JACQUELINE-CATHERINE JUCHEREAU DE SAINT-DENYS
Née à Beauport le 4 septembre 1679.
" Douée d'une sensibilité exquise et d'une vivacité d'esprit extraordinaire, la jeune Jacqueline-Catherine comprit de bonne heure qu'une vie solidement vertueuse peut seule satisfaire l'âme, et que la femme chrétienne, quels que soient son rang et sa fortune, doit mener sur la terre une vie de souffrance et de sacrifice. Ne voulant pas disputer à Dieu l'empire d'un cœur formé entièrement pour lui, elle s'arma d'un grand courage pour assujettir sa nature ardente aux opérations de la grâce. Placée au pensionnat des Ursulines pour son éducation, elle put y faire une juste appréciation des avantages que l'on trouve dans le cloître, pour l'acquisition des vertus dont la pratique est si difficile dans le monde.
" Mademoiselle Juchereau de Saint-Denys fut élevée sous les yeux d'une mère chrétienne qui lui donnait l'exemple de toutes les vertus ; elle aspira, néanmoins, à une perfection plus haute que celle que l'on peut acquérir au milieu des jouissances intimes de la vie de famille, et des embarras réels qui en sont toujours l'apanage. Admise au noviciat des Ursulines à l'âge de seize ans, ses premiers pas dans la religion firent juger de la perfection qu'elle atteindrait dans la suite ;
car c'était sur une humilité vraie et eolide qu'elle cherchait h fonder l'édifice de 8a vertu.
** A Fépoque de l'incendie du monastère des Ursulines, il y avait près de deux ans que sœur Marie des Séraphins portait l'habit de l'ordre, mais n'étant pas liée à la religion par l'émission solennelle des vœux* elle n'était nullement obligée de partager les privation s de tout genre qui furent, pour la communauté, la suite nécessaire de cette cruelle épreuve. Sa famille le comprit et fit beaucoup d'instances pour la ramener à Beauport, au moins jusqu'au rétablissement dumouastëre. Ce fut alors qu'il se livra entre le père et la fille un combat digne d'admiration ; celui-là faisant valoir les droits de la nature, celle-ci plaidant pour les exigences divines de la grâce. Enfin la grâce l'emporta ; ce bon père, considérant qu'une absence tant soit peu prolongée hors du cloître, retarderait de beaucoup l)i consécration de sa fi'Ie au Seigneur, lui accorda la permission de rester au milieu de ses chères Ursulines. Mademoiselle Jacqueline-Catherine Juchereau de Saint-Denys accompagna donc les mères Ursulînes à rUôtel-Dieu, revint avec elles dans la maison de madame de la PeUrie, et y vécut comme elles d'aumônes et du travail de ses mains, durant l'hiver del687.
" Cette fervente novice fit sa profession religieuse dans l'humble chapelle, le 5 février, avec une joie intérieure qui rayonnait dans tous ses traits, et ses progrès dans la veilu furent parfaitement en rapport avec C3i heureux commencements. Toujours contente des au. très, elle trouvait une satisfaction réelle ^ rendre service, et son unique ambition était de travailler sans relâche à la gloire de Dieu.
" Sœur Marie des Séraphins fuyait les honneurs autant qu'on les recherche d'ordinaire dans le monde,
et elle reiloitait toute espace d^ distinction. Son zële pjur l'instruction de la jeunessô était sans bornes, et pendant les longues années qu'elle a été maîtresse générale des classes ou institutrice particulière, si l'on put distinguer en elle quoique sentiment de prédilection pour les unes plutôt que pour les autres, sou bon C3ur se trahissait toujours envers les élèves les plus pauvres ot les moins favorisés de la nature.
'^ La mëro Marie des Sérapliins a aussi servi la communauté des Ursulines en qualité de dépositaire et de première portière, oilicas pénibles où cependant sa patience admirable ne se démentit jamais Ayant ainsi travaillé jusqu'à Tâge de cinquante-trois ans, elle se vit attaquée d'une fièvre ardente, accompagnée d'un point de côté si violent, qu'elle fut réduite à la mort dans l'espace de cinq jours. Redoublant alors de ferveur ot brûlant du désir do posséder son Dieu, elle fit, dit sa notice, " des actes héroïques, " s'abandonnant de tout cœur à celui qu'elle avait aimé dès les premiers jours de son enfance. Comme elle avait conservé le parfait usage de son jugement, elle passa les derniers jours de sa vie à former des actes d'amour divin, et c'est ainsi qu'elle s'endormit dans la paix du Seigneur, le 21 avril 1722. "(1)
(l) Let Ursulines de QuibeCy depuis leur établissement jusqu'à 710S jours, tome premier, pages 448, 449,
PKESflàBB OiviBATION : JKAX JUCHItEAtT, 8IRCB DE MAUR DSUXliUE OftKftSATlOK : NICOLAS JCCHIRBAU, 8ISUR DB SAINT-DBXTS TROISJftMB OftvtRATIOSr : 105ACB JcCBBRBaQ DoOHBSMAT DB8AIXT-DRNYS
IGNACE JUCHEREAU OUCHESNAY DE SAINT-OENYS
Né à Beauport le 3 août 1658.
C'est le premier Juchereaa qui prît le nom de Duchesnay. (1)
Le dernier jour de février 1684, les Iroquois surprirent 14 Français qui se rendaient aux Illinois, et ils leur enlevèrent des marchandises pour une valeur de 16,000 livres. Le gouverneur de La Barre, pour les châtier de ce coup d'audace, décida d'aller leur por. ter la guerre dans leur propre territoire. Il réunit à Montréal les milices de la colonie et les troupes récem* ment arrivées de France. La petite armée compre* nait 1200 hommes, parmi lesquels étaient 350 guerriers sauvages. M. Duchesnay fit partie de cette expédition à la tête de la compagnie de milice de Baauport. On connaît l'insuccës de cette campagne. M. Duches-
(1) Ce nom de Duchesnay fut probablement emprunté îi la seigneurie de du Chesné-Vidame, paroisse de Puisaye (Eure-ot-Loîr ),qui appartenait aux Bermen de la Marti* nière, alliés des Juchereau.
nay et ces braves miliciens n'en firent pas moins leur devoir. (1)
Dans l'hiver de 168J,les négociants de Québec et de Montréal proposèrent d'organiser une petite expédition pour aller s'emparer des trois fort« que les Anglais occupaient à la baie d'Uudson. Le parti se mit en route dans les premiers jours d'avril 1687. Il était composé de SO soldats et de 70 Canadiens et avait pour commandant Al. deTroyes, assisté de MM. Duchesnay, Catalogne, Lenoir et des tiois frères de Saînt-Hélëne, d'Iberville et de Waricourt. L'expédition eut un plein succès. Les trois forts tombèrent aux mains des braves soldats et Canadiens. A la fin d'octobre de la mcme année, tous étaient de retour à Montréal. (2)
Le 11 février 1606, Joseph Giflard, qui n'avait pas d'enfant, donnait à son neveu, Ignace Juchereau Duchesnay, sieur de Saint-Denys, la terre, fief, justice et seigneurie de Beauport, circonstance et dépendances, à la condition de lui payer par chacun an une 8cmme de cinq cents livres sa vie durant.
C'est ainsi que la seigneurie de Beauport, après avoir appartenue, de 1684 à 1668, à Eobert GiflTard, et, de 1668 à 1696, à Joeeph Giflard, passa définitivement à la famille Juchereau Duchesnay dans laquelle elle est demeurée pendant près de deux siècles.
M. Duchesnay appliqua toute son énergie et ses capacités h l'exploitation de cette belle propriété. En moins de dix ans elle avait doublé de valeur.
En 1705, Louis XIV appela M. Duchesnay à faire
( 1 ) E. B. O'Callaghan, Documents relative to the colonial history of the state of New- York, volume IX, page 235. (2) Collection de documents, volume I, page 563.
partie da ConBeîl Supérieur de Québec. (1) Mais pour des raisons que nous ignorons il ne voulut pas y siéger, et, le 17 juin 1707, M. Michel Sarrazîn, médecin du Boî, était nommé à sa place.
li'intendant Raudot, dans une lettre au ministre, dit : ** ].e «eur Duchesnay n'a pas voulu siéger au Conseil, probablement parce qu'il croit au-dessous de lui de ne pas y occuper la première place. "
if. Raudot avait eu de nombreux différends avec madame de la Forest, sœur de M. Ducheenay, et il n'avait pas toujours eu le dessus. On voit par cette petite malice qu'il se vengeait sur le frëre des succès de la sœur.
M Duchesnay décéda à Beauport le 7 avril 1715, et fut inhumé dans l'églipe le lendemain.
M. Ignace Juchereau Duchesnay, sieur de Saint- Deny8, avait épousé, à Beauport, le 24 février 1688, Marie-Catherine Peuvret, fille de Jean-Baptiste Peuvret, conseiller, secrétaire du Roi, greffier en chef du Conseil Souverain, et de Marie-Catherine Nau.
Madame Duchesnay mourut à Beauport le 15 février 1789, h l'âge de 72 ans et 8 mois, et fut inhumée le 17 dans l'église de Beauport.
De leur mariage étaient nés : I Geneviève ; II Joseph ; III Nicolas ; IV Ignace- François ; V Marie- Anne-T.ouise ; VI Ignace- Augustin ; VII Ignace- Alexandre-Thérëse ; VUE Claude-Alexandre ; IX Marie-Joseph ; X Jeanne-Catherine ; XI Antoine ; XII Louise-Françoise ; XIII Ursule-Louise ; XIV
(1) Ses lettres patentes de nomination signées par Louis XIV étaient entre les mains de M. Gerald-L. Hart. La collection d*autoffraphes de M. Hart a ëttf vendue à Tenchère à New York les 27 et 28 février 1895. Nous ignorons qui8*est porté acquéreur de ce document précieux.
Marie-Madeleine ; XV Marie-Thérëse ; XVI Madeleine-Louise ; XVII Marie-Anne.
GENEVIEVE JUCHBREAU DUCHE3NAY
"NTée à Québec le 28 novembre 16S3.
" Elle comprit de bonne heure que le vrai mérite est dans la piété et la vertu ; et dès qu'elle eut entendu la voix intérieure et mystérieuse qui l'appelait à une vie de sacrifice et d'immolation, elle ne balança paf^ un instant. Ses parents s'opposërent d'abord à l'exécution de son pieux dessein, mais ils durent céder enfin à ses vives instances, et son përe vint lui-même la présenter au monastère de l'Hôpital-Général de Québec, où elle entra le 8 décembre 1709. Ou remarqua en elle dès son noviciat beaucoup de sagesse, de fermeté, et un grand amour pour le service des pauvres. C'est surtout cette dernière vertu qui la rendit chère et recommandable à Mgr de Saint- Vallier.
" Pendant les vingt années dé sa vie religieuse, la mère Geneviève Juchereau Duchesnay de Saint- Augustin fiit trois ans première hospitalière, trois ans assistante et dix ans supérieure.
^^ Elle mourut le 27 mars 1730, dans sa quaranteseptième année. " (1)
Né à Beauport le 80 mars 1685.^
Il contribua à la défense de Port-Boyal, en Acadie,
(1) Mgr de Saint- Vallier et VRôpitaUGinéral de Québec, page 300.