‹ La famille Margane de LavaltrieChapitre 2 sur 4 · FLEURIAU · texte numérisé non relu

FLEURIAU

M. de Brouage qui ignorait que M. de Lavaltrie avait enfin obtenu une concession du roi se plaignait amèrement de lui en 1720. Le 27 août, il écrivait au ministre :

“ Le 1 6ième jour de mars dernier (1720), les nommés Baugi (40) et Parant, engagés du sieur de la Valtrie, vinrent de la rivière St- Augustin où il est cabané, dans un état pitoyable, lesquels me déclarèrent que le dit sieur les avait laissés le 2eme 8bre dernier (2 octobre 1719) ayant monté dans les terres avec les sauvages et leur ayant laissé pour tous vivres et ustensiles de leur hivernement, savoir : deux barriques de pam, un demi minot de farine, quatre livres de poudre et du plomb à proportion avec deux fusils. Voyant que les dites choses ci-dessus déclarées ne leur suffisaient point de (pour) passer l’hiver de trois personnes ils ont été obligés de venir me demander du secours après avoir été sur le point de périr de faim, ayant aussi déclaré qu’ils ont laissé à la rivière St-Augustin le nommé Georges Dumas, malade, qui était hors d’état de se mettre en chemin.

“ Je partir sur le champ deux hommes pour aller à la dite rivière donner du secours au nommé Dumas qui était resté malade, étant charges de vivres et de quelques médicaments pour lui donner du soulagement lesquels Vont trouvé en bonne santé. Sa maladie était de jeûner. Ayant reconnu que

Beaugis.

donnances

Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 5.

Fn 1 722 M de Lavaltrie eut un procès avec son engagé Jean Le jugement 'fut rendu par l’intendant le 1 5 avril I 722. Voir Ordes Intendants, cahier 8.

c’était une surprise du sieur de la Valterie puisque ses domestiques déclaraient qu’il y avait cinq ou six mois qu’il les avait quittés et que ceux que j envoyais porter du secours au prétendu malade trouvèrent le sieur de la Valterie avec tous ses sauvages. J’ai l’honneur de représenter au Conseil que c est un homme qui met ici dans les grandes inquiétudes. Je suis obligé de faire faire le quart dans l’hiver pour éviter que les sauvages qu’il m’a débauchés et qui sont avec lui ne viennent me piller et m’insulter par rapport à la grande nécessité qu ils se trouvent l’hiver de n’avoir pas de quoi vivre non plus que lui.

“ Je n’ai pu savoir ni voir les ordres qu’il dit avoir pour en agir de la sorte, et je n’ai pas seulement la liberté d’envoyer agir à mes affaires du côté de cette rivière, non plus qu’aux environs depuis qu’il est cabané dans ce heu, me menaçant même de piller tous les canots et de casser la tête au monde qui seraient dedans que j’enverrais dans ces endroits. C’est ce qui a fait que je n’ai pas voulu y envoyer cette année, ne voulant point exposer mon monde à être tué. Sur quoi j’attends avec grande impatience la justice que le Conseil aura la bonté de me rendre sur les plaintes que je lui fis l’année dernière ” (41 ).

Le 22 octobre 1 720, le gouverneur de Vaudreuil écrivait au ministre :

“ Sur les plaintes que Mme de Courtemanche et le Sr son fils m’avaient faites dès l’année dernière contre le sieur de LaValtrie, j’ai eu soin de lui expliquer, en lui écrivant le printemps dernier, qu’il dépendait du commandement que le sr de Brouage avait dans toute la côte du Labrador et qu’étant sous ses ordres, il devait avoir pour lui les égards dus à son rang, que d’ailleurs il devait faire tout ce qui pouvait dépendre de lui pour vivre en bonne intelligence avec le dit sieur Brouage et avec la dame de Courtemanche qui est sa cousine germaine étant l’une et l’autre enfants de deux soeurs, et enfin je lui ai ordonné de partir de chez lui aussitôt ma lettre reçue pour aller faire des .... au dit sr de Brouage et sa mère, leur rapporter ce qu’il avait pris dans le canot qu’ils avaient envoyé chez lui et leur demander leur amitié. Le dit sieur de LaValtrie me mandant par sa réponse du 17 juillet qu’il allait exécuter ponctuellement tout ce que je lui ordonnais, j’espère que dorénavant il ne reviendra plus au Conseil aucunes plaintes de ce côté-là, à moins que Mme de Courtemanche ne continue d’être de mauvaise humeur par la jalousie qu’elle semble avoir de ce que d’autres qu’elle s’établissent dans une côte qu’elle a cru devoir avoir toute seule, étant certain qu’il n’y a que cette jalousie qui puisse l’entretenir dans l’aigreur qu’elle fait paraître contre le sieur de LaValtrie pour attirer chez lui les Sauvages, mais, au contraire qu’elle l’avait traité avec beaucoup

(41) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 109.

de dureté, non seulement en lui refusant le secours de poudre, plomb, et biscuit dont il avait un extrême besoin, mais encore en faisant défendre par son fils aux capitaines malouins qui faisaient la pêche dans cette côte de lui en fournir” (42). *

En 1725, M. de Lavaltne, Zacharie Turgeon et Charles Turgeon, son fils, tous deux habitants de Beaumont, et Joseph Filteau, habitant de l’îie d Orléans, formaient une société pour faire valoir par tiers le po"te de Saint- Augustin. Turgeon devait fournir son bateau nommé le Saint- Et. ennc du port d environ vingt tonneaux et il devait partager peur un tiers dans les profits et dépenses pendant trois années consécutives.

Le 6 septembre 1 726, la société était dissoute. Les Turgeon père et fils se retiraient moyennant compensation. Le bateau le Saint-Et enne devait rester à MM. de Lavaltrie et Joseph Filteau qui continuaient en société l’exploitation du poste de Saint- Augustin (43).

A la mort de sa mère, le 1er mars 1 733, M. de Lavaltrie avait hérité de certains droits dans la seigneurie de Lavaltrie.

Le 3 novembre 1 733, M. de Lavaltrie vendait à son frère aîné, Pierre M argane de Lavaltrie, officier dans les troupes du détachement de la marine, “ses droits successifs mobiliers et immobiliers, fruits et revenus, qu’il pouvait avoir et prétendre en la succession tant de feu M. Séraphin Margane de Lavaltrie que de dame Louise Bissot, ses père et mère, pour la somme de deux mil deux cents livres” (44).

Les seigneurs, sous le régime français, étaient souvent aussi pauvres que leurs censitaires. Ce ne fut que quatre années plus tard que le seigneur de Lavaltrie put acquitter sa dette de deux mille deux cents livres envers son frère (45).

Le 1 1 septembre 1737, M. de Lavaltrie baillait à ferme son poste de la rivière Saint-Augustin, à la côte du Labrador, pour le temps et espace de trois années, à Michel Petrimoulx, Charles Chéron et Nicolas Caron l’aîné, tous trois de Québec.

Les trois associés devaient faire à la place de M. de Lavaltrie le commerce de pêche de loups-marins, la traite avec les Sauvages, la chasse, etc., etc.

Ce bail à ferme était fait pour le prix de deux cent cinquante livres par

(42) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 45.

(43) Acte de Louet, 6 septembre 1726.

(44) Acte de Adhémar, 3 novembre 1 733.

(45) Acte de Barolet, 23 mai 1737.

année. Les associés payaient leur première année de bail d avance (4 ).

En 1 739, un triste événement changeait la destinée de M. de Lavaltrie. Le 29 décembre 1739, sa femme, Angélique Guyon-Desprez, décédait à Beauport, à l’âge1 de 55 ans. Elle lui avait donné un fils, Louis- François Margane de Lavaltrie, né à Beauport le 28 janvier 1713. Le jeune de Lavaltrie avait épousé, onze mois avant la mort de sa mère, à Saint-Thomas, le 22 janvier 1739, Marie-Anne Couillard, fille de feu Louis Couillard, seigneur en partie de la Rivière-du-Sud, et de Marie-Anne Nolin. Seul au foyer, M.

de Lavaltrie décida de se faire prêtre.

On le voit, pendant les années 1740 et 1741, régler toutes ses affaires

et disposer de ses intérêts.

Le 9 décembre 1 741 , M. de Lavaltrie faisait bail à ferme et prix d’argent, à commencer du 1er septembre I 742 pour finir à pareil jour de 1 année 1 748, du poste vulgairement nommé de Saint-Augustin, sur la côte de Labrador, a Jean-Baptiste Pommereau, négociant à Québec.

M. Pommereau devait jouir pendant toute la durée de son bail de tous les privilèges accordés à M. de Lavaltrie par son acte de concession du 26 mai 1 720 : pêche de loups-marins, chasse, traite avec les Sauvages, etc., etc.

Ce bail était fait moyennant la somme de 250 livres de ferme et loyer par année.

Il était convenu entre M. de Lavaltrie et M. Pommereau qu’à la fin de ce bail M. de Lavaltrie ne pourrait l’affermer à d’autres sans en donner la préférence à M. Pommereau qui serait libre de retenir la dite ferme sur le pied de ce qui pourrait alors être offert au bailleur.

Il était aussi arrêté entre les parties qu’au cas où M. de Lavaltrie, pendant le cours de ce bail, affermerait le poste de Saint-Augustin, pendant le temps de sa vie durant, il serait également tenu de donner la préférence à M. Pommereau au prix qui lui serait offert.

Dans le cas où M. Pommereau ou ses ayant causes n’accepteraient pas la préférence au prix offert, le bail à ferme ne devait subsister que pendant trois années, au heu de six années (47).

Ses affaires réglées, M. de Lavaltrie entra au grand séminaire de Québec. Il avait dû faire un excellent cours d’études car il reçut tous les ordres en moins de deux années. Il fut ordonné prêtre par Mgr de Pontbriand le 22 septembre 1742.

(46) Acte de Barolet, 11 septembre 1737.

(47) Acte de Barolet, 9 décembre 1741.

M. de Lavaltrie continua à résider au séminaire de Québec tout en aidant au curé de Québec dans les fonctions du saint ministère.

Au mois de janvier 1 746, Mgr de Pontbriand nommait M. de Lavaltrie curé de la paroisse du Cap Saint-Ignace.

Elevé à la prêtrise à l’âge de cinquante-huit ans, usé, malade, M. de Lavaltrie n’était pas en état d’exercer le saint ministère à la campagne.

En septembre 1 747, il revenait au séminaire de Québec. Mgr de Pontbriand le chargea de desservir l’Hôtel-Dieu de Québec, tout en résidant au Séminaire.

M. de Lavaltrie décéda à l’Hôtel-Dieu de Québec le 6 mars 1750, et fut inhumé le lendemain dans le cimetière de cet hôpital.

Il est dit dans .son acte de sépulture qu’il décéda “muni des sacrements de l’Eglise et après avoir souffert avec patience les douleurs d une longue maladie et donné l'édification publique ’’ (48).

Un mot du fils de M. de Lavaltrie. Nous n’avons pu trouver l’endroit ni la date de sa mort. Tout ce que nous pouvons affirmer c’est qu’il mourut entre le mois de décembre 1 743 et le mois d’août 1 744.

Sa veuve se remaria à Beauport, le 3 juillet 1747, à Louis Fournier des Carrières, cadet de la compagnie de la Martinière dans les troupes du détachement de la marine, fils de Edme Fournier et de Marie-Anne Matay, de la paroisse de Saint-Paul, à Paris.

De son mariage avec M. de Lavaltrie elle avait eu quatre enfants .

|o — Louis-François Margane de Lavaltrie né à Beauport le 6 avni 1 740. En 1 766, il était officier dans les troupes de la Louisiane.

2o Marie-Louise-Michelle Margane de Lavaltrie née à Beauport le

19 septembre 1741. Mariée à Québec, le 8 septembre 1766, à Pierre Leclerc, capitaine de navire, natif de Saint-Laurent, île d Orléans, fils de Jean Leclerc et de défunte Madeleine Gosselin. Décédée à Québec le 1 7 mai 1 784.

3o Marie-Anne Margane de Lavaltrie née à Beauport le 19 septembre

(48) Mgr Tanguay ( Répertoire du Clergé canadien ) nomme de Lavaltrie “François Margane de Chapt de Lavaltrie’’. Erreur.

La concession du havre de la rivière Saint- Augustin sur la cote de Labrador avait été accordée à M. de Lavaltrie sa vie durant. ^ Le 20 avril 1 750 juste un mois et demi après sa mort, MM. de la Jonquiere et Bigot accordaient l’ancienne concession de M. de Lavaltrie au sieur Cheron, capitaine de navire. Us conditions étaient à peu près les memes que celles qui avaient été faites à M. de Lavaltrie trente ans auparavant. La concession était faite, cependant, seulement pour neuf années.

1742. Mariée à Saint-Thomas le 7 février 1763 à Guillaume-Michel-François Malherbe dit Champagne, navigateur. Décédée à Québec le 1 6 octobre

4o — Angélique Margane de Lavaltrie née à Beauport le 27 août 1 744. Décédée à Saint-Thomas le 4 janvier 1 768.

Catherine- Alphonsine Margane de Lavaltrie.- — Née à Montréal le 1 { mars 1 690.

Décédée à la Pointe-aux-Trembles de Montréal le 17 août 1690.

Louise-Marguerite Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 5 décembre 1691.

Marié à Québec, le 28 octobre 1713, à Claude-Charles Du Tisné, enseigne d une compagnie des troupes du détachement de la marine, veuf de Marie-Anne Gaultier de Comporté (49).

M. DuTisné, originaire de Paris, paroisse Saint-Germain d’Auxerre, était passé dans la Nouvelle-France au commencement du dix-huitième siècle.

En 1714, M. DuT îsné obtenait la permission d’aller servir dans les troupes de la Louisiane.

En 1722, M. DuTisné recevait le commandement d’une compagnie et 1 année suivante, le 2 1 octobre, le roi lui donnait le commandement du poste des Illinois.

Il mourut aux Illinois en 1 730 (50).

Un des fils de M. DuTisné, officier dans les troupes de la Louisiane, fut brûlé par les Chicachas, le 25 mars 1736, en même temps que MM. de Vincennes, d’Artaguette, de Coulange, Drouet de Richerville, d’Esgly, de Saint- Ange, de Tonty,' du Père Sénat, etc., etc.

1ère génération : Séraphin Margane de Lavaltrie.

2ème génération : Pierre Margane des Forêts et de Lavaltrie.

Contrat de mariage à Québec, le, 28 octobre 1713. Comptes-rendus de l'Athénée louisianais ,’ nov. 1899, pp. 566-

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