LA SEIGNEUREE DE BEAUPORT
Dès 1598, dix ans avant la fondation do Québec, Henri IV donnait au marquis de LiRoche le pouvoir "de faire baux des terres de la Npuvello^Françe aux gentilshommes, en fiefe, châtellenies, comtés, vicomtes et baironnie^, à la charge de tuition et défense du. pays, et à telles redevances annuelles, dont il jugerait à propos de les charger, mais dont les preneurs seraient exempts pour six années. "
Plus tard, lorsque, en 1627, le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, formf la .Compagnie des Cent- Associés, il lui fit accorder par le* roi toute la Nouvelle-France en pleine propriété, seigneurie et justice, avec le pouvoir d'attribuer aux terres inféodées tels titres, honneurs, dn/its et facultés qu'elle jugerait convenables, et d'ériger mênio des duchés, marquisats, comté:*, vicomtes et baronnîos, sauf confirmation parle roi. (2)
La puissante Compagnie ne pouvait songer à cou-
(1) Voyez page 175.
(2) F.-X. Gamoau, Histoire du Canada, torao I, page 171.
vrir de duchés et de marquiBatsun pays sans babitantp^ elle se contenta de concéder des sei}2:neurics.
La première seigneurie accordée par la Compagnie des Cent- Associés ou de la KouveIle-Franc« fut celle de Beauport. (1)
Le 15 janvier 1634, eu effet, Robert Giffard se faisait donner et concéder l'étendue et consistance de une lieue de terre à prendre le long de la côte du fleuve Saint-Laurent sur une lieue et demie de profondeur dans les terres à l'endroit où la rivière appelée Notre- Dame de Beauport entre dans le dit fleuve» icelle rivière comprise.
Cette concession était faite en toute justice, pr«»priété et seigneurie à perpétuité, à la réserve toutefois de la foi et hommage que le dit Gifl&rd et ses successeurs devaient porter au fort Saint-Louis de Québec par un seul hommage lige à chaque mutation de possesseur des dits lieux avec une maille d'or du poids a'une oute et le revenu d'une année de ce que le dit Giffard se reseiverait après avoir donné en fief ou à cens et ren^ tes tout ou partie des dits lieux. (2)
Le 81 mars 1653, M. de Lauzon, gouverneur gêné* rai de la Nouvelle-France, donnait et concédait à Robert Giffard deux lieues et demie de profondeur pour faire avec la lieue et demie à lui accordée par la Compagnie de la Nouvelle-France quatre lieues de profondeur sur la lieue de front de la dite seigneurie de Beauport, le tout borné d'un côté paf la rivière Notre-Dame de Beauport icelle comprise et de Pautre par la rivière du Sault Montmorency. (3)
On croit généralement que Robert Giflard était
(1) L'abbé H. A. Verreau, Des commencements de Montréal-- Mémoires et Comptes^ Rendus delà Société Royale du Canada pour Vannée 1887, tome V, page 150.
(2) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale f page 386.
(3) Idem, page 388.
sieur de Beauport et que c'est de lui que la seigneurie et la paroisse de Beauport tiront leur nom. M. Langevin, plus que tout autre, a contribué à répandre cette erreur. (1) Dans son contrat de mariage passé devant Mtre Mathieu Poitevin le Jeune à Mortagne, Perche, le 12 février 1628, Giffard est qualifié de sieur du MonceL Avant même 1634, la rivière Beauportétait conime sous le nom de *' Notre-Dame de Beauport " Nous voyons cela en toutes lettres dans Pacte de concession accordée à Giffard le 15 janvier 1634. Ce n'est donc pas Giffard qui a donné son nom à la seigneurie de Beauport, mais bien cette dernière qui l'a qualifié.
Mais alors d'où vient ce nom de Beauport ? Sur la côte de Bretagne, remarque M. J.-Edmond Roy, il y a une baie de Beauport qui aVec sa belle plage ovale couverte d'un sable qui couvre et découvre ressemble étonnamment à la nôtre. (2) Ne serait-ce pas là l'ori'^ gine du nom de Beauport ?
Bobert Giffard laissa sa seigneurie à son fils, Joseph Giffard, marié à Mîchelle-Therëse Nau.
Le deuxième seigneur de Beauport n'ayant pas eu d'enfants voua une vive affection au fils de sa sœur, Ignace Juchereau Duchesnay. Au contrat de mariage de ce dernier passé à Québec le 17 février 1688, Joseph Giffard et son épouse donnent par donation pure et simple et entre vifs à Ignace Juchereau Duchcsnay et à sa future épouse Marie-Catherine Peuvret, " eu faveur de leur mariage," la terre, fief, justice et seigneurie de Beauport.
Le 1 1 février 1696, par acte passé pardevant Mtre Genaple, Ignace Juchereau Duchesnay et son épouse s'obligent d'acquitter les dettes dues par Joseph Giffard et de lui pavei en outre, par chacun an, la somme de cinq cents livres sa vie durant.
Le 2 juillet 1698,par acte passé devant Mtre Duprac,
(1) liotes sur les archives de Notre-Dame de Beauport, 1ère livraison, page 5.
(2) Bulletin des Recherches Historiques, volume I, page
Ignace Juchereau Ducheenay et son épouse d^^clarent que leur intention est d'effectuer en son entier l'accord fait avec Joseph Giffard le 11 février 1696 et en conséquence de demeurer propriétaires du dit fief, seigneurie et justice de Beauport circonstances et dépendances et pour cet effet de payer annuellement au dit Joseph Giffard la somme désignée et convenuo. Ignace Juchereau Duchesnay avait cependant pris possession de la seigneurie de Beauport des 1696 puisque le 24 mars de cette année, nous le voyons faire une concession de terre.
A la mort de Ignace Juchereau Duchesnay, le 7 avril 1715, la seigneurie de Beauport passa à sou fils aîné, Joseph Juchereau Duchesnay. Celui-ci se lança dans la construction des navires et faillit par ses entreprises hasardées dissiper tout le bien que son père lui avait laissé. Il mourut sans s'être marié, le 1er avril 1720. Ses frères et sœurs accepteront sa succession sous bénéfice d'inventaire.
C'est son frëre Antoine Juchereau Duchesnay qui lui succéda comme seigneur de Beauport. 11 mourut le 12 juin 1772, laissant deux fils, Marie-Eustache, qui alla s'établir en France, et Antoine, à qui il légua sa seigneurie.
Antoine Juchereau Fuchesnay, qui fut membre de la Chambre d'Assemblée et conseiller exécutif, décéda le 15 décembre 1806, laissant six enfants : Antoine- Louis, Julie, Marguerite, Louise-Françoise, Jean-Baptiste, Catherine-Henriette et Michel-Louis.
Antoine-Louis Juchereau Duchesnay comme fils aîné hérita de la seigneurie de Beauport. Il fut membre de la Chambre d'Assemblée, conseiller législatif et conseiller exécutif. L'honorable M. Duchesnay mourut le 17 février 1825.
Antoine-Narcisse Juchereau Duchesnay, son fils aîné, fut le dernier Duchesnay seigneur de Beauport. La seigneurie fut vendue, après saisie des biens de ses enfants mineurs, le 27 nr.ai 1844, par le shérif de Québec et adjugée pour 8,800 louis à Peter Patersoh* Elle était restée juste 148 ans dans la famille Duchesnav.