LAFLÈCHE, DUPRÉ ET LA BONNE ENTENTE
Devant un auditoire très important de Toronto, le major-général Laflèche a prononcé dernièrement un discours dont les Canadiens français lui sauront gré. Le sympathique conférencier a expliqué clairement plusieurs choses concernant ses compatriotes de langue française.
Il a fièrement affirmé que les Canadiens français accomplissent leur effort de guerre tout aussi généreusement que les autres Canadiens. Il a rappelé que l’aptitude au commandement est une qualité fréquente chez ses compatriotes et que l’on s’entend parfaitement avec les Canadiens français quand on les traite avec franchise, loyauté et sincérité ; etc.
Personne n’est mieux qualifié que le majorgénéral Laflèche pour aller dire ces vérités opportunes aux Anglo-Canadiens. Héros de la Grande Guerre, il s’impose à l’attention et au respect de tous les Canadiens. Puis il exprime ces vérités sur
un ton amical qui les rend acceptables à tous.
Ces fécondes initiatives dédommagent le Canada et les Canadiens français de toutes les attaques portées contre l’unité nationale par des énergumènes comme le pasteur Shields, par certains journaux qui cultivent lâchement le préjugé antifrançais et par les irresponsables de toute origine qui croient faire oeuvre patriotique en tenant tout haut ou tout bas des propos irritants et rien de plus.
De tout coeur, nous souhaitons que l’élite des deux races organise plus fréquemment des contacts comme ceux du cardinal Villeneuve, des hon. Lapointe et Godbout et du général Laflèche avec des auditoires anglo-canadiens, non seulement à Toronto, mais dans tous les centres dont l’influence rayonne sur le Canada. Voilà le secret d’une meilleure entente, pour demain sinon pour aujourd’hui, même si le sarcasme des sceptiques retarde et diminue les résultats d’un aussi bon travail.
Il nous semble opportun de rappeler ici l’opinion de l’hon. Maurice Dupré, patriote dont on soupçonne de moins en moins la grande sincérité depuis sa mort qui a causé de si universels regrets. (En passant, exprimons ici un regret: que nos moeurs politiques, bêtes au superlatif, retardent jusqu’à la mort d’un homme public la reconnaissance unanime et positive de sa supériorté sur ceux qui ont besoin de la politique bien plus que celle-ci ne peut avoir besoin d’eux.)
Depuis un an, Maurice Dupré nous a téléphoné souvent pour nous tenir à peu près ce langage : Je viens de lire votre article. Mon Dieu! que c’est vrai. Je souhaite que nos Canadiens français comprennent la situation telle que vous l’expliquez. La guerre va nous imposer des sacrifices extrêmement lourds, mais, au moins, faisons en sorte d’en avoir le crédit au'f/rès des Anglo-Canadiens, qui nous guettent de ce côté. J’approuve surtout l’idée d’intéresser la classe instruite et l’élite en général à la cause si importante de la véritable bonne entente durant la guerre, afin
que nous avancions au lieu de reculer ^ en ce moment unique de toute notre histoire politique. Nos classes dirigeantes doivent donner Vexemple.
La gentilhommerie de Dupré s’accommodait aisément des méthodes courtoises et généreuses. Son patriotisme recherchait moins l’éclat que les résultats. C’est peut-être pour cela qu’il a obtenu un peu plus que d’autres d’un homme aussi loin de nous que Thon. R. B. Bennett. Eugène L’Heureux {U Action Catholique^ Québec, 20 octobre 1941).