‹ La famille improviséeChapitre 22 sur 30 · SCENE XXII · texte numérisé non relu

SCENE XXII

LES MÊMES, ROUSSEAU , une pipe à la bouche.

BOCSSEAC.

Salut, tout le monde, la compagnie! C'est-il vous qu'est monsieur et madame Hamelin?

HAMEXIN.

C'est nous-mêmes, mon cher.

MADAME HAMELIN

11 ne manquait plus que celui-là... Dieu! quelle infection!

ROUSSEAU

Pardon, excuse, monsieur et madame Hamelin! Si je venons comme ça ; c'est au sujet d'un quelqu'un que vous connaissez... IM. Adolphe Coquerel.

HAMELl».

Vous êtes son parent?

ROUSSEAU

Non, je suis son cousin, par les femmes, comme on dit, c'est le mauvais côté! (// rit.) Ma femme est une Coquerel, et j'vas vous dire , comme j'vous disais , je suis marchand de bestiaux à Saint-Leu-Taverny... Alors, parce que c'est demain jour du marché à Ponloise, comme mon cousin , parce que ma femme (qui est une Coquerel) m'a dit, dit-elle, faut aller voir le cousin, parce que c'est juste; quand on entre dans une famille comme monsieur et madame Hamelin, on a de la politesse , c'est pas des goujats.

UAMELIN.

Merci de l'opinion favorable...

ROUSSEAU

Je le dis, moi... ça ne serait pas ça, que je vous le dirais tout de même : quand on est parens, faut pas se gêner... Vous viendreriez cheu nous, une supposition , vous viendreriez cheu

nous, n'est-ce pas? ah mon Dieu ! c'est la bonne amitié, quoi! ma femme est une Coquerel , et tout est dit.

HAMELIN

Sans doute, sans doute, je suis persuadé que nous serions très bien repus chez vous.

MADAME HAMELIN, bos à SOU mari.

Ah ! monsieur Hainehn , je ne puis supporter l'odeur infecte du tabac de cet homme.

[Elle porte son mouchoir d sa bouche, et s'agite sur sa chaise.)

ROUSSEAU , à Hamelin.

Quoi qu'air a? quoi qu'ail' a, marne Hamelin ? Est-ce que... aile tombe d'un mal ?

HAMELIN, avec hésitation.

Non... c'est que... ce sont les nerfs qui la tourmentent.

ROUSSEAU

Les narfs vous voulez dire? ah bien! faut lui frotterle dos avec une couenne de lard ; vous prenez une bonne couenne de lard , et puis la tête de votre femme de l'autre, et puis vous frottez... farme, farme, du depuis le chignon du cou tout le long de l'échine du dos. Ah! ça la cuira, ail' criera, ail' jurera comme un charretier, aile pourra peut-être bien loucher, y en a qui louchent... Vous n'y faites pas attention, vous frottez toujours... tant pus que c'est pour son bien-être... et v'ià tout... c'est souverain pour les narfs.

MADAME HAMELIN, à part.

Quelle infamie de remède !

ROUSSEAU

Air remue encore... ail' a queuque chose.

HAMELIN, à Rousseau.

Franchement, je crois qu'elle va quitter la place, voyezvous? elle n'a pas l'habitude de sentir l'odeur...

ROUSSEAU

Ma cousine!... faut pas que je vous retienne : y a des gens qui n'aiment pas ça. . . mais tout de même ça corrige la mauvaise air. Monsieur et mame Hamelin, puisque nous allons t'être parens , je vous demanderai la permission de faire entrer ici quatre bœufs et quinze moutons... que je ramène à Saint-Leu-Tavern}^, mais après le mariage de mon cousin...

MADAME HAMELIN, se levant tout d coup.

Quatre bœufs et quinze moutons! mais où voulez-vous donc que nous les logions?

ROUSSEAU

Dame... nous voirons ça, ma cousine... et puis sans façon je vous demanderai un verre de vin.

Pour ça , volontiers. ( â part. ) Il faut à tout prix nous débarrasser de lui. ( // sonfie. )

scEïNE xxm.

LES MÊMES, JEANNETON

JEA.N1VET0N.

Monsieur a sonné?

HÀMELIN.

Apporte une bouteille de vin.

ROUSSEAU

Je vous demanderai un morceau de pain et une bouchée de froDiage avec...

MADAME HAMELIN

Mais, monsieur... ( à part. ) II est sans façons.

ROUSSEAU, s* accoudant sur la table.

Monsieur et madame Hamelin, y a-t-il long-temps que vous habitez Armanonville?

HAMELIN

II y a quinze ans à peu près; car lorsque je faisais le commerce de grains, j'habitais Paris.

ROUSSEAU

Là où?

bamelin.

Comment dites-vous?

ROUSSEAU

Là où ?

BAMELIN.

Ah! près de la Halle-aux-Blés.

(Jeanneton apporte une bouteille , deux verres, du pain et du fromage ; tandis qu'elle les place sur la table, Rousseau la regarde d'un air satisfait. )

ROOSSEAU , à Hamelin, Vous avez une servante qui est diablement belle femme! aile est belle femme! ( // lutine Jeanneton qui rit aux éclats y madame Hamelin parait scandalisée, Jeanneton sort. ^ Ah! vous demeuriez du côté de la Halle-aux-Blés?... Avez-vous connu la mère Michel ?

BAMELIN.

Est-ce la mère Michel qui a perdu... ? non , je me trompe , c'est Pichcl qu'on la nomme.

ROUSSEAU

La mère Michel qui fait frire de la friture.

BAMELIN.

Non ; je ne connus jamais personne du nom de Michel.

ROPSSEAU.

Aveivous connu le père Michel ?

HàMELIH,

Pas davantage ; pui.sque je vous dis que je ue connus personne de ce nom-là.

BOUSSEAV.

Qui tondait les chiens ?

Gonibien de fois faut-il vous répéter...?

ROUSSEAU

Vous n'avez pas connu son cousin ?

HÂMELIN.

Je vous dis que non.

ROUSSEAU

C'est comme vous voudrez: (se servant à boire. ) A votre sanlé, monsieur et madame Hamelin!... il est gentil tout de même votre petit vin , il se laisse boire. ( // jette le reste de son verre de vin^ et éclabousse Hamelin qui se re</r«. ) Est-ce que vous n'allez pas trinquer avec moi , mon cousin?

HAMELIN

Merci! j'ai pris mon café au lait.

ROUSSEAU , buvant.

Ah! le café au lait... je dis à ça, c'est bon pour régaler les chats et les chiens ; alors c'est la cousine qui me tiendra compagnie. ( // remplit un verre de vin et l'offre à madame Hamelin. )

HAMELIN, d part.

Il offre un petit verre de vin à ma femme! MADAME H k^LELivi , se reculant.

Ah! l'horreur! Monsieur, je ne bois jamais entre mes repas.

ROUSSEAU , se levant.

Excusez... Eh bien! si j'vous ai manquée, madame Hamelin, il faut que je vous demande la permission de vous embrasser. MADAME HAMELIN, Jetant un cri, et passant de l'autre côté de /<*

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