‹ La famille Lambert comedie en deux actes en proseChapitre 7 sur 34 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

le visage matinal d’une enfant aimée. En la suivant d’un regard attendri à travers les quadrilles, on recommence le chemin par où l’on a passé, on respire de son souffle de dixhuit ans; enfin, par un vol qui n’ôte rien à celle à qui l’on prend, la mère dérobe dans l’ombre, à la fille, la sérénité qu’elle lui a donnée et dont elle n’a rien gardé... Mais, pour en revenir à votre projet... non, je ne veux pas que votre père se dérange pour aller faire paî t de votre mariage à monsieur de Grandval.

LAMBERT; à Julie, en examinant avec Gérard des livres et des factures*

Cela ne me dérangera pas du tout, ma chère amie : le château de Belle vue n’est qu’à deux pas de Blancménil; je crois même que les deux parcs se confondent.

ADÈLE , se levant.

Oui, mon père. D’ailleurs, je le répète, c'est une politesse qui est bien due à monsieur de Grandval; c'est indispensable... Nous a-t-il fait polker, maman et moi, à toutes ses matinées dansantes, où vous n’avez jamais daigné venir ni l’un ni l'autre, ours que vous êtes !

LAMBERT

Nous étions si occupés...

ADÈLE

Mais vous êtes toujours si occupés!... C’est donc indispensable, comme je le disais, que vous alliez... (Elle s’aisicd près de

sa mère.)

JULIE

D’ailleurs, du moment où elle l'a mis dans sa petite tête bretonne, nous n’avons qu’à nous incliner. Si elle vous demandait le soleil, je ne sais vraiment pas comment vous vous y prendriez pour lui refuser. Je ne connais qu’une faiblesse au monde qui égale la vôtre, (embrasseut Adèle) c’est la mienne... Allez donc chez monsieur de Grandval puisque Adèle «trouve que c’est indispensable.

ADÈLE, tenant un ccbcveau de laiue que sa mère dévide tout en parlant.

Et du moment où ‘vous y allez, je crois qu’il est de la plus simple courtoisie que vous l’invitiez à mon mariage.

JU LIE

Une lettre d’invitation, comme à tout le monde, eût satisfait, de notre part, à toutes les convenances.

ADÈLE

Ah! monsieur de Grand val mérite mieux que cela!

LAMBERT

Décidément, Adèle est éprise, elle est folle de monsieur de Grandval. Sois donc un peu jaloux, Gérard, sois doue jaloux !

GÉRARD

Jamais! D’ailleurs je n’ai jamais vu monsieur de Grandval ; j'ignore s’il est bien, s’il est mal.

ADÈLE

Il est fort bien, n’est-ce pas, maman?

* JULIE, embarrassée.

Oui, comme tout le monde.

ADÈLE

Comme tout le monde... comme tout le monde!... Belles façons, tournure militaire, mouslaches à faire peur... charmant! Tout le monde n’est pas charmant!

LAMBERT, à Gérard. -

Tu entends?

J’entends.

GÉRARD

Regards pleins de fierté et de distinction !

LAMBERT, à Gérard.

Tu entends toujours?

GÉRARD

Toujours !

LAMBERT

Et cela ne t’irrite pas?

GÉRARD

Pas plus que le signalement d'un passe-port, (a Adèle.) Achevez le passe-port : signes particuliers?...

* ADÈLE

Gracieux, aimable, spirituel.

JULIE

C’est probablement tout?

ADÈLE

Non, ce n’est pas tout.

GÉRARD

Ah!

Quoi donc encore?

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