‹ La famille Juchereau DuchesnayChapitre 6 sur 126 · ARMES DE LA FAMILLE ALBERT DE LA CHESNAYE · texte numérisé non relu

ARMES DE LA FAMILLE ALBERT DE LA CHESNAYE

peut dire qu'elle a surpassé toutes celles qui lui ont enseigné cet art.

" Sa charité envers les pauvres ne Fe bornait pas seulement à servir les malades dans nos salles, quoiqu'elle s'y portât malgré sa faible santé avec une ferveur et nne assiduité qui entraînaient par son exemple toutes les religieuses h s'employer sans s'épargner à ces saintes fonctions. Elle avait un art infini pour consoler les malades, les instruire et leur fournir de quoi soulager leur misère quand ils étaient guéris.

" Toutes les personnes affligées avaient recours à elle et ce n'était pas sans raison puisqu'elle adoucissait toujours leur peine, soit par ses sages conseils, Eoit par ses aumônes, ou par la protection qu'elle leur procurait. On ne saurait croire combien de pauvres familles elle a aidées, combien d'orphelines elle a fait élever, combien déjeunes enfants de condition elle a tirés de la dernière misère. Elle a même arraché du supplice plusieurs criminels qu'elle a engagés :\ vivre ensuite chrétiennement.

" Elue supérieure, pour la huitième fois, en I713,cc fut durant ce dernier Iricnnat que la mère Juchereau de Saint-Tgnaçc ressentît les atteintes de la maladie qui devait la conduire au tombeau, après huit ans et dcTui de souffrances qui ne lui laissèrent plus de trêve. La patience héroïque et l'inaltérable soumission à la volonté de Dieu qu'elle fit éclater durant cette cruelle maladie, mit le comble à ses mérites et à la vénération que l'on avait pour elle. La Providence avait ses desseins en condamnant cette vaillante hospitalière à ces longues années d'inaction. Née avec un caractère essentiellement agissant, ayant toujours vécu dans le travail, elle était incapable de rester oisive, même

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lorsque le dépérissement de ses forces la confinait k i'înfinnerie sur un lit de douleurs. Elle profita des loisirs forcés que lui faisaient ses infirmités pour compiler les annales de T Hôtel-Dieu depuis sa fondation et pour les faire rédiger sous ses yeux par une de ses compagnes, la mëre Daplessisde Sainte-IIélëne, qu'elle avait formée à ce genre de travail.

'^ La maladie de la mëre de Saint-Ignace, ajoutent les annales, avait d'abord commencé par un accës de fièvre qui la laissa dans un étsit de langueur dont elle ne revint plus. Le mal se compliqua dans la suite d'une paralysie trës douloureuse, ac:compagnée d'un tremblement dans les membres qui lui donnait quel, quefois de violentes convulsions. Elle ho pouvait se remuer en aucune manière sans le secours de quelqu'un, et nous l'avons vue pendant tout ce nombre d'années Hur un lit, dans une même posture, et sur un mêmç côté, parce que ses maux empêchaient qu'on ne put la changer de place.

Un catarrhe dont elle avait été incommodée toute sa vie avait beaucoup augmenté depuis qu'elle n'agissait plus ; il la réduisait souvent à l'ûxtrémité et ce n'était qu'à force de remèdes qu'on parvenait à le calmer. Ces humeurs lui causaient de fâcheux dégoûts qui épuisaient ce qui lui restait, de force, mais elle soufiFrait toutes ces douleurs sans jamais donner le moindre signe d'impatience ou d'ennui, et Dieu prenait sans doute tant de complaisance à voir son admirable résignation, que toutes les prières que l'on faisait pour obtenir sa guérisou n'avaient d'autre eftet que de lui attirer un surcroît de mal. Il n'y a presque aucun saint du paradis à qui nous n'ayons eu recours, pour le rétablissement de sa santé ; mais tous l'ont traitée de la même sorte, ce qu'elle regardait comme une

marque do leur protection, et une preuve que Dieu la voulait dans cet état de souffrance. Aussi quand elle voyait qu'on se disposait à faire pour elle quelque neuvaine, elle se préparait à souffrir, et infailliblement il lui arrivait de nouveaux accidents.

*• Tja deniiëre dévotion que nous avions entreprise

{>our elle, était une neu vaine an Sacré-Cœur de Jésus,

qu'elle ne nous a pas donné le temps d'achever. Ses

maux s'augmentèrent de telle sorte, la veille de sa

mort, qu'elle vit bien que sa fin était proche. Elle

avait, depuis longtemps, le bonheur de communier à

minuit, toutes les fois qu'elle le pouvait. Un prêtre

couchait exprès dans un appartement de l'hôpital ;

mais alors elle demanda le sacrement de l'Extrême-

Onction, qu'elle reçut avec de grands sentiments de

contrition. £lle disait souvent à Dieu, avec beaucoup

de componction, le verset du psaume où le Prophète

prie le i^eigneur d'oublier los péchés et les ignorances

de sa jeunesse, quoique la sienne se fût passée dans

une grande innocence. Elle priait aussi Notre-Seigneur

de lui appliquer les mérites de sa passion, et elle se

servait de ces paroles de la prose des morts : RecordarCj

Jesu piCy quod sum cavsa tuœ ri(e,etdu verset suivant

qu'elle prononçait avec une confiance qui faisait voir

qu'elle fondait toute son espérance sur les satisfactions

de Jésus-Christ et sur ses infinies miséricordes. C'est

tout ce qu'elle pouvait dire, car la difiiculté qu'elle

avait de parler nous a fait perdre ce qu'elle aurait

souhaité pouvoir nous exprimer dans ces derniers

moments où elle conservait toute la vigueur de son

esprit. Elle tomba dans une agonie qui fut longue

mais paisible, pendant laquelle M. notre Supérieur qui

l'assistait, et toute notre communauté qui était présente,

récitèrent un grand nombre de prières. Comme Monsei-

gneur l'évêquc (1) lui avait accordé le privilëgo de faire dire la messe dans son infirmerie et que depuis plusieurs années elle avait tous les jours la consolation de l'entendre, M. notre Supérieur se disposa à offrir le Saint- Sacrifice et elle explira doucement aprës \ememmtodeB vivants, ce que nous avons regardé comme une grâce que Dieu lui avait faite, parce qu'elle eut tout le mérite de la messe, ayant eu part aussi au mémento des morts.

" Ce fut le quatorzième jour de janvier de l'année 1723. Elle était âgée de soixante-treize ans moins quelques mois. Dès qu'elle fut exposée dans notre chœur, ou vit bien quelle grande idée les personnes du monde avaient de sa sainteté par l'empressement qu'elles eurent de lui faire toucher leurs livres, leurs chapelets, et à demander quelque chose qui eût été à son usage. " (2)

" La mëre Juchereau a laissé après elle une réputation que le temps n'a pas affaiblie. Cette grande figure domine toutes celles, qui, avant et après elle, ont gouverné le monastère. Aucune des supérieures de cotte maison, en effet, ne l'a égalée en capacité intellectuelle et en considération : on connait ses vertus monastiques. " (3)

(1) Mgr de Saint Yaliior.

(2) Deux portraits do la Mère do Saint-Ignaco que sa famille fit peindre de son vivant sont conservés prJcieuseraont à l'Hôtel-Dieu de Québec : le plus ancien, f]ui se voit dans la salle de communautj,fut pris dans sos premières années de religion ; l'autre, qui est au dépôt, représente cette chère mère dans les dernières années de sa vie. C'est le premier de «es deux portraits que nous reproduisons ici.

H.-R Casgrain, Histoire de V Hôtel-Dieu de J312,370et8eq.

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