JEANNETON, PRUDHOMME
PRUDHOMME, chargé de roses et de tulipes. ( // chante. )
Il faut de fleurs, il faut de fleurs semer la vie. JEANNETON.
Que demandez-vous, monsieur?
PRUDHOMME
Je demande deux beaux yeux et je les ai trouvés.
( Jl pose les fleurs sur la table.)
JEANNETON
Dame, monsieur, les jeunesses d'Ermenonville sont en réputation pour ça.
PRUDHOMME
Vous êtes^d'ErmenonvilIe ? [ôtant son chapeau.) Honneur à l'illustre auteur de Télémaque et autres ouvrages non moins remarquables, qui y est inhumé! Honneur au grand Jean-Jacques Rousseau !
JEANNETON, il part.
Qu'est-ce qu'il a donc?
PRDDHOMME.
Puisse M. le préfet de police lui restituer son nom qu'on a indignement dénaturé en celui de la Platrière!
jEATîNETON, à part.
Est-il drôle ? il a l'air de prêcher !
PRUDHOMME
Elle est, ma foi, très bien cette... Dites-moi donc, il mç vient une idée bouffonne...
JEASNETON.
Quoi donc?
PRUDHOMME
, Air : f^audeville de la Somnambule.
Oui, Ion joli minois m'engage
A m'ouvrir à loi sans détour ;
Et je voudrais sur ton visage
Cueillir un doux baiser d'amour.
Eh bien! pourquoi faire la moue?
Petite, en honneur tu me plais!
JEANSEToif, avec un geste menaçant.
V'nez donc cueillir des baisers sur ma joue ; Moi, sur la vôt' je plant' rai des soufflets.
PRUDHOMME
Ah! ah! je suis curieux de savoir... allons... allons.
( // la prend dans ses bras.) JEANNETON, se débattant .
Voulez-vous bien, voulez-vous bien nie laisser tranquille!... vous n'êtes qu'un gros malhonnête... Ah ben ! par exemple!... Au secours I à moi !
(Elle lui donne un soufflet; lorsqa'Hamelin entre, elle sort.)
SCKINE XV.
PRUDHOMMF, HAMELIN.
HAMELiN, accourant.
Qu'esl-ce donc, hou Dieu! qu'y a-t-il?
PRUDHOMME , tranquillement , se tournant vers Hamelin. Monsieur, je vous présente mes civilités, Joseph Pruclhomme, professeur d'écritures, élève de Brard et de Saint-Omer> expert assermenté près les cours et tribunaux, et qui pour le moment plaisantait avec la bonne.
HAMEUN.
Monsieur?
PRUDHOMME
Est-ce à l'esiimahle monsieur Hamelin que j'ai l'avantage de parler?
HAMELIN
A lui-même, monsieur,.
PRUDHOMME
Joseph Prudhonime,! professeur d'écritures, élève de Brard et de...
HAMELIN
J'ai entendu.... Pourrais-je savoir, monsieur, ce qui me procure l'insigne honneur d'une visite?
PRrDHOMME.
Je suis oncle du jeune Ccquerel , votre gendre futur, et beaufrère du vieux Coquerel, père dudit.
HAMELIN
Enchanté, monsieur, (à part.) En voilà encore un qui a un drôle d'air... Il y a déjà ici quelqu'un de votre connaissance, votre beau- frère.
PRUDHOMME
Coquerel est ici!
HAMELIN
Depuis quelques instans... C'est un original.
PRUDHOMME
Plus qu'original, je le soupçonne imbécile.
H4MELIN
Vraiment ?
PRUDHOMME
Nous ne cadrâmes jamais... (v'est un homme parfaitement incapable, et son fils !... ah !
HAMELIN
Pas possible !
PRUDHOMME
Il a hérite île loub les défauts paternels.
Il est fâcheux quelquefois de voir les fils hériter des pères.
PRUDHOMME
Ah ! ne parlons pas politique.
HABiELiN, étonné et à part.
Politique?
PBUDHOMME.
Je suis d'un caractère léger et facétieux, j*aime rire, mais je ne plaisante jamais avec les matières publiques, je suis entièrement dévoué à l'ordre de choses... Vive à jamais l'ordre de choses... Vive tout ce qui contribue à notre bonheur! Vivent les autorités constituées, vive à jamais la garde municipale et son auguste famille !
HAMELIN
Mais du tout. Je vous disais qu'il était fâcheux quelquefois de voir les enfans hériter des défauts des pères. P... è... r... e... s.
PBCDHOIVIOiE.
Ah ! ah ! pater patrls, pater patrls... .
HAMELIN, criant en même temps.
PRUDHOMME
Mais j'aperçois une personne du sexe... Est-ce la vôtre î^
HAMELIN
C'est elle-même.
PRUDHOMME, saluant.
Madame, je dépose mon hommage.