FRANÇOIS-ANTOINE G. DE TONNANCOUR
Né à Trois-Rivières le 28 décembre 1704. Décédé au même endroit le 15 décembre 1708.
Née à Trois-Rivières le 8 mars 1706.
Mariée, à Trois-Rivières, le 6 décembre 1728, à Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay.
C'est M. de Ramezaj^ qui, le 18 septembre 1759, en sa qualité de lieutenant du Roi pour la ville de Québec, eut la tâche peu enviée de remettre la capitale entre les mains des Anglais.
Après la capitulation de Québec, ainsi qu'il en avait été convenu entre l'amiral Saunders et le général Townshend d'une part et M. de Ramezay de l'autre, le lieutenant du Roi à Québec fut conduit en France.
M. de Ramezay vivait encore en 1767. Il résidait à Paris.
On ignore en quelle année il mourut.
Du mariage de M. de Ramezay et de Eouise Godefroy de Tonnancour naquirent six enfants qui, tous, à part l'aînée, moururent en bas âge.
ANNE-URSULE GODEFROY DE TONNANCOUR Née à Trois-Rivières, le 21 avril 1708. (i) Mariée, à Trois-Rivières, le 22 janvier 1732, à Louis- Charles Saint-Ange de Charly, fils de feu Jean-Baptiste de Charl}^ colonel des milices du gouvernement de Montréal, et de Charlotte LeCompte ûupré.
Le continuateur de la lignée.
JOACHIM-JACQ. GODEFROY DE LABADIE (2) Né à Trois-Rivières le 8 octobre 17 14.
(i) Mgr Tanguay {Dictionnaire généalogique, vol. premier, p. 275) la fait erronément mourir le 10 mai 1708.
(2) En 1672, on accorda un fief au sergent Jacques Labadie dans la banlieue de Trois-Rivières. Il légua ce fief, plus tard, à la famille Godefroy, à condition que le titulaire porterait son nom. De là les Labadie Tonnancour et Godefroy de Labadie Tonnancour et Godefroy de Labadie — Benjamin Suite, Le régiment de Carignan, p. 87.
E>ËUXfEME BRANCHE
Première génération : Jean-Baptiste Godefroy de Linctot Deuxième génération : Louis Godefroy de Normanville Troisième génération : René Godefroy de Tonnancour Quatrième génération : Louis- Joseph Godefroy de Tonnancour
LOUIS- JOSEPH G. DE TONNANCOUR
Né à Trois-Rivières le 27 mars 17 12.
En 1731, il fut nommé garde-magasin à Trois- Rivières.
Le ler avril 1740, en souvenir des services de son père, Louis XV le nommait procureur du Roi à Trois- Rivières. Il n'avait pas encore 29 ans. Sa commission a été conservée. Elle mérite d'être citée :
" Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut .
" Savoir faisons, que pour l'entière confiance que nous avons en la personne de notre cher et bien-aimé, le sieur de Tonnancour, et de ses sens, suffisance, capacité, prud'hommie, fidélité et affection à notre service :
" A ces causes, et autres considérations à ce nous mouvant nous avons au dit sieur de Tonnancour donné et octroyé, et par ces présentes signées de notre main, donnons et octroyons l'office de notre Conseiller et Procureur de la juridiction des Trois-Rivières, vacant par la promotion du sieur Courval à celui de lieutenant-général de la dite juridiction, pour le dit office tenir, avoir et dorénavant exercer, par le dit sieur de Tonnancour, honneurs, autorités, prérogatives, exemptions, gages qui lui seront ordonnés par nos états, et tous les autres droits dont jouissent nos
procureurs dans les prévôtés et sièges principaux de notre ro5'aume.
' ' Si donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenant notre Conseil Supérieur, à Québec, qu'après leur être apparu de bonne vie et mœurs, âge compétent, conversation, religion catholique, apostolique romaine du sieur de Tonnancour, et de lui pris et reçu le serment en tel cas requis et accoutumé, ils le mettent et instituent de par nous, en possession du dit office de notre procureur de la dite juridiction des Trois- Rivières ; et le fassent, souffrent et laissent jouir et user des honneurs, autorités, prérogatives, exemptions, qui lui seront ordonnés, revenus et émoluments à la dite charge appartenants, pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements à ce contraire, et le faisant obéir et entendre de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra es choses concernant la dite charge ; Car tel est notre plaisir.
" En témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes.
" Donné à Versailles, le ler jour du mois d'avril l'an de grâce 1740, et de notre règne le 25e.
Louis." (i)
M. de Tonnancour avait servi le roi de France avec fidélité et dévouement. Lorsque le Canada passa à l'Angleterre, il ne fut pas moins loyal à ses nouveaux maîtres.
En mars 1769, le gouverneur Carleton recommandait de nommer des Canadiens-Français au Conseil législatif. Il suggérait les noms de MM. Chaussegros de Lery, Lanaudière, Contrecœur, d'Ailleboust de Cuissy, de Gaspé, Saint-Ours, Saint-Luc, Bellestre, Rouville, Montesson, Niver\àlle, de Tonnancour. Quelques uns furent nommés, mais M. de Tonnancour fut laissé de côté.
(i) Ces provisions furent enregistrées au Conseil Souverain le 21 octobre 1740. Elles sont publiées au deuxième volume (p. ïo^) (\ç:S Edits et Ordonnances.
En 1775-76, M. de Tonnancour aida beaucoup à repousser l'invasion américaine. Il était lieutenantcolonel des milices du district de Trois-Rivières pendant cette époque troublée. Lorsque les Bostonais s'emparèrent de Trois-Rivières, leur chef ordonna à tous les officiers de milice de la ville qui avaient des commissions de sir Guy Carleton de les lui remettre. Tous s'exécutèrent, à l'exception de M. de Tonnancour.
Le notaire Badeau, qui tint un journal de tout ce qui se passa alors à Trois-Rivières, raconte ce qui s'en suivit :
" Le 13 (décembre), M. le commandant voyant que M. de Tonnancour n'avait pas encore remis sa commission de colonel, lui envoya son lieutenant, M. Macdougall, avec une lettre de sa part adressée à M. de Tonnancour, par laquelle il lui faisait de grands compliments et lui disait à la fin qu'il envoyait son lieutenant pour recevoir sa commission et qu'il espérait qu'il ne refuserait point de la remettre. Comme la lettre était en anglais et que le lieutenant n'entendait pas le français, M. de Tonnancour m'envoya chercher pour les interpréter. Quand j'eus expliqué la teneur de la lettre, M. de Tonnancour lui fit réponse qu'il ne croyait pas être obligé de rendre sa commission, attendu que c'était une chose qui lui appartenait et faisait partie de sa propriété ; qu'au surplus, M. Montgomery avait promis de maintenir tous les citoyens dans leurs propriétés. M. Macdougall dit que tels étaient ses ordres et qu'il allait en donner avis à M. le commandant. M. de Tonnancour fit mettre un cheval à une carriole et s'embarqua avec le lieutenant pour aller chez M. le commandant. M. le chevalier de Tonnancour et moi les suivîmes. Nous allâmes au château, où logeait le capitaine Goforth. En arrivant, M. de Tonnancour me fit dite au commandant qu'il était bien mortifié de la peine qu'avait eue M. Macdougall en venant lui demander sa commission ; que s'il avait pensé que c'eut été une chose de
droit, il l'aurait apporté lui-même, mais que ne cro-yant pas s'être obligé de se dénantir d'une commissiori qui lui faisait honneur, il s'était tenue tranquille. M. le commandant lui fit réponse qu'il avait des ordres positifs du général Wooster pour les retirer, et qu'il ne pouvait s'en dispenser sous aucun prétexte. M. de Tonnanconr voyant qu'il ne pouvait rien gagner, malgré toutes les rai.sons qu'il alléguait, lui dit : " — Eh bien ! monsieur, comme je suis d'un âge avancé pour faire le voyage de Montréal, voici mon fils '■\ne je vais faire partir pour aller représenter mes raisons au général. Le commandant le refusa et lui dit qu'il fallait qu'il y fût lui-même en personne, parcequ'il était assuré que le général ne le dispenserait pas de la remettre, et que. s'il s'opiniâtrait, qu'il le ferait passer au Congrès. Il lui accorda deux fois 24 heures pour se décider .soit à partir, ou à remettre sa commis.sion. Dans cet intervalle il vint des temps abominables par la neige et le grand froid, ce qui occasionna M. de Tonnancour de remettre sa commission au commandant, ne pouvant avoir un plus long délai." (i)
Cette vaillante conduite de M. de Tonnancour lui attira les sympathies de tous. Haldimand, entre autres, devint son plus ferme ami. On voit par sa correspondance en quelle estime il tenait M. de Tonnancour. (2)
Il décéda à Trois-Rivières le 15 mai 1784.
M. de Tonnancour s'était marié deux fois. En premières noces, à Trois-Rivières, le 11 février 1740, il avait épousé Mary-Ann Seaman.
"Née dans la Nouvelle- Angleterre, Mary-Ann Seaman s'était vue conduite par les malheurs de la guerre, sous la cabane de l'Abénaquis. Faite prisonnière avec une de ces tantes, elle ne tarda pas a être amenée aux Trois-Rivières, où M. Boulanger de Saint- Pierre épousa la tante de l'enfant.
{i) /ournai commencé aux Trois -/Civières, le /8 mai, l'an '775-
(2) Doujîlas Brymiier, Rapport sur les archives canadiennes. Collection Haldimand, vol. II, pp. 808 et seq.
" Mary-Ann Seaman avait demeuré avec sa tante. Dans cette famille, la beauté de notre sainte religion lui était apparue dans tout son éclat, et depuis, son esprit et son cœur n'avaient plus connu de repos. Elle avait demandé a être instruite des vérités de notre sainte religion, et les RR. PP. Récollets à qui elle s'était adressée, l'avaient dirigée vers les Ursulines de Trois-Rivières. Cette p*-emière démarche faite sous l'action de la grâce, irrita fort le démon ; aussi prépara-t-il à cette jeune catéchumène une lutte violente. La pensée de changer de religion l'effrayait et l'irritait tour à tour. Sa raison la poussait à l'abjuration, et sa volonté reculait toujours comme devant un crime. Dans ces moments, elle voulait prier mais la prière expirait siir ses lèvres, et .son cœur n'avait plus d'énergie que pour douter, combattre et souffrir. Les Ursulines s' apercevant de son triste état, et sachant que depuis le moment où l'esprit se convainc jusqu'à celui où l'âme se décide, il y a un espace immense que l'on ne saurait franchir sans un secours puissant de la grâce, offrirent bien des prières à son intention ; ses compagnes aussi la recommandaient avec amour à la reine du ciel. On entendait souvent la jeune Mary-Ann dire avec effu.sion de cœur : " Mon Dieu, si le catholicisme est votre œuvre, achevez votre ouvrage ! " Un jour, on la trouva prosternée aux pieds d'une .statue de la sainte Vierge ; ses mains étaient jointes dans une attitude suppliante, et son regard cherchait le ciel. Quand elle s'aperçut que la religieuse qui l'instruisait était auprès d'elle : " O ma mère, dit-elle, soyez témoin de mon bonheur ! Dien a eu pitié de moi ! Il vient de m'ouvrir les yeux, et je vois ! et j'ai tout compris !
Remercions Marie Gloire à ma mère du ciel, je
suis catholique. . . . Je suis heureuse, et c'est aux bonnes prières qu'on a faites pour moi que je le dois ! " En prononçant ces paroles, une joie céleste rayonnait sur son front, et son regard était animé d'une expression nouvelle. .
' ' La maîtresse eut peine à contenir son émotion ; des larmes d'attendrissement coulèrent de ses yeux et s' agenouillant, elle aussi, elle prononça à haute voix
une prière d'actions de grâces, à laquelle la jeune Mary-Ann s'unissait par des élans qu'elle avait peine à contenir. Dès le lendemain, les ineffables douceurs de la confession catholique s'étaient révélées à la fervente enfant, et elle y avait puisé des consolations inconnues à son âme. Avec le doute, avaient disparues ses inquiétudes et ses troubles qui l'avaient si longtemps torturée. Depuis qu'elle avait enfin compris et accepté la vérité catholique, quel calme, quelle sérénité ! quel bonheur ! mademoiselle Seamen ne tarda pas à abjurer le protestantisme et à recevoir le baptême. Ce fut dans la petite église des Ursulines que s'accomplirent ces actes solennels ; ce fut devant ce tabernacle oii elle était venue tant de fois se prosterner pour demander à Jésus force et lumière, sous ce toit où elle avait tant discuté, surtout avec elle-même, qu'elle rentra dans le bercail du divin pasteur.
" C'était dans le mois consacré à honorer la reine des vierges, il fut beau ce jour du 27 mai qu'on attendait depuis longtemps avec une si vis^e ardeur ! Ce jour-là, les corridors qui conduisent à la chapelleétaient jonchés de fleurs, par les fenêtres entr' ouvertes, on entendait le ramage de mille oiseaux qui voltigeaient dans la feuillée, les compagnes de la jeune néophyte dans leurs habits de fête, formaient un double cercle autour de la chapelle ornée de tresses et de guirlandes parfumées. Mary-Ann, rayonnante de joie, était debout sur le seuil. Les religieuses prosternées devant leurs stalles, assistaient, elles au.ssi, à cette pieuse cérémonie.
" Une robe de riche étoffe, retenue par une ceinture bleue, se drapait gracieusement autour d'elle ; des bracelets ornaient ses bras, des anneaux étaient passés à ses doigts et des fleurs brillantes entrelacées dans ses cheveux complétaient sa toilette.
"L,e R. P. Siméon Dupont, récollet, s'avança vers la catéchumène et prononça sur elle les paroles mystérieu.ses des saints rites. Il lui fit ensuite les questions d'usage. Quand il en vint à celle-ci : "Renoncez-vous aux pompes de Satan?" " Oui, j'y renonce, répondit-elle, de tout mon coeur." Aussitôt, elle ôte
ses bracelets, ses anneaux, sa riche ceinture et les remet à sa plus proche compagne. Elle dénoue sa coiffure, les fleurs s'en échappent, et un long voile de lin éblouissant de blancheur, dérobe aux regards ce qui lui reste encore des pompes du diable. Le missionnaire continue les saintes prières, l'eau de grâce coule sur la tête virginale de Mary-Ann ; la terre tressaille d'allégresse, et les anges se réjouissent d'enregistrer le nom d'une nouvelle chrétienne." (i)
Le bonheur de M. de Tonnancour et de sa charmante compagne ne devait pas être de longue durée. '^' Pendant six années consécutives, continue l'ouvrage que nous venons de citer, rien ne vint troubler la paix d'un ciel sans nuage ; mais c'était le terme des joies d'ici-bas. L'ange de la mort plana sur cette demeure, et le 13 septembre 1746, une même tombe enfermait et la jeune mère et un enfant de quelques jours. Madame de Tonnancour, alors âgée de trente ans, était passée, laissant derrière elle un rare parfum de vertus qui embauma longtemps la mémoire de ceux qui l'avaient connue et aimée." (2)
Elle avait eu quatre enfants : I Marie ; II Marie- Joseph ; III René-Louis ; IV Anonyme.
Le 2 novembre 1749, M. de Tonnancour épousait en secondes noces, à Québec, Louise, fille de Pierre- André Carrerot, garde-magasin du roi et commissaire des troupes à l'ile Royale, et de Marie-Joseph Chéron.
De ce second mariage naquirent douze enfants : V Marie- Joseph; VI Marie- Louise; VII Pierre-André^ VIII Marie-Henriette; IX Charles- Antoine; X Marie- Josephte ; XI Marguerite-Madeleine ; XII Elizabeth ; XIII François ; XIV Marie-Marguerite ; XV Louis- René Labadie ; XVI Geneviève.
( I ) Les Ursulines des Trois- Rivières, tome premier, p.
MARIE GODEFROY DE TONNANCOUR Née à Trois- Rivières le 21 novembre 1740. Décédée au même endroit le 10 octobre 1755.
MARIE-JOSEPH G. DE TONNANCOUR
Née à Trois-Rivières le 25 novembre 1742.
Mariée, à Trois-Rivières, le 13 décembre 1770, à Eustache-Gaspard-Michel Chartier de Lotbinière.
Elle décéda à Vaudreuil le 28 juillet 1799.
Elle n'avait pas eu d'enfants.
M. de Eotbinière se remaria à Marie- Charlotte Munro.
Il mourut à Montréal le ler janvier 1822, et fut inhumé dans l'église paroissiale de Vaudreuil.
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