L’HONORABLE MAURICE DUPRÉ
Né à Levis le 20 mars 1888, Maurice Dupré fit ses études classiques au collèg'e de sa ville natale et ses études de droit à l’université Laval.
Admis au barreau le 4 juillet 1911, M. Dupré s’embarquait pour l’Angleterre à l’automne de la même année pour aller suivre les cours de la célèbre université d’Oxford.
De retour au pays dans l’été de 1913, M. Dupré s’établit à Québec où il commença à exercer sa profession, en société avec son ami et compagnon d’études d’Oxford, M. Onésime Gagnon, aujourd’hui l’honorable Onésime Gagnon.
Les succès ne tardèrent pas à venir et bientôt l’étude Dupré et Gagnon devint une des plus achalandées de la ville. Elle a compté comme associés depuis sa fondation, successivement, MM. Maurice Dupré, Onésime Gagnon, Arthur Fitzpatrick, plus tard juge des Sessions de la Paix, Valmore de Billy, Charles Parent, aujourd’hui député de Québec-Ouest, Théodore Meighen (fils de l’ancien premier ministre du Canada), Yves Prévost et John Howe.
M. Dupré, tout en ne négligeant pas son
étude d’avocat, s’occupait de politique. Celle-ci est une sirène qui attire tous les jeunes gens qui ont du talent et le désir légitime de servir leur pays. Maurice Dupré fut en peu de temps un des chefs de son parti. Il était fait pour conduire, commander, et ses amis s’en rendaient bien compte.
Aux élections générales du 28 octobre 1925, M. Dupré fut candidat pour la Chambre des Communes dans le comté de Kamouraska. Il fut battu par M. Georges Bouchard, mais cette expérience l’avait mis en contact avec le peuple et elle lui fut profitable.
Aux élections générales du 28 juillet 1930, M. Dupré fut de nouveau candidat mais cette fois dans une division urbaine. Il fut élu député de Québec-Ouest à la Chambre des Communes par une majorité de plus de 400 votes sur M. Gérard Lacroix. Il enlevait au parti libéral une forteresse regardée jusque-là comme inexpugnable.
Le 7 août suivant, l’honorable R. B. Bennett chargé de former une nouvelle administration invitait M. Dupré à entrer dans son cabinet en qualité de solliciteur général. M. Dupré franchissait la porte dorée du conseil des ministres avant même d’avoir siégé à la Chambre des Communes. L'aventure était dangereuse. Mais son application au travail et son désir d’aider ses compatriotes tout en servant les intérêts généraux du pays, lui donnèrent vite l’expérience, on pourrait dire le tour, de faire valoir ses arguments, devant le conseil des ministres ou à la Chambre des Communes.
Quelques mois après son entrée dans le
gouvernement fédéral, M. Dupré accompagnait le premier ministre Bennett à la Conférence Impériale qui devait se tenir à Londres. Là encore, il fit rapidement sa marque par sa connaissance parfaite de Tanglais et du français, son urbanité, sa largeur de vues, etc. Aussi, au cours de cette conférence, ses collègues Télurent, à bunanimité, président du comité d’arbitrage et de désarmement.
Deux années plus tard, en 1932, l’honorable M. Dupré était délégué de nouveau en Europe, à la désormais célèbre Conférence du Désarmement de Genève. Il fut alors choisi comme vice-président du Comité Naval. A Genève comme à Londres, le ministre canadien créa une impression très favorable à tous ceux qu’il rencontra et il revint au pays avec de précieuses amitiés et pour le Canada et pour lui-même.
Aux élections générales du 14 octobre 1935, le gouvernement Bennett était battu aux poils et M. Dupré malgré la popularité personnelle qu’il s’était acquise dans son comté de Québec- Ouest, ne put endiguer le courant. Son adversaire, M. Charles Parent, fut élu par une majorité de 1,693 votes.
M. Bennett et ses collègues du cabinet donnèrent leur démission le 23 octobre 1935. L’honorable M. Dupré revint alors à Québec où il reprit l’exercice de sa profession.
Aux élections générales du 25 mars 1940, l’honorable M. Dupré tenta de nouveau la fortune politique pour la Chambre des Communes dans son ancien comté de Québec-Ouest, mais il fut battu par M. Charles Parent.
C’est un accident de chemin de fer qui de-
vait mettre fin à la carrière si prometteuse de rhonorable M. Dupré. Le 30 septembre, il s’était rendu à Montréal pour assister aux funérailles de son ami et ancien concitoyen, le sénateur Webster. Il prit le train du Canadien Pacifique pour regagner Québec. A neuf heures et quelques minutes, le wagon où se trouvait M. Dupré, par une défectuosité de la voie, se précipitait dans la rivière Maskinongé. M. Dupré et plusieurs de ses compagnons de voyage, grièvement blessés, furent transportés aux hôpitaux des Trois-Rivières. C’est à l’Hôpital Saint- Joseph que l’honorable M. Dupré expira quatre jours plus tard, le 3 octobre 1941, à l’âge de 53 ans. Il conserva sa parfaite connaissance jusqu’à la fin, faisant généreusement le sacrifice de sa vie et en déclarant aux siens qui l’entouraient qu’une seule chose comptait, l’Eternité!
Les funérailles de M. Dupré eurent lieu à Québec le 7 octobre et témoignèrent de la popularité dont il jouissait dans toutes les classes de la société. Des milliers de personnes tinrent à accompagner ce brillant et sympathique ami jusqu’à sa dernière demeure.
A ces quelques dates sur la carrière trop tôt fermée de Maurice Dupré, ne manquons pas de joindre les lignes suivantes de V Action Catholique du 4 octobre 1941 qui résument toute sa vie: Un gentilhomme est disparu. Tous nos lecteurs, quelle que soit leur allégeance politique, apprendront avec regret la disparition de l’honorable Maurice Dupré, membre du Conseil privé et conseil du Roi.
'' Les circonstances qui ont amené la mort de notre concitoyen la rendent encore plus dou-
loureuse pour les siens et aussi pour ses amis qui étaient légion.
‘‘ M. Dupré a passé dans la politique sans y laisser d’ennemis. On le considérait à juste titre comme le type du parfait gentilhomme. Il savait faire de la politique sans cesser d’être un monsieur.
D’une grande urbanité, il accueillait toujours chacun comme s’il eût été un ami de toujours.
“ Notre concitoyen a toujours eu des relations très amicales avec tous les journalistes, à quelque journal qu’ils appartinssent. Nous sommes heureux d’en rendre publiquement le témoignage à la mémoire de M, Dupré.
“ Sur la tombe de ce citoyen distingué disparu par suite des circonstances tragiques que l’on sait, nous déposons l’expression de nos vifs regrets et nous prions madame Dupré et les siens d’agréer nos condoléances.”
L’honorable M. Dupré avait épousé, à New- York, le 26 novembre 1919, Anita Arden Dowd, fille de James A. Dowd, et d’Elise de Guise.
De ce mariage sont nés quatre enfants :