EN OCTOBRE
par ADÈLE
Frédéric.
Frédéric a vingt-cinq ans, une figure assez agréable et tout ce qu'il faut pour plaire et se faire aimer, quand il en a envie : beaucoup d'esprit naturel et un cœur profondément sensible, une àme naturellement portée à tout ce qui est beau, noble et vraiment grand. Je crois qu'il serait impossible d'être plus généreux, plus désintéressé, plus zélé pour ses amis, plus tendre tîls et meilleur frère. Tant de belles et bonnes qualités sont rehaussées par une piété vive et fervente, et il ne manque à tout cela que plus de calme et une raison plus mûre pour former un caractère parfait. Mais la perfection n'est point de ce monde, j'ai bien peur que tous mes portraits n'en olfrent une preuve nouvelle. Une absence complète de modération, voilà le défaut dominant de Frédéric, et ce défaut
nuit souvent à ses meilleures qualités. Essentiellement exclusif, tout lui paraît bon dans les choses qu'il aime; tout est mauvais dans les choses qu'il n'aime pas. Il est ultra en tout, excepté en politique. Frédéric était né violent; sa tendresse pour ses parents, et surtout ses idées religieuses, ont vaincu ce défaut; mais il en a conservé une impatience qui éclate, comme malgré lui, à la moindre contradiction. Cependant ce mouvement est à l'ordinaire aussi passager qu'il est vif, et il n'y a pas dans son cœur l'ombre de rancune.
Frédéric est gai dans sa famille; il l'est aussi dans les sociétés qui lui plaisent; mais avec des étrangers et des gens qui l'ennuient, il ne dit pas quatre mots, et il finit par froncer le sourcil et par prendre un air sévère, qui fait croire à beaucoup de gens qu'il est grave, et même triste.
Il sait fort bien prouver le contraire, quand il trouve qu'il vaut la peine d'être aimable. Maman ajouterait à ce portrait qu'il a toutes les manies d'un vieux garçon : la pipe, le fauteuil, la robe de chambre, les pantoufles, etc.; mais ce sont des petitesses qu'il faut pardonner à un vieux célibataire. Une femme aimable corrigera tout cela. Que cette femme aimable soit bien douce; qu'elle aime assez son mari pour adopter sa manière de voir, de penser et de sentir, et je lui prédis qu'elle