‹ La famille FremontChapitre 22 sur 27 · JULES JOSEPH-TASCHEREÀU FRÉMONT · texte numérisé non relu

JULES JOSEPH-TASCHEREÀU FRÉMONT

Frémont. Ses concitoyens l'envoyèrent siéger au Conseil de Ville où ses manières affables, sa haute réputation d'intégrité, son caractère droit et son esprit conciliant lui conquirent les suffrages de ses collègues qui le choisirent comme premier magistrat,

" L'élévation au poste honorable de maire de Québec avait attiré l'attention sur lui, et les électeurs du comté de Québec lui confièrent, en 1891,1e mandat de député aux Communes qu'il garda jusqu'en 1896.

u L'année 1892 vit sa réélection comme maire.

" A peine âgé de 36 ans, à l'âge où généralement commence la vie active pour la plupart des jeunes gens, M. Frémont était déjà maire de Québec, député aux Communes et professeur à l'université Laval.

u Comme maire de Québec, il a fait avec distinction les honneurs de la ville au prince Arthur, au prince George, et au comte de Paris. Personne n'a oublié les fêtes brillantes auxquelles donnèrent lieu ces visite» (/hommes illustres et avec quel tact le maire de Québec représenta ses concitoyens. Ses adresses et ses discours étaient toujours frappés au coin du bon goût et de la délicatesse. Québec doit à M. Frémont l'organisation du bureau d'hygiène, le règlement du million du Pacifique, et l'exécution de plusieurs autres projets dont la ville a grandement bénéficié.

" Comme homme politique, sa carrière a été sans tache et celle d'un patriote aux vues larges et éclairées et non d'un partisan aveuglé par l'esprit de parti. Il eut toujours pour guide sa conscience et ses principes.

" De fait, en 1896, il cessa de prendre une part ac-v tive à la politique dans laquelle d'ailleurs il avait été

entraîna pur la force des circonstances et non par

" Vers 1897 commencèrent à se faire sentir les atteintes du mal mortel qui devait l'emporter dans la tombe. Il ne soupçonnait pas alors par quel long martyre il lui faudrait passer. Petit à petit il se vit obligé de renoncer à beaucoup de ses travaux, et ceux de ses amis qui le rencontraient fréquemment sentaient déjà venir la fin d'une carrière bien courte et qui aurait pu se prolonger encore, et lui permettre d'atteindre à des positions plus élevées que celles qu'il avait occupées jusque-là. La confiance dont il jouissait, le respect dont il était entouré et sa valeur réelle lui ouvrait encore des horizons nouveaux mais Dieu en avait décidé autrement.

" 11 lut malgré lui contraint d'abandonner l'enseignement qu'il aifectionnait et auquel il consacrait beaucoup de son temps. Ce fut d'ailleurs sa dernière étape,et ses dernières leçons il les donna dans un temps où déjà les forces lui manquaient. Mais il lui en coûtait d'abandonner sa chaire et il cherchait par un redoublement d'énergie à réagir contre ce qu'il croyait n'être qu'un mal passager. Cependant ce mal incurable dont la lente meurtrissure faisait sûrement son œuvre, ne tarda pas à lui faire comprendre qu'il prenait chaque jour sur sa constitution un empire déplus en plus grand.

11 Joseph Prémont avait toujours été un croyant dont la foi était tout d'une pièce et un pratiquant dont les œuvres faisaient l'édification de tous. Il accomplissait ses devoirs religieux en chrétien véritable et convaincu, qui considère que le salut de l'âme est la seule chose nécessaire, qu'elle prime tout et qu'elle

doit être l'objet de tous nos efforts et de toutes nos Sollicitudes. Aussi était-il prêt à l'épreuve et ne murmura-t il pas un seul instant contre les décrets de la Providence, lorsqu'il se vit atteint de la maladie qui devait le conduire au tombeau.

" Il avait compris la parole de saint Jean : " Infirmitas hœc non est ad mortem sed pro gloria Dei."

" L'épreuve fut longue et cruelle.

" Ces cinq années d'angoisses et de douleurs indicibles ont dû être terribles ; sentir la vie s'éteindre en soi quand tout nous y rattache, voir s'ouvrir toutes grandes les portes de l'avenir, posséder la fortune, l'estime et le respect de tous, sentir qu'en souffrant on fait du mal à ceux qu'on aime et dont on est aimé et cependant ne pas murmurer, boire jusqu'à la lie avec résignation l'amertume de ce calice, n'est ce pas la bonne souffrance, celle dont parle saint Jean, qui ne conduit pas à la mort, mais à la vie véritable.

" Si ces cinq dernières années de M. Frémont n'ont pas eu aux yeux du monde l'éclat de celles qui les ont précédées, si elles ne se sont pas écoulées dans le bruit de la vie publique, les triomphes populaires et le* succès éclatants des fêtes civiquei, elles n'en sont pas moins celles qui ont la plus grande valeur aux yeux de Dieu. Elles sont le plus brillant couronnement de la carrière d'un chrétien. Le creuset de la souffrance ne donne-t il pas à l'âme du fidèle 1 éclat de l'or le plus pur ? #

" C'est le 28 mars li*02 que Dieu a mis fin à ses souffrances. Il repose au cimetière Saint-Charles.

11 La carrière de M. Frémont n'a pas été bien longue, il n'a pas pu, comme le désire le bon ouvrier, terminer sa journée, mais ce qu'il a fait ne sera pas

perdu, car en vertu de la loi de la solidarité humaine l'œuvre d'une génération est reprise et continuée par l'autre. Les œuvres qu'il a faites comme maire de Québec resteront, et l'exemple qu'il a donné comme citoyen et comme professeur servira de modèle à ceux qui suivront. Sa fin chrétienne et édifiante dira à tous ce qu'il faut de foi et de piété pour supporter avec courage une cruelle et longue agonie." (1)

Un ami du regretté disparu, l'honorable M. Thomas Chapais, lui adressait, daus V Evénement du 1er avril 1U02, le touchant a lieu qui suit :

" Avant de laisser se fermer la tombe de M. Joseph Frémont, qu'il nous soit permis de rendre à sa mémoire un dernier tribut d'hommages.

" Celui que la mort vient de terrasser après un long et cruel combat, était une nature d'élite. Elevé dans une atmosphère de foi et de vertu chrétiennes, où s'était déjà épanouie une suave " fleur du Carmel " prédestinée aux jardins célestes, il avait su développer les germes précieux qu'une sainte mère avait déposés dans son cœur. Héritier d'un nom justement honoré et d'une belle fortune, il n'avait pas commis l'erreur vulgaire qui fait avorter bien des carrières, ouvertes, dirait-on, sous des auspices trop favorables. Il avait évité ce piège de la situation acquise et de l'avenir assuré auquel succombent tant de fils de tamille, et il ne s'était pas cru dispensé, par les avantages de sa naissance, de l'effort personnel,du travail et de l'action Aussi à un âge peu avancé était-il devenu l'un des citoyens marquants de notre ville et de notre district.

(i) Euièbe Belleau, Eloge de Jules- Joseph -Taschereau Frémont, " Annuaire de i'univers'.té Laval peur l'année académique 1901-1903", page

A quarante ans il était docteur en droit, professeur à l'université Laval et il avait déjà été maire de la vieille cité de Québec, et membre de la Chambre des Communes du Canada. L'estime publique entourait son nom, et si la maladie implacable nétait venue paralyser son essor, il aurait pu aspirer légitimement à des situations encore plus hautes.

" Mais la Providence en avait décidé autrement ; au milieu de sa carrière la main de Dieu s'appesantit sur notre pauvre ami : la souffrance s'installa à son chevet, et alors commença pour lui une agonie de cinq années. En même temps le deuil désolait son foyer, qui n'avait guère connu jusque là que les douces joies familiales. Broyé par la douleur, miné par un mal qui défiait tous les secours de l'art, il se vit longuement mourir, et sentit les sources de la vie se tarir lentement dans son être. Qui pourra dire ses tortures morales et physiques ? Cependant on ne l'entendit point murmurer contre le décret qui le vouait prématurément à la tombe. Il grandit et s'épura dans l'épreuve. Banissant le désespoir, il sembla vaincre les défaillances de la nature à forcé de courage moral. Il fit de ses jours désormais comptés deux parts: l'une remplie par la prière et les pensées éternelles, l'autre consacrée au travail, au soin de ses affaires temporelles qu'il surveilla d'un regard ferme jusqu'à la fin, et à sa famille que sa tendresse entourait d'une sollicitude plus profonde à mesure qu'il voyait s'approcher l'adieu funèbre. En un mot, son exemple pendant ces années cruelles a démontré une fois de plus ". qu'une âme vaillante est maîtresse du corps qu'elle habite," pour nous servir de l'admirable expression de Bossuet.

Page 1