LA FAMILLE JUCHEREAU DUCHESNAY
L’ancêtre de la famille Juchereau Duchesnay est Jean Juchereau de Maure, venu à Québec en 1634, avec sa femme et ses quatre enfants. Il était le frère de Noël Juchereau, sieur des Châtelets, licencié en loi, membre du Conseil, commis-général de la Compagnie des Habitants, venu à Québec en 1632.
Les deux Juchereau devinrent les amis et les collaborateurs du fondateur de Québec, dans la réorganisation de cette grande œuvre dont l’existence avait été mise en péril par l’occupation des Kirke. Ils se lièrent aussi d’amitié avec Robert Giffard, médecin du roi, qui les avait précédés dans le pays, et de cette rencontre de cœurs si bien faits pour se comprendre,
(1) A consulter sur cette famille La famille Martel de Brouage, de Pierre-Georges Roy.
date cette alliance des deux noms Giffard et Duchesnay, désormais inséparables et intimement liés, non seulement aux annales de la paroisse de Beauport, mais à toute Thistoire du Canada et des établissements français dans le Nouveau-Monde. Car la glorieuse lignée des seigneurs Giffard et Juchereau Duchesnay n'a pas seulement produit des défricheurs et des pionniers de notre agriculture. A chaque génération, elle a fourni successivement à la marine française, aux armées de France et d'Angleterre et à nos milices canadiennes, des soldats intrépides qui se sont distingués sur les champs de bataille de l'ancien comme du Nouveau-Monde, à l'administration et au gouvernement du pays, sous les deux régimes par lesquels nous avons passé, des hommes publics intègres et désintéressés; aux foyers de nos plus importantes familles, par de superbes alliances, des épouses et des mères qui ont été l'ornement de leur sexe. A l'église, elle a donné, sinon le nombre, assurément, la qualité dans ce religieux modèle, le Frèr re Juchereau, premier Jésuite canadien, mort avec la réputation d'un saint; dans cet autre saint, l'abbé de Rigauville, dont la mémoire est encore en vénération dans le monastère de l'Hôpital général de Québec. Et, comme couronnement de son œuvre, elle offre à notre admiration tout un essaim de vierges (plus de vingt) consacrées au Seigneur, dont plusieurs ont été des femmes vraiment extraordinaires. . .
En regard de ces gracieuses figures de femmes, voyez donc le cortège imposant des hommes sortis, eux aussi, du manoir de Beauport. . .
Robert Giffard et Jean Juchereau s’établissent solidement à Beauport et resserrent leur alliance par le mariage de deux filles de Giffard avec deux fils de Jean Juchereau de Maure. Chose singulière, l’aîné des fils de Jean juchereau de Maure, père lui-même de quatre enfants, n’est pas le continuateur de la lignée. Cet honneur échoit au cadet Nicolas Juchereau de Saint-Denys, qui va se faire un nom illustre dans l’histoire. . .
En 1684, Ignace, fils de Nicolas, fait, sous Denonville, la campagne contre les Iroquois. En 1687, il prend part à l’expédition de M. de Troyes à la baie d’Hudson. . .
Joseph, héritier du nom, meurt jeune et célibataire, mais non sans avoir ajouté à l’éclat du nom en inaugurant à Québec la construction des vaisseaux sur une grande échelle, et en prenant part à la défense de Port-Royal, d’où il rapporte une glorieuse blessure. . .
Puis, viennent les trois Antoine, père, fils et petit-fils, dont deux sont encore soldats. On les retrouve à Carillon et sur les Plaines d’Abraham. . .
Mais voici que la carrière politique attire et entraîne les seigneurs de Beauport. Ils y feront grande figure, respectés par le pouvoir qui les craint, aimés par leurs constituants qui les regardent, à bon droit, comme d’intrépides défenseurs. . .
Voyons maintenant la brillante odyssée des cadets, des neveux et des alliés de la famille Juchereau Duchesnay. . . Dans le Nouveau-Monde, ils sont dans les expéditions contre les Sauvages ou contre la Nouvelle- Angleterre; à la
baie d’Hudson, au Labrador, à la Louisiane, au Mexique, à Saint-Domingue et aux îles des Antilles.
En France même, le nom de Jucher eau va resplendir du plus bel éclat. Trois rameaux différents détachés du tronc de Beauport vont, de nouveau, prendre racine et faire souche dans l’ancienne mère-patrie, où l’on retrouve, de nos jours, leurs représentants. . .
.De l’histoire des Juchereau Duchesnay jaillit une leçon de devoir et de dévouement désintéressé à la chose publique, un enseignement de patriotisme qui console des spectacles d’égoïsme et d’affaiblissement des caractères dont nous sommes trop souvent les témoins. Mais aussi quelle responsabilité pèse sur les épaules de ceux qui sont appelés à recueillir un pareil héritage. (H.-J.-J.-B. Chouinard) (1).