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LA FAMILLE DE VEROHÈRES EN FRANCE

es

Une famille de Verchères, originaire du Brionnaîs, remonte jusqu'au XIIP siècle, temps auquel elle avait des notaires royaux, des ecclésiastiques et des gens de lettres. Elle a donné plusieurs juges châtelains à la ville de Marcigny, un premier président à la Chambre du Trésor et Bureau des finances de la province de Bourgogne, et au parlement de Dijon, quatre conseillers et un président à mortier. Elle compte encore six jshe- »^ valiers de Saint-Louis, un chevalier de Malte, un oflScier

"^3 et un chevalier de la Légion d'Honneur. Il y a eu égale-

^% ment des personnages de cette maison dans presque

tous les ordres religieux ainsi que dans plusieurs chapitres nobles.

Les armes de cette famille bourguignonne étaient : De sable à la fasce d'or accompagné d'un croissant d'argent en chef, et de trois étoiles d'or en pointe.

Supports : Deux cygnes.

Nous ignorons si nos Jarret de Verchères sortaient de cette famille de Verchères* •

FRANÇOIS JAERET DE VERCHÈEES

Cest au printemps de 1665 que débarqua à Québec le fameux régiment de Carignan qui devait mettre fin aux courses des Iroquois si désastreuses pour la colonie de la Nouvelle-France et qui duraient depuis près d'un demi- siècle.

Nos historiens Granieau et Ferland ont fait ressortir avec avantage les services rendus à notre pays par le régiment de Carignan. Inutile donc d'y revenir.

La vénérable Mère de l'Incarnation écrivait le 18 octobre 1667 :

" On dit que les troupes s'en retourneront l'an prochain, mais il y a apparence que la plus grande partie restera ici comme habitants, y trouvant des terres qu'ils n'auraient peut-être pas dans leur pays." (})

0) Uabbé Richaadeau, Lettres de la Révérende Mère Marie de Vlneamaiion, tome second, p. 352.

Louis XIV ayant, en efifet, besoin de troupes pour faire la guerre en Europe, rappela le régiment de Carîgnan en France.

Ferland dit à ce sujet :

** Quatre compagnies de Carignan, choisies parmi celles, dont les capitaines s'étaient mariés dans le pays ou étaient disposés à s'y marier, furent laissés en arrière, afin de conserver les forts les plus avancés, et défendre les habitants contre les incursions des ennemis. Le roi ayant averti les officiers, qui allaient rentrer en France, qu'il serait fort aise si une partie de leurs soldats consentaient à demeurer dans la colonie, il resta, en tout, plus de quatre cents hommes, décidés à adopter le Canada pour leur patrie. On distribua à chaque soldat cent francs ou cinquante francs avec les ▼ivres d'une année ; chaque sergent reçut cent cinquante francs ou cent francs avec les vivres d'une année. Douze milles livres furent distribués aux soldats, qui, sans appartenir aux quatres compagnies laissés en arrière, consentaient à rester dans le pays et à s'y marier." (})

Au nombre des officiers du régiment de Carignan, qui ayant pris femme dans le pays, décidèrent de s'y établir définitivement, se trouvait François Jarret de - Verchères, enseigne de la compagnie de Contrecœur.

Il était né, en 1641, dans la paroisse de Saint-Chef, archevêché de Vienne, en Dauphiné, du mariage de Jean de Jarret et de Claudine de Pécaudy (*).

Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon concédait à M. de Verchères une lieue de terre de front sur une lieue de profondeur à prendre sur le fleuve Saint-Lau-

(*) Cours cPhistoire du Canada^ vol. II, p. 62.

(«) M*' Tanguay (Dictionnaire généalogique^ vol. 1", p. 318) dit Picou. C'est Pécaudy qu*il faut lire. Claudine de Pécaudy était la sœur d'Antoine de Pécaudy de Contrecœur, capitaine au régiment de Carignan et premier seigneur de Contrecœur.

rent, entre les ooncessioiiB des sienia de Granâmaûcm et de Vitré.

Xous lisons dans les lettres de concession accordées à M. de Verchères :

** Sa Majesté ayant de tout temps recherché avec soin et le zèle convenable an juste titre de fils aine de l'Eglise les moyens de pousser dans les pays les plus inconnus par la propagation de la foi et la publication de FEvangile la gloire de Dieu avec le nom chrétien fin première et principale de rétablissement de la colonie française en Canada et par accessoire de faire connaître aux parties de la terre les plus éloignées du commerce des hommes sociables la grandeur de son nom et la force de ses armes, et n'ayant pas estimé qu'il y en eut de pins sures que de composer cette colonie'de gens capaUes de la bien remplir pour les qualités de leurs personnes, l'augmenter p^ar leurs travaux et leur application à la culture des terres et de la soutenir par une vigoureuse défense contre les insultes et 1^ attaques auxquelles elle pourrait être exposé daxis la suite des temps et fait passer en ce pays bon nombre de ses fidèles sujets officiers de ses troup^es dans le régiment de Caiignan et autres dont la plupart se conformant aux grands et pieux desseins de Sa Majesté voulant bien se lier au pays en y formant des terres et seigneuries d'une étendue proportionnée à leur forces, et le sieur de Verchères, enseigne de la compagnie de M. de Contrecœur, nous ayant requis de lui en départir; nous en considération des bons, utiles et louable services qu'il a rendus à Sa Majesté en différents endroits tant en Fancienne France que dans la nouvelle depuis qu'il y est passé par ordre de Sa Majesté et en vue de ceux qu'il témoigne vouloir encore rendie ci-après, en vertu du pouvoir par £Ue à nous donné, avons accordé, donné et concédé, accordons, donnons et concédons au dit sieur de Verchères une lieue de terre de front sur une lieue de profondeur, à prendre sur le fleuve Saint-Lau-

rent depuis la concession du sieur de Grandmaison en • descendant vers les terres non concédées jusqu'à celle du sieur de Vitré et s'il y a plus que cette quantité entre les sieurs de Verchères et Vitré elle sera partagée également entre eux ".

Cette concession était faite aux charges ordinaires, c'est-à-dire la foi et hommage au château Saint-Louis de Québec, droits ot redevances, feu et lieu pour le seigneur et les censitaires, etc., etc.

L'année suivante, le 26 août, M. de Verchères se faisait concéder par M. de Frontenac deux îles situées dans le fleuve Saint- Laurent, vis-à-vis la devanture de sa seigneurie, l'île aux Prunes et l'île Longue.

M. de Verchères trouvant que ses terres étaient peu propres à la culture obtint de MM. de Frontenac et Duchesneau, le 8 octobre 1678, une lieue de terre d'augmentation à prendre dans la profondeur de sa seigneurie.

Le passage du régiment de Carignan dans la Nouvelle-France avait arrêté pour un temps les incursions des Iroquois. Mais ils recommencèrent bientôt leurs courses si fatales aux colons. La seigneurie de Verchères était une des plus exposées aux coups des Iroquois. Ceux-ci pour éviter le fort de Richelieu élevé à l'embouchure de la rivière du même nom passaient par les seigneuries de Verchères, de Contrecœur et de Saint- Ours. De là, les nombreuses alertes que subirent ces colonies à leur origine.

M. de Verchères pour protéger sa famille et les braves colons qui l'avaient suivi dans sa seigneurie, se décida à construire une espèce do fort ou de camp retranché. A la moindre aleite, les habitants, occupés à leurs travaux de culture ou de défrichement, pourraient s'y réfugier et s'y défendre avantageusement.

Le Père de Charlevoix nous donne quelques renseignements au sujet de ces forts que les seigneurs érigeaient autrefois dans leurs seigneuries.

** On y entretenait nuit et jour, dit-il, un ou deux

ibnctâoniiaires, et tons avaient qnelqnes pièces de campagne, on tont an moins qnelqnes pierriers, tant pour écarter l'ennemi, que ponr avertir les habitants d'être snrlenrs gardes, on ponr demander des seconrs. Ces forts n'étaient que de grands enclos formés de palissades avec qnelqnes redoutes : l'église et la maison du seigneur 7 étaient renfermées, et il 7 avait encore assez d'espaces pour 7 retirer en cas de besoin, les femmes, les enfants et les bestiaux. Cen était assez pour se mettre hors d'insulte (}) ."

Le 12 mai 1678, Louis XIV, par commission signée à Saint-Germain-en-La7e, ordonnait an gouverneur de Frontenac et à l'intendant Duchesnean conjointement avec le Conseil Souverain, d'assembler les vingt principaux et plus anciens habitants du pa7s pour avoir leur avis sur le commerce de l'eau-de-vie avec les Sauvages.

MM. d'Ailleboust de Musseaux, Dngné de Boisbriand, LeBer de Saint-Paul, LeGrardeur de Bepentign7, Boucher, Sanrel, Berthier, Jarret de Verchères, Crevier, Pezard de La Touche, Dnplessis-Gatinean, Chorel Dorvilliers de Saint- Bomain, Éobinean de Bécancour et de Portneu^ Charron, de Lestre de Wallon, Boger des Colombiers, Jolliet, Picoté de Bellestre, Saint-Ours et Saint-Pierre furent choisis pour donner cette consultation.

Le 26 octobre 1678, jour fixé pour la rénnion, MM. Boucher, d'Ailleboust de Musseaux et Saint- Pierre ne fl^étant pas rendus à Québec» quoiqu'avertis de s'7 trouver, le Conseil Souverain les remplaça par les sienrs Cavelier de la Salle, Bourdon de Dombourg et Pelletier de la Prade.

Malheureusement, la plupart de ceux qui avaient été choisis étaient intéressés dans le pernicieux commerce de l'eau-de-vie. Quinze parmi eux soutinrent que la

Hiitoire de la Nouvétte- France.

traite de Teau-de-vie avec les Sauvages était absolu-' meot nécessaire au bien de la colonie.

Pour sa part, M, de Verchères donna ropînîon suivante :

" Que la traite doit être entièrement permise tant dea dites boissons comme des autres marehaudisea, étant extrêmement utile au commerce du pays et pour donner le repos aux consciences qui, depuis plusieurs anoiîes ont été troublées par ce qu'on n'a pu empêcher les personnes qui en paraissaient les plus éloignées de faire ce commerce, voyant bien que ce n'est qu'un mystère qui continuerait, s'il n'y était pourvu par Sa Majesté, d'autant qu'en premier lieu le cas réservé a fait un trèsgrand tort au dit commerce, les habitants ne pouvant souffrir qu'on emportât le profit chez les nations éloignées, et qu'ils n'ont fait aucune difficulté de passer par dessus toutes ces considérations quoiqu'il leur reste du scrupule, ce qui les a obligés d'être plusieurs années sans s'approcher des sacrements^ en second lien, que l'on fait croire que les sauvages ont noe grande avidité pour la boiïson, ce qui devrait être, parce qu'elle ne leur est donnée qu'en cachette pour leur argent, et que cette manière d'agir leur fait connaître qu'on les traite en bêtes et qu'on veut les distinguer des Français, ce qui leur peut donuer occasion de s'en éloigner, et que si on en usait autrement, .on les obligerait à vivre comme nous et à nous servir, et que bien loin que cette liberté de traiter de la boisson les empêche d'embrasser notre religion, elle les y porterait, ce qui se prouve par les Outaouas qui ne sont point enclins à boire et chez lesquels on n'a pas fait de grands progrès ; que quant aux désordres que la dite traite cause, ils sont en petit nombre, à proportion des peuples, et que lorsqu'ils connaissent l'autorité royale et la manière dont on punit les vices, ils n'y sont pas communs." (})

(1) Pierre Margiy, Etahliasemmta des Françaù dam V Amérique stpientrionaUf voL 1*^, p. 413i

Seuls, M. Ji. LeBer de Saiot-Paal, Paplessis-Cratînean, de Lestre de Wallon, Jolliet et Bourdon de Dombonrg agirent comme des hommes de caractère et se prononcèrent contre la traite avec les Sanyages. (})

En 1681, M. de Verchères habitait sa seigneurie s'occnpant activement de la mettre en valeur. Le recensement fait à la fin de cette année lui donne 20 arpents en valeur. On voit également qu'il a 13 bétes à cornes et qu'il garde dans son manoir 5 fusils.

Les censitaires de M. de Verchères sont André* Jarret de Beauregard, Toussaint Lucas, Mathieu Binet, Adrien Ponce, Jean Blou^ Pierre Geoffrion, André Balsac, François Chagnon, Jean Chariot, Pierre Bosseau et Pierre Chicoyne.

Ces onze habitants avaient en tout 89 arpents en valeur, soit avec les 20 arpents du seigneur 119 arpents en valeur. La seigneurie de Verchères, il ne &ut pas l'oublier, n'était ouverte à la colonisation que depuis sept ou huit ans.

En 1687, M. de Verchères prit part à la trop célèlwe expédition du gouverneur de Denonville contre les Tsonnontouans.

L'armée était composée de 100 Sauvages du Sault Saint-Louis ; de 60 Sauvages de la Montagne ; de 40 Harons de Lorette ; de 60 Abénakis et de quelques Algonquins ; et de 1800 hommes de troupes régulières et de milices.. Ces dernières étaient divisées en quatre bataillons commandés par MM. DuGué, Berthier, de Longueuil et de Verchères.

(>) M. de La TouTy dans ses Mémoires sur la vie de Mgr de Laval, signale comme on coup de la vengeance dirine la mort fiineste on violente des vingt cîtojens qui prirent part à cette délibération importante. L'affirmation de M. de La Tour n'est pas iotUe vraie. La moitié de ces citoyens monlurent paisiblement dans leurs lits, ^ après avoir reçu tons ks sacrements." Voir à ce sojet le Bnlletim des Beekerckes BisloriqueSf voL Xll, p. 375.

" Jamais, remarque M. de Belmont,le Canada n'avait vu et ne verra peut-être jamais un pareil spectacle : il y avait un quartier de troupes rc^glées de France ; le quartier des habitants en quatre bataillons, avec la noblesse du pays ; le quartier des Sauvages chrétiens, et ensuite une cohue de toutes ces natiorfs barbares, nues, m attachées et peintes par le corps de toutes sortes de figures, portant des cornes à la tête, des queues au dos, armées de flèches. On oyait Q) la nuit une infinité de toutes sortes de langues, et des chants et des danses en toutes sortes de langues (^)."

En 1691, le gouverneur de Frontenac donnait à M. de Verchères l'ordre de servir en qualité d'enseigne dans une compagnie des troupes du Canada, au lieu et place du sieur de Forsan, promu lieutenant (^).

La même année 1691, M. de Frontenac disait ce qui suii au sujet de M. de Verchères :

" Le sieur de Verchères était ci-devant enseigne dans le régiment de Carignan. Il a eu un gendre tué par les Iroquois il y a deux ans, et cette année il en a perdu un autre qui a été enlevé avec un de ses frères et son fils " (*).

En 1694, M. de Verchères était fait lieutenant réformé (*).

M. de Verchères décéda le 26 février 1700. («)

C) Entendait.

C) Histoire du Canada, p. 21.

(?) Estât des employs vaquans ausquels monsieur le comte de Frontenac, gouverneur et lieutenant général pour le roy en toute la France septentrional le, a pourvue en Tannée 1691 en attendant les commissions de Sa Majesté. — Correspon dance générale, Canada.

(*) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XIII, p. 343.

(*) L*abbé Daniel, Famille de Léry, p. 185.

(?) Mgr Tanguay ne donne pas la date de la mort de M. de Verchères. Les registres de Contrecœur pour 1700 n'existent plus. Nous lisons dans la reouéte de Marie Perrot au lieutenant-général de la juridiction de Tile de Montréal pour

M. de Verchères avait épousé, à Saînte-Famille de nie d'Oriéacs le 17 septembre 1669, Marie Perrot. fille de Jacques Perrot dit Vildaigre et de Michelle Leflo. (^)

Elle n'avait que quatorze ans.

Madame de Verchères décéda à Verchères le 30 sepiembiel728.

On a beaucoup vanté les hauts faits de sa fille, Marie-Madeleiue de Verchères. Cette dernière avait probablement hérité de sa mère son humeur guerrière. En 1690, madame de Verchères avait soutenu, presque seule, un véritable siège de la part des Iroquois. Sa bravoure et son saug-froid en imposèrent tellement à ces barbares qu'ils se retirèrent ne pouvant croire qu'elle était seule.

" L'espérance que les assiégeants avaient conçue, dit Charlevoix, d'avoir bon marché d'une place, qu'ils savaient être dégarnie d'hommes, les fit retourner plusieuiB fois à la charge, mais la dame les écarta toujours

£ûre assembler ses parents a£n de nommer un tuteur à ses en&nts mineurs : ''Suplie humblement damoiselle Marie Perrot, veuve de François Jarret, vivant écuyer seigneur de Verchères, lieutenant réformé dans les troupes du détachement de la marine, disant que le dit sieur de Verchères, son

mari, était décédé le vingt sixième février dernier "

0) Nous lisons dans les rentres de la Sainte-Famille : i.... Hallages ûdts par H. Thomas Korel, prêtre, Miss** tirés de ses manuscrits par moi prêtre soussigné avec Texactitude

convenable en pareille occasion. (Signé) P. Lamj, Le

dix-sept* septembre mil six cent soixante-sept, François de Jaret de Verchère, fils de feu Jean de Jaret et de Claudine de Ficou (Pécaudy), de la paroisse de Chef, archevêché de Visme en Dauphiné, et ^larie Perrot, fille de Jacques Perrot et de Michelle Leflo, de cette paroisse d^autre part. Ont été mariés par M. Morel, prestre, miss'* en présence de Jacques Perrot, de Mr de Grandville et Guillaume Bosché les jours et an que dessus." M. Lamy fait erreur quant à la date du mariage. C'est bien en 1669 qu'il fiit célébré. Le contrat de mariage des jeunes époux fut dressé par Pierre Duquet le 7 teptembre 1669.

Elle se battit de la sorte pendant deux jours, avec une bravoure et une présence d'esprit, qui auraient fait honneur à un vieux guerrier, et elle contraignit enfin l'ennemi de se retirer, de peur d'être coupé, bien honteux d'être obligé de fuir devant une femme {}) ".

Enfants :

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