NICOLAS JUCHEREAU,$IEUR DESAINT-DENYS
" Nicolas Jachereau, sieur de Saint-Denys, était le deuxième fils de Jean Juchereau, sieur de Maur.
** Comme son père, il fut pendant quelque temps, membre du Conseil de la colonie.
'•' Il tourna ses soins du côté de la culture des terres ; mais plus d'une fois, dans l'intérêt du bien public, il fut obligé de suspendre ses travaux. Homme de grandes ressources, de talents incontestables, mais surtout d'un dévouement sans bornes, M. de Saint-Denys fut pour le pays, à cette époque de lutte, un trésor précieux.
** Dans le but de protéger les colons contre Tinsolence des Iroquois, il avait formé une compagnie de milice. C'est à la tête de cette compagnie qu'il suivit M. de Courcelles dans son expédition contre les Agniers. La conduite qu'il tint en cette circonstance fut si honorable, que le commandement lui eu fut donné à perpétuité»
" Cinq ans après, en 1670, le père Albanel ayant projeté une mission parmi les Sauvages, M. de Saint-
Denys ne fit pas difficulté de lui prêter main forto, quelque danger que présentât l'entreprise. Parlant de cette noble conduite, le pieux misâionuaire s'exprime en ces termes : '*I1 y avait déjà cinq ans que nos përes missionnaires étant occupés ailleurs, n'avaient pu visiter la nation des Oumamiois, qui sont audessous des Papinachoîs, le long de notre fleuve de Saint-Laurent. Cela me fit prendre le deesein de demander deux Français pour m'accoir.pagner à monsieur de Saint- Denys, fort zélé pour la gloire de Dieu, et autant affectionné pour le bien spirituel des Sauvages, qu'il l'est pour les intérêts de messieurs de la Compagnie, nu nom desquels il est envoyé en ce pays-là. Il m'accorda volontiers tout ce que je désirais. " (1)
" En 1672 ce fut le même empressement : " Le 29 (juillet), écrit le père Dablon, nous partîmes du lac (Saint-Jean) pour aller à Chicoutimi, où M. de Saint- Denys, capitaine de Tadouseac, nous attendait pour nous embarquer dans 8on vaisseau. " (2) On voit par ces paroles du pieux Jésuite que M. de Saint-Denys ne semblait avoir de fortune que pour en faire profiter les cutics, particulièrement les Sauvages.
'* Mais ce fut surtout en 1690 que M. de Saint-Denys montra de quel secours il était pour la colonie. Québec était menacé du plus grand danger : Phîpps, à la tête de sa flotte, était venu pour s'en emparer. Trois jours durant, le 18, le 20 et le 21 octobre, des combats fureut livrés à Beauport. Au premier, bien que ne dépassant pas trois cents hommes, les milices ne cédèrent pas un
(1) The Jesuit Relations and allied Documents, voliimo L III, page 86.
(2) Idem, volume L VI, page 210.
pouce do terraîn ; au second, au moment oh les Anglais côtoyaient la rivière Saint-Charles, se précipitant sur eux avec une merveilleuse adresse, elles les obligèrent à se replier et à se réfugier dans les bois ; enfin, au troisième, dans un retour agressif de l'ennemi, du côté de la Canardière, elles en firent un horrible carnage et ne lui laissèrent de salut que dans la fuite. Rappelant ces trois mémorables journées, le père de Charlevoix se résume ainsi : ^^ Nous eûmes aussi dix ou douze blessés, dont le plus considérable fut le sieur Juchereau de Saint-Denys, seigneur de Beauport, qui commandait ses habitants : il avait plus de soixante ans, et combattit avec beaucoup de valeur, jusqu'à ce qu'il eut un bras cassé d'un coup de feu. " (1) Les élèves que le séminaire de Québec avait au Cap Tourmente eurent une grande part à cette victoire, en déployant une valeur qu'on no devait attendre que de vieilles troupes. 8*étant emparés de six canons, ils en emportèrent deux à Saint-Joachim, en laissèrent trois à Québec, et offrirent le sixième à leur vaillant capitaine, comme le trophée le plus digne d'honorer son mâle courage.
"C'est à la suite de cette glorieuse défense, que, voulant distinguer celui qui s'était distingué entre tous, Louis XIV accorda des lettres de noblesse à M. de Saint-Denys. Ces lettres font trop d'honneur au pays otàsafamille, pour que nous ne les reproduisions pas ici ;
" Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous presens et à venir salut.
" Entre les services qui méritent récompense il n'y en a point que nous mettions en plus haute considéra-
(l) Histoire et description générale de la Nouvelle- France, tome second, page 83.
tion que ceux des personnes de cœur qui n'ont épargné leurs biens ny leur vie pour la conservation de notre Estât et le bien de la chose publique. C'est pourquoy dans le partage que nous faisons de nos grâces Nous avons estimé que pour user de quelque égalité à leurs mérites il estait juste de leur départir celles qui peuvent satisfaire leur louable ambition aiusy que fait le titre de Noblesse qui les eleve autant audessus du commun quelle les rend recommandables près de nous principallemeut lorsqu'elle tire son principe d'une véritable vertu et générosité. Et bien Informé que ces belles qualitez se rencontrent en la personne de nostre cher et bien aimé Nicolas Juchereau de Saint-Denys Lequel animé par le sang d'une honneste naissance et éducation a des ses plus tendres années fait connaistre un caur plein d'ardeur et de générosité. Et qu'il n'a" vait rien de plus recommandable que l'honneur de nous servir et sa patrie dont il a donné des preuves en même temps que ses forces ont pu seconder son courage que sa première démarche fut dès l'année 16 quarante qu'il passa de France en Canada avec sou père qui emporta avec luy un assez gros bien qu'il employa dans cette nouvelle colonie ofi au lieu de faire commerce comme beaucoup d'autres personnes il fut des premiers qui s'attachèrent uniquement suivant nos intentions à faire des establissements asr^ez considérables Et ;\ faire travailler au defFrichement et à la culture des terres ; que lorsque les sieurs do Tracy et de Courcelle passèrent en ce pays en l'année 1661, en voulant entreprendre la guerre contre les Troquois ils choisirent des personnes capables de commander la milice et en donnèrent une compagnie au dit Juchereau de St Denys qui fit dès la mesme année la campagne d'Agniez avec le sieur de Courcelle et celle de
Tautomne en 1662 avec le sieur de Tracy Lesquels ayant esté constans de sa conduitte le chargèrent du soin de cette compagnie de milice qu'il a toujours commandée dans toutes les expéditions et dans toutes les campagnes qui se sont faittes depuis ce temps-là> Et enfin en l'année 1690 estant âgé do soixante dix ans les anglais estant venus assiéger Québec on luy donna un detachemont de quatre vingt habitants à commander. Il fut posté directement dans l'endroit où les Anglais firent leur dessente à laquelle il s'opposa avec tant de force qu'il en tua plusieurs et leur résista jusqu'à ce qu'estant blessé et ayant eu un bras cassé il fut obligé de se retirer et de céder au grand nombre des dits Anglais qui estaient au moins douze cens, Que depuis que nous avons envoyé des troupes en Canada 808 enfants ont continiiellement servy tant en qualité de cadets que d'officiers et voulant user envers le d. Juchereau des mêmes gnititudes et honneurs que nous accordons à ceux de son mérite et le décorer d'une marque si avantageuse et honorable quelle puisse publier non seulement ses vertu:^ ™^^^ encore donner de l'émulation à sa postérité de l'imitter, de nostre certaine science, grâce spéciale pleine puissance et authorité Roy aile Nous avons par ces présentes signées de nostre main le d. sieur Juchereau de Saint- Denys ses enfans et postérité nais et à naistre en loyal mariage annobly et annob lissons et du titre de gentilhomme décoré et decorrons, voulons et nous plaîst qu'en tous lieux et endroits tant en jugement que de choze hoirs ils soient tenus et reputez nobles et gentilshommes et comme tel prendre la qualité d'Escuyer et puissent parvenir à tout degrez de chevallerie et autres diguitez, titres et qualités reservez à la noblesse,
jouïr ot user de tous les privilèges, honneurs, pr^éniînence^ franchises, et exemptions dont jouissent les anciens nobles de nostre Royaume tant qu'ils vivront noblement et ne feront acte derrogoant, tenir et posséder tous fiefs, terres et seigneuries qu'il a et pourra acquérir cy après de quelque titre, nom, qualité et nature qu'ils soient, de porter armes timbrées telles qu'elles sont cy empreintes, sceller, faire graver, peindre et ineculter en ses maisons, terres, livrées et seigneuries qu'il verra bon estre. Le tout ainsy que sy le dit Juchereau de Saint-Denys et ses enfants estaient issud de noble et ancienne race, sans que pour ce ils soient tenus de nous payer et à nos successeurs lîois aucune finance et indemnité de laquelle et à quelque sommj quelle puisse monter Nous luy avons fait et faisons don par ces d. présentes. Si donnons en mandement à nos amez et féaux Consr les d. gens tenant nos cours de Parlement, Chambre des Comptes et Cours des aydes à Paris et autres cours que ces présentes lettres d'anoblissement ils fassent registrer et du contenu d'yceMes jouïr et user les d. Juchereau de Saint-Denys et ses enfans nais et à naistreen loyal mariage pleinement et paisiblement et perpétuellement cessant et faisant cesser tous troubles et empeschements nonobstant tout, tes ordonnances et revocations tant anciennes que modernes, règlements et arrêts à ce contraire auxquelles nous avons pour ce regard seulement derrogé et derrogeons par ces d. présentes. Car tel est nostre plaisir et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours nous avons fait mettre notre scel à ces d. présentes.
^^ Donné à Versailles au mois de febrier l'an de grâce
mil six cens quatre vingt douze et de notre règne le
quarante uoufviesme.
(Signé) Louis (Parle Roy) Phelipeaux (1) "
" M. de Saint-Denys ne devait pas jouir longtemps de cet insigne honneur. II mourut à Québec le 4 octobre 1692, après avoir reçu tous les sacrements de l'église, et, conformément à ses intentions, fut inhumé, le lendemain, dans le cimetière de Beauport (2)
M. de Saint-Denys avait épousé, à Québec, le 22 septembre 1649, Marie-Thérèse, fille de Robert Giffard et de Marie Renouard. Son épouse lui survécut 22 années, n'étant morte que le 22juinl714, à Québec. Elle fut inhumée à côté de son mari, dans le cimetière de Beauport, le lendemain.
Ils eurent douze enfants : I Marie- Anne ; II Charles ; III Ignace ; IV Charlotte-Françoise ; V Madeleine-Louise ; VI Thérèse ; VII Nicolas ; VIII Catherine ; IX François ; X Joseph ; XI Louis ; XII Jacqueline-Catherine.