CEUX QUE NOUS PERDONS
Dans la comptabilité des richesses humaines canadiennes-françaises, il faut bien noter la perte d’hommes tels que Thon. Maurice Dupré et l’abbé Ivanhoë Caron.
Maurice Dupré était certainement l’une des plus belles unités de sa génération. On a déjà noté partout sa grande distinction et son affabilité. En un siècle où l’éducation a divorcé d’avec l’instruction, c’est déjà beaucoup que de briller par sa distinction et sa bonté. Dans le cas de Maurice Dupré, il convient de remarquer que cette distinction et cette bonté ont résisté à tous les vents pervers de la politique active.
Les bons principes appris au foyer puis à l’école, qu’il avait appliqués dans la pratique de l’apostolat de l’A.C.J.C, Maurice Dupré a su les garder et les respecter clins la vie professionnelle et même dans l’arène politique. Cela dénote un caractère solidement trempé. Il n’est pas permis de laisser passer un tel exemple sans le signaler.
Maurice Dupré fut un homme politique honnête non seulement dans ses actes, mais aussi dans son langage, ce qui, entre nous, est beaucoup trop rare. Puisse-t-il, sur ce point, faire école même après sa mort !
C’était aussi un patriote sincère qui souffrait de ne pouvoir faire tout le bien conçu en son coeur d’idéaliste, de chrétien et de Canadien français. Nous le savons pertinemment, pour avoir eu de temps à autre les confidences de cet homme de
parti à l’esprit large tel que nous en souhaitons des douzaines à tous les groupes, pour leur propre réhabilitation et pour le salut de la race canadiennefrançaise comme de la Patrie canadienne.
M. l’abbé Ivanhoë Caron est un autre Canadien français dont la perte sera sensible à l’Eglise et au Canada français. Sur une scène plus modeste, ce prêtre a dignement accompli une tâche considérable. Colonisateur, archiviste et historien, il a fort bien servi les siens. Nous lui devons la compilation et le classement d’innombrables matériaux dont se serviront les historiens pour édifier l’histoire nécessaire à la bonne orientation de notre peuple. Il a aussi publié des oeuvres personnelles très utiles.
L’abbé Caron a joué un rôle de premier plan, on s’en souvient, dans l’ouverture de l’Abitibi, où tant de familles vivent aujourd’hui heureuses et travaillent à l’enrichissement du patrimoine canadien-français.
Prions pour ces bienfaiteurs qui nous quittent. Sympathisons avec tous ceux qui souffrent personnellement de leur départ (E. L. L’Action Catholique, Québec, 6 octobre 1941).