SCENE VI
OLIVIA, BEPPO. Mad. DK MORONVAL, soutenue par INÈS Kl’ DANIEL.
DANIEL. Madame , pourquoi vous arracher aux soins dont vous êtes entourée...
pourquoi cet entretien que M. le comte ne parait pas désirer, et que vous n’aurez peut-être pas la force de soutenir ?
MAD. DE MOROXVAL.Dc la force! Si, j’en aurai; Dieu in’en donnera. — Où est-il?., mes yeux sont voilés d’un nuage...
BEPPO, Votre fils se rendait près de vous madame!..
MAD. DE MORONVAL. Mon fils ! mon fils !
oses-tu prendre ce nom?
BEPPO. Que tout le monde s'éloigne...
DANIEL. Mais...
BEPPO. Obéissex!...
Int-» et Ditntel n retirent lentement dan» I» galerie de g.uclie ; Olivia .’eleigoc de l’autic cùtè.
Beppo se inet à genou».
MAD. DE MORONV AL. Tu veux rester seul avec moi? Est-ce que tu songes à me tuer, comme t& l’as tué, lui? Ait! tu les placé dans une attitude de suppliant... Tu sais donc que je suis ton juge?., tu sais ce que je vais te demander?
BEPPO. Oui, mais vous ne savez pas oc que je vais vous répondre.
.MAD DE MORONV AL. Je n’ai besoin que d’un mot. Est-cc toi qui as assassiné mon
fils ? ( Beppo , sans répondre , te prosterne d ses pieds.) Debout! debout! meurtrier!., aurais-tu l’audace de vouloir m’adresser une prière?.. Ah jj doutais encore? Quoi j’ai pu donner le nom de (ils à l'assassin de mon (ils ! quoi ! mon cœur ne s’est pas révolté contre mes yeux! et moi qui avais l’orgueil de me croire tendre et prévoyante entre toutes Jes mères!., oh ! que je voie une dernière fois comment j’ai pû me tromper à cette ressemblance... H doity avoir sur son front quelque chose de son âme... [Elle se lire et ta d lui puis après un moment de silence et en pleurant .) Non, non, ce sont, à la fois les traits de mon fds et ceux de mon mari. .. mais qui es-tu-donc toi qui as commis ce crime et qui as pris cette figure?...
puisque tun'es pas mon fils , qui es-tu ?• — liâte-toi de me répondre car voici un horrible soupçon qui me vient...
BEPPO. Qui je suis madame?., je viens de l’apprendre en ouvrant ce portefeuille que vous m'aviez donné et en lisant votre testament malgré la défense que vous m'en avex faite... Oh! ne m’accusez pas d’avoir manqué à ma parole! le doigt de Dieu est dans tout ceci. C’est moi, madame, dont votre njari vous parle dans la lettre qu’il vous a écrite à son litdcmort;c’est moi qu'il vous engage à ne jamais chercher; c’est moi qui suis le misérable enfant auquel il avait bien raison de prédire tant de crimes.
C’estmoi, qui n’ayant pointdc nom, avais pris celui de Beppo...
MAD. DE MORONVAL. Beppo ! serait-il vrai?., oui, j’en ai eu comme le pressentiment... c’est pour cela sans doute que j’ai voulu te revoir... c’est pour cela que j’ai gardé jusqu'ici le secret de ton crime et de ton imposture... voilà cette ressemblance et mon erreur justifiées... Ah! le ciel me punit bien cruellement d’avoir oublié que j’avais deux enfans! C’est donc là le frère de Paul , l’assassin de Paul , le premier de mes fils!., je sais bien , maintenant, pourquoi je voulais oublier que j’étais sa mère, pourquoi je le redoutais sans le connaître; c'est que mon instinct maternel m’avertissait qu’il était né pour le fratricide!...
BEPPO. Oh ! oh ! ne me dites pas de si cruelles paroles! ma, mère! ma mère!
pourquoi me haïssez-vous, moi qui vous aime tant! oh! jugez si je vous aimais ma mère ; avant d’avoir découvert cette fatale histoire, moi misérable, moi imposteur, moi meurtrier, j’avais déjà pour vous tout le respect ctloutc l'affection d’un fils!., oh! je vous aimerai autant que le faisait mon frère!., ma mère, imposez- moi telle expiation que vous voudrez, bannissrz-moi de votre présence; j’irai dans la solitude pleurer mon crime avec des larmes de sang et avec des prières à toucher l’enfer.. . mais laisscz-moi l'espérance de vous fléchir »n
JionoxvAi, Si
jour ! L’arrêt que vous allczprononcer , son gcz que c’est l’arrêt de Dieu même , et qu’il pèsera sur moi pendant toute l’éternité !
Oh ! grâce ! grâce! grâce I i
MAD. de MORONVAL. Grâce! et ton pauvre frère, n’a-t-il pas aussi crié : grâce! avant de recevoir le coup mortel? Tu as été sans pitié pour lui, et tu veux que j’aie de la pitié pour toi ! mais tu ne sais donc pas que je l’adorais ton frère! Ah!., lu crois peut-être qu'il suffit du mot que tu viens de dire pour te mettre une seconde fois à sa place... Mais, vois donc de quelle poitrine est sorti le ruisseau de sang qui nous sépare!.. Va, tu n’es pour moi qu’un étrange» et lors même que je vivrais, je ne t’accorderais jamais la tendresse d'une mère, et je ne te donnerais pas même le nom de fils!.. Comte de Moronval, je ne te dénoncerai pas, je ne livreiai pas au bourreau le dernier héritier de ta race; mais ne demande rien de plus. Tu peux, si l'on t’accuse, montrer ces papiers qui prouvent ta naissance ; jouis seul du nom et de la fortune dont tu as volé la moitié à ton frère; moi, qui vais mourir et le rejoindre, je t’abandonne à tes remords, si tu es capable d’en avoir, et en ma qualité de mère, je te laisse ce dernier adieu : ( Elle se lice en étendant les mains.) Caïn!. .sois maudit!
Inès et Daniel reparaissent k l’entrée de la galerie et l'emmènent dans son appartement.