MARIE-GENEVIÈVE G. DE TONNANCOUR
" Née à Trois-Rivières le 10 octobre 1700.
" Comme sa sœur Marguerite-Renée-Geneviève, elle entra au monastère des Ursulines des Trois-Rivières et fît profession sous le nom de Mère Sainte- Hélène.
" C'est elle aussi que le Seigneur avait destinée à poursuivre la mission de sa sœur comme supérieure de cette communauté. Ce fut un coup de foudre pour la mère Sainte-Hélène que d'entendre son nom proclamé par Mgr de Pontbriand, lorsque le digne évêque qui présidait les élections, ayant fait le dépouillement du scrutin, en donna tout haut le résultat. Il lui fallut, cependant, plier les épaules sous le lourd fardeau, et
(i) Montcalm le reproduit dans son /(9«/-;^z/, p. 109.
-elle le fit au milieu des larmes brûlantes que ne purent tarir la tendresse et l'affection si cordiale, que lui témoignèrent ses nouvelles filles, en allant lui rendre leurs premiers hommages. L'avenir prouva que le choix des Ursuliues avait été guidé par l' Esprit-Saint : on trouva dans cette seconde mère les trésors de tendresse, de bonté et de constant dévouement dont sa chère devancière avait donné maints exemples. Elle poursuivit ses travaux avec un égal succès durant six années, repassa alors au dépôt jusqu'en 1762, époque où de nouveau elle eut la douleur de voir décéder une autre supérieure, la mère des Anges, qu'elle fut aussi appelée à remplacer.
" En 1768, elle réunissait pour la quatrième fois les suffrages de la communauté mais elle n'occupa cette charge que pendant trois mois. Cette bonne mère sentant plus que jamais le poids des ans et le cortège d'infirmités qu'ils lui avaient apporté fit de si vives instances auprès de ses supérieures, secondée d'ailleurs par ses parents et ses amis, que Mgr Briand, alors évêque de Québec, lui accorda sa démission. Sa Grandeur en écrivit comme suit au R. P. chapelain de la communauté :
" Jean-Olivier Briand, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège, chanoine honoraire de l'église métropolitaine de Tours, etc, etc, à notre vénérable et bien-aimé frère en Notre-Seigneur, messire Pierre Saint-Onge, chanoine de notre église cathédrale, notre vicaire général, et supérieur des Ursulines des Trois-Rivières, salut et bénédiction.
" La soeur Sainte-Hélène, canoniquement élue supérieure par la communauté, confirmée par vous elle acceptant, nous a présenté par sa lettre de décembre dernier, que sa santé est extrêmement dérangée, qu'elle craint même de la ruiner entièrement et de succomber, si elle est plus longtemps chargée d'un fardeau qui depuis environ trois mois qu'elle le porte, l'a réduite à un si pitoyable état qu'elle en souffre considérablement ; la même chose nous aj^ant été représentée par M. de Tonnancour, son frère, en date du 7 décembre, même année, c'est pourquoi nous vous
donnons ordre de questionner la dite supérieure sur les dits allégués, etc, et s'ils se trouvaient conformes à la vérité, vous recevrez sa démission par écrit, vous la notifierez aux religieuses par un mandement qui contiendra un ordre de pourvoir à une nouvelle élection ; vous ferez cette élection avec les cérémonies, prières, formalités ordonnées en pareil cas.
" Donné à Québec, sous notre sceau, le seing de nos armes et la suscription de notre secrétaire, le cinq janvier, mil sept cent soixante neuf.
J. Ol., évêque de Québec Par Mgr,
Hubert, prêtre, secrétaire".
"Cet acte, ainsi qu'un autre conçu à peu près dans les mêmes termes, venant de M. de Saint-Onge, fut lu en chapitre. Les vocales désolées de perdre leur bonne mère, firent de respectueuses réclamations qui furent inutiles. Les élections se firent au mois de janvier 1769, et la mère Saint- Antoine accepta la mission qu'elle aurait été heureuse de voir confiée longtemps encore à la chère mère Sainte-Hélène. Celle-ci reprit joyeusement l'exercice de l'obéissance et y excella. Le Seigneur voulant qu'elle continuât de le glorifier d'une manière particulière, permit que bientôt ses infirmités s'accrussent considérablement, et qu'en peu de temps, elle fût réduite à un état de faiblesse extrême. Elle fut retenue à l'infirmerie durant de longues années et obligée de garder le lit. Les deux dernières nnées qu'elle passa sur la terre furent un véritable purgatoire ; privée de la parole et de tout mouvement et sous le coup de continuelles souffrances, ayant même l'ouïe très affaiblie, âgée de plus de quatre-vingts ans, elle représenta à ses gardes-malades un martyr véritable et une âme victime heureuse de souffrir pour les pécheurs, fclle décéda en mars 1783, pendant le beau mois de saint Joseph. C'était une élue de plus et une protectrice au ciel pour la communauté des Ursulines des Trois-Rivières qu'elle avait gouvernée durant neuf ans." (i)
(i) Les Ursulines des Trois-Rivières, tome premier, p. 302.
Né à Trois-Rivières le 25 août 1702.
Décédé au même endroit le 6 septembre 1703.