‹ La famille PanetChapitre 26 sur 85 · PHILIPPE PANET · texte numérisé non relu

PHILIPPE PANET

Né à Québec le 28 février 1791.

Le 3 décembre 181 1, il passait brevet d'apprentissage avec son père pour l'étude du droit.

L'année suivante, le 25 mai, il était fait capitaine au ler bataillon de la milice d'élite de Québec.

Le jeune capitaine fît toute la campagne de 181 2- 13. A la bataille de Châteauguay, il servit sous les ordres du lieutenant-colonel de Salaberry. Celui-ci lui confia la garde du gué de la rivière Châteauguay, a^n d'empêcher l'ennemi de traverser et de prendre sa

petite armée à revers. C'était un poste de confiance. (1)

Le 26 mars i8t6, M. Panet était élu député de Northumberland à la Chambre d'Assemblée.

Les devoirs de la vie publique n'empêchèrent pas M. Panet de continuer ses études de droit. Le 21 avril 18 17, il recevait sa commission d'avocat.

Aux élections du 15 mars et du 6 juillet 1S20, les électeurs de Northumberland réélirent M. Panet.

Aux élections générales de 1824, M. Panet refusa de se présenter. Il avertit les électeurs de Northumberland de sa décision par la lettre suivante :

"Aux électeurs de Northumberland.

"Messieurs,

"Je vous remercie de nouveau de l'honneur que vous m'avez fait de me confier pendant ces derniers parlements vos intérêts les plus chers. Quelque disposé que je sois à vous être utile, agréez que je ne vous offre point mes services pour vous représenter dans le parlement prochain ; le mauvais état de ma santé ces hivers derniers me fait prévoir que je ne pourrai avoir à l'avenir toute l'assiduité que demande une charge si importante.

Je suis très sincèrement Messieurs, Votre très humble et obéissant serviteur, Phi. Panet.

Québec, 13 juillet 1824." (^)

Aux élections de 1830, M. Panet se laissa encore gagner. Il fut élu le 5 octobre pour représenter Northumberland.

L'année suivante, le 26 mai, lord Aylmer appelait M. Panet au Conseil Exécutif.

Le gouverneur avait, jusque-là, chargé son secré-

(i) M. Panet continua à s'occuper de milice jusqu'à sa nomination comme juge. Le ler février 1833, il prenait sa retraite avec le grade de lieutenant-colonel.

{2) La Gazette de Québec, 15 juillet 1824.

taire de transmettre ses messages à la Chambre d'As^ semblée. Cette coutume fut alors discontinuée. Les messages furent transmis et délivrés par M. Panet en sa qualité de conseiller exécutif. Il devait en même temps être dans la Chambre d'Assemblée l'organe de l'Exécutif quand on aurait besoin d'explications, (i)

M. Papineau avait une entière confiance en M. Panet, quoique ce dernier fut loin de partager toutes ses idées. Au lendemain de la tri.ste journée du 21 mai 1732, où les troupes tirèrent sur la foule (lors de l'élection de M. Tracey), M. Papineau écrivit une lettre pressante à lord Aylmer le priant de se rendre à Montréal faire une enquête sur ce qui venait de se passer et d'amener avec lui MM. John Neilson et Philippe Panet. Le gouverneur Aylmer ne s'occupa pas de la suggestion de M. Papineau.

Le 29 juin 1832, lord Aylraer nommait M. Panet juge de la Cour du Banc du Roi pour le district de Québec, en remplacement de l'honorable Jean-Thomas Taschereau, décédé.

M. P.-B. Casgrain rapporte au sujet de la nomination de M. Panet au banc une anecdote qui montre son caractère élevé et délicat :

"Lorsque M. Panet reçut la lettre du gouverneur lui annonçant sa promotion au Banc, ce fut une surprise pour lui, d'autant plus qu'il n'avait fait et ne connaissait aucune démarche pour lui dans ce sens. Après mûre réflexion, il répondit à Son Excellence lui exprimant combien il était flatté de la confiance qu'Elle voulait bien lui témoigner et l'en remerciant très respectueusement. En même temps il priait Son Excellence de vouloir agréer le motif qui l'empêchait de pouvoir, pour lors, se rendre au désir qu'Elle manifestait ; que M. X., un de ses confrères au barreau,

(i) Robert Christie, History of Lower Canada, t. III, p.

était son doyen, et avait, en ce cas, la préséance sur lui ; qu'en honneur pour lui-même il devait lui céder le pas, et par respect pour la dignité de sa profession qu'il ne pouvait monter sur le Banc avant que M. X. en eût décliné l'offre.

"Sur cet exposé le gouverneur ne vit qu'une raison de plus pour se confirmer dans son choix de M. Panet, lui faisant savoir que, tout bien considéré, il se trouverait obligé de nommer un autre que M. X., et que cet autre serait son. junior.

"Dans ces circonstances M. Panet, son objection dissipée, accepta.

Le 28 juin 1838, lord Durham reformait son Conseil Exécutif. Il y appelait le juge en chef de la province, le juge en chef de Montréal, les juges Panet, Rolland et Vallières de Saint-Réal, et M. Arthur Bul- 1er, avocat.

Aux termes du Statut Provincial 34, George III, chapitre 6, la Cour d'Appel devait se composer de ceux des membres du Conseil Exécutif qui appartenaient à la profession légale.

Ee barreau de Québec fut très satisfait de la composition de la nouvelle cour d'Appel.

M. Panet prêta serment le 3 juillet.

Le nom du juge Panet est entré dans le domaine de l'histoire pour l'indépendance qu'il montra durant les troubles de 1837-38 à l'occasion de la suspension de l'acte à! habeas corpus par le Conseil Spécial.

On contesta devant les tribunaux la légalité de l'ordonnance qui suspendait V habeas corpus. Le 21 novembre 1838, les juges Panet et Bédard décidèrent que l'ordonnance était 7iltra vires, et ordonnèrent au geôlier de la prison, de remettre en liberté un prisonnier, John Teed, accusé de haute trahison.

Quelques jours plus tard, le juge Vallières de Saint-Réal rendit aux Trois-Rivières un arrêt dans le même sens>

Colborue et son conseil suspendirent de leurs fono tions ces trois magistrats qui suivaient les dictées de leur conscience sans s'occuper des conséquences fâcheuses qu'elles avaient pour eux.

"Il est beau, remarque M. Chauveau, de voir ces trois hommes qui avaient joué un rôle si important dans la législature du Bas-Canada, reparaître sur la scène au moment de la suppression de la constitution et couronner leur carrière par un acte aussi honorable, d)

M. Panet reprit ses fonctions de juge le 8 août

Le juge Panet mourut à Québec le 15 janvier

Le jour même de sa mort, la Cour du Banc de la Reine, juridiction des Appels, siégeait à Québec. Le douloureux événement fut communiqué à l'audience par le juge en chef, sir L.-H. Lafontaine, à peu près dans les. termes suivants :

"Nous venons d'apprendre avec une bien vive douleur la mort de l'un des membres de cette cour, l'honorable Philippe Panet, et nous sommes persuadés que le barreau partagera nos regrets en cette occasion. Nous ne croyons pouvoir mieux exprimer ici nos sentiments et notre respect pour la mémoire de notre honorable collègue, qu'en ajournant immédiatement l'audience. Dans le juge Panet, les membres du barreau perdent un de leurs plus estimables confrères ; le banc, un de ses membres les plus distingués ; le public, un de ses meilleurs et plus utiles citoyens. Dans la vie privée, le juge Panet se faisait remarquer par toutes les qualités morales, et la société, privée désormais des services qu'elle était habituée à en recevoir, s'a-

(i) François-Xavier Garneau, sa vie et ses œuvres^ p. CCXII.

percevra bientôt pleinement de la perte qu'elle vient d'essuyer."

Les funérailles du juge Panet eurent lieu le iS janvier et furent suivies par des milliers de citoyens. Après le service funèbre chanté par le grand vicaire Cazeau, Mgr l'archevêque de Québec prononça l'éloge funèbre du distingué disparu, prenant pour texte ces paroles des Livres Saints : "Le Seigneur l'aimait, le monde l'aimait." Après les éloquentes paroles de Mgr Turgeon, le corps du juge Panet fut déposé dans la chapelle Sainte- Anne de la cathédrale.

"Rien ne fut touchant dans cette solennité funéraire, dit le Canadien du lendemain, comme la simplicité des apprêts et l'absence de toute pompe extérieure. On eût dit, à cette inhumation de lun des plus hauts magistrats de la province, qu'il s'agissait de conduire en terre quelque homme d'une position commune, car une seule cloche annonça les funérailles. Par là, sans doute, s'accomplissait l'un des derniers vœux du défunt. Mais il y avait dans cette foule une pompe réelle d'un autre genre : celle des regrets d'une population entière, et une ostentation véritablement belle et plus honorable d'elle-même dans ces milliers d'assistants dont l'afHuence attestait la perte irréparable d'un homme de bien."

Le juge Panet avait épousé, à la Rivière-Ouelle, le 14 juillet 1819, Marie-Luce, deuxième fille de Pierre C;isgrain et de Marie Bonenfaut.

Madame Panet décéda à Québec le 11 juin 1870, et fut inhumée le 15 dans la cathédrale de Québec, à côté de son époux .

Le Courrier du Canada du 13 juin 1870 fait un éloge délicat de madame Panet :

"Notre ville de Québec, dit-il, vient de perdre un admirable exemple de vie chrétienne et de charité par la mort de dame Marie-Luce Casgrain, veuve de l'honorable Philippe Panet, de sainte et heureuse mémoire. Notre vénérable archevêque faisait naguère

en quelques mots, l'éloge de cette femme selon le cœur de Dieu. Au sortir d'une visite qu'il lui fit au commencement de sa dernière maladie, il disait : "Elle est mûre pour le ciel. C'est une de ces âmes pour qui la vertu semble naturelle. Elle était née avec le goût, et, en quelque sorte, avec l'instinct de la vertu. Sa vie peut se résumer en ces deux mots : innocence et piété. Elle s'en va tout droit au ciel." Que peut-on ajouter après ce bel éloge tombé des lèvres augustes d'un saint évêque ?

"Madame Panet était née le 7 octobre 1802 au manoir de la Rivière-Ouelle. Sa famille, favorisée des dons de la fortune, était plus riche encore des trésors de la foi. Son enfance et sa jeunesse furent pliées à cette forte et sévère discipline en usage dans les familles chrétiennes d'autrefois, et dont les mœurs de nos jours ne donnent qu'une trop imparfaite image. Nous ne ferons ici allusion à sa beauté, qui fut jadis admirée, que pour dire qu'elle était le reflet d'une plus belle âme.

"Elle épousa, le 14 juillet 1818, l'honorable Philippe Panet, avocat du barreau de Québec, et plus tard un des juges de la Cour du Banc de la Reine. Pour faire l'éloge de madame Panet, il suffit de dire qu'elle était digne d'être l'épouse de ce juste, aussi aimable que saint, chéri de Dieu et des hommes : Confidit in eâ cor viri sui.

"Devenue veuve en 1855, elle qui n'avait jamais vécu pour le monde, ne vécut plus que pour les œuvres de piété et de charité. Le toit sous lequel elle a passé, dans la retraite, les dernières années de sa vie, et où elle vient d'expirer, n'est-il pas connu sous le nom de \2^ maison des pauvres "i Les indigents se l'indiquent du doigt les uns aux autres en disant : "c'est ici chez nous." Cette porte devant laquelle pourraient s'étaler les riches équipages, voit entrer et sortir plus de haillons que de robes de soie : Laudeni eam in partis opéra ejus.

"Pendant sa dernière maladie, les pauvres venaient, à chaque instant, frapper à sa porte, en disant: "Nous ne venons rien demander ; mais nous voulons savoir comment elle est. ' '

"Madame Panet était l'une des fondatrices et la présidente de l'hospice de la Maternité. Son zèle pour cet asile de miséricorde est connu de Dieu seul.

"Sa maison était un sanctuaire, d'où elle ne sortait que pour aller à l'église, ou pour exercer quelques bonnes œuvres.

"Retirée, presque tout le jour, dans sa chambre, convertie en oratoire, sa prière, entremêlée de lectures pieuses, y était presque continuelle. Elle appartenait au Tiers-Ordre de saint Dominique, et en remplissait les obligations avec une scrupuleuse exactitude. ly'oraison était l'un de ses exercices habituels : c'était surtout dans la méditation qu'elle puisait cette force et ces lumières qui donnaient une si grande sagesse à ses conseils. Sa communion était quotidienne.

"Il est facile d'imaginer quel parfum de piété respirait dans ses conversations, tout imprégnées de l'idée de la présence de Dieu, qu'elle ne perdait jamais de vue. Même au milieu de ses plus grandes occupations, comme, par exemple, lorsqu'elle tenait sa table dans les bazars annuels en faveur de l'hospice de la Maternité, son recueillement et son union avec Dieu n'en étaient pas interrompus. Son crucifix était toujours sur sa table, à côté d'elle, avec ses livres de piété, qu'elle ouvrait et méditait dans les intervalles de repos.

" lya haute position que madame Panet avait occupée pendant longtemps, dans le monde, semblait l'obliger à conserver un certain ton dans la société. Sa piété en jugea différemment. La simplicité de ses vêtements, l'austérité de sa mise, l'humilité de sa conduite étaient une prédication involontaire mais éloquente contre ce luxe effréné qu'on se permet trop souvent sous prétexte qu'il est indispensable pour soutenir un rang, une position sociale. Madame Panet a-t-elle perdu quelque chose dans l'estime du monde pour avoir dépouillé tout faste, tout éclat extérieur, et avoir embrassé un genre de vie humble et modeste ? Une telle question fait sourire ?

" D'un caractère vif et inflammable, d'une sensibilité exquise, elle était parvenue, à force de vertu, à triompher si complètement d'elle-même, que rien ne

CHARLES-JACQUES FRÊMONT

trahissait à l'extérieur ses combats intimes. Dans ces âmes généreuses, vouées à la vie parfaite, un souvenir de Dieu, un regard sur la croix suffisent pour calmer les plus vives agitations. En versant, chaque jour, l'aumône dans le sein des pauvres, et de continuelles prières dans le sein de Dieu, elles y puisent toutes les qualités aimables, en même temps que tous les mérites. Les vertus des saints sont les fleurs de la couronne de l'Eglise.

"Madame Panet est décédée samedi vSoir, ii juin, veille de la Sainte-Trinité. Une de ses oraisons jaculatoires, pendant les derniers jours de sa maladie, était de dire : "O adorable Trinité ! je vous verrai, je vous aimerai, je vous posséderai éternellement !" Elle est allée célébrer cette belle fête dans le ciel, et consommer avec Dieu cette union depuis si longtemps commencée."

Douze enfants naquirent du mariage de l'honorable juge Panet et de Marie-Luce Casgrain :

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