LA VA1IILI.B COCO
que je m'en aille , il est jour... c^est le mo* ment où je dois commencer mes nonvelled fonctions... si je manquais pour la première fois, je pourrais perdre ma place, et ça ne me donnerait pas la facilité d'acheter des mouchoirs. Adi^u , je vas à mon emploi^., je viendrai vous revoir tantôt..* Au plaisir, mam'zelle... je vous laisse cheâs de braves gens qui ne vous abandonneront pas ; je suis tranquille sur vous,*, bon! bon!... je vois bien que vous voulet me remercierf çs n*en vaut pas la peine.
Après avoir dit ces mots, Désiré Glureaa secoue la main de son compère et sort vivement de la boutique en marciiant sur un poêlon et une marmite.
— n a cassé la queue d'un poêlon, dit Biehat d*iin air consterné , et il a défoncé une marmite !
— Depuis hier, ça feit quatre objets qv^il nous brise! répond la potière qui s'occupe
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de s'habUler. C'est un bon garçon, mais s'il vient souvent ici il nous ruinerai... il détruira notre fonds..*
— Mais où allonsHttous mettre mam'zelle ! dit Biehat , regarde donc comme elle est pâle , cette pauvre jeunesse !...
— Oui... oui... c'est à quoi je pense, dit Clara. Biehat, allez d'abord chez la laitière du coin, prenez de la crème en sus de notre portion ordinaire. Ce sera pour mam'zelle, je lui ferai chauffer ça avec deux sous de coêtonadef et prendre bien bouillant ! ce sera un velours sur son estomac.
— J'y vais, mon épouse...
— Et ne jas^z pas deux heures avec la laitière et avec les bo»ne$ du quartier, eomme vous en ave^l'horrible habitude!... ou je vais faire dter toutes ces péron«lles-U chez le juge de paix, comme dérangeant un homme marié de la bonne voie...
— Ah ! méchante ! ah ! es-tu méchante !
Et M. Bichdt va prendre une écuelle et un petit pot; puis, après avoir souri à son épouse, il s'élance dans la rue, en ayant l'aîr de jouer des castagnettes avec son pot et son écuelle.
Madame Bichat, ayant fini de s'habiller, s'était remise à pommader ses longues boucles à l'anglaise, et tout en se coiffant, elle regardait avec attention la jeune fille qui était assise et absorbée dans le fauteuil. La tendre Clara n'était point une méchante femme; elle était obligeante et avait un bon cœur; mais l'amour qu'elle éprouvait pour son mari la rendait jalouse à l'excès, et la beauté de Rose-Marie lui donnait de vagues inquiétudes ; elle n'aurait pas eu la pensée de renvoyer la jolie fille qui ne savait où aller, mais elle aurait été bien aise de pouvoir lui trouver un gîte convenable ailleurs que chez elle.
En ce moment quelqu'un entre dans la
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boutique de poteries; c'est un homme de soixante et quelques années, de taille moyenne et pourvu d'un honnête embonpoint; sa figure ronde et rose, son teint frais , ses yeux vifs, son air de bonne humeur, donnent à son aspect quelque chose qui prévient sur-le-champ en sa faveur.
C'est une belle figure de vieillard sur laquelle brillent encore la santé et la gaieté d'un jeune homme de vingt-cinq ans... non pas de ceux qui sont tristes et valétudinaires, mais d'un jeune homme qui est gai et qui se porte bien.
Ce nouveau venu a une grande veste de drap vert à boutons de métal blanc , avec de grandes basques qui en font presque un habit; un large pantalon de drap gris, de gros souliers à clous, et sur la tète un chapeau bas de forme et à larges rebords.
Le personnage vient d'entrer dans la bou-
tique en chantant d'une petite voix claire :
^Eh! non, non, non!
Ce n^est pas là Lisette, Eb! non, non, non!
Ce n^est pas là Lison !
Mais il interrompt sa chanson pour crier :
— Holà! madame Bichat!... il me faut un petit pot au lait, j'ai cassé le mien hier,., j'ai cassé ma petite cruche... nous allons remplacer ça,.. Heureusement ce n'est pas un grand malheur» . . elle m'avait coûté cinq sous!...
— Eh! c'est le yolsin du cinqtûème ! ce brave M« Savenay! dit madame Bichat en passant dans sa boutique. Comment va cette santé ce matin^ père Savenay?
—Très-bien^ madame Bichat. Oh! je ne suis jamais malade, moi, grâce au ciel.
— Aussi vous êtes toujours gai, voisin, toujours d© bdle humeur..* Il n'y a guère
LA BOUtIQVe DO POTIER. %%}$
0its de deux mois que vous êtes ddos la XDdiftd^n; mais vous l'aTez égayée comme du jour à la nuit ! Si tous les locataires vous reasemblmesl, ça serait bien plus agréa^ ble!... Chaque fois que f entends eJbanter dans la coujp, je dis i Tià If. Savenay qui rentre ou qui sort... Mais je suis toujours sire que c'est vous! je reconnais votre fittsset... et puis d'autant plus que vous fredonnez toujours des ariettes de Béran^ gfiT... Bichat dit jsowvent : Il parait que le voisin l'aime beaucoup, oe chansonnier^à, — Oui, voisine, et je croies que j'ai ça de consiun av^biîen du satonde.,. le voudrais savoir toutes se$ ebaisaons par ocnur.,. mais, dame \ à mon âge on n'apprend plus trèsfacilement! C'est égal 4 quand on a une boime santé, il me semble que c'est le principal et qu'on doit se moqiu^ du reste... Voilà mon caractèi^, madame Bicbat, et c'est fort heureux que je l'aie ainsi fait ! car
si j'avais été homme à me chagriner pour les événements que le sort nous envoie... j'aurais eu belle à me tourmenter, â me désoler... Mais je me suis toujours dit : A quoi sert-il de s'attrister? est-ce que cela change notre position?... est-ce que cela nous rend ce que nous avons perdu? Non. Eh bien alors, prenons les choses comme le bon Dieu nous les donne... il sait mieux que nous ce qu'il fait, et ce qui nous parait d'abord un malheur devient quelquefois par la suite la cause de notre félicité. Avec ces idées-là et une santé solide, on est toujours de bonne humeur, madame Bichat...
et je vais me choisir un petit pot...
— Voyez, voisin... voyez ce qui vous conviendra le mieux.
— Ahl je veux du gentil... dans les prix de quatre à six sous !
Pendant que le père Savenay examine différents petits pots, et que la marchande lui