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LA FAMILLE HERTEL

Pour se faire une idée dés services qu’a rendus au pays l’importante famille Hertel, at-on écrit, il suffit de savoir qu’au moment de la ' Conquête, elle avait encore plus de douze de ses membres sous les armes. Ajoutons que sous le seul régime français tout près de douze Hertel furent tués sur les champs de bataille ou moururent en service de guerre.

Jacques Hertel, le chef de cette famille canadienne distinguée, était né à Fécamp, pays de Caux, et passa dans la Nouvelle-France du temps même de Champlain. Hertel fut d’abord interprète puis officier dans les troupes. De son mariage avec Marie Marguerie, sœur du célèbre interprète, il n’eut qu’un fils, François Hertel, et deux filles.

Ce sont les petits-fils de Jacques Hertel qui formèrent les renommées familles Hertel de Rouville, Hertel de Montcour, HerteJ de Beau-

lac, Hertel de Chambly, Hertel de Lafrenière, Hertel de Saint-Louis, Hertel de Cournoyer, Hertel de Saint-François, Hertel de Beaubassin, etc., etc.

A toutes les pages glorieuses de Thistoire de la Nouvelle-France, de Champlain à Vaudreuil, notre dernier gouverneur français, on trouve le nom d’un et souvent de plusieurs membres de la famille Hertel.

Les Hertel ne se sont pas seulement distingués sur les champs de bataille. Ils ont cherché à se distinguer partout où ils pouvaient être utiles au pays. Que dire de ce brave Hertel, qui, encore enfant, avait été pris par les Iroquois et écrivait cette lettre naïve et tout à la fois sublime au Père Jésuite Le Moine :

Mon Révérend Père, le jour même que vous partîtes des Trois-Rivières, je fus pris, sur les trois heures du soir, par quatre Iroquois d’en-bas. La cause pour laquelle je ne me fis pas tuer, à mon malheur, c’est que je craignais de n’être pas en bon état. Mon Père, si je pouvais donc avoir le bonheur de me confesser ! Si vous veniez ici, je crois que l’on ne vous ferait aucun mal, et je crois aussi que je m’en retournerais avec vous. Je vous prie d’avoir pitié de ma pauvre mère qui doit être bien affligée ; vous savez, mon Père, l’amour qu’elle a pour moi. J’ai su par un Français, qui a été pris aux Trois- Rivières le V août, qu’elle se porte bien et qu’elle espère que je me retrouverai auprès de vous. Nous sommes ici trois Français qui auront la vie, si vous venez. Je me recommande à vos bonnes prières, particulièrement au Saint Sacrifice de la messe, et je vous prie d’en dire

une pour moi. Veuillez, s'il vous plaît, faire mes baise-mains à ma pauvre mère et la consoler. "

Finissons ces notes incomplètes par la liste également incomplète des Hertel tués au service de leur pays sous le régime français :

En 1691, un Hertel, fils de François Hertel de Chambly et de Marguerite-Josephte Tavenay, jeune homme plein d’avenir et qui donnait les plus belles espérances, était tué dans un combat livré contre les Sauvages. Il avait été promu au grade d’enseigne, en 1690.

M. Hertel de Chambly fut tué à la prise de Deerfield en 1704. Cette expédition était commandée par son frère, M. Hertel de Rouville. Carneau rapporte sa mort dans les termes suivants : “ Le lendemain matin, M. de Rouville,

ayant rangé ses gens en bataille, il exhorta ceux qui pouvaient avoir ensemble quelque différend à se réconcilier. Ils s’agenouillèrent ensuite au pied des arbres, pour faire leur prière, puis marchèrent à l’attaque du fort. Après un combat très vif, ils l’enlevèrent la hache à la main. Hertel de Chambly et Verchères, deux jeunes officiers de grande espérance restèrent sur le champ de bataille.

Joseph Hertel de Sainte-Thérèse ne fut pas tué sur le champ de bataillle. Il n’en eut pas moins de mérite. Il mourut, à l’âge de 22 ans, au fort Duquesne le 30 juillet 1755, probablement des misères endurées pendant une dure campagne. Lisons son acte de sépulture dressé par le Père Récollet Luc Collet : “ L’an mil sept cent cinquante-cinq, le 30 de juillet, au fort Duquesne, sous le titre de l’Assomption de la Sainte

Vierge, à la Belle-Rivière, M. Joseph Hertel, écuyer, sieur de Sainte-Thérèse, cadet dans les troupes de la marine, âgé de vingt-deux ans, ou environ, après avoir reçu les sacrements de pénitence, de viatique et d’extrême-onction, son corps a été inhumé dans le cimetière du dit fort. . . ”

En 1748, M. Hertel jeune fut tué dans une expédition sur la frontière américaine, commandée par M. de Jumonville qui devait, luimême, trouver une mort glorieuse six ans plus tard. Une Relation des faits de guerre de 1748, dit à ce sujet: “ Le 26 juin, le parti commandé par le sieur Villiers de Jumonville est de retour à Montréal avec cinq chevelures anglaises; il n’a pas eu le temps d’enlever celles de neuf ou dix Anglais pareillement tués. Il a frappé contre trois forts sur un parti ennemi qui a fait bonne résistance. Deux de nos Iroquois ont été tués et le sieur Hertel le jeune

Une liste officielle dressée peu après 1760 nous dit qu’en 1759 trois Hertel furent tués, l’un sur les hauteurs de Québec, l’autre à Chouaguen et le troisième dans les bois. La même liste donne aussi un M. Hertel comme tué probablement dans une escarmouche, à Lotbinière.

Charles Hertel de Chambly, après avoir risqué sa vie plusieurs fois sur les champs de bataille, passa en France. Il se trouvait à Paris pendant la tourmente révolutionnaire. Sa tête tomba sur l’échafaud en 1793.

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