TESTAMENT DE LOUIS JUCHEEŒAU DE SAINT-DENYS
Par devant moi Jean Baptiste Besson, faisant fonction de notaire au poste des Natchîtoches, province de la Louisiane, diocèse de Québec, fut présent monsieur Louis de Juchereau de St-Denis, chevalier de St-Louis, commandant de la Rivière Rouge et du poste des Natchitoches, étant malade de corps sain néanmoins d'entendement comme il m'est connu et aux témoins qui ont assisté au présent acte, lequel connaissant que l'heure de la mort est incertaine et ne voulant pas être prévenu sans disposer des biens qu'il a plu à Dieu de lui accorder, nous a déclaré qu'il voulait faire son testament et sans suggestion d'aucune personne mais de son propre mouvement, nous a dicté et nommé les articles suivants.
Comme bon chrétien il recommande son âme lorsqu'elle sera séparée de son corps à Dieu le père tout puissant, à Jésus-Christ, notre Sauveur et au Saint- Esprit un seul Dieu en trois personnes, à la glorieuse vierge Marie, à saint Louis, son patron, et à tous les saints qu'il prie d'être ses intercesseurs auprès de Dieu pour la rémission de ses péchés, et pour son corps il désire qu'il soit enterré dans l'église de cette paroisse ; il ordonne qu'auparavant toute chose ses dettes seront
(1) Voyages dans l'Amérique septentrionale, édition de 1705, tome premior, page 172.
(2) Voyez page 160.
payées par son exécuteur testamentaire et que tout le tort qu'il a fait à son prochain sera réparé.
Par les mémoires que monsieur de Lafreniëre a dit avoir de moi, il lui sera remis quinze cents livres ; sept cent livres à madame d'Iberville qui seront remises à monsieur de Noyan.
Mil huit cent livres que je redois au Roy pou r a vances qu'il m'a faites à la Nouvelle-Orléans.
Neuf mil livres à la Compagnie et pour exécuter le contenu du présent testament le testateur a nommé madame Manuelle Zauchez Navarre, son épouse, à laquelle il a donné pouvoir d'accomplir ce présent testament selon sa forme et teneur lai^^sant entre ses mains tous hiens meubles, papiers, immeubles et autres choses qui lui appartiennent pour en disposer conformément au dit testament qu'il veut être sa dernière volonté prétendant néanmoins le dit testateur que les dettes et donations payées l'on suivra la coutume pour le partage des biens restant c'est-à-dire qu'il donne et lègue à dame Manuelle Zanchez Navarre son épouse la moitié des biens meubles, immeubles, l'autre moitié sera partagée à ses enfants : don Louis de St-Denis, Kerre- Antoine et demoiselle Marie-Pétronille, Marie- Dolore et Marie des Neiges, et révoquant tout autre testament ou disposition qu'il aurait pu faire auparavant lequel testament ainsi à moi dicté et nommé j'ai lu et relu clairement, intelligiblement au dit testateur qui a déclaré l'avoir ainsi voulu et entendu en présonce de messieurs Athanase de Mezières, cadet de la garnison du dit poste, du révérend père Dagobart, missionnaire et curé de la paroisse des Natchitoches qui ont avec le dit testateur et moi signé le dit testament le vingt-six du mois de mars mil sept cent quarante quatre en la maison du dit sieur testateur.
St-Deny
F. Dagobert^ cap A. de Mezière.
Par devant moy Besson fezant fonction de notaire.
LE MANOIR DE LA FAMILLE DUCHE8NAY A BEAUPORT(l)
On trouvera un historique do ce manoir dans les Monographies et JE'iquisses de sir James- M^. LeMoine, pages 279 et seq.
LE SEIGNEUR DUCHESMAT ET L'OTAGE STÔB0(2)
Dans ses Maple LeaveSj 1894, pages 82 et 129, sir James-M. LeMoine reproduit deux lettres de l'otage Stobo prisonnier à Québec en 1755 adressées à son ami George Washington.
Dans la première, pas datée, nous lisons :
" Since my close captivity, I hâve had many visitors in my prison, and the honorable family, whose head Isaved, as you know, from impending death, has not deserted me in my hour of trouble, even though many of the tashionables hâve done so. Monsieur Duchesnay, Madame . and her two lovely daughters hâve done ail which lies in their power to soften the horrors of my captivity ; one of thèse daughters îs a perfect angel of love and intellect. "
La seconde est écrite le jour de Noël 1755 :
" You, no doubt, will be surprised to hear that the athletic French officer, Pean's friend, whom I purcha- Fed for forty pîstoles from the Mohawks, just as they were preparing to scalp him, has turned up in Québec. Whilst I was hère on parole^ I used to 'meet him in the best salons^ at Vaudreuil's, and at the petits-soupers of that charming little rascal, Bigot. His name is Duchesnay : he is laird of a seigneurie facing Québec. His manor, at Beauport, is within three miles of the city. Itcontains two budding beautîes of uncommon
(1) Voyez page 219.
(2) Voyez page 216.
promise. Gratitude made him cxtend to me, in my wretchednesB, a helping hand ; his doors were ever open to me. J sometimes wisk I had never crossed the threshold. "
Ces deux fragmenta de lettres ont servi de points de départ à sir Gilbert Parker pour bâtir son roman, The Seats of the Mighty. Seulement, il donne à Stobo le nom de Maray et sous sa plume Duchesnay derient Duvamay.
Ironie des choses humaines ! Les lettres que nous venons de citer sont apocryphes. Et la preuve en est bien facile à faire. En 1765, le seigneur Duchesnay n'avait qu'une fille, et elle était religieuse à l'Hôpital- Général de Québec. Voyez le présent ouvrage, page 220.
Dans ces mêmes MapU LeaveSj 1894, sir James-M. LeMoine publie ( page 126 ) une lettre de Reine-Marie Duchesnay à Hermine Taschereau, dans laquelle il est beaucoup question de Robert Stobo.
Cette lettre est également apocryphe. Reine-Marie Duchesnay n'a jamais existée. Hermine Taschereau est aussi un mythe.