‹ La famille PanetChapitre 16 sur 85 · HON. JEAN-ANTOINE PANET · texte numérisé non relu

HON. JEAN-ANTOINE PANET

voix et vos recommandations à la prochaine élection générale de vos représentants en Assemblée.

"J'ai l'honneur d'être, Messieurs et concitoyens, Votre très humble et zélé serviteur, A. Panet.

Québec, 14 mai 1792." {^)

Il fut élu le 20 juin 1792.

A la clôture de l'élection, M. Panet, après avoir remercié les électeurs, déclara qu'il se proposait de distribuer cent louis d'or aux pauvres sans distinction. "Il est beaucoup à désirer, dit la Gazette de Québec du lendemain, que toutes les sommes dépensées dans les élections ne fussent jamais plus mal employées,"

M. Panet tint sa parole. La note suivante publiée dans la Gazette de Québec du 5 juillet 1792 nous donne le détail de cette distribution aux pauvres de la haute-ville de Québec :

"M. Panet, avocat, ayant dit immédiatement après son élection de représentant pour la haute ville de Québec, qu'il n'avait point donné de cocardes ni de liqueur avant ni pendant son élection, et qu'étant alors finie, il donnait aux pauvres de la haute-ville cent louis d'or, qu'il priait ses confrères av'^ocats de distribuer aux plus nécessiteux, sans distinction de naissance, la dite somme faisant quatre cent cinquante piastres, a été distribuée publiquement par les avocats dimanche dernier dans la chambre d'audience, en présence de deux magistrats, de plusieurs ministres, et d'un grand nombre de notables citoyens, après avertissement affiché en différentes langues aux portes des églises et aunoncé au prône de la messe paroissiale, savoir :

Aux pauvres malades de l'hôpital de cette ville,

reçu par messire Vidal, vicaire de Québec £ 6 Aux prisonniers, reçu par Nathaniel Taylor,

écuyer, magistrat ----- ^

(i) La Gazette de Québec, 17 mai 1792.

Aux pauvres honteux du dit lieu, reçu par le dit Nathaniel Taylor, écuyer, en l'absence du Révérend M. Montmollin, ministre - £ 6

Aux pauvres honteux du dit lieu, reçu par le

Révérend M. Spark, ministre - - - 6

A 234 pauvres présents, chacun 5 - - - 58

A ceux des dits pauvres en augmentation de leur lot à cause de leur vieillesse, infirmité et nombre de veuves, femmes et enfants par proportion - - - .-- 14.

Cours de Québec £ 112

Les pauvres ont paru satisfaits et bien juger de la sage application du don, en priant les magistrats de faire leurs remerciements au donateur.

Berthki,ot Dartigny,

doyen des avocats.

A Québec, le 2 août 1792."

Les Chambres se réunirent à Québec le 17 décembre 1792. "C'était un événement solennel, remarque Ignotus. Pour la première fois, un parlement canadien était appelé à donner des lois à son pays."

Les honorables MM. Pierre Panet, Jenkin Williams et James Monk, commissaires nommés pour administrer les serments aux membres de la Chambi'e d'Assemblée, s'acquittèrent d'abord de leur besogne, puis le gentilhomme huissier de la Verge Noire, M. William Bouthillier, vint informer la Chambre que le lieutenant-gouverneur Alured Clarke requérait sa présence immédiate dans la salle du Conseil législatif. Là, Son Excellence s'adressant aux députés leur dit en anglais :

L'usage parlementaire et la manière convenable de conduire les affaires que vous allez entreprendre, rendent nécessaire que vous ayez un orateur ; c'est mon plaisir que vous retourniez dans votre Chambre, et que vous fassiez choix d'une personne capable de remplir cet ofhce, que vous me présenterez pour mon

approbation jeudi prochain, à midi, auquel temps je vous déclarerai les causes pour lesquelles j'ai convoqué cette Assemblée."

A la demande du lieutenant-gouverneur qui ne parlait pas le français, l'honorable Pierre Panet, un des commissaires nommés pour administrer le serment aux députés, répéta ce discours en français.

Les députés retournèrent ensuite dans leur salle et décidèrent, après discussion, de faire l'élection de l'orateur le lendemain.

Le i8 décembre, tous les députés, moins quatre, étaient rendus à leur poste

M. Louis Dunière, député de Hertford, proposa comme orateur M. Jean- Antoine Panet, député de la haute-ville de Québec. M. de Bonne, député de York, appuya cette proposition par un discours dans lequel il faisait ressortir toutes les brillantes qualités de M. Panet, sa science légale et surtout sa connaissance approfondie des lois municipales.

M. Panet parlait peu la langue anglaise, et le parti anglais tira parti de ce côté faible chez le candidat à la présidence, pour proposer un Anglais sachant le français. MM. James McGill, John Lees et James Walker proposèrent successivement comme orateur MM. William Grant, James McGill et Jacob Jordan.

Finalement, la motion de M. Dunière fut adoptée par une majorité de lo voix, 28 contre 18.

Le 20 décembre, le lieutenant- gouverneur requit de nouveau la présence des députés dans la salle du Conseil législatif. Là, M, Panet s'adressa à Son Excellence, en français, de la manière suivante :

"Je supplie Votre Excellence de considérer que je ne puis m'exprimer que dans la langue primitive de mon pays natal, et d'accepter la traduction en anglais de ce que j'aurai l'honneur de lui dire.

"Mon incapacité étant aussi évidente que mon zèle est ardent de voir remplir un devoir si important que celui de l'orateur de la première assemblée des représentants du Bas-Canada, j'implore respectueusement l'excuse et le commandement de Votre Excellence au nom de notre Souverain Seigneur Roi."

L,e lieutenant-gouverneur répondit :

"Je n'ai pas lieu de douter que la Chambre n'ait fait un bon choix, et que vous ne vou? acquittiez des devoirs pénibles de l'office important que vous avez à remplir, avec honneur pour vous-même et avantage pour le public."

ly' orateur réclama ensuite la liberté de parole et généralement tous les privilèges et libertés tels qu'ils sont usités dans les Communes de la Grande-Bretagne, de même aussi le libre accès auprès du représentant de la Couronne toutes les fois qu'il sera nécessaire pour le service de Sa Majesté.

La première session de notre premier parlement fut prorogée le 9 mai 1793. En donnant congé aux représentants du peuple, le lieutenant-gouverneur leur disait :

"Après une assiduité si longue à vos devoirs publics, il est raisonnable de supposer que vous devez avoir un grand désir de rejoindre vos familles, et comme la saison avancée de l'année requiert votre attention immédiate à vos propres intérêts, je suis porté à vous donner cette vacance que je sais que vous souhaitez, mais je ne puis vous laisser partir sans vous exprimer le désir ardent, que j'ai, que vous vous efforciez individuellement de cultiver cet esprit d'industrie et d'obéissance envers les lois parmi vos constituants et vos voisins, qui doit toujours précéder et assurer la prospérité, en même temps que je vous recommande, dans les termes les plus forts, une attention à la tranquillité intérieure et au bon ordre de chaque partie du pays où votre influence peut s'étendre, nécessaire dans tous les temps pour le salut public, et plus particulièrement dans cette crise extraordinaire et importante."

Le 28 janvier 1794, M. Panet fut nommé juge de la Cour des Plaidoyers Communs par lord Dorchester, à la place de l'honorable Réné-Ovide Hertel de Rouville.

Les juges avaient le droit de faire partie de la Chambre d'Assemblée, mais comme les devoirs de sa nouvelle charge devaient exiger souvent l'absence de M. Panet, lord Dorchester, afin de prévenir tout retard dans les affaires publiques, pria les députés de faire l'élection d'un autre orateur. M. de Lotbinière fut choisi unanimement, le même jour, pour remplacer M. Panet.

Le 31 mai 1794, un nouveau bill de judicature fut adopté par la législature et réservé pour la sanction royale. Il fut sanctionné en décembre de la même année.

D'après l'Ordonnance de 1777, la Cour des Plaidoyers Communs était établie pour toute la province. Les juges de cette cour étaient donc nommés sans désignation de districts. Dans la pratique, trois de ceuxci devaient résider à Montréal, et trois à Québec, mais il n'y avait rien de déterminé à ce sujet dans leurs commissions. C'est dans ces conditions que M. Panet avait été nommé.

La nouvelle loi de judicature divisa la province en deux districts pour la Cour du Banc du Roi, les juges devant recevoir leurs commissions pour l'un ou l'autre de ces deux districts. Ni M. Panet, ni M. de Bonne, qui avait été nommé juge de la Cour des Plaidoyers Communs le 8 février 1794, ne voulaient aller résider à Montréal. M. de Bonne, qui commençait à se rapprocher du parti anglais l'emporta sur M. Panet. Le 15 décembre 1794. MM. Panet et de Bonne

étaient nommés juges de la Cour du Banc du Roi, le premier à Montréal, l'autre à Québec.

M. Panet, se voyant forcé d'aller résider à Montréal, préféra renoncer à l'hermine, et, dans les premiers jours de janvier 1795, il descendit du banc. Il fut remplacé par son cousin, Pierre-Louis Panet.

M. Panet continua à siéger comme simple député jusqu'à la fin du Parlement.

Aux élections générales de 1796, M. Panet se présenta de nouveau à la haute-ville de Québec :

"Aux électeurs de la haute-ville de Québec.

•'Messieurs,

"La confiance dont vous m'avez honoré par l'élection faite en 1792, m'a tellement attaché à vos droits et intérêts, que je crois de mon devoir de vous offrir de nouveau mes services, et de solliciter encore vos voix eu ma faveur à l'élection qui doit se faire en cette haute-ville, vendredi, le dix-sept de ce mois ; demeurant inviolablement

Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,

J.-A. Panet.

Québec, 7 juin 1796 (})

M. Panet fut réélu sans opposition.

Le 23 juin 1796, il offrait, dans la Gazette de Québec, ses très sincères remerciments

"Aux francs et libres électeurs de la haute- ville de Québec.

"Messieurs,

' 'La manière réfléchie, paisible et distinguée dans laquelle l'élection de vos deux représentants dans la Chambre d'Assemblée provinciale a été faite le dixsept de ce mois, vous couvre d'honneur, et me lie de plus en plus à vous exprimer comme un des élus ma reconnaissance inaltérable. Et sans vous faire les promesses tant à la mode et souvent trompeuses, je persiste à vous prier instamment de ne juger que^par

(i) La Gazette de Québec, 9 juin 1796.

les actions et de vérifier encore à l'avenir que j'ai l'honneur d'être avec un attachement zélé et respectueux,

Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur, J.-A. Panet."

Dans le même numéro de la Gazette de Québec, nous trouvons une autre lettre de M. Panet :

"Mr l'imprimeur,

"Immédiatement après l'élection je dis que j'avais été et étais encore fort opposé à ce qu'aux élections il fut donné du rhum et des cocardes ; mais que la Constitution devant produire de meilleurs effets, je priais qu'il me fut permis de faire un don à une personne inconnue, qui ne pourrait être suspectée que de bonne intention ; et que je donnais cent piastres à la fille d'entre toutes celles résidentes dans la haute-ville de Québec, qui, la première y fera publier dans l'une des églises, le premier banc de son mariage, et qui sera mariée. Ensuite, William Grant, écuyer, élu, dit aussi que dans les mêmes termes il donnait cent autres piastres à la fille qui sera la seconde publiée et mariée.

"L'impression de ce dernier paragraphe seulement guidera les vrais intéressés, et les obligera beaucoup, ainsi que celui qui est sincèrement.

Monsieur, Votre très humble et très obéi.«sant serviteur,

J.-A. Panet.

Québec, 21 juin 1796."

La première session du deuxième parlement de la province du Bas-Canada s'ouvrit à Québec le 24 janvier 1797. M. de Bonne proposa, le même jour, l'honorable John Youug, député de la basse-ville de Québec, comme orateur de la Chambre d'Assemblée. Sa motion fut perdue par un vote de 27 à 14. M. Panet fut ensuite élu orateur, sur la proposition de M. Louis Dunière, député de Hertford, par une majorité de 17 voix.

Aux élections de 1800, M. Panet se présenta pour la troisième fois à la haute-ville de Québec.

"Aux libres électeurs de la haute- ville de Québec.

"Messieurs,

"J'aurai l'honneur de me présenter à la prochaine élection pour vous témoigner ma vive reconnaissance de m' avoir constamment élu votre représentant en parlement depuis sa création. Je vous offre de nouveau mes services et sollicite encore vos suffrages, n'ayant rien tant à cœur que vos droits et intérêts auxquels je crois les miens inséparablement liés.

J'ai l'honneur d'être,

Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,

J.-A. Panht.

Québec, 10 juin 1800." (1)

Le 2 juillet 1800, M. Panet était réélu en compagnie de M. A.-J. Raby.

"Aujourd'hui à deux heures le poil pour l'élection de la haute- ville a été clos lorsque J.-A. Panet et A.-J. Raby, écuyers. ont été déclarés duement élus. Etat du poil lorsqu'il a été fermé :

MM. Panet 501 voix

" Raby 299 "

" Grant 265 " " (2)

Le 8 janvier 1801 eut lieu l'élection de l'orateur de la Chambre d'Assemblée. M. Joseph-François Perrault, député de Huntingdon, proposa son ami le juge de Bonne. Cette proposition fut rejetée par 16 voix de majorité. M. Berthelot, député du comté de Québec, proposa alors M. Panet qui fut élu à l'unanimité.

Le 10 janvier 1801, l'orateur Panet, suivi des députés, se rendit dans la salle du Conseil législatif pour

(i) La Gazette de Québec, 19 juin 1800. (2) La Gazette de Québec, 2 juillet 1800.

y réclamer de Son Excellence les privilèges ordinaires des représentants du peuple. !<' orateur du Conseil législatif, l'honorable M. Dunn, s'adressant à M. Panet, lui dit :

"Son Excellence le lieutenant-gouverneur me commande de vous informer que l'attachement zélé et constant que vous avez toujours montré envers notre Constitution excellente, joint à vos talents pour les affaires vous auraient rendu dans tout temps une personne convenable pour remplir l'office important auquel vous venez d'être nommé, mais l'expérience de vos talents utiles dans d'autres occasions donne un poids additionnel à l'unanimité de ces membres qui vous ont élu pour la troisième fois pour présider î)armi eux dans ce troi.-ième parlement provincial. C'est pourquoi Son Excelleixe m'ordonne de vous informer qu'elle regarde cette circonstance comme une preuve également forte, tant de leur discernement que de votre mérite. Et que nonobstant que votre modestie vous engage à vous excuser d'un office si important, telle est l'opinion favorable que Son Excellence entretient de votre loyauté, intégrité et capacité, qu'elle approuve entièrement le choix fait par la Chambre d'Assemblée, et elle vous alloue et confirme pour son orateur."

En 1804, de nouvelles élections générales eurent

lieu.

M, Panet demanda à ses électeurs de la hauteville de (Québec de le réélire.

"Aux libres électeurs de la haute-ville de Québec.

"Messieurs,

"Pendant plus de vingt années j ai constamment exercé mon zèle et fait tous mes efforts pour solliciter et maintenir l'heureuse constitution qui nous assure le droit inestimable de consentir librement ou rejeter des lois concernant la liberté de nos personnes et la sûreté de nos biens ; pendant douze années consécutives j'ai eu l'honneur d'avoir votr-î confiance comme votre représentant, même celle de la province entière, dans la

Cîia'mbre, ou. mon assiduité et mes opinions sont imprimées. Si ces faits peuvent mieux que de vaines; paroles vous prouver la sincérité avec laquelle je vous promis alors et vous offre encore tous les services qui me seront possibles, j'espère, mes chers électeurs, que vous ne manquerez pas d'être tous sur la place de l'évêché, lundi, le second jour de juillet prochain, à neuf heures du matin et jusqu'à la fin de l'élection de vos représentants, pour accorder votre suffrage à celui que vous avez déjà élu et éprouvé, et qui se souscrit, nonobstant toutes oppositions quelconques,

Messieurs, Votre très humble et respectueux serviteur, J.-A. Pankt.

Québec, 25 juin 1804." {^}

M. Panet fut élu le 3 juillet 1804, en même temps que M. William Grant.

I/C 5 juillet, il publiait la lettre suivante dans la Gazette de Québec:

"Très libres et sages électeurs de la haute-ville de Québec.

"Agréez, je vous supplie, l'expression de ma reconnaissance. L'honneur in Qui que vous m'avez fait en me continuant votre confiance me fera persévérer dans ma fidélité et me dispose à sacrifier encore mon intérêt privé au bien général. Je défendrai vos droits en les conciliant avec ceux de notre excellente Constitution et de notre bon gouvernement. Comme vous êtes tous bons citoyens et braves miliciens, maintenons pour notre heureuse tranquillité ta juste et nécessaire subordination. Et je n'irai pas ailleurs qu'à la bonne haute-ville de Québec vous rendre mes comptes comme votre représentant.

"Félicitez-vous vous-mêmes, tous bons sujets du meilleur des rois, de voir le civil et le militaire ayant des voix légitimes, concourir à maintenir la bonne et juste liberté, l'honneur, l'indépendance constitutionnelle et la délicatesse même de nos juges. Vous avez le

(i) La Gazette de Québec, 28 juin 1804.

droit de les exiger tels et vous les méritez. I^e juge candidat a lui-même avoué publiquement qu'il commençait à sentir l'incompatibilité dans laquelle le juge îe plus honorable, le plus modéré et le plus intègre tomberait, en sollicitant ou acceptant des suffrages à une élection au centre même de son domicile et de sa jurisdiction. Il avait signé ce jugement de sa main dès la constitution des cours de justice ; et il était^ de son propre intérêt de se désister ; il l'a fait, €t s'évite les reproches des prétendues faveurs de la moitié des plaideurs qu'il est obligé de condamner.

"Que la religion, les bonnes mœurs et la justice accomplissent votre bonheur avec celui de notre mèrepatrie.

J'ai l'honneur d'être très respectueusement.

Messieurs.

I^e plus humble et très zélé de vos serviteurs,

J.-A. Panet.

Québec, 4 juillet 1804." 0)

Le 9 janvier 1805, M. Panet fut élu pour la quatrième fois orateur de la Chambre d'A.s.semblée. M. de Bonne avait proposé M. de Salaberry, député de la basse- ville de Québec, mais sa motion ne réunit que trois voix.

"C'est durant ce Parlement, dit Ignotus, que commencèrent à s'accentuer les divisions entre le parti bureaucratique et le parti patriote. Le Mercury, organe des francophobes, ayant été fondé pour faire la guerre aux Canadiens, le Canadien fut fondé en 1806 pour défendre la cause de nos compatriotes. M, Panet fut considéré comme l'un de ses fondateurs et de ses inspirateurs." (-)

Aux élections générales de 1808, M. Panet fut encore candidat à la haute- ville de Québec :

' 'Aux électeurs de la haute- ville de Québec. "Messieurs,

"Plus de huit années de zèle et d'occupations

(i) La Gazette de Québec, 5 juillet 1804. (2) La Presse, 21 mai 1898.

pour obtenir notre heureuse Constitution, ensuite seize autres de services assidus dans la Chambre d'Assemblée ne remplissent pas la tâche que l'honneur de votre confiance et l'intérêt général m'ont imposée : je me présenterai à la prochaine élection, qui doit se faire sur la place de l'évêché, mardi, le 24 de ce mois, à dix heures du matin, oii j'espère que vous voudrez bien renouveler vos suffrages en faveur de

Votre très humble et très obéissant serviteur,

J.-A. Panet.

Québec, 3 mai 1808." {^)

Le parti bureaucratique, dirigé par MM. de Bonne et Perrault, remua ciel et terre pour faire battre M. Panet. La lutte fut vive. Cette division élisait deux députés, et il y avait trois candidats sur les rangs, MM. Blackwood, Dénéchaud et Panet. L'élection du premier était certaine. La lutte se faisait donc entre MM. Panet et Dénéchaud. Ce dernier comptait sur l'appui du monde of^ciel, àts gens en place, comme on disait alors.

Le Canadie7i du 4 juin 1808 donne un compterendu de cette élection :

"Le poil commença mardi le 24 mai, les candidats étaient Mssrs Panet et Blackwood, anciens membres, et Claude Dénéchaud. La plus grande partie des voteurs étaient du faubourg Saint- Jean. Peu de personnes de l'enceinte de la ville avaient voté ; les gens dépendants de ceux en place avaient paru en mouvement, et le bruit avait couru que l'avocat général avait promis de donner sa voix et son influence à M. Dénéchaud. C'était l'opinion que l'influence du gouvernement était décidé contre M. Panet.

"Mercredi, les électeurs du faubourg Saint- Jean et ceux de la ville dépendants des gens en place continuèrent à voter. M. Perrault entouré de plusieurs de ses affidés attaqua une personne de M. Panet, et se battit ; le juge de Bonne vint voter vers 1 1 heures et

(i) La Gazette de Québec, 19 mai 1S08.

demi au sortir de la cour. Aussitôt qu'il parut sur là place, le parti de M. ûénéchaud s'avança à sa rencontre en le saluant par des hurra, un instant après il alla voter. M. Pauet lui fit prêter serinent sur sa qualification, après lui avoir demandé s'il résidait dans la haute-ville. Après qu'il eut voté, le parti de M. Dénéchaud cria trois fois hurra ; à midi les ouvriers du chantier du roi vinrent voter pour M. Dénéchaud ; l'état du poil à 3 heures était comme suit :

Blackwood 388

Dénéchaud 286

Panet 134

et il fut ajourné à vendredi. Pendant que M. Panet laissait le poil le parti de M. Dénéchaud criait : Vive les bonnets rouges, vive les sans culottes ! Vendredi, on apporta à l'officier rapporteur une lettre de M, Panet, par laquelle il lui annonçait qu'il se retirait : la lettre ayant été lue, Messieurs Blackwood et Dénéchaud furent déclarés duèment élus. On amena ensuite le carrosse de M. Shaw, av^ec les chevaux de M. Stiles, cabaretier du faubourg Saint- Jean, 5 ou 6 drapeaux furent déployés, on mit des cocardes aux électeurs et aux chevaux ; les chevaux firent des difficultés. On attendit pendant quelque temps la musique des régiments, les tambours du 98e régiment arrivèrent enfin, et la procession partit. A environ cent pas du poil les chevaux ne voulurent plus marcher, et on fut obligé de les dételer et mettre des hommes à leurs places. Le jeune Gagné monta derrière le carrosse avec un pavillon ; quelques personnes voulurent le faire descendre, mais il y demeura, en disant qu'il avait aussi bon droit d'être là qu'aucun autre. La procession prit la rue Saint-Louis et alla jusques chez M. Sewell oii elle s'arrêta ; on fit trois roulades de tambour et on cria trois idvà hurra. Elle descendit ensuite par la rue de M. Panet et on cria /zz^rra devant sa maison (M, Ryland suivait la procession), La procession continua par diverses rues jusqu'aux logis des personnes élues. Les cabarets furent ensuite ouverts aux personnes qui sui-

vai'eflt la procession aux dépens (dit-on) de ces deux messieurs.

"Les électeurs du faubourg Saint-Jean se sont bien comportés en général ; s'ils ont voté comme ils ont fait, c'est qu'ils ont été surpris par les mensonges que leur a fait M. Perrault, l'instrument du juge de Bonne qui est lui-même l'instrument de quelques autres. Le tumulte qu'il y a eu est venu des affidés de M. Perrault, du nombre desquels étaient ses fils ; ces affidés proposèrent de chanter, lorsque la procession passerait devant chez M. Panet. "On le chasse poliment", on entendit même quelqu'un d'eux dire "Ôw le traîn»ta dans la boue sous le char,'" et un d'eux menaça de faire étriper quelqu'un du parti de M. Panet. Ces affidés faisaient beaucoup de train et menaçaient de battre qui osait parler, et disaient mille sottises. Les honnêtes gens étaient obligés de se taire et de souffrir leurs insultes de crainte de quelques malheurs. Du reste M. Dénéchaud ni les électeurs qui ont voté pour lui n'entraient dans l'idée de ces affidés, et ne soupçonnaient pas même qu'elle était leur intention."

Les adversaires de M. Panet voulaient à tout prix l'exclure de la Chambre. Pendant l'élection de la haute-ville le bruit avait couru que si l'ex-orateur était battu il irait demander aux électeurs de l'île d'Orléans de l'élire. MM. de Bonne et Perrault écrivirent dans le comté pour lui préparer une nouvelle défaite. La lettre suivante, adressée à M. Fortin, curé de Saint-Jean, a été conservée :

"Québec, le 26 mai 1808.

Monsieur et ami,

Nous sommes déterminés ici à mettre en déroute, les rédacteurs du papier le Canadien qui, ayant oublié son institution vantée de "venger son honneur" n'a fait autre chose jusqu'à cette heure que de dénigrer certains Canadiens et vilipender les opérations du gouvernement. M. Panet, l'avocat, qui est à la tête de ce papier, s'est conséquemment attiré notre indignation et nous lui en faisons ressentir tout le poids en l'excluant du parlement, lui qui a voulu en exclure les

juges et surtout nu qui, par ses talents, mérite notre plus haute considération : sur le point de succomber à une majorité de 150 votes que M. Dénéchaud a plus que lui, nous apprenons qu'on doit le présenter dans votre île ; or. mon ami, si, comme moi, vous respectez le gouvernement et conséquemment vous haïssez ses ennemis, vous ferez en sorte que ce "Panet" ne prenne point racine chez vous, d'autant que c'est l'ivraie dont nous parle l'Evangile qui dans peu nuirait au bon grain.

J'ai l'honneur d'être avec estime et affection, Monsieur et ami, Votre très humble et obéissant serviteur, J.-F. Perrault Messire Fortin, curé,

A Saint-Jean, Ile d'Orléans."

Mais les choses tournèrent tout autrement que ne le prévoyaient MM. de Bonne et Perrault. L'élection de la haute-ville de Québec se terminait le vendredi 27 mai 1808. M. Panet n'eut pas besoin d'aller se présenter dans le comté d'Orléans. Trois jours après, le lundi, 30 mai, il était élu unanimement dans Huntingdon, comté que M. Perrault avait représenté durant deux parlements, et où, ironie du sort, ses amis avaient déjà commencé à préparer sa candidature.

Un électeur de Huntingdon écrivait au Canadiai le lendemain même de cette élection :

"Monsieur l'imprimeur,

"Votre feuille est plus estimée que jamais par ceux qui aiment à entendre la vérité, et je ne doute pas que les juges et greffiers à qui vous faites allusion ne s'y trouvent représentés tels qu'ils le méritent : d'ailleurs qui hésiterait à croire tout ce que vous annoncez, lorsque nous voyons que des anciens membres du Parlement ont perdu leur élection, d'autres ont failli la perdre, après avoir employé le jour et la nuit à l'œuvre publique ? Lorsque nous apprenons que les électeurs leur reprochaient des fautes qu'ils n'ont jamais commises ! La fiction et le mensonge ont pu

être les seules armes dont se sont servis leurs antaQ:û^ nistes pour faire tomber en erreur les électeurs ; et les deux juges et le greffier dont vous parlez sont les seuls capables d'user desemblables moyens. Cependant, s'ils triomphent d'un côté, ils doivent être bien humiliés de l'autre : le patriotisme de }"ex-orateur (M. Pauet) est bien connu ; l'on ne peut pas dire assez de bien de M, de Salaberry, le comté de Huntingdon se félicite de les avoir pour représentants. Ils ont été élus à Saint-Philippe lundi dernier (30 mai) par une unanimité qui rend justice à ces deux messieurs et immortalise ce comté. Au nom des deux candidats offerts aux électeurs, en exposant l'utilité de leur présence à la Chambre, trois autres candidats à talent et d'éducation ont décliné, et l'on ne peut dire qui méritent d'avantage ou des messieurs élus ou des personnes qui ont eu la générosité de se retirer, lorsque messieurs de Salaberry et Panet ont été présentés. Vous voyez, monsieur, et je vous prie de le rendre public par votre feuille, que si les cabales peuvent quelque chose près du juge et du greffier, les justes reçoivent ici la récompense qu'ils méritent. Le comté de Huntingdon s'honore de son choix, et les électeurs ne cessent de rendre des actions de grâce à ceux qui ont contribué à leur faire goûter la nécessité d'avoir d'aussi dignes et respectables représentants que ceux qu'ils viennent d'élire. Ils sont persuadés que l'éducation, le patriotisme, les talents et un attachement inviolable au gouvernement doivent caractériser des représentants du peuple, et l'on trouve toutes ces qualités dans ceux dont ils ont fait choix, pour les représenter dans le prochain parlement. Jamais élection ne fut plus imanime, et jamais il n'3'^ en eut de plus intéressante. Ce qui cicit frapper davantage, c'est que les voies y étaient préparées quelque temps auparavant en faveur du greffier Perrault, homme de talent, dit-on, mais le suppôt et l'instniuient du juge de Bonne dont on déteste ici la conduite. A la lecture de votre papier et du Courrier de Québec mentionnant son opposition à l'élection de M. Panet pour favoriser celle de M. Dénéchaud, l'une des créatures de son fidèle ami le juge de Bonne, les voteurs ont changé d'opinion, les personnes de leur endroit, dignes de leur

confiance leur ont dessillé les yeux et> au moment de l'élection, plusieurs disaient qu'ils fermeraient la bouche à quiconque aurait la hardiesse de leur offrir M. Perrault: "Point de Perrault, point de Perrault, s'écriaient-ils, il ne vaut pas mieux que le juge qu'il sert."

"Ainsi a été faite l'élection du comté de Hun* îingdon, à laquelle ont assisté des plus anciens et des plus respectables citoyens canadiens de la ville de Montréal, qui ont aidé à assurer un siège dans la Chambre d'Assemblée à deux de ses anciens membres qui le méritent à juste titre.

"Ce rapport simple mais vrai devrait opérer un changement dans les juges, le greffier et leurs suppôts, s'ils étaient capables de réflexions, et leur faire voir qu'ils courent à leur perte ; c'est l'occasion de leur appliquer ce vers :

"Tel est pris qui croyait prendre".

"Adieu, M. l'imprimeur, continuez à dire la véri'^ te, célébrez la vertu, censurez le vice et vous aurez l'approbation des honnêtes gens.

Un Electeur.

Huntingdon, le 31 mai 1808."

M. Panet ne manqua pas de remercier les électeurs de Huntingdon. Il leur adressa la lettre suivante :

"Aux libres et généreux électeurs du comté de Huntingdon, district de Montréal.

"Messieurs,

"Plus de vingt-quatre années de zèle et de mes services assidus et gratuits pour obtenir et exécuter notre heureuse constitution, me faisaient désirer le repos. J'espérais que d'après les vœux et les résolutions unanimes de la Chambre d'Assemblée, les opposants primitifs liés avec quelqu.es nouveaux ne se serviraient plus de juge candidat pour nuire à la liberté des élections. Par des intrigues de nouvelle invention et des mensonges les plus lourds et les plus hardis, à la veille seulement de l'élection de la haute-ville

de Québec, ils ont, à l'aide même d'un griffon et d'une cloche payée, surpris pour un seul moment une partie des électeurs, rendu une autre partie inactive, et par le reste commandé de la manière la plus inouïe le choix à leur caprice. Vous l'avez appris, messieurs, à l'instant par tout autre que moi. J'ai paisiblement laissé alors la liberté se mesurer d'elle-même contre certaine influence pour mieux la connaître ; et cela suffisait puisque les candidats de votre comté ont noblement cédé leur place, et que les électeurs inestimables de Huntingdon m'ont librement et unanimement élu l'un de leurs représentants. C'est une preuve manifeste qu'ils savent justement user de leurs privilèges, pour résister à la vraie liberté constitutionnelle. Par événement singulier vous m'avez élu à la place que l'un des opposants vous demandait. Acceptez, je vous supplie, messieurs, mes plus humbles remerciements de l'honneur infini que vous m'avez fait, en attendant qu'en peu de jours j'aie le bonheur d'aller vous les réitérer en personne dans le comté, où je me propose de vous mettre en évidence les causes et les effets de nos opposants, pour mieux connaître vos souhaits, et ne cesser mon zèle pour aider à les remplir.

J'ai l'honneur d'être très respectueusement. Votre très humble et très obéissant serviteur, Mes.sieurs,

J.-A. Panet.

Haute- Ville de Québec, 6 juin 1808." (i)

L'élection de M. Panet dans le comté de Huntingdonet ses accointances avecle Canadien n'étaient pas de nature à lui attirer les bonnes grâces du gouverneur Craig. Il avait été nommé par lord Dorchester, le 20 août 1789, capitaine d'une compagnie des milices delà ville et banlieue de Québec. Le 19 mai 1794, le même gouverneur l'avait choisi comme lieutenant-colonel des compagnies des milices de Charlesbourg, Bourg- Royal, Beauport, l' Ange-Gardien, Château-Richer, Sainte-

(i) Le Canadien, 11 juin 1808.

Anne de Beaupré, Saint-Ferréol et Saint-Joacîiîm. lut 14 juin 1808, sir James Craig démettait M. Panet de sa charge de lieutenant-colonel. Il ne fut pas le seul d'ailleurs à subir les colères du gouverneur Craig. Le même jour, MM, Bédard, Taschereau, Borgia et Blanihet étaient destitués comme officiers de milice.

Le Canadien, le 2 juillet suivant, s'élevait avec Force contre cette injustice du gouverneur Craig :

"x\I. Panet, disait-il, est un homme dont la loyauté est reconnue. Il est un de ceux qui ont défendu le pays en 1775. Il a toujours exercé avec honneur les offices de milice dont il a été honoré par le gouvernement. On ne Ta jamais vu rechercher de la populari* té par le moyen de ces offices, quoiqu'il les exerçât au milieu de ses électeurs ; et quand, aux approches des élections, on lui a suscité des difficultés pour le faire échouer, il a continué avec fermeté de faire strictement son devoir. Il a eu l'honneur de tenir une commis.sion de juge de Sa Majesté, dont il a rempli les devoirs dignement, et qu'il aurait pu garder s'il eût vou^ lu. Il a eu l'honneur d'être orateur de la Chambre d'Assemblée, depuis son commencement, et l'on peut dire d'une Chambre d'Assemblée loyale et qui en a eu constamment le témoignage de la part de tous les gouverneurs, de la part même de Son Excellence. Il est difficile de penser qu'un homme déloyal puisse avoir été choisi constamment par une chambre aussi loyale pour être son orateur. Comment un homme qui a tant de témoignages de sa loyauté aurait-il pu être déclaré déloyal dans un instant, sUr l'accusation on ne sait de qui, sur le témoignage on ne sait de qui, sans avoir eu l'occasion de se justifier ni même de voir son accusateur en face ? Son Excellence a pu lui retirer sa commission, comme elle en a le droit, mais Elle n'a sûrement pas déclaré déloyal un homme de ce caractère."

Le 10 avril 1809, à l'ouverture de la première session du cinquième parlement de la province du Bas- Canada, M. Panet fut réélu orateur de la Chambre d'Assemblée pour la cinquième fois. M. le juge de

Bonne lui avait encore suscité un adversaire, M. Denis-Benjamin Viger, député du quartier ouest de Montréal, mais il ne put racoler que six votes.

Le 15 mai 1809, sir James Craig cassait le parlement aè irato, à l'occasion de l'expulsion de M. Hart, député juif de Trois-Rivières, et de la présentation d'un bill pour disqualifier les juges.

Les nouvelles élections eurent lieu en octobre et novembre de la même année. M. Panet fut réélu à Huntingdon, le 15 novembre 1809, avec M. Steplien Sewell contre M. Austin Cuvillier. Le poil avait duré quinze jours. M. Panet obtint 897 votes, M. Sewell 895, et M. Austin Cuvillier 688.

Le 29 janvier 18 10, M. Panet fut appelé pour la sixième fois au fauteuil d'orateur de la Chambre d'Assemblée. Il fut élu unanimement.

Son terme d'office ne fut pas long. Le 24 février, la Chambre ayant adopté une résolution pour expulser le juge de Bonne, le gouverneur proclama, deux jours plus tard, la dissolution du Parlement. Ce parlement avait eu moins de 80 jours d'existence.

M. Panet fut réélu le 18 avril 1 810 dans Huntingdon.

Tl redevint orateur de la Chambre d'Assemblée pour la septième fois le 12 décembre 1810. Cette fois encore il fut élu unanimement. Ce fut son dernier terme d'office.

En 1814, M. Panet se présenta dans son ancien comté, la haute- ville de Québec. L'élection commença le 14 avril, à dix heures. A l'ajournement du poil, à 4 heures, les votes étaient répartis comme suit :

M, Panet 202

M. Dénéchaud 244

M. Browne 160

A l'ajournement, le samedi, i6 avril, l'état du poil donnait :

M. Dénéchaud 435

M. Panet 370

M. Browne 263

Le lundi, 18 avril, Browne se retira et MM. Panet et Dénéchaud furent proclamés élus.

Le 9 janvier 1815, le gouverneur, sir George Prévost, appelait l'honorable M. Panet au Conseil législatif.

Lorsque la Chambre d'Assemblée se réunit, le 21 janvier 18 15, ce fut M. Louis-Joseph Papineau qui remplaça M. Panet comme orateur.

Le même jour, la Chambre adoptait, nemme contredicente, la résolution suivante, sur la proposition de M. Lee, appuyé par M. Cuthbert :

"Que les remerciements de cette Chambre soient votés à l'honorable Jean- Antoine Panet, ci-devant orateur de cette Chambre, pour la fermeté, l'impartialité et la fidélité avec lesquelles il a rempli les devoirs de cette charge élevée et importante, durant vingt-deux années, en soutenant dans toute occasion l'honneur et la dignité de la Chambre, et les droits et privilèges du peuple." (1)

M. Papineau, en transmettant à M. Panet la résolution de la Chambre d'Assemblée, rendait un bel hommage aux services qu'il avait rendus au pays :

Québec, 26 janvier 1815.

"Monsieur,

"L'obéissance à l'ordre de la Chaînbre d'Assemblée est pour moi un devoir bien doux, lorsqu'elle me donne l'occasion de vous faire parvenir les remerciements qu'elle vous a unanimement votés.

(i) Journaux de la Chambre d' Assemblée du Bas-Canada^ vol. XXIV, p. 41,

"vS'il m'était permis de joindre an témoignage public de considération et d'estime que vous offre en ce moment la reconnaissance de votre pays, l'expression de mes sentiments particuliers, sur la durée et l'importance des services que vous lui avez rendus, je vous prierais d'agréer l'assurance que personne n'y attache plus de prix que moi, ainsi que celle de la haute considération et du respect avec lesquels J'ai l'honneur d'être,

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur, L--J. Papineau.

L'honorable Jean- Antoine Panet."

M. Panet répondit le même jour comme suit : "Monsieur l'orateur,

"La gracieuse approbation de ma conduite dans la chaire de l'orateur que l'honorable Chambre d'Assemblée a bien voulu voter par la résolution du 24, est plus méritée par l'aide et les bontés des généreux représentants de mon pays, que par ma faible capacité à remplir les devoirs importants de ce poste élevé.

"Leur loyauté et fidélité envers notre bien-aimé Souverain, notre heureuse Constitution et leur soumission aux règles essentielles, ont développé les ressources de cette Province, Avec de tels moyens, un esprit conciliateur est compatible, en certaines occasions, avec la fermeté de soutenir l'honneur et la dignité de la Chambre, ainsi que les droits et privilèges du peuple, La sage et prudente administration actuelle du gouvernement nous présage l'unanimité et la prospérité que l'Empire et cette Province méritent par leurs efforts courageux.

"Je vous .«upplie, M. l'orateur, de vouloir bien faire entendre à l'honorable Chambre les expressions de ma reconnaissance, de l'honneur qu'elle m'a fait dans cette occasion, et des vœux que fait pour son bonheur celui qui a l'honneur d'être avec un profond respect,

Monsieur l'orateur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

J.-A. Panet.

Québec, 26 janvier 181 5.

A l'honorable orateur de la Chambre d'Assemblée du Bas- Canada."

Quelques semaines plus tard, le 6 mars 1815, la Chambre, à la demande de M. François Blanchet, député de Hertford, se forma en comité pour considérer s'il n'était pas expédient d'accorder une compensation pécuniaire à l'honorable M. Panet pour ses longs et méritoires services comme orateur. Il fut finalement décidé de remettre la considération de cette proposition à l'ouverture de la session suivante.

L'honorable M. Panet mourut à Québec le 17 mai 181 5. et fut inhumé le 20 dans la cathédrale.

Nous lisons dans la Gazette de Québec du 25 mai 1815 :

"Mourut, mercredi, le 17 courant, dans sa 64e année et après une longue et douloureuse maladie, l'honorable Jean-Antoine Panet, l'un des membres du Conseil législatif de cette province. Les funérailles furent faites samedi dernier dans l'église cathédrale par Sa Grandeur Mgr l'évêque de Québec.

"Il commença sa carrière par les professions d'avocat et de notaire dans lesquelles sa probité et ses lumières lui acquirent une telle confiance qu'il devint autant l'arbitre ou l'aimable compositeur des parties que leur avocat. Ses talents ne se bornaient pas là ; il était bon politique et avait dans les affaires publiques une capacité et une influence qui contribuèrent beaucoup à nous faire obtenir notre constitution. La Chambre d'Assemblée le nomma son orateur dès le premier parlement. En 1796, étant nommé juge de la Cour du Banc du Roi, il laissa la chaire d'orateur, incompatible avec ce nouvel appointement, mais bientôt après, ne voulant pas aller résider à Montréal, il résigna sa place de juge, et fut élu de nouveau orateur au parlement suivant. Ensuite la Chambre lui a conféré le même honneur sans interruption jusqu'au dernier parlement inclusivement. Pendant les 22 ou 23 années qu'il occupa la chaire, il eu remplit les devoirs avec tant de satisfaction pour la Chambre qu'elle

lui a voté des remerciements dans sa dernière session. Il fut encore élu membre de la Chambre d'Assemblée à la dernière élection générale, mais outre que sa santé ne lui aurait pas permis de siéger à la Chambre il en était d'ailleurs empêché par le mandement de Sa Majesté, le sommant au Conseil législatif.

' 'Sa mort prive la province d'un conseiller qui par ses connaissances, sa fermeté et la droiture de ses intentions pouvait continuer à rendre dans cette nouvelle situation des services importants ; et ses concitoyens perdent un membre de la société respectable et précieux sous tous les rapports."

"Le nom du premier orateur de notre Chambre d'Assemblée restera comme celui d'un de nos plus grands patriotes et de nos plus illustres parlementaires." (1)

Iv'honorable M. Panet avait épousé, à Québec, le 7 octobre 1779, Louise-Philippe, fille de Philippe- Louis-François Badelard, chirurgien-majpr des troupes pour le roi à Québec, et de Charlotte Guillimin.

Elle décéda à Québec le 18 mars 1830, et fut inhumée, le 22, dans l'église de l' Ancienne- Lorette, du côté de répitre, sous le banc seigneurial.

"Le concours extraordinaire de personnes respectables de la ville et de la campagne, qui malgré le mauvais temps et les mauvais chemins ont. assisté à ses funérailles, fait assez voir que quoique madame Panet vécut extrêmement retirée depuis la mort de son époux, elle n'avait cependant pas été oubliée." (2)

Du raariage de l'honorable Jean- Antoine Panet et de Louise-Philippe Badelard naquirent :

BERNARD-ANTOINE PANET Le continuateur de la lignée.

(i) Ignotus, la Presse^ 21 mai 1898.

(2) La Gazette de Québec^ 25 mars 1830.

MARIE-LOUISE PANET

Née à Québec le 21 mai 1782.

Décédée à Québec le 28 février 1784, et inhumée le lendemain dans le cimetière Sainte- Anne.

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