SCÈNE IV
OLIVIA, I.NÈS.
INÈS, retenant en scène. Grâce au ciel, ma tante est sauvée... ohl madame, nous tous devrons tout... n’cst-ce pas que vous resterez quelque temptfcovec nous ?
OLIVIA. Oui, quelque temps, je le veux bien.
INÈS. Si vous saviez comme je me sens disposée à vous aimer !.. cela ne m'étonne pas... vous vous êtes présentée avec de si heureuses nouvelles!
OLIVIA. J’en ai de meilleures encore à vous dirc;maispromettez-moi le secret pour quelques instans... eh bien, c’est le jouroû comte de Moronval lui-même , qui le jour quitté Ferrare m’a chargée d’annoncer son retour à sa mère , avec tous les ménagemens possibles... et ce. que je viens de lui faire entrevoir comme une espérance , je puis vous le dire àvous, c’est une réalité...
INÈS. Comment reconnaître de pareils services!., je n’en vois pour moi qu’un moyen; c’est do vous chérir comme une sœur... Voulez- vous qu'il en soit ainsi, madame ?
OLIVIA. Vous aimez donc bien monsieur de Moronval?
INÈS. Est-ce que je vous l’ai dit?
OLIVIA. Je le devine.
INÈS. C’est un si bon fils ! h chaque instant du jour, c'est de lui que j’entends parler. Ma mère me Ut toutes ses lettres...
si vous les connaissiez ses lettres 1
OLIVIA. Et il revient pour vous épouser ?
MOBONYALi ’lS
il vous aime ?
INÈS, baissant les yeux. Dans sa dernière lettre, il disait qu’il n'avait rien do plus sacré que les volontés de sa mère.
OLIVIA. C'est là tout?
INÈS. Que p*ouvait-il dire de plus?
OLIVIA. 11 ne vous a donc jamais vue ?
INÈS, lièlas, non. Maisje lui ai écrit quelquefois... a la Un des lettres de sa mère....
OLIVIA. Écoutez • moi , mademoiselle.
Votre confiance me touche et votre candeur m’intéresse. Je crains que vous ne vous prépariezun désenchantement cruel...
vous vous attendez sans doute à trouver dans M. de Moronval un amant empressé, doux, sensible.... ce qu’on rêve à votre âge... mais ce rêve ne doit pas se réaliser. Le temps et un malheur intime ont altéré ses traits et son caractère... et vous le verrez tout autre que ne l’ont fait scs lettres et les récits de sa mère.
INÈS. Hé bien! s’il est grave et triste, son caractère conviendra au mien... four moi , voyez- vous , je suis bien plus accoutumée aux larmes qu’aux sourires... orpheline dès mes plus jeunes années, toutes mes affections ont été long-temps concentrées autour d’une tombeet depuis l’absence de son fils la maison de ma seconde mère à toujours cté une maison de deuil et de douleur.
OLIVIA. Je crois que vous vous abusez encore. Ce n’est pas une tristesse Tague
qu’il y a dans l’existence du comte
Puisqu’il faut tout vous dire, apprenez qu’il est poursuivi par une passion désespérée et profonde qu’il veut et ne peut oublier...
INÈS. Est-il vrai ?
OLIVIA. Espérez-vous maintenant trouver place dans un cœur occupé par une autre image?
INÈS, lien aime une autre! et vous connaissez l'objet de cet amour?
Olivia. C’est une femme encore plus à plaindre que lui.
INÈS. Mais qui le forçait à accepter ma main?., d'ort vient qu’il en parlait à ma mère comme d’un projet qu’il adoptait avec amour? êtes vous bien sûre que cette malheureuse passion ne soit pas éteinte?., mon Dieu, madame, en quoi ce que je dis a-til pu vous offenser ?
OLIVIA. Je ne suis pas offensée... mais vous voyez bien que si le comte a promis de vous épouser c’est qu’il savait combien un relus affligerait sa mère... il accomplirait peut-être le sacrifice jusqu’au bout. C’est à vous de prévenir son malheur et le vôtre... suivez le conseil que jo vous domic... oubliez un amour à peine formé et que vous arracherez sans effort
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de votre cœur... Vous ne savez pas que de malheurs vous appelleriez sur votre tête si vous épousiez jamais M. de Moronval...
INÈS, Je pleure maintenant... tout-àl’heure j’étais si contente ! un mot de vous m’avait rendue bien heureuse: Un autre mot à renversé le frêle édifice de ma joie...
OLIVIA. Voilà la vie , enfant; il y a au fond de toutes nos joies le germe de toutes nos douleurs... mais votre douleur à vous sera passagère... à votre flge on a tant d’avenir!
INÈS. Vous voulez dire qu’il m’aimera un jour, n’est-ce pas?