‹ La famille Juchereau DuchesnayChapitre 64 sur 126 · MARIE-EUSTACIIE JUCHEREAU DUCHESNAY · texte numérisé non relu

MARIE-EUSTACIIE JUCHEREAU DUCHESNAY

Né à Beauport le 24 octobre 1741.

Il passa en France à la chute de Québec.

Il entra dans le corps royal d'artillerie.

Promu au grade de capitaine, il coopéra, en 1769, à la conquête de l'île do Corse.

Lorsque la révolution française se déchaîna sur toute l'Europe il était lieutenant-colonel d'artillerie, et chargé provisoirement des fonctions de directeur de la manufacture d'armes de Charleville.

(1) Mgr de Saint- Vallier et V Hôpital- Général de Québec^ pages 613, 614. La môi*o Saint-Ignaco a été longtemps Tannaliste de l'Hôpital Général do Qu*^bcc ; l'Histoiro lui est redevable de tous les détails qui nous sont pai'vonus sur les événements de 1759-60, et sur le siège do Québec parles Américains quinze ans plus tard.

Mais laissons la parole à rhistorien le plus autorisa de cette triste époque :

" Le 4 septembre 1792, quatre voitures sortaient de la manufacture d'armes de Charleville et se dirigeaient vers la porte de Flandre, lorsque des volontaires de la Nièvre, do garde à cotte porte, arrêtent le convoi et exigent la présentation des papiers d'expédition. Los armes étaient à destination d'Huningue ; aussitôt ou s'écrie que les voîturiors tournent le dos à la route qu'ils doivent suivre, qu'il y a dans tout cela une trahison manifeste. M. Juchereau, qui cumulait provisoirement les fonctions de directeur de la manufacture et de commandant de la place, survient et veut expliquer que le mauvais état des allées qui réunissent Charlcville à Mézières l'a contraint de faire contourner la ville par les voitures. On ne veut rien entendre, la foule s'amasse, déjà lance des pierres et s'apprête à dételer les voitures. Avertis en toute hâte, deux officiers municipaux accourent et croient n'avoir rien de mieux à faire que de conduire à la mairie les voitures et l'officier expéditeur ; mais la foule les suit en proférant les plus effroyables menaces ; dans la salle où biège le conseil général pénètrent avec eux une vingtaine de fédérés d'un bataillon de Seine-et Oise, arrivé depuis deux jouts seulement à Charleville.

'* Juchereau est un traître, crient-ils ; à la lanterne, le ccmplice de Brunswick ! " Le maire. Mena, supplie la foule d'écouter au moins les explications du lieutenant-colonel. Un officier municipal lit les pièces que vient de déposer l'accusé ; c'étaient : 1. un ordre du ministre de la guerre, en date du 20 juillet, commandant à la manufacture d'armes de Charleville de fournir 1680 canons de fusils et 2000 tire-bourres pour la l'iace d'Huningue ; 2. une réquisition des trois c<m-

missairee de TAssemblée nationale, Eersaiat, Autonelle et Péraldi, ordonnant de ne mettre aucun obstacle à la sortie de ce matériel ; 3. une lettre du directeur de l'artillerie d'Huningue, réclamant ces mêmes armes avec instance.

" Juchereau réitère devant la municipalité les explications qu'il a déjc\.données : le mauvais état des allées Ta seul obligé de modifier, pour la sortie de la ville, l'itinéraire du convoi. Las cris " à la lanterne le traître ! " l'interrompent à chaque instant.

" Le commandant du bataillon de la Nièvre, Baille- Beauregard, essaie de prendre aussi la parole, mais on le traite de royaliste, on le * contraint à se retirer. Les salles et jusqu'aux escaliers sont envahis par une population en délire ; du haut des fenêtres, les volontaires de Seine-et-Oise, qui sont entrés les premiers, crient à leurs affidés : " Soyez tranquilles, nous le gardons, nous répondons de lui ; il ne sortira que pour être pendu ; vous n'avez qu'à préparer la corde ! "

" L'officier municipal Routa, qui vient de lire les pièces justifiant pleinement M. Juchereau, est jeté violemment à bas du siège, sur lequel il était monté pour mieux se faire entendre ; le procureur de la commune est saisi au collet ; Juchereau est foulé aux pieds, frappé à coups de crosse de fusil ; le commandant en second des fédérés de Seine -et-Oise, Pechiné, anime lui-même ses hommes en montrant avec ostentation un sabre qu'il dit avoir été saisi dans l'une des voitures. Juchereau est entraîné hors de la salle du conseil ; sous les fenêtres mêmes de la maison commune, on lui porte plusieurs coups de baïonnette, on lui tranche la tête, on la met au bout d'une pique, pour la promener dans les rues de Charleville et de Mézières ; enfin on

la jet te dans la Meuse, entre cette dernière ville et le faubourg du Pont-d'Arches. " (1)

Le lieutenant-colonel Juchereau avait épousé Marie- Thérèse Pasqualini. Elle mourut en 1811, laissant deux enfants : I Antoine Pierre ; II Louis.

Page 1