‹ La famille Gogo (volume 2)Chapitre 16 sur 37 · VOYAGE BN CHEMIN DE FER · texte numérisé non relu

VOYAGE BN CHEMIN DE FER

malgré cela, un air d'assurance et presque d'impertinence, quand il croit qu'on le regarde : tel est ce personnage que la dame, sa voisine, appelle indifféremment : M. Saint- Godibert... ou, mon bon chéri... ou, petithomme... ou, mon époux... le tout suivant la disposition d'humeur dans laquelle cçtte dame se trouve; mais en voiture, c'était presque toujours de M. Saint-Godibert que la grande femme se servait pour interpeller son mari.

Après ce monsieur est un jeune homme de vingt et quelques années, mis comme tous les jeunes gens de Paris qui ont de l'aisance et qui se mettent bien. Celui-ci n'est pas joli garçon, quoique ses traits n'offrent rien de disgracieux ; mais son nez aquilin, sa bouche serrée, ses yeux bleufaïence et la couleur de ses cheveux châtain clair, qui sont irréprochables pris en particulier, forment un ensemble insigni-

4 CHAPITBE I.

fiant qui manque de charme; enfin ce jeune hoBwne n'a pas Fair ouvert, et ses yeux un peu patelins semblent avoir pris l'habitude de ne regarder que de côté ; peut-être doit« on mettre la réserve de ses manières sur le compte de la timidité qu'il semble toujours éprouver en présence de M. Saint-Godibert, son père, et surtout de sa mère, qui parait vouloir exiger de son fils beaucoup de soumission et de respect.

La personne qui vient ensuite et qui occupe l'autre coin , parce qu'il reste une place vacante de ce côté, est un homme âgé, presque caché sous un paletot, une lévite, un bonnet de soie noire, une énorme perruque et une casquette de voyage bordée de fourrure ; car , quoique l'on soit à la fin d'août, ce monsieur est couvert conune s'il gelait. En entrant dans la voiture, il tenait sous son bras plusieurs de ces ronds en cuir vert que l'on a r])abitude de mettre

Page 1