SCÈNE I
Mad. WILSON, DONALD.
{MadameVilson est assise dans l'attitude de la tristesse. Donald devant u/ie glace ajuste son uniforme.)
Mad, wilsox.
Malheureuse destinée d'une mère et d'une épouse ! trembler ou gémir sur le sort.de tout ce qui m'est cher! mon époux, exerçant dans un pays lointain le périlleux métier des armes , et me laissant à moi-même, dans une situation au-dessus de mes forces! une tille ingrate, in 'enlevant la seule compagne qui me restait dans mon abandon ! un bis... [Regardant Donald.) dont l'ardeur guerrière me cause d'autant plus d'alarmes qu'elle menace de me l'enlever... plus de consolations!.., cruelle destinée!..,
do>ald , se retournant.
Eh bien , ma mère, comment trouvez-vous mon uniforme , mon chapeau, mon plumet? tout cela n'est-il pas charmant?
Mad. atilson, avec indifférence.
Tout cela vous sied fort bien , mon fils.
do>ald , montrant son fusil.
Et mon fusil , vois donc qu'il est joli !
3iad. wilson.
Tu eu parles comme un enfant !
DONALD
C'est là notre parure , à nous. Gomme il est léger , tiens ! {il fait l'exercice.) Présentez armes! [il les présente.) Portez armes!... apprêtez armes!... joue!... feu !... le coup part, on tue son ennemi , et voilà toutde secret de la gloire !
Mad. yvu.son, a^eç inquiétude.
Tu n'en vois que l'éclat , tu ne songes pas à ce qu'elle coûte : et le danger , mou ami !
DONALD
Le danger, ma mère?... c'est un mot qu'il faut rayer de son dictionnaire, dès qu'on porle un uniforme.
Mad. AVILSON.
Hélas ! j'avoue que la périlleuse vocation que tu as embrassée , loin de me causer quelque joie, remplit mon cœur d'une secrète inquiétude!
DONALD
Est-il, à mon âge, une carrière plus belle que celle qui m'ordonne de vaincre ou de mourir pour ma patrie?
Mad. AYILSON.
Tu me fais frémir , Donald : mais.la pensée que le téméraire Arthur, le ravisseur de ma fille, combat sous les drapeaux des rebelles, diminue mes regrets sur le choix que tu as lait.
DONALD
Chère maman, je fais ce que je dois à l'honneur et à vos conseils ; mais à présent que mon parti est pris , me permettez-vous de vous dire mon avis sur ce coupable ? Mad. WILSON.
Quelque pénible qu'il me soit d'entendre prononcer son siom, je n'ai rien à te refuser.
DONALD
Oui , quoique je condamne sa rébellion , je ne puis mécon-
niîire les grandes qualités qu'il déploie pour une si mauvaise cause ! Toujours cité dans les actions d'éclat , toujours le premier dans les entreprises péi illeuses; généreux dans ta victoire^ plein de ressources dans les revers ! qui ne Voudrait, au prix de ses fautes, courir la même fortune? je conçois le penchant qui a entraîné ma sœur vers lui; et en vérité m l'en pouvait être excusable d'affliger une aussi bonne mère, j'estimerais Kelly , par la seule idée du Choix qu'elle a lait. aiad. Wilson.
Je sais que l'opinion publique est avantageuse à ce rebelle ; mais ses torts envers vous et envers moi , qu'on ne fait entrer ]iour lien dans les motif» qui la déterminent , sont une preuve de la légèreté de celle opinion. La volonté d'une mère est une autorité que nul enfant ne doit braver impunément.
POIÎALD.
Et que personne ne respecte plus que moi ; mais pourquoi avoir exposé ma sœur à une épreuve si forte pour son âge? pourquoi rompre des liens formés par mon père, serrés par l'habitude et l'espérance ?
iwad. wilson.
Vous savez , Donald , que je voyageais avec vous quand votre père, qui avait gardé ISellv auprès de lui, arrangea ce mariage. La guerre civile n'avait pas encore acquis à Arthur, que je ne connaissais pas, la fatale renommée dont il jouit aujourd'hui ; votre père attendait mon retour pour terminer l'exécution de son projet. Son départ précipité pour l'Inde et les malheurs de notre pairie ont tout dérangé. Arthur s'engage dans le parti des rebelles ; une loi terrible lui enlève tous les avantages qui pouvaient assurer l'étal de votre sœur ; c'est dans celle conjoncture que nous arrivons; compromis nous-mêmes par l'attachement connu de ma fille à la personne et à la cause de ce rebelle , nous allions être enveloppés dans la même proscription, quand un homme d'une naissance illustre , d'une fortune supérieure à celle dont eût jamais pu jouir Arthur , lord Dougal , enfin, s'offre pour nous protéger et réparer envers votre sœur les torts de la guerre. Mon devoir était de veiller à ses intérêts, et de condamner par cette seule raison, la folle constance qui l'attachait à un homme sans fortune , sans asile ; je voulais mettre ma fille à l'abri de la situation où son imprudente passion l'exposait; en un mot, je devais remplir mon devoir de mère, et je ne saurais croire que mon fils, ma cotisa* lalion et mon appui , desaprouve ma conduite,
A dieu! ne plaise que je puise démentir un seul instant l'espoir que vous avez fondé sur moi ! J'admire la bravoure d Arthur , il est vrai , je regrette et plains ma sœur ; mais je n'approuve ni l'un ni l'antre, et je n'oublierai jamais quemonhonneur et mes sermens m'ordonnenl de l attaquer partout où je Je rencontrerai; je puis même le faire en tonte liberté , puisque je ne le connais point, et qu'en aucun cas son aspect ne saurait éveiller ma pitié en sa faveur.
Mad. wilson.
An! mon fils, le ciel vous j^arde d'une pareille rencontre!