‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 18 sur 50 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

BEPPO, seul.

Le sort en est jeté... cette horrible comédie va commencer. Ah ! mon émotion est si vive que je puis à peine me soutenir, et mon cœur bat avec tant de force qu’il semble prêt à briser ma poitrine... d’où me vient cette faiblesse ? Est-ce qu’en entrant dans pette maison où je vais être acceuilli comme un fils, comme un parent, comme un ami, je me suis ressouvenu que je n’avafs ni amis, ni mère, ni famille; ou plutôt est-ce qu’après avoir eu le courage d’enfoncer un poignard dans le cœur de Moronval, je ne m’en sens pas assez pour supporter les regards et les

F lïILl.t

cnibrasseniens du sa mère?.. Olivia, tu m’as donné de la force pour le premier de ccs crimes, rn’eii donneras-lu pour le second? Ah! si, dans celte nuit fatale où Moronval fut frappé, j’avais le temps de réfléchir au rôle atroce que je vais jo.uer, si je m'étais représenté celte malheureuse mère ouvrant ses bras au meurtrier de son fils et le couvrant de ses bénédictions et de scs pleurs, sans doute Olivia n’aurait pas remporté sou horrible victoire, le crime n’aurait pas été commis; aujourd’hui je n’en poursuivrais pas les conséquences!.. Tachons de me distraire de ces idées... à quoi peuvent-elles servir maintenant? incertain jusqu'au moment où j’ai mis le pied dans cette maison, je ne reculerai pas à présent que j’en ai franchi le seuil. D’ailleurs je souffrirai seul de ma contrainte et de mon imposture... Je remis à cette infortunée le lits que je lui ai pris... elle croira toujours être mère... I.e plus grand de tous les forfaits serait de lui ravir son erreur! [Il se lice et se promène ax.ee agitation.) Je vais donc voir la fiancée de Moronval , la jeune fille dont j’ai trouvé le portrait dans ce portefeuille : quelle est belle ! quelle angélique pureté dans scs traits... quel charme inexprimable dans ces fragmeus de lettre qu’elle écrivait à son fiancé... Moronval, oserai-je accepter tout ton héritage? oserai-ie épouser l’ange qui te fut destiné... (Il rftt.) Oh ne saisce <pie je ferai de l’ange ; mais à coup sûr je me délivreüi du démon!... Que devenir avec cette iemrae, qui serait toujours là, devant moi, comme un remords vivant...

grâce au ciel, elle n« possède aucun moyen de me perdre et je puis m’en délivrer sans crainte — et sans ingratitude... Je ne lui dois pas de reconnaissance pour h-s forfaits qu’elle m’a conseillés 1

Olivia rentre.

OLIVIA. 51 aintenant vous êtes annoncé...

madame de Moronval s’est évanouie en apprenant votre retour; mais le médecin assure que cette dernière crise n’est pas dangereuse; et votrjtprèsence. ..

BEPPO. Arrêtci, Olivia ; j’ai deux mots i\ vous dire. Je suis le cobitcde Sloronval, n’est-cc pas ?

OLIVIA. Sans doute.

UF.PPO. Je suis maître absolu dans ccs lieux ?

OLIVIA. Eh bien !

beppo. Il me plait que vous en sortie!.

OLIVIA. ...Que dis-tu ? #

BEPPO. dédis que vous vous êtes étrangement trompée si vous aveï pensé que je -vous garderais auprès de moi.,, jiy a longtemps que vousaurie! dû le deviner, madame : nous en avons assc! l’un de l'autre.

1m famille Moronral.

BOhOSVAL. 1 7

OLIVIA. Oit ! mais c’est une ipillcrie, n’est-ce pas?., ce n’est pas ainsi que tu reconnais mon dévouement? tu n’oulilies pas à ce point mes services et tesecrmens...

BEPPO. Vos services? eh! vous ave* agi dam votre intérêt autant que dans le mien... mes sermons?.. Qu’ai-je promis?

Que vous partageriez ma nouvelle for- , tune... je tiendrai celte promesse.

OLIVIA. Mais sais-tu que tu es bien téméraire de me parler ainsi; mais monsieur le comte de Moronval, vous n’êtes pas si bien installé dans votre dignité nouvelle qu’on ne puisse encore vous en arracher...

mais ta grandeur est mon ouvrage, et s’il me plait de la détruire, qui m’en empêchera? qui m’empêchera de retourner auprès de ceux que je quitte et de leur apprendre ton nom, ton crime, ton projet?

BEPPO. Tu oublies donc que tu m’as annoncé toi-même comme comte de Moronval , et que si tu démens ta parole on te traitera d’insensée? Tu oublies que je ne puis manquer d’être reconnu par ma mère, cl que la voix de la nature parlera bien plus haut que toi ; tu Oublies enfin que tu n’as pas nue seule preuve à donner de mon imposture, et que je puis donner, moi, toutes celles qu’on me demandera pour établir mon identité avec le comte de Moronval. Oh! d’après tes avis, j’ai employé utilement le temps de ma convalescence à Marseille; j’ai si bien étudié l’écriture du comte, qu’entre un billet écrit par ma main et un billet écrit par la sienne, jo défie l’expert le pluî habile de trouver la moindre différence ; et nous avons acquis dans sa correspondance , dans ses papiers et dans les renscignemens que toimême a* fait venir de Toulouse tant de détails sur sa flmiillc et sur sa vie, que je répondrais — Inicux peut-être qu’il n’aurait pu répondre — sur les faits les plfls éloignés, sur les questions les plus difficiles... Ah!

j’ai pris mes mesures mieux que tu n’avais pris les tiennes. Tu croyais me tenir en ta puissance; c’est moi qui te tiens en la mienne. Après tout, Olivia; je n’use do ma victoire que pour nou3 rendre heureux l’un et l'autre. Séparés , nous pouvons l’être; unis, nous ne le serons plus. Adieu, et que cet adieu soit éternel!

OLIVIA. Non, monsieur le comte; il n’y a pas entre nous d’adieu éternel qui soit possible, et vous save! bien que nous avons des droits à nous retrouver dans un autre monde, lors même que nous resterions séparés clans celui-ci... Nous ne le sommes »« pas encore . je l’espère, et le ciel me punit trop crufllcmejit pour qu’il ne vous punisse pas à votre tour. Songez à ceci. C’est vous qu’il choisit pour instrument de sa

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vengeance sur moi; c’est moi qu'il choisira pour instrument de sa vengeance sur vous !

IiEPPO. Olivia, vous partircr.ee soir!

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