‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 44 sur 50 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

BEPPO , seul.

Me voici donc arrivé ail terme suprême!... Après tant de malheurs justement ou injustement subis, après tant d’efforts avortés et tant d'espérances déçues, ma vie finit comme elle devait finir: parle suicide. C’était bien la peine de se mettre en chemin!.. — Ai-je eu la folie de croire un instant que Dieu m’avait oublié?.. Inès, ai-je eu la folie de croire qu’il verrait d’un œil indifférent mon alliance avec toi . la sacrilège union de tarit de vertus cl de tant de crimes!., non! je ne feisais pas un rêve; non, je n’ai pas eu cette folie., et pourtant , si un homme était venu te dire ce matin : fiancée du comte de Moronral , tu seras demain sa veuve ; n’est-ce pas cet homme que j’aurai traité d’insensé ?.. ah !

j’ai beau vouloir m’armer de résignation et de courage; celte nuit n’en est pas moins une désastreuse nuit nuptiale et le sort

s’est étrangement joué de moi Dieut ou

hasard, n'importe comme on le nomme , toi qui m’as fuit une existence si agitée et si vaine , toi qui av iis placé sur ma route un mauvais ange, et n’en as fait venir un bon, que lorsqu'il était trop tard, toi qui, dès ma naissance , m’as déshérité de la tendresse et du nom de mes parens ! je tu mauilisà mon heure Suprême, car c’est sur toi que revient la responsabilité de tous mes crimes, car je meurs , et je ne connais pas la femme à qui je pourrais dire : ma mère, priai pour moi !

Il ra au secrétaire et l'outre.

Mes pistolets sont dans ec tiroir.. Bien., écrivons maintenant... que dira-t-elle cil recevant cette lettre ! ali ! qu’ellccffacc de sa mémoire jusqu’au nom sous lequel clic m’a connu, jusqu’au jour où elle m’a aimé...

oui 1. puisque je ne pouvais vivre qu’avec son mépris et sa haine , mon choix n'était pas douteux, il fallait mourir: aimé d'elle, et mourir en lui léguant le malheur. Désespoir!..

Ses yeux s'arrêtent sur le portefeuille que madame de Murenval lui a donne et qu'd a plane daus sun secrétaire.

Comment ce portefeuille se trouve-t-il sous ilia main ? ah! c'est moi qui l’ai placé sur celte tablette il y a quelques heures...

quel avenir je rêvais il y a quelques licu-

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res. .. Ce portefeuille renferme le testament de celle qu’il me fallait appeler ma mère, et je ne sais pourquoi , les paroles qu’elle a dites en me le remettant me reviennent à la mémoire.'.. Ce testament est une confession. Il t’apprendra le secret de ma vie; ainsi tu me fais la promesse de ne pas l’ouvrir avant que j’aie cessé d’être...

j’ai fait cette promesse... le secret de toute sa vie... voici une étrange pensée qui me vient. (Il regarde auteur de lui.) quelle silence et comme cette salle est sombre. (Il se 1ère et se promène un instant arec tous les signes d'une violente agitation, puis il revient au secrétaire)... Elle sait mon secret... je saurai le sien... si elle veut parler... je la menacerai de parler aussi et mon silence sera le prix de son silence... Il me semble que la seule action debriscrce cachet , est quelque chose de plus infâme que tout ce que j’ai fait jusqu’ici... n’importe... Ir>è3 ne saura rien !.. Inès peut encore être heureuse!. .c’est uuc dernière chance de salut!

« Mon fils, je n’ai jamais voulu t’apprenn dre de mon vivant ja fatale histoire que tu

• vas lire , parce qu’une mère ne doit pas » s’exposer à rougir et à se justifier devant

• ses enfants ; mais, je n’ai pas voulu em- » porter ce secret dans le tombeau, parce

• qu’il te lègue un grand devoir à remplir.

• Je n’ai jamais été heureuse , mon fils ,

• et je n’ai pas le droit de in’cn plaindre ; » mes chagrins ont été le prix de mes fau- » tes. J’avais épousé ton père sans l’aimer ;

• maiis ce ne fut pas là mon plus grand mal-

• heur, j’en aimais un autre, ô mon fils, et

• cet amour, joint à mon extrême jeunesse

• me fit commettre de tristes imprudences.

• Tu peux cependant en croire une mère

• qui te parle , comme elle parlerait à Dieu: » Jamais je ne fus eoupablc. — et mon seul

• crime est d’avoir mis les apparences con- » tre moi. C’était déjà une grande faute , je

• l’avoue, car la tranquillité d’un mari est

• une chose sainte. Aussi , je méritais que

• ton père me jugeât sur les apparences, il

• le fit et me condamna sans pitié. Lorsque

• je devins enceinte, il me déclara qu’il rc- > gardait l’enfant que j’allais mettre au jour,

• non comme son héritier légitime, mais

• comme le fruit de l’adultère , et quand le

• terme de ma grossesse arriva, il prit ses

• mesures pour que je me trouvasse seule » avec lui et une femme qui lui était dé- » vouée. .. Bientôt les douleurs de l’cnfan-

• ternent me saisirent; je perdis l’usage de

• rocs sens et lorsque je revins à moi, ton

• père avait fui, j’étais seule et je trouvai

• ce billet écrit d’avance: «J’emporte avec » moi l’enfant de votre crime , afin qu’il ne

• jouisse jamais d’une fortune et d’un nom

• auxquels il n’a pas de droits. Adieu, vous » m’avez fait haïr la vie , vous ne reverrez

• jamais ni votre fils ni votre époux. » A la

• iecture de cet horrible billet, je me levai,

• désespérée et furieuse; en demandant

• mon fils à grands cris; on vint à mon se- » cours... mais déjà cette émotion inattendue

• déterminait en moi une crise nouvelle ;

• Dieu, qui connaissait mon innocence

• exauçait le cri de mes entrailles... je dc-

• vins mère une seconde fois....

» Ce second enfant , c’était toi , mon fils ! » comme Rachel, je t’ai mis au monde dans » le désespoir et dans les larmes et c’est

• pour cela sans doute, que je t’ai si ehè- < rement aimé. Dès que je fus revenue à

• moi et que je t’eus regardé pleurant

• et tendant par instinct tes petites mains

• vers ta mère, de ce moment j’oubliai mon

• mon mari, j’oubliai le monde, j’ou-

• bliai que j’avais un autre enfant ! elle.

■ t’aima comme elle aimait Dieu , ta pauvre

• mère! tes premières années s’écoulèrent

• bien vite, ce sont les plu.» heureuses de

• ma vie et peut-être aussi de la tienne !..

» tu cessas d’être enfant , puis tu devins un

• homme .Tu me quittas; lu devais être abusent trois années et je me préparais à le»

• passer dans les prières et dans les larmes

• sans qu’aucun accident vint troubler l’u-

• niformité de ma vie.... mais un jour un

• messager inconnu demanda à me parler...

• Il fut introduit en ma présence et me rc-

• mit une lettre cachetée de noir, en prn-

• nonçant ces paroles : » Ce sont des non- » vellcs de celui dont vous n’avez pas en- » tendu parler depuis vingt annyes. Vous

• êtes libre !• Il disparut. J’ouvris en trem-

• hlant la lettre ; elle avait été tracée par

• M. de Moronval, à son lit de mort : « Je

• ne sais pas, m'écrivait-il , si je n’ai pas

• puni trop sévèrement vos fautes; mais

• l’approche de la mort prépare à l’indul-

• gence. Enseveli, depuis que je vous ai » quittée, dans l’abbaye de la Grande Char-

• trctisc, je n’ai jamais entendu parler de

• vous et je pense que vous m’avez bien vite

• oublié. — Je vous pardonne, cependant,

• afin que le juge éternel me pardonne aussi.

• Ce pardon serait incomplet si je ne vous » apprenais pas ce qu’est devenu votre fils ;

• il vit, mais rcmerciez-moi de vous l’avoir

• enlevé, il ferait aujourd'hui votre oppro-

• breèt votre malheur. Je l’ai fait élever

• prèsde moi jusqu’à l’âgedc dix-huit an» ,

• sans lui rien dire de son nom et de sa » naissance; mais tous les soins que j’ai pris

• pour étouffer les mauvaises inclination*

• que je voyais en lui ont été inutiles ; lassé

• de ma surveillance, un jour ilaprisla fuite.

• J’ai su qu’il était parti pour l’Italie où il

• se fait passer pour un gentilhomme de Ve-

• nise, et où il a pris le nom de Beppo...«

Bcppo!.. c’est impossible., et mes yeux abusés.... non... Beppo !.. ce vieillard qui

3/ ( i.e micasix

m'a clevé , c’élail mon père !.. celle maison où je suis... est la maison de ma mère !.. ma mère !.. l’écriture de ma mère.. (// haise la lettre atcc transport.) oh !.. tout cela est un rêve;.. non # non,., c'est vrai... vrai comme envoici les preuves dansmamain..

vrai comme il est une providence... vrai comme j’existe !.. tout s'explique., cette merveilleuse ressemblance aveccc malheureux qui était mon frère et que j’ai si traîtreusement assassinée;.... l’erreur de sa mère qui ne se serait jamais trompée, si je n’avais été bien véritablement son fils., le trouble et l’attendrissement que j’éprouvais auprès de cette femme qui n’aurait dû m’inspirer que de l’effroi et des remords..

Tout cela , c’était le cri du sang , c’était la voix de la nature!., oh ! le pardon maternel couvrira tous mescrimes; nous ne daterons notre existence que de ce jour . de ce jour où la providence nous a réunis !.,..

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