience et ses principes.

" De fait, on 1896, il cessa de prendre une part active à la politique dans laquelle d'ailleurs il avait été

entraîné par la force des cîrconstancas et non par goût.

" Vers 1897 commencèrent à se faire sentir les atteintes du mal mortel qui devait remporter dans la tombe. Il ne soupçonnait pas alors par quel long martyre il lui faudrait passer. Petit à petit il se vit obligé de renoncer à beaucoup de ses travaux, et ceux de ses amis qui le rencontraient fréquemment sentaient déyX venir la fin d'une carrière bien courte et qui aurait pu se prolonger encore, et lui permettre d*atteindre à des positions plus élevées que celles qu'il avait occupées jusque-là. La confiance dont il jouissait, le respect dont il était entouré et sa valeur réelle lui ouvrait oncore des horizons nouveaux mais Dieu en avait décidé autrement.

** Il fut malgré lui contraint d'abandonner l'enseignement qu'il affectionnait et auquel il consacrait beaucoup de son temps. Ce fut d'ailleurs sa dernière étape,et ses dernières leçons il les donna dans un temps où déjà les forces lui manquaient. Mais il lui en coûtait d'abandonner sa chaire et il cherchait par un redoublement d'énergie à réagir contre ce qu'il croyait n'être qu'un mal passager. Cependant ce mal incurable dont la lente meurtnssure faisait sûrement son œuvre, ne tarda pas à lui faire comprendre qu'il prenait chaque jour sur sa constitution un empire déplus en plus grand.

•* Joseph Frémont avait toujours été un croyant dont la foi était tout d'une pièce et un pratiquant

dont les œuvres faisaient l'édification de tous. Il accomplissait ses devoirs religieux en chrétien véritable et convaincu, qui considère que le salut de l'âme est la seule chose nécessaire, qu'elle prime tout et qu'elle

doit être l'objet de tous nos efforts et de toutes nos sollicitudes. Aussi était-il prêt à l'épreuve et ne murmura-t il pas un seul instant conti'e les décrets de la Providence, lorsqu'il se vit atteint de la maladie qui devait le conduire au tombeau.

" Il avait compris la parole de saint Jean : " Infirraitas hœc non est ad mortem sed pro gloria Dei."

" L'épreuve fut longue et cruelle.

" Ces cinq années d'angoisses et de douleurs indicibles ont dû être terribles ; sentir la vie s'éteindre en soi quand tout nous y rattache, voir s'ouvnr toutes grandes les portes de l'avenir, posséder la fortune, l'estime et le respect de tous, sentir qu'en souffrant on fait du mal à ceux (}u'on aime et dont on est aimé et cependant ne pas murmui*er, boire jusqu'à la lie avec résignation l'amertume de ce calice, n'est ce pas la bonne souffrance, celle dont parle saint Jean, qui ne conduit pas à la mort, mais à la vie véritable.

" Si ces cinq dernières années de M. Frémont n'ont pas eu aux yeux du monde l'éclat de celles qui les ont précédées, si elles ne se sont pas écoulées dans le bruit de la vie publique, les triomphes populaires et les succès éclatants des fêtes civiques, elles n'en sont pas moins celles qui ont la plus grande valeur aux yeux de Dieu. Elles sont le plus brillant couronnement de la carrière d'un chrétien. Le creuset de la souffrance ne donne-t-il pas à l'âme du fidèle 1 éclat de l'or le plus pur ?

" C'est le 28 mara ll»02 que Dieu a rais fin à ses souffrances. Il repose au cimetière Saint-Charles.

** La carrière de M. Frémont n'a pas été bien longue, il n'a pas pu, comme le désire le bon ouvrier, terminer sa journée, mais ce qu'il a fait ne sera pas

perdu, car en vertu de la loi de la solidarité humaine l'œuvre d'une génération est reprise et continuée par l'autre. Les œuvres qu'il a faites comme maire de Québec resteront, et l'exemple qu'il a donné comme citoyen et comme professeur servira de modèle à ceux qui suivront. Sa fin chrétienne et édifiante dira à tous ce qu'il faut de foi et de piété pour supporter avec courage une cruelle et longue agonie." (1)

Un ami du regretté disparu, l'honorable M. Thomas Chapais, lui adressait, dans V Evénement du 1er avril 1ÎI02, le touchant a lieu qui suit :

" Avant de laisser se fermer la tombe de M. Joseph Frémont, qu'il nous soit permis de rendre à sa mémoire un dernier tribut d'hommages.

" Celui que la mort vient de terrasser après un long et cruel combat, était une nature d*élite. Elevé dans une atmosphère de foi et de vertu chrétiennes, où s'était déjà épanouie une suave " fleur du Carmel " prédestinée aux jardins célestes, il avait su développer les germes précieux qu'une sainte mère avait déposés dans son cœur. Héritier d'un nom justement honoré et d'une belle fortune, il n'avait pas commis l'erreur vulgaire qui fait avorter bien des carrières, ouvertes, dirait-on, sous des auspices trop favorables. Il avait évité ce piège de la situation acquise et de l'avenir assuré auquel succombent tant de fils de famille, et il ne s'était pas cru dispensé, par les avantages de sa naissance, de l'effort personnel,du travail et de l'action^ Aussi à un âge pou avancé était-il devenu l'un des citoyens marquants de notre ville et de notre district.

: (X) Eu^èbe Belleau, Elo^^c de Jules-Joseph-Taschereau Frémont, ** Annuaire de l'université Laval pcur l'année académique x^oa-xços", pajçe

A quarante ans il était docteur en droit, professeur à runiversité Laval et il avait déjà été maire de la vieille cité de Québec, et membre de la Cbambre des Communes du Canada. L'estime publique entourait son nom, et si la maladie implacable n'était venue paralyser son essor, il aurait pu aspirer légitimement à des situations encore plus hautes.

" Mais la Providence en avait décidé autrement ; au milieu de sa carrièi*c la main de Dieu^ ^'appesantit sur notre pauvre ami : la souffrance s'installa à son chevet, et alors commença pour lui une agonie de cinq années. En même temps le deuil désolait son foyer, qui n'avait guère connu jusque là que les douces joies familiales. Broyé par la douleur, miné par un mal qui défiait tous les secours de l'art, il se vit longuement mourir, et sentit les sources de la vie se tarir lentement dans son être. Qui pourra dire ses tortures morales et physiques ? Cependant on ne l'entendit point murmurer contre le décret qui le vouait prématurément à la tombe. Il grandit et s'épura dans Tépreuve. Banissant le désespoir, il sembla vaincre les défaillances de la nature à force de coura^ce moral. 11 lit de SCS jonre désormais comptés deux parts: l'une remplie par la prière et les pensées éternelles, l'autre consacrée au travail, au soin de ses affaires temporelles qu'il surveilla d'un regard ferme jusqu'à la fin, et à sa famille que sa tendresse entourait d'une sollicitude plus profonde à mesure qu'il voyait s'approcher l'adieu funèbre. En un mot, son exemple pendant ces années cruelles a démontré une fois de plus " qu'une âme vaillante est maîtresse du corps qu'elle habite," pour nous servir de l'admirable expression de Bossuet.

;.o«^vK-c«^«-^■^

ïBÉttO«l

" Dieu lui avait donné uno épouse dig-ne de lui. Après avoir été la brillante compagne de ses bonheur» et de ses succès, elle partagea ses douleurs ; et son dévouement fidèle ne lui manqua pas un instant durant les heures sombres qu'il traversa.

" M. Frémont n*est plus, son long martyre est terminé. Il nous a semblé que sa vie et sa mort contenaient une leçon de résignation et de courage chrétien qui méritait d'être signalée.

" Pauvre ami, tu nous as enseigné à accepter la '* bonne souffrance " comme une messagère de miséricorde, et à Taccueillir comme la divine initiatrice aux rayonnantes visions de l'immortalité 1 "

M. Frémont avait épousé, à Montmagny, le 1er juin 1881, Marie- Alix Boaubien,fille de l'honorable Joseph- Octave Beau bien et de Aglaé Chenest.

Les enfants nés de ce mariage sont : I Marie-Hermine- Jeanne ; II Joseph-Octave-Charles ; III Jules- Joseph Philippe ; IV Marie-Hermine- lilmma ; V Marie-^ Alix-Hectprine ; VI Marie-Marguerite- Aline.

Marie- Hermine- Jeanne Frémont

Née ù Québec le 23 juin 1882.

Décédée au Cap Saint-Ignace le 30 août suivant, et inhumée au cimetière de cette paruisse.

Joseph-Octave-Charles Frémont

Né à Québec le 2 juin 1884.

Elève au séminaire de Québec.

Jules- Joseph- Philippe Frémont

Né à Québec le 21 août 1885.

Elève au séminaire de Québec.

JULESJOSEPII-PHILIPPB FEÉMONT

Marie- Hermine- Emma Frémont N»îe à Qucboc lo 17 avril 188T.

Marie- Alix- Hector ine Frémont Née à Québec lo 13 décembre 1888.

Décédéo au même endroit le 17 juin 1897, et inhumée au cimetièi*o Saint-Charles.

Marie- Marguerite- Aline Frémon t Née à Québec le 17 juillet 1892.

Page 1