IV. ii
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— Hébien! — dit vivement le prince à son honnête serviteur, — quelles nouvelles?., quelles nouvelles ? — Puis . par réminiscence, et ainsi que l'on dit : « pour l'acquit « de sa conscience, » ce bon prince ajouta d'un ton solennel : — Tout à l'heure nous aurons un autre compte à régler.
— J'espère prouvera Votre Altesse que mon zèle seul a pu m'égarer...
. — Gomment! coquin! tu o&es .. mais patience ! dans un instant nous reviendrons à cela... quant à présent, quelles nouvelles de l'hôtel de Villetaneuse ?
— Madame la comtesse ayant repris ses sens peu de temps après le départ de votre Altesse a été reconduite chez elle, par M. et madame Jouffroy.
LA FAMILLE JOlFFilOY. 211
— De ces terri l)les secousses , Est-ce qu'elle ne se ressent pas gravement? — demanda le prince avec anxiété. — Mon Dieu ! elle doit tant soulTrir !
— Madame la comtesse est très pâle , très abattue, mais sa santé ne paraît pas altérée...
—Que s'est-il passé lors de son retour à l'hôtel ?
— D'abord madame Jouffroy a exigé que madame la comtesse se mît au lit, ce qu'elle a fuit , puis il y a eu entre madame Jouffroy, son umvi el M. le comte, une violente explication ; Clara , la femme de chambre écoutait à la porte du salon et a toui entendu. Madame Jonlfroy a accablé M. le comte de reproches sanglants , l'accusant d'avoir trompé , ruiné
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sa fille et de la calomnier ensuite ; ^J. le comte ayant répliqué que le flagrant délit était prouvé , madame Jouffroy s'est écriée : « que sa fille d'ail- « leurs, fùt-el le coupable, ainsi que de « fausses apparences semblaient le dé- « montrer, elleaurait eu raison de préférer a une AUesse remplie de délicatesse et de « générosité à un misérable qui, après « avoir épousé sa femme pour son ar- « gent, la trompait et l'outrageait indigne- € Dûent. » — Ce sont les paroles textuelles de madame Joufiroy.
-> (Continue...
— M. le comte a répondu, qu'il avait, par pitié pour madame la comtesse, retiré *^a plainte en adultère, mais que si sa fem-
e ne quittait pas Paris le jour mème^
LA FAMILLî: JUUFFIIOY. 213
ainsi que M. et madame Jouffroy , un procès aurait lieu, qu'il s'en suivrait un honteux scandale. Madame Jouffroy s'eniportant de plus en plus, tandis que M. Jouffroy pleurait et gémissait, s'est écriée qu'elle ne sortirait pas de l'hôtel avant de savoir où en était la fortune de madame la comtesse, et que M. le comte lui eût remis, à elle, madame Jouffroy , ce qui restait de la dot de sa fille. M. le comte s'est mis à rire , répondant que sa chère bellemère n'entendait rien aux questions d'intérêt... ce sont les propres paroles de ]\l. le comte...
— Achève !.. achève !..
— Lesquestionsd'intérétregardaientles gens d'affaires , a ajouté M. le comte , les siens s'entendraient plus tard avec ceux de
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madame la comtesse; mais en attendant il allait remettre à madame Joufiroy, cinquante mille francs , payant ainsi deux années d'avance de la pension qu'il s'engageait a servir à madame la comtesse...
J'ouvrirai à ce sujet une parenthèse, si monseigneur le permet ,. et j'ajouterai que madame Jouffioy jouant à la bourse à l'insu de son mari a ainsi, presque entièrement, perdu les capitaux qui leur restaient après avoir si richement doté leur tille. .
— Ensuite... ensuite,., poursuis...
— Sur ces entrefaites, M. le colonel Waltera demandé à être introduit. Il venait au nom de Votre Altesse proposer à madame Jouffroy , à son mari, et à madame la comlesse, de les conduire en Allemagne, auprès de S. A I. la grande du-
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chesse Sophie; de partir ie soir rnéiiie à six heures, et...
— Madame Jouffroy a accepté cette proposition au nom de sa fille... je sais cela, ensuite?...
— Madame Jouffroy accablant son gendre de nouveaux reproches lui disait :
€ Votre femme dédaignée, outragée, ca- € lomniée par vous, trouve un asile à la « cour d'une grande duchesse! » M. le comte, pour terminer cette scène, a remis à madame Jouffroy les cinquante mille francs représentant le paiement des deux années de la pension qn'il se proposait d'assurer à sa femme (promesse illusoire, car s'il reste à M. le comte cinquante mille écus sui' h\ doi qu il a r.'çue... c'est beaucoup), ii a eutin iiolilie a son beau -père et
2i0 LA lAMlLLE JOUIFROY.
à sa belle-mère qu'il allait sortir, mais qu*à son retour, il prendrait de rigoureuses mesures si sa femme ainsi que sa famille n'avaient pas quitté l'hôtel. Lorsque je l'ai quitté moi-même, madame Jouffroy s'occupait en hâte des préparatifs du départ, M. Jouftroy semblait complètement hébété... pardon, monseigneur... je voulais dire atterré...
— Mais la comtesse... la comtesse?
— Clara m'a dit que sa maîtresse pleurait beaucoup, cependant , j'ajouterai que l'une des premères choses que madame la comtesse ait recommandée à sa femme de chambre d'emballer est la coupe dont Votre Altesse a fait autrefois présent à madame de Villetaneuse.
— Ah ! ma vie... ma vie entière sera consacrée à lui faire oublier ses chagrins ! —
LA FAMILLK JOUIFUOY. %\1
se dit Charles Maxim! lier.. Puis après quelques moments de silence, el cédant à une sorte de respect humain, il affecta un courroux rétrospectif, et dit à Mûller :
— Vous avez commis un crime en mettant le feu à cette galerie... drôle que vous êtes.
—Monseigneur trouve le tour excellent, mais il veut jouer un peu l'indignation, laissons-lui cet innocent plaisir! —pensa Mûller, et il reprit tout haut d'un air piteux :
— Votre Altesse me permettra-t-elle de lui rappeler qu'elle m'avait donné carte blanche !
— Carte blanche!., avais-je eu seulement la pensée d'un pareil expédient ? quoi... l'incendie !!
— IJ n'y a eu, monseigneur, aucun ^^rave dommage... la galerie seule a brûlé, ainsi que quelques rideaux des salons et... ,
— Mais , double coquin , il pouvait y avoir des personnes blessées... tuées dans cet incendie...
— Personne n'a été ni tué ni blessé... Votre Altesse n'aura aucun remords sur la conscience.... .l'avoue humblement qu'emporté par mon zèle et voulant donner à monseigneur l'occasion de rendre un grand service à madame la comtesse, en l'arrachant du milieu des flammes plus effrayantes que dangereuses , j'ai omis, à dessein, d'aller demanderles pompiers qui devaient, selon les ordres de M. le comte, rester à l'hôtel durant la fête en cas d'incendie; puis, au moyen de quelques boUes
de paille placées soas le plancher, j'ai cru pouvoir... et cela très innoceiiiinent, je l'avoue... j ai cru pouvoir mettre le feu à...
— Taisez-vous, drôle!., c'est horrible... mais ce n'est pas tout...
— Quoi encore, monseigneur?
— Au heu d'accourir m'avertir de l'arrivée imprévue du comte... ou de faire au moins vos efforts pour l'empêcher d'entrer dans cet appartement... sachant com-* bien les apparences pouvaient être fâcheusement interprétées, vous venez m'annoncer tranquillement cet homme...
— L'arrivée de M. le comte n*avait rien d'imprévu pour moi, iMoiisei^iieur, i^uis-
que j'étais allé le prévenir qu'il trouverait madame la comtesse, en tête-à-tête avec voire Altesse.
— Quoi... c'était toi?
— Certainement, monseigneur.
— Traître!
— Moi traître! mais au contraire, je servais admirablement votre Altesse...
— Quelle audace !
— Monseigneur daignera-t-il me permettre de m'expliquer?
— Parle Je veux savoir jusqu'à
quel point tu pousseras l'impudence!
— J'avais... (et je demande pardon à votre Altesse de m'être permis de douter un instant de son respect... envers m.adame la comtesse); j'avais d'abord cru que cédant, ma![]ré lui, oh ! bien mal^jré lui, sans doute, à l'entraînement de sa passion , monseigneur profitant de...
— Infâme! Moi, profiter de cet évanouissement... tu m'as cru capable de cette indignité.
— J'ai reconnu mon erreur, monseigneur, aussi me suis-je empressé d'aller instruire M. le comte de votre tète-à-téte avec madame la comtesse, en suggérant de plus assez adroitement, je pense, à M. de Villetaneuse, l'idée des avantages qu'il trouverait à une rupture éclatante,
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et rengageant à amener avec lui un commissaire de police.
— Décidément, ce drôle deMûIlerest un homme de génie dans son espèce, — pensa ie prince , el li dit tout haut : — Savez-vous , maraud , que tout cela est d'un machiavélisme infernal?
— Dam , monseigneur, selon mon petit jugement, il fallait brusquer les choses. Madame la comtesse jouissant d'une réputation irréprochable et méritée , aurait longtemps hésité à se séparer de son mari soit par la crainte d'un éclat, soit par une indécision très naturelle au moment de prendre une résolution si grave, puis qui sait? Peut-être devait-on craindre un retour d'affection de madame la comt sse pour M. le comte, à qui elle avait autrefois
été sur !e point de sacrifier sa vie. Toutes ces raisons pouvaient faire traîner les choses en Ion joueur , tandis qu'elles ont marché rapidement, et j'ose le dire, monseigneur, à vos souhaits... tout le monde est d'ailleurs satisfait ou le sera bientôt... M. le comte est enchanté de l'occasion de se séparer de sa femme, en conservant le beau rôle, et ce qu'il lui reste de la dot de madame la comtesse, il exige qu'aujourd'hui même elle parte pour l'Allemagne. Il la met sous la sauvegarde de votre Altesse... et...
— Soit... J'admets qu'en cette occasion tu sois excusable... mais, cet incendie... coquin... cet incendie !
— De grâce, monseigneur, ne parlons
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plus (Je cela; peu de feu . beaucoup de fumée ; aucun mal..-, beaucoup de frayeur ; quelques planches brûlées , quelques tentures roussies , voilà mon crime!. . Votre Altesse, dontles vœux sont aujourd'hui comblés, se montrera-t-elle impitoyable pour son pauvre Millier? Que nionseifpieur se rappelle qu'il y a environ une année, il me disait, : u Ah î Mûller, je « le sens, je suis amoureux comme à vin[^t a ans, je n'ai jamais éprouvé ce que je « ressens... x\h!... si j'étais assez heureux a pour... » Je n'achève pas, monseigneur, Ce soir à six heures, madame la comtesse part pour l'Allemagne, où vous irez bientôt la rejoindre, à moins que vous ne parliez pour Gonstantinople... monseigneur.
Votre Ailesse daigne sourire, elle me [)ardonne iexcès de mon zèle... Je pourrai encore la servir...
LA FAMILLE JuUFFROY. 225
— Non, plus comaie par le passé. Millier ! c'est fini des folles amours, mon cœur est à jamais fixé...
— Vivre et mourir auprès de votre Allesse, dans quelqu'empioi que ce soit telle est mon ambition. Mais, pour en finir avec le passé, me permettrez-vous, monseigneur, de vous rappeler les bons services de ma compagne Clara ? Elle reste à Paris, et ne suit pas madame la comtesse en Allemagne. Clara possédée du désir de tenir une table d'hôle , espère assez en la munificence de votre Altesse, pour...
— Ta compagne sera satisfaite. Maintenant, relOLirne à l'hôtel de Villetaneuse jusquesau moment du départ de la coni-