II. Mary Panet
Née à Québec le ler janvier 1830.
Mariée, à Québec, le 8 janvier 1855, à Eugène- Philippe Dorion, avocat.
M. Dorion mourut à Ottawa le Ter juillet 1872, et fut inhumé dans le cimetière de Saint-Ours.
La Mi7îerv€ du 3 juillet 1872 publiait à l'occasion de la mort prématurée de M. Dorion un article ému que nous sommes heureux de reproduire ici :
"Cette mort a été comme l'un de ces coups de foudre du malheur qui éclatent de temps à autre sur nos têtes, comme pour nous rappeler au triste sentiment de notre faiblesse, et vient de nous forcer à mêler nos larmes et nos prières sur une tombe où sont descendues de bien douces espérances et qui s'est refermée en emportant d'amers regrets. Le trépas aussi prématuré qu'inattendu de M. Eugène-P. Dorion, nous a jeté dans ces abattements qui font naître les plus tristes réflexions, nous jettent dans un abattement dont nous avons peine à nous dégager.
"M. Dorion appartenait à ces rares natures d'élite, aux sentiments généreux, que l'on est heureux de rencontrer ça et là dans le chemin de la vie, car elles tendent à nous donner, au milieu de l'abaissement du grand nombre, une meilleure idée de l'humanité. Il était un de ces hommes qui font naître autour d'eux les sympathies dans tous les milieux où ils sont répandus et comptent autant d'amis que de connaissances. Aussi avions-nous bien la preuve hier du prestige qu'il exerçait. A mesure que la triste nouvelle de sa mort se propageait, la douleur disputait la place à la consternation dans les poitrines de tous nos concitoyens ; il semblait que chacun fut atteint dans ses affections les plus vives. Il ne pouvait en être autrement. Comment pouvait-on s'empêcher de songer
qu'il s'était fait un vide dans les rangs de la population canadienne-française de la capitale, que nous perdions un homme distingué, un talent hors ligne qui commandait le respect et l'admiration, dont nous avions droit d'être fier et qui avait des titres à notre reconnaissance autant qu'à notre amitié.
' 'C'est en 1859 qu'il fut appelé à diriger le département où la mort est venu le surprendre. Il était entré à ce bureau des traducteurs français quatre ans avant, après avoir fait son droit en partie à Montréal, en partie à Québec. Nous est avis que ses travaux là ont été une véritable bonne fortune pour le Canada. C'est M. Dorion qui a formé notre langue légale, fourmillant autrefois d'expressions impropres, de termes étrangers et de mots anglais ; grâce à son jugement sûr, à son goût délicat, à ses connaissances profondes, à cette science si rare du mot propre, il a réussi à transformer en langue correcte ce qui n'était souvent qu'une espèce de jargon, dont l'interprétation demandait une science spéciale. Jamais nous n'avons vu un homme posséder à un même degré que lui, le génie des deux langues parlées en Canada : il en connaissait à fond, les nuances, les distinctions. Aussi ses traductions avaient-elles un mérite tout spécial : on y apercevait à travers le sens de l'anglais dans toutes ses faces et on le voyait aussi clairement que l'objet que recouvre le verre le plus pur. N'a-t-il pas rendu un service à tout le pays, un .service dont doivent tenir compte tous les amis, c'est-à-dire tous les Canadiens de langue française en Canada ?
"Mais il ne s "est pas distingué seulement dans cette sphère. N'était-il pas l'un de nos meilleurs écrivains ? Demandez plutôt à ceux qui ont eu le plaisir d'entendre ses conférences à l'Institut Canadien d'Ottawa ? Il n'y a pas un homme de goût qui n'ait été frappé de la pureté de son style à la fois châtié et riche et n'ait admiré les traits délicats tracés par sa plume si finement taillée. C'était un homme qui se serait fait une belle place dans notre monde littéraire, s'il s'était donné la peine de publier ses écrits. Il a lais.sé une foule de manuscrits, de notes fort précieuses. Nous souhaitons vivement qu'un ami judicieux se
charge de parcourir ces œuvres qui méritent à coup sûr de voir le jour el d'en publier les parties les plus considérables. Ce serait le plus beau monument à élever à sa mémoire.
"Mais c'est surtout sur un autre théâtre que nous aimions à le voir ; c'est lorsque sous l'empire d'une émotion vive, il s'abandonnait à toutes les audaces et à tous les élans de l'éloquence ! Rarement nous avons admiré dans le même homme un plus grand nombre de ces qualités qui font l'orateur populaire D'une taille élevée, et d'une ligure qui inspirait autant de respect que de sympathie, avec un organe aussi retentissant que d'un timbre agréable, il exerçait un prestige extraordinaire sur la foule. Il empoignait ses auditeurs,— pour ainsi dire — dès les premiers mots, s'en rendait maître, les dominait et ne les lâchait que lorsqu'il avait fait passer dans leurs poitrines les sentiments qui agitaient la sienne. C'était la grande éloquence que fait jaillir les passions nobles et les convictions inébranlables. Il fallait voir comme il excellait à faire vibrer la fibre patriotique et savait trouver les ressorts qu'il faut toucher pour émouvoir les hommes et les persuader, et quel souffle généreux courait d'un bout à l'autre de ses discours.
"Il puisait ses inspirations dans son attachement sans bornes et son amour pour son pays. Aussi, en cela, ne faisait-il que continuer des traditions de familles et marcher sur les traces de son vénérable père, ami de son pays au point de lui avoir sacrifié sa fortune aux mauvais jours de notre histoire. L'amour de sa patrie, l'avancement de ses concitoyens, tel a été le trait distinctif de sa vie.
"Nous avons fait connaître le citoyen, il nous resterait à peindre les autres côtés de cette riche nature, à le montrer toujours prêt à rendre .service aux malheureux, à rendre service à ceux qu'il rencontrait sur son passage, mais malgré nous, nous serions tenté de mêler des souvenirs personnels à ces lignes, et à trahir trop vivement notre douleur, car nous sommes de ceux qui, en voyant cette mort, ont senti comme un lambeau de leur cœur se déchirer et qui savent que cette blessure sera longtemps saignante.
"Puisque cet homme bon et compatissant n'est plus, abimé dans la douleur, nous n'avons qu'à nous agenouiller sur sa tombe, à prier le ciel qu'il lui fasse miséricorde, qu'il console sa famille et nous donne le courage de supporter cette perte et espérer que son âme, purifiée par la souffrance, entre dans le repos de Dieu !"
Madame Dorion est décédée à Saint-Charles des Grondines le 16 décembre 1894, et a été inhumée dans l'église de l' Ancienne- I/Orette.
Enfant :
Eugénie-Panet Dorion née à la Petite-Rivière le 29 septembre 1855. Mariée, à Saint-Ours, le 25 octobre 1876, à Alfred-Duclos DeCelles, aujourd'hui bibliothécaire du Parlement, à Ottawa, et membre de la Société Royale du Canada. Deux enfants sont nés de ce mariage :
A. Marie-Alfred-Eugène DeCelles né à Montréal le 24 juillet 1877.
B. Marie-Eugénie- Âdine DeCelles née à Ottawa le 30 mai 1885. Décédée au même endroit le 29 juin 1885, elle fut inhumée au cimetière catholique d'Ottawa.