‹ La famille Margane de LavaltrieChapitre 3 sur 4 · PIERRE MARGANE DES FORETS DE LAVALTRIE · texte numérisé non relu

PIERRE MARGANE DES FORETS DE LAVALTRIE

Né à Lavaltrie en 1678 (51).

Il fut admis, à 1 âge de quinze ou seize ans, comme petit officier dans les troupes du détachement de la marine.

Un acte notarié du 7 août 1 699 le désigne sous le nom de "Pierre Margane escuyer, sieur des Forêts, officier dans le détachement de la marine ” (52).

Le 1 7 novembre 1 704, MM. de Vaudreuil et Beauharnois écrivaient au ministre :

Le Sr de Batilly, enseigne, qui s’est fort distingué dans le parti que le Sr de Vaudreuil a envoyé cet hiver contre les Anglais y ayant été tué, nous vous proposons le sieur des Forêts, petit officier depuis longtemps, pour remplir 1 emploi de son frère, qui est le second tué au service du Roi. C’est un bien bon sujet qui mérite 1 honneur de votre protection, tous deux enfants d’un ancien capitaine dans les troupes de ce pays, après l’avoir été dans le régiment de Carignan ” (53).

Il faut croire que le ministre en avait bien d’autres à faire passer avant M. des Porêts puisque ce ne fut que huit ans plus tard qu’il fut promu enseigne. Sa commission est en date du 18 juin 1712. Il est encore désigné sous le nom de M. des Forêts dans ce document officiel (54).

En 1721, M. des Forêts ou plutôt M. de Lavaltrie, car il avait pris le nom de son père dans l’intervalle, montait en grade. Il était fait lieutenant. L’étape, cette fois, avait été de neuf ans.

M. de Lavaltrie, la chose est certaine, prit part à quelques-unes des campagnes des troupes de la marine pendant la période comprise entre 1712 et 1721 mais nous n’en trouvons aucune mention.

(51) Le contrat de mariage de Pierre Margane de Lavaltrie, reçu par le notaire Jean-Baptiste Adhémar, à Montréal, le 14 octobre 1732, le dit "natif de Montréal”. D’autre part, un index des baptêmes, mariages et sépultures conservé aux archives paroissiales de Contrecoeur dit que Pierre Margane de Lavaltrie fut baptisé dans cette paroisse en 1678. Lacté lui-même est disparu. Nous avons donc raison de croire qu’il naquit à Lavaltrie.

(52) Inventaire de Séraphin Margane de Lavaltrie devant Antoine Adhémar. Ce même inventaire le dit “âgé d’environ 23 ans”. On lui donnait deux ans de trop.

(53) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 22.

(54) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brpmner sur les Archives canadiennes pour 1899, p. 447.

Le 21 avril 1734, MM. de Beauharnois et Hocquart accordaient à M. de Lavaltrie une importante augmentation à la seigneurie que son père avait obtenue le 29 octobre 1 672 et dont il avait hérité comme fils aîné. Ils lui donnaient “une lieue et demie de terre de front sur deux lieues et demie de profondeur, à prendre le dit front au bout de la profondeur et limites de la lieue et demie de profondeur du fief de Lavaltrie, pour être la dite prolongation en profondeur unie et jointe au dit fief de Lavaltrie, et ne faire ensemble qu’une seule et même seigneurie, laquelle, par ce moyen, se trouvera être d une lieue et demie de front sur quatre lieues de profondeur. . . (35).

Cette concession d'augmentation fut ratifiée par le roi le 8 févriei

Le 1er avril 1739, M. de Lavaltrie recevait le commandement d’une compagnie (57).

Le 1 2 août 1 746, M. de Lavaltrie assistait, au château Saint-Louis de Québec, à une importante assemblée des principaux officiers de la colonie, tant militaires que civils, et des habitants de Québec. Il s agissait de prendre une décision sur l’opportunité de continuer ou non les fortifications de Québec. Le ministre de Maurepas était d’avis que ces travaux n’étaient pas nécessaires et que s’ils étaient entrepris, ils devaient être à la charge des habitants de Québec. Les opinions se partagèrent beaucoup. La plupart des officiers civils et des marchands se prononcèrent en faveur de la démolition des travaux commencés. Quelques-uns furent en faveur de suspendre les travaux commencés jusqu à nouvel ordre de Sa Majesté. Enfin, le plus grand nombre furent en faveur de continuer les travaux. M. de Lavaltrie se rangea parmi ceux-ci (58).

Au mois d’août 1 746, M. de Rigaud recevait du gouverneur de Beauharnois le commandement d’un parti de Canadiens et de Sauvages qui devait, tout en couvrant le fort Saint-Frédéric, faire une incursion dans la Nouvelle- Angleterre. Il avait sous ses ordres 600 Canadiens et 300 Sauvages. Les officiers étaient MM. de Lavaltrie et de Sabrevois, capitaines ; MM. de Vassan et de Muy, lieutenants ; MM. de Portneuf, de Villiers, de Longueuil, de Saint-Luc, de Muy Jeune, de Carqueville, La Chauvignerie, Saint-Paul de Senneville, de Léry, de Montigny, enseignes.

Parti de Montréal le 3 août 1 746, le détachement était rendu au fort

(55) Pièces et documents relatifs à la Tenure seigneuriale, p. 173.

(56) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 7.

. (57) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1904, p. 261.

(58) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brpmner sut les Archives canadiennes pour 1899, p. 150.

Saint-Frédéric le 13. Il se dirigea aussitôt vers la Nouvelle- Angleterre. Le 30 août, M. de Rigaud ordonnait l’assaut du fort Massachusetts. Au bout de vingt-huit heures, la garnison se rendit à discrétion. Les Canadiens ravagèrent ensuite le pays sur une étendue de douze lieues, des deux côtés de la rivière. Le retour se fit heureusement. M. de Rigaud, légèrement blessé au bras, n avait perdu qu un seul homme, tué à l’attaque du fort Massachusetts (59).

En 1747, M. de Lavaltrie commandait au Sault Saint-Louis (60).

En novembre 1747, M. de Boishébert, rendant compte au ministre des aptitudes et des qualités des officiers des troupes du détachement de la marine, disait de M. de Lavaltrie :

“ Au Sault Saint-Louis, où sont les Iroquois qui est le plus grand village de nos domiciliés, M. de Lavaltrie, capitaine, brave, honnête homme, paisible, a eu le commandement avec un officier sous lui, qui y reste ; dans les autres postes on n’y en a laissé qu’un, ayant retiré les seconds à cause du peu d’officiers que nous avons ; les Sauvages de ce poste eurent de la peine à recevoir cette petite garnison de vingt soldats par plusieurs mauvaises raisons alléguées où de certains intérêts secrets avaient part. Ils y vivent tranquillement à présent, et ce n’est qu’à condition que M. le général retirera cette garnison dès que la paix sera faite ; cette difficulté n’avait jamais été et la plus grande partie sont forts du sentiment contraire et fort aises de le voir. Et de très longtemps il y a toujours eu des soldats dont les Sauvages étaient fort contents et si on faisait sortir quelque détachement, tous les hommes y criaient qu’on abandonnait leurs femmes et leurs enfants de même c’est ce que de mauvais génies ont pris l’échange ” (61 ).

En quittant le gouvernement de la Nouvelle-France, M. de la Galissonnière avait recommandé les officiers les plus méritants pour des promotions et la croix de Saint-Louis. M. de Lavaltrie fut du nombre.

Le 23 mai 1 749, le ministre écrivait à M. de la Jonquière :

“ Le roi a bien voulu avoir égard à la demande que M. le comte de la Galissonière a faite de la croix de Saint-Louis en faveur des sieurs Des Noyelles, Lavaltrie, chevalier de La Corne et de La Vérandrye, capitaines, et du

(59) Ferland, Cours d histoire du Canada, vol. II, p. 485 ; Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les Archives canadiennes

pour 1899, p. 1 5 1 . ,

(60) Documents relative *to the history of the State of I\ew-Yort(,

vol. X, p. 81. ,

(61) Archives du Canada, Correspondance generale, vol. 89.

chevalier de Beauharnois, lieutenant d’artillerie. Je vous envoie pareillement les croix et les ordres pour la réception de ces nouveaux chevaliers (62).

En 1751, M. de Lavaltrie était au fort Frontenac avec M. de Verchères.

Dans l’été de 1751, l’abbé Picquet, fondateur de la Présentation, faisait une excursion sur le lac Ontario, dans le but de recruter des néophytes pour sa mission. Au milieu de juillet, il arrêtait au fort Frontenac où on lui fit une très belle réception.

Jamais réception ne fut plus solennelle, écrivait 1 abbé Picquet. Fes Nipissings et les Algonquins, qui s’en allaient en guerre avec M. de Belestre, se mirent en haie de leur propre mouvement, et nous saluèrent par plusieurs décharges de mousqueterie et par des cris de joie sans fin. De tous nos canots d’écorce, on répondit de la même manière. M. de Verchères et M. de la Valterie firent en même temps tirer les canons du fort ; et mes sauvages, transportés de joie de l’honneur qu’ils recevaient, faisaient eux-mêmes un feu continuel, et poussaient des cris et des acclamations qui réjouissaient tout le monde ” (63) .

Par une lettre de M. de Fongueuil à M. de Rouillé du 21 avril 1 752, nous constatons que M. de Favaltrie était alors commandant au fort Niagara. M. de Céloron, commandant de Détroit, avait envoyé à M. de Favaltrie d’importantes dépêches avec prière de les faire porter par un soldat au fort Rouillé (Toronto) d’où on devait les faire parvenir à Montréal. Ce soldat disparut. Il avait probablement été tué par les Sauvages. M. de Favaltrie se donna beaucoup de soins pour retrouver les dépêches de M. de Céloron, craignant qu’elles ne tombent aux mains des Anglais (64).

Fe 1er octobre 1755, M. de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle- France, avait une conférence à Montréal avec vingt ambassadeurs Tsonnontouans. M. de Noyan, chevalier de Saint-Fouis, major de Montréal Duplessis-Fabert, de Favaltrie et de la Corne, chevaliers de Saint-Fouis, capitaines ; Saint-Fuc de la Corne et Charles Fe Gardeur de Repentigny, lieutenants, assistaient à cette conférence. Fe principal orateur fut le chef Gaiachoton, qui présenta plusieurs colliers au gouverneur. M. de Joncaire, qui avait été adopté par les Tsonnontouans, fut leur interprète auprès du gouverneur. F’étiquette sauvage exigeait un certain délai entre la présentation des colliers et la réponse

(62) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1905, vol. I, p. 116.

(63) F’abbé Auguste Gosselin, Le fondateur de la Présentation : l'abbé Picquet, p. 2 1 .

(64) O’Callaghan, Documents relative to the historp of the State of Nerv-Yorl(, vol. X, p. 246.

du gouverneur. Le 3 octobre, les ambassadeurs Tsonnontouans rencontrèrent de nouveau M. de Vaudreuil et les officiers qui avaient assisté à la conférence de 1 avant-veille. M. de Vaudreuil parla aux Tsonnontouans par l’entremise de M. de Joncaire (65).

Le 13 décembre 1756, nouvelle conférence, encore à Montréal, entre M. de Vaudreuil et cent ambassadeurs Goyogouins, Onnontagués, Onneyouts, Tuskarorins, Canaoneuska, Totierono, Tsonnontouans, etc., etc. M. de Vaudreuil, afin d éblouir ces importants personnages, s’était fait entourer d’un brillant état-major. Assistaient à la conférence : PVl. Bigot, intendant, M. le chevalier de Lévis, M. Rigaud de Vaudreuil, M. d’Ailleboust, M. de Noyan, les capitaines Duplessis-Fabert, de Lavaltrie, de Sabrevois, de Contrecoeur, Dumas, de Lacome, Saint-Luc, etc., etc. Les chefs des Iroquois du Sault Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes étaient aussi présents. Les discours furent nombreux et longs. M. Perthuis, qui parlait l’iroquois comme sa propre langue, fut l’interprète en cette occasion (66).

En août 1757, M. de Lavaltrie prenait part au siège du fort William- Henry, situé au fond du lac Saint-Sacrement (aujourd’hui George). Les troupes françaises et canadiennes étaient commandées par MM. de Montcalm et de Lévis. Elles firent des prodiges de valeur. Les Sauvages combattirent aussi avec vaillance. Le colonel Monro, commandant du fort William-Henry, capitula le 9 août 1757, après s’être intrépidement défendu pendant neuf jours.

Cette belle victoire fut cependant ternie par le massacre que firent les sauvages alliés des prisonniers de guerre anglais. Il y eut, semble-t-il. imprudence des deux côtés. Du côté français, on ne prit pas assez de précautions pour protéger les Anglais des attaques des Sauvages, et du côté anglais on commit l’imprudence de donner en abondance du rhum aux Sauvages (67).

L’année suivante, le 8 juillet, M. de Lavaltrie prenait encore part à la glorieuse bataille de Carillon qui fut le fruit du génie militaire de Montcalm et la vaillance de ses troupes (68).

(65) E.-B. O’Callaghan, Documents relative to the history of the

State of New-York, vol. X, p. 345.

(66) E.-B. O’Callaghan, Documents relative to the history of the

State of New-York, vol. X, pp. 499 et seq.

(67) E.-B. O’Callaghan, Documents relative to the history of the

State of New-York, vol. X, p. 848.

(68) E.-B. O’Callaghan, Documents relative to the history of the

State of New-York, vol. X, p. 801.

Le 26 janvier 1 759, le roi accordait une pension de 400 livres à M. de Lavaltrie (69).

Par une lettre de M. de Vaudreuil au ministre Berryer du 30 mars 1759, nous voyons que M. de Lavaltrie passa 1 hiver de 1758-1759 dans les environs du fort Duquesne, surveillant avec un certain nombre de Canadiens et de Sauvages les mouvements des Anglais (70).

Dans le tableau général des officiers de la marine servant en Canada préparé en I 759 ou en 1 760, on lit :

La Valterie Desforets, enseigne en pied en 1712, lieutenant en 1721, capitaine en 1739 ” (71).

Dans une liste apostillée des officiers des troupes du détachement de la marine dressée en 1761 ou 1 762, on ht au sujet de M. de Lavaltrie :

Riche, Honnête homme, Vieux, Hors d’état de servir. A resté (au Canada) ” (72).

M. de Lavaltrie ne survécut pas longtemps au changement de régime. Il décéda à Montréal le 1er janvier 1 766.

Il avait épousé, à Montréal, le 14 octobre 1 732, Louise-Charlotte d Ailleboust d’Argenteuil, fille de feu Pierre d’Ailleboust d’Argenteuil et de Louise Denys (73).

De leur mariage naquirent quatre enfants :

Louise- Jeanne Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 8 août 1 733.

Décédée à l’Assomption le 27 décembre 1822, et inhumée à Lavaltrie le 30 du même mois (74).

Marguerite-Charlotte Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 28 février 1735.

Décédée au même endroit le 7 juin 1735.

(69) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1905, vol. 1er, p.

(70) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 104.

(71) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1885, p. CLXXVI.

(72) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les Archives canadiennes pour 1899, p. 29.

(73) Contrat de mariage devant Jean-Baptiste Adhémar, à Montréal, le 1 4 octobre 1 732.

(74) René Boileau écrit dans son Journal : “27 décembre 1822 —

Décès de Dlle Louise-Jeanne Margane de Lavaltrie. M. Lamothe, curé de Berthier, a prononcé l’oraison funèbre” — Gustave Drolet, Zouiviana.

Marguerile-Charlotle-Stanislas Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 13 novembre 1739.

Elle vivait encore en 1781 (75).

Pierre-Paul Margane de Lavaltrie. — Né à Montréal le 14 août 1743. Le continuateur de la lignée.

I ère génération : Séraphin Margane de Lavaltrie.

2ème génération : Pierre Margane des Forêts et de Lavaltrie.

3ème génération : Pierre-Paul Margane de Lavaltrie.

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