LA FAMILLE BENOÎT
Il ne faut pas confondre cette famille avec celle du chevalier Antoine-Gabriel-François Benoist auquel l’abbé Daniel a consacré un gros volume. Le chevalier Benoist était originaire de Paris, et passa dans la Nouvelle-France en 1735, en qualité de cadet à l’aiguillette dans les
(1) L’abbé Daniel: Histoire des grandes familles françaises du Canada.
troupes du détachement de la marine. Le chef de la famille Benoît qui nous occupe, Joseph Benoît, était déjà dans la Nouvelle-France dans les premières années du dix-huitième siècle. Originaire de Fourière, en Gatinois, au diocèse de Sens, il arriva à Montréal comme chirurgien dans les troupes au cours de Tannée 1710.
Joseph Benoît, tout en s’occupant des troupes en garnison à Montréal, fut le chirurgien attitré de THôtel-Dieu de Montréal pendant au moins une vingtaine d’années.
Dans leur lettre au ministre du 25 octobre 1720, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient :
“ Le sieur Joseph Benoît, qui est le seul médecin de l’Hôpital de Montréal, vu l’ouvrage considérable qu’il a, demande un aide et propose son fils. ”
Le g'ouverneur et l’intendant recommandaient d’employer le fils Benoît sur l’état à deux cents livres par année.
L’année suivante, le 19 juin, le feu se déclarait à THôtel-Dieu de Montréal. Plus de quarante maisons furent détruites dans cet incendie. M. de Ramezay écrivait alors à la cour que le sieur Benoît, “ qui remplit dignement les fonctions de chirurg-ien-major, a perdu tous ses outils dans ce feu ”.
M. Tabbé Faillon n’a pas une aussi bonne opinion de M'. Benoît que M. de Ramezay. Dans sa Vie de Mance, il écrit :
“ Le sieur Benoît fut nommé par le roi, en 1710, pour remplir à Montréal les fonctions de chirurg-ien des troupes, et reçut son passade sur le vaisseau V Africain. Quelques années plus
tard, M. Silvain, médecin irlandais, ayant obtenu un brevet de médecin du roi, sur la recommandation des filles de Saint-Joseph, des ecclésiastiques et d’autres personnes de considération, le sieur Benoît en conçut un extrême déplaisir. Il sut communiquer ses préventions contre la capacité de M. Silvain à M. de Beauharnois, g-ouverneur général, qui écrivit plusieurs lettres au ministre afin de le faire interdire de ses fonctions. Mais le ministre, voyant que ces lettres étaient pleines de passion et d’emportement, n’y eut aucun égard, et M. Silvain fut maintenu dans son titre. Le sieur Benoît, contraint de se voir exercer ses fonctions comme auparavant dans la ville et dans les côtes, en prit occasion d’écrire une lettre de plaintes contre les filles de Saint-Joseph. On peut juger par cette lettre que, dans ses rapports avec elles, il mit plus d’une fois leur patience à l’épreuve, et leur occasionna bien des sujets de tracasseries. On ne voit pas que le ministre ait fait état de toutes ces plaintes qu’il regarda sans doute comme inspirées par la vengeance et la passion. ”
En 1742, le sieur de Feltz était nommé chirurgien-major des troupes à Miontréal, supplantant ainsi le sieur Benoît qui remplissait ces fonctions depuis plus de quarante ans.
MM. de Beauharnois et Hocquart, se rendant compte de l’injustice qu’on commettait à l’égard de M. Benoît, priaient le Conseil de Marine, le 13 septembre 1742, de dédommager les sieurs Benoît père et fils. Selon la mode du temps, M. Feltz fut forcé de payer une pension à M. Benoît père. Le lendemain même, M. de Beauharnois informait le conseil de Marine que
M. de Feltz ne paierait pas cette pension longtemps, la paralysie du chirurgien Benoît augmentant, M. de Beauharnois ne se trompait pas beaucoup car M. Benoît décéda deux mois plus tard, le 17 novembre 1742.
Sa veuve, Anne Bastien, décéda à Montréal le 15 avril 1749.
Leurs enfants firent de belles alliances :
1° Anne Benoît, née en France en 1696, devint, le 4 octobre 1718, la femme de Louis- Jean de Lobinois, sieur de Tourneuve, commissaire-ordonnateur à Montréal.
2° Marie- Anne Benoît, née en France, se maria, le 21 juin 1726, à Jean-Michel De Roy, sieur de La Barre.
3° Claude Benoît, né à Montréal le 2 avril 1712, épousa Thérèse Baby, et perpétua le nom.
4° Louise Benoît, née à Montréal le 9 janvier 1714, se maria, le 20 avril 1729, à Pierre De Selle.
Claude Benoît, qui épousa Thérèse Baby, fut chirurgien comme son père. En 1742, lors du remplacement de son père comme chirurgien-major par M. de Feltz, il avait essayé d'obtenir le brevet de médecin du roi à Montréal. Malgré l’appui de MM. de Beauharnois et Hocquart, le Conseil de marine refusa de lui accorder ce brevet.
En 1750, M. Benoît fit de nouveaux efforts, cette fois, avec l’appui de l’intendant Bigot, mais sans plus de succès.
Le chirurgien Claude Benoît décéda à Montréal le 20 juin 1759. De son mariage avec Thérèse Baby, il avait eu plusieurs filles et trois fils, mais ces derniers décédèrent au berceau.
Cette famille, du moins sous le nom de Benoît^ disparut donc avec sa mort, en 1759.