SCENE IV
OLIVIA, BEPPO
OLIVIA, se parlant d elle-même. Je n’ai pas eu la force d’achever mon ouvrage...
j’ailaissc le breuvage de mort auprès d’elle, sans oser le lui présenter., que l’enfer en décide...
BEPPO. Laisse-moi! laisse-moi !.. ah!
tu ne sais pas ce qui m’arrive!.. [Il parcourt avec rapidité tes papiers qu’il tient dans ses mains.) L’original de cette lettre doit être joint au testament... oui... la voilà...
mon Dieu ! ù mon Dieu! que vos voies sont profondes et infinies !...
OLIVIA. Je ne devine pas encore ce que lu veux m’apprendre... mais je vois que tu ne veuxplusmourir... tu ne veux plus mourir , n’est-cc pas ?
BEPPO. Mourir !.. oh ! non , non, Olivia, je ne mourrai pas... une vie nouvelle
commence pour moi sais-tu ce que j’ai
appris depuis que tu m’as quittée ?
OLIVIA. Quoi donc ?
BEPPO. Sais-tu pourquoi ma voix tremblcct pourquoi mes yeux sont pleins de larmes?.. écoute , nous avons commis bien des crimes... moi, je désespérais d’obtenir le p action céleste... et je n’avais plus d’autre ressource que de nier Dieu... tu le niais aussi sans doute , eh bien ! Olivia, c était de notre part blasphème et folie!.. Dieu veut encore nous admettre, tout souillés que nous sommes , au repentir et au pardon, cl la preuve qu’ilm’en donne...— oh !
j’en deviendrai fou ! — la preuve qu’il m’eu donne, c est qu’il me rend ma mère !...
OLIVIA. Ta mère ?
BEPPO. Oui... je ne suis plus seul et sans patrie dans le monde; j’ai maintenant une famille et une patrie... une véritable famille I une véritable patrie ! û merci, Merci mon Dieu, que tant de forfaits n avalent pas encore lassé, liens, reconnais-
TIIÉATIIAI.
tu cette écriture ?..
OLIVIA. C’est celle du vieillard qui t’avait élevé, me disais-tu, et qui t’écrivit plusieurs fois pendant ton séjour en Italie...
BEPPO. Ce vieillard !... — ah 1— comme il ne m’a jamais aimé, mon cœur n’a pu me le dire. — ce vieillard , c’était mon père , et si tu veux savoir son nom , le nom de ma mère... oh !... qu'allais-je faire !..
non ! non !.. je me tairai. Ce secret n’est pas ù moi seul. 11 faut maintenant que je lui demande la permission de me déclarer son fils... Olivia , lu sauras tout , bientôt, bientôt, je l'espère ; mais jusqu’à ce que je te parle, imite mon exemple !... Olivia, Dieu est bon! repens-toi, repeus-toi !...
OLIVIA. Beppo!..
BEPPO. Ne m’appelle plus de ce nom. Je suis à présent et pour toujours le comte de Moronval! j'en ai fini pour la vie, avec ton exécrable nom vénitien., reste... reste ici., moi., j’entre chez madame dcMoronval...