I. Antoine-Pierre Juchereau de Saint-Denys
Né k Bastio, Corso, le 14 septembre 1778.
Il fut destiné de bonne heure à la carrière des armes et envoyé à l'école militaire de Brienue, d'où il passa, quelques années après, à l'école du génie de Mézîères.
La mort de son père contraignit le jeune officier à quitter la France. Il passa en Angleterre, où, grâce à l'appui de son oncle, Antoine Juchereau Duchesnay, seigneur de Beau port, il fut admis à l'académie du génie et de l'ortillerie de Woolwich. C'est là qu'il acheva ses études, commencées àMézières ; après quoi il vint rejoindre son oncle au Canada.
Le général Prescott tenait à cette époque les renés du gouvernement. Le courageux jeune homme lui oflFrit ses services. Mais Prescott ne voulut ou ne put rien faire pour lui.
" La paix d'Amiens permit à Juchereau de Saint- Dcnys de rentrer en France ; mais n'y retrouvant plus le patrimoine paternel, qui avait été confisqué comme bien national, il dut, pour assurer son-existence, accepter à Constantin(»ple une position qui lui fut offerte. La Porte ottomane était alors dépourvue d'officiera instruits, et ses connaissances spéciales firent bientôt admettre Juchereau de Saint-Denys comme directeur
(1) Mortimor Tornaux, Histoire de la Terreur, tome troisième, page 332.
GÉNÉRAL BARON ANTOINE-PIERRE JUCHERBAU DBSAINTDENYS
et îastruct3ur en chef du ginie militairo. Il obtînt la confiance et l'estime de Silim UE, qui le chargea de rinspectîon générale des fortifications de l'empire turc. Au moment oà la guerre allait éclater entre ce pays et la Russie et l'Angleterre, il fut spécialement chargé de fortifier la ligne du Danube, et de mettre en état de défense Constantinople et les deux mers qui l'environnent, le Bosphore et le canal des Dardanelles. 8on zële lui valut, de la part du Sultan, la décoration de commandeur de l'ordre du Croissant
'^ La lutte entre le parti des janissaires et Sélim IT.I, qui tentait de remplacer cette milice indisciplinée par un nouveau corps, vint compromettre la position de Juchereau de Saint-Denys. Et apr^s la proclamation de Mustapha IV, Napoléon, avec l'agrément duquel il servait l'empire ottoman, le rappela dans sa patrie. Il l'envoya en Espagne, auprès de son frëre Joseph, qui l'employa avec le grade de colonel de génie. C'est en cette qualité que Juchereau de Saint-Denys prit part au siège de Cadix, et qu'il fortifia diverses places do midi de la péninsule. Il contribua, par les fortifications passagères élevées sous sa direction, à la victoire de Bornos.
" Lorsque, en 1814, l'armée du maréchal Soult fut appelée au secours de la France envahie, Juchereau de Saint-Denys continua d'y être employé comme colonel du génie ;et, en 1816, il était chef d'état-major du deuxième corps, commandé par le comte de Lobau, et assistait aux batailles de Ligny et de Waterloo.
" La restauration laissa Juchereau do Saint-Denys en activité de service, et le comprit dans le corps de l'état-major. De 1 8 1 6 à 1823, il fut placé comme chef d'état-major, en Corse et dans plusieurs autres divi-
8ÎOW8 militaîrea. Il utilisa les loisirs que lui laissaient ses fonctions, en publiant, en 1819, sous le titre de Tableau historique des révolutions de Copstantinople en 1807 et 1808, un ouvrage rempli de renseignements curieux sur la Turquie, et qui reçutles éloges des hommes compétents. Teu de temps après, la croix de commandeur de la Légion d'honneur lui était conférée.
*• Lors de la campagne d'Espagne, eu 1823, Juchereau de Saint-Denys fut attaché au corps du maréchal Molitor. Il fut envoyé près de Torijos et de ses compagnons, pour les engager à faire leur soumission au gouvernement français, sut les persuader, et signa la ciipitulation, qui fut approuvée par le général Bonnemains.
" Egalement versé dans la connaissance de l'artillerie et dans celle du génie, Juchereau de Saint-Denys reçut la mission, en 1826, de se rendre en Angleterre, pour y étudier le nouveau système d'artillerie qu'on y avait adopté, et rechercher en même temps quels étaient les avantages de l'anne à la vapeur, inventée par Perkins. De retour en France, il adressa au ministre de la guerre un rapport, dans lequel il proposait l'adoption, avec quelques modifications, de plusieurs des peifectionnements introduits en Angleterre, mais se montrait peu favorable à l'usage de l'arme à la Perkins.
" La connaissance profonde que Juchereau de Saint- Dnys avait acquise des ressources de l'empire ottoman, les vues exactes qu'il avait portées, des 1819, sur la probabilité d'une insurrection hellénique, le désignèrent au choix du gouvernement pour aller remplir eu Grèce les fonctions de ministre résident. En 1828, il apporta au nouveau royaume, de la part de sa patrie,
un premier secours de cinquante mille francs, et s'employa avec zële à consolider la nationalité renaissante.
" Vers la fin de 1829, il revenait eu France ; c'étwt le moment où le pouvoir méditait une expédition en Algérie. Juchereau de Saint-Denys, que son séjour prës de la Porte avait mis à même de bien apprécier le caractère des populations musulmanes, fut consulté par le ministre de la guerre sur ce qu'il y avait à faire pour préparer cette grande entreprise. Il était, peu de temps après, attaché à l'armée d'expédition conmie sous-chef d'état-major général, fonctions qu'il occupa depuis la prise d'Alger jusqu'à sa rentrée en France, en novembre 1830. Il résuma son opinion, touchant la nouvelle conquête, dans une brochure qu'il publia la même année, sous le titre de Considérations statistiqueSy politiques et militaires sur la régence <P Alger, opinions généralement conformes à celles du maréchal ClauseL
" En décembre 1831, Juchereau de Saint-Denys, qui comptait de si longs services comme colonel, fut enfin élevé au grade de maréchal de camp. Mais il fut laissé longtemps en disponibilité, et, en 1844, il passait dans le cadre de la réserve.
" Libre de son temps, cet officier général concentra alors tous ses travaux sur la Turquie, et il fit paraître, en 1844, une Histoire de V empire ottoman depuis 1792 jusqu'en 1844. (5 volumes in-8 ). Dans ce livre, l'auteur, frappé de la position précaire où se trouvait la Turquie, et pressentant les événements qui se sont accomplis depuis, proposait un système de fédération entre les différentes nationalités placées sous la domination du Sultan. Mais cet ouvrage de Juchereau de Saint-Denys n'obtînt pas le même succès que sa première publication, malgré les vues excellentes qu'il
renferme, l'attention publique étant abrs distraite pas d'autres préoccupations.
^^ Les événements de 1848 appelèrent le baron Juchereau de Saint-Denys à la retraite.
" Il mourut le 19 septembre 1850. " (1)
Le général baron Jucbereau de Saint-Denys pendant Êon séjour en Orient avait épousé une Levantine. 11 n'en eut qu'une fille :
Elîza Jucbereau de Saint-Denys née le 3 avril 1808» VMe se maria à M. do L'Ëspinasse. (2)
H. Louis Juchebbau db Saint-Denys
Nous ignorons si comme son frëre aîné il émigra après la mort tragique de son père.
Il embrassa la carrière de la magistrature.
Il devint Conseiller à la Cour Royale de Bastia, Corse, et mourut dans cette ville vers 1853.
11 avait épousé mademoiselle de Rossi, fille d'un ancien conseiller au Conseil Supérieur de Corse. Il en eut plusieurs enfants. Noxxs en connaissons quatre :
!• Eustacbe Jucbereau de Saint-Denys né en 1809. n accompagna, en 1828, son oncle le général baron Jucbereau de Saint-Denys, dans sa mission en Grèce, en qualité d'attacbé à la légation française. Ayant embrassé la carrière consulaire, il fut nommé élèveconsul avec rang de vice-consul en 1834 et attaché au consulat général de France à Smyrne. Il servit
(1) Blichaad, Biojraphie universelle ancienne et moderne^ tome vingt et unièmo, pages 284 et 285.
(2) M. i*abb^ Daniel (Grandes familles du Canada^ page 335) a confondu po M. do L'B-ipinawo avec le général Bspinasse qui fut mêU aux événements de 1852 (coup d'état poar le rétablissement de Tfimpire).
ensuite comme consul à Tar80U9,dan8 l'Asie Mineure ; puis à Bilbao, en Espagne ; et enfin à Saint-Domingue, où il arriva pou avant l'époque de rinsurroctiou des colons d'origine espagnole qui habitaient la partie orientale de l'île d'Haïti contre le gouvernement des nëgres et des mulâtres. II rendit d'utiles services aux deux partis, et empêcha, dans plusieurs circonstances, l'effusion du pang et les représailles d'une féroce vengeance. Bn récompense de sa noble conduite il reçut la croix de la Légion d'Honneur. H avait déjà reçu, quelques années auparavant, celle do l'Ordre du Sauveur de Qrëce. Eustache Juchereau de Saint-Denys épousa, en avril 1851, Marie, fille de Guilhem-Pierre O'Tard de la Grange et do Amanda-Louise LeMaire de Marne, dont il eut trois enfants :
A. Amédée Juchereau de Saint-Denys né à Bastia, île de Corse, en février 1856. H a été conseiller de préfecture, puis sous-préfet, mais il s'est retiré de la vie publique lorsque la France a cessé d'être gouvernée pour passer au pouvoir d'une faction. Il porto le titre de marquis de Saint-Denys et demeure à Bastia. Il a épousé, en 1883, mademoiselle Matei, fille d'un premier président de la Cour de Bastia. Pas d'enfants.
B. Louis Juchereau de Saint-Denys. Il entra dans l'armée. Il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur à la suite d'actions d'éclat qu'il accomplit au Tonkin, lors de la dernière guerre. Il est capitaine et tient garnison à Briançon, Hautes-Alpes. 11 porte le titre de comte de Saint-Denys. Il s'est marié en 1886. Sa femme est morte Tannée dernière, lui laissant une fille qui est élevée au couvent de Bastia.
C. Antoine ( Tony ) Juchereau de Saint-Denys né à Bastia en 1864. Il a été avocat consultant à Parie.
Il est actuollement juge de paix à Aïn-el* Arba, prës d'Oran ( Algérie ). Célibataire.
*• Eagëne Juchereau de Saint-Denys né en 1817. n mourut en 1852, sans avoir contracté mariage.
S* Sylvestre Juchereau de Saint-Denys. Il est décédé en 1865. Il ne s'était pas marié.