JULIE, ADÈLE, LAMBERT
JOLIE, entrée par la porte latérale de droite.*
Adèle, vous n’avez pas dit la vérité à votre père.
ADÈLE
Je n’ai pas dit...
JULIE
Non. 11 faut la dire, mon enfant.
ADÈLE
Je n’ai plus rien à dire.
JULIE
Rien?
ADÈLE
Non.
* Adèle, Julie, Lambert.
JULIE, t'avançant comme pour parler.
Eli bien...
ADÈLE, interrompant Julie.*
Mon père!... écoutez-moi... En consentant à épouser monsieur Gérard, j’avais trop présumé de mon obéissance. Sans doute, monsieur Gérard est un noble cœur, un homme que j’estime, mais... (mouvement de Lambert) je ne l’aimais pas.
JULIE
Pauvre enfant! tu nies ton amour pour Gérard, afin que nous croyions à ton amour pour un autre... Toi coupable 1 mais tu es folle; tu t’accuses d’un crime qu’enfantent seules des passions dont tu n’as ni l’âge, ni les vertiges, ni les égarements. (La faisant asseoir sur ses genoux. ) Où sont tes passions? dans quel monde les as-tu contractées? dans quel air embrasé les as-tu respirées ? Où en sont les signes? où en sont les blessures?... Des passions! (a Lambert.) Mais regardez -la donc!... Est-ce là des yeux brûlés par les larmes? est ce là des lèvres qui accusent des plaintes étouffées, des terreurs secrètes?... Toi, des passions! pauvre enlant; tu peux à peine porter ton amour, il t'écrase de son bonheur, et tu voudrais te charger du poids d’une passion!... Mais, encore une fois, voyez donc ce visage! et dites si jamais la candeur, la pureté de l’âme donnèrent un plus éclatant démenti à l’aveu d'une faute impossible!... (se levant.) C’est donc moi qu’il faut croire quand je vous dis, quand je vous crie : Non, elle n’est pas coupable!
LAMBERT, qui a écoulé et suivi avec la plus graude attention le dialogue entre Julie et Adèle, à part.
Qui veut-elle donc que j’accuse?
ADÈLE
Ma mère! ma mère!...
JULIE, qui n est entendue que d Adèle.
Ah! je vais tout dire.
ADÈLE, bas à Julie, avec impétuosité.
Et la vie de mon père!...
JULIE, à part.
C’est affreux!
* Julie, Adèle, Lainberl.