CATHERINE MADELEINE R. D’A. DES MÉLOIZES
Née à Québec le 6 août 1697.
Elleieçut soa instruction au couvent des Ursulines de Québec.
“ La jeune Catherine-Madeleine ne se vit pas plus tôt lancée dans le monde et maîtiesse de sa liberté, qu’elle voulut faire expérience des plaisirs qu’il offre, et elle livra son cœur à toutes les jouissances que la religion ne lui défendait pas absolument. Accueillie dès son début comme une élégante et belle personne, objet des hommages les plus flatteurs, entourée de mille distractions et bercée des illusions les plus vaines, Catherine-Madeleine, qui ne se défiait aucunement d’elle-môme, succomba au prestige ; quelque bonne volonté qu’elle eût, la vauité se rendit bientôt complètement maîtresse de son cœur. Tous ses désirs se concentraient à plaire et à jouir ; aussi passait-elle d’ordinaire la première moitié du jour au lit ou à la toilette, et le reste aux promenades publiques et aux parties de plaisir, où les gilets bleus aux épaulettes d’or, où les flottants panaches des officiers français, jouaient alors le rôle éclatant léservé aujourd’hui aux gilets rouge-feu des officiers bri anniques. Toujours la bienvenue au château Saint- Louis, il ne fallait pas la chercher ailleurs lorsqu’il y avait bal ou soirée.
“ Catheiine-Madeleine s’était attachée au monde par un lien si fort que Dieu seul pouvait le rompre. Ce fut Dieu, en effet, qui, dans sa miséricorde, vint délier cette infortunée captive du monde. Ce lien si fort était un sien cousin ” enrôlé au service du roi et qui combattait vaillamment sur les champs du Piémont. Dans le temps même où la jeune fiancée attendait son retour, il avait éié blessé à mort et expirait dans un hôpital militaire; le prêtre qui l’avait assisté à ses derniers moments transmettait ces détails à sa famille. Cette nouvelle imprévue
fut apportée à la jeune fille au milieu d’une fête .
Quelle douleur pour elle ! que de larmes amères ne versa-
t-elle pas ! . Mais Dieu dont la bonté est infinie eut
pitié de cette enfant prodigue, de cette autre Madeleine; il révéla à son cœur trop sensible un sujet infiniment plus digne de ses pleurs et de ses regrets : ses propres péchés, ses vanités, son amour inconcevable de la toilette, et tant de jours perdus pour le ciel !
“Elle assistait, au milieu d’une réunion d’élite, au monastère des Ursulines, à la vêture de sa compagne de classe, mademoiselle de Ifamezay. C’était là que Dieu l’attendait, que la grâce allait parler énergiquement à son cœur par la voix d’un de ses plus saints missionnaires du temps, qui fit un tableau saisissant de vérité du faux brillant des plaisirs du monde, et du solide bonheur de la vie religieuse. L’assaut de la grâce fut si subit et si violent, que la jeuue fille eut bien de la peine à contenir son émotion jusqu’à la fi a du discours ; incapable de se maîtriser davantage, elle se glisse hors de la chapelle et se dirige en toute hâte vers sa demeure, pendant que l’on chantait encore au sanctuaire le sort mille fois heureux de la nouvelle fiancée du Seigneur. Chemin faisant, ses larmes coulaient en abondance et la suffoquaient presque. La crainte d’être aperçue par quelqu’une de ses amies la porte à entrer à l’église des Jésuites, qui se trouvait sur son passage. Là, prosternée seule devant Dieu et cédant à 1a. grâce, elle commence à détester ses vanités passées, elle demande pardon de ses coupables résistances, elle conjure le Seigneur de lui donner la force et le courage de rompre tout ce qui l'attachait aux créatures, lui avouant avec douleur qu’elle ne le pourrait jamais faire, sans un secours très-efficace ; elle appelle à son aide l'intercession de la sainte Vierge et des saints, s’adressant en particulier à saint François de Borgia auquel elle avait une dévotion spéciale.
“ Cette prière terminée, Catherine-Madeleine essuie ses
larmes et se relève, se sentant pleinement fortifiée et résolue de se donner entièrement à Dieu. Elle régla au plus tôt avec son frère et ses sœurs tout ce qui concernait leur succession, puis demanda avec instance et humilité l’entrée du noviciat des Ursulines.
“Entrée le jour de la Nativité de la très sainte Vierge, elle reçut l’habit au mois de décembre suivant, sous le nom de son protecteur spécial, saint François de Borgia, et dès lors elle avança dans la perfection d’une manière surprenante.
“Catherine-Madeleine des Méloizes marcha sans s’arrêter un instant dans cette vie toute céleste de piété et d’abnégation : les vêtements les plus usés étaient les habits de son choix, le jeûne et l’abstinence lui semblaient un banquet délicieux, l’obéissance devint le plus doux emploi de sa liberté, la prière continuelle, l’unique charme de ses loisirs. La profession religieuse, en mettant le sceau à ses engagements et en multipliant les grâces, ne fit que donner une nouvelle impulsion à sa ferveur. Cette âme ainsi transformée, immolait de préférence tout ce qui avait le plus flatté sa vanité ou contribué à ses plaisirs passés. Ainsi, sa voix douce et mélodieuse fut désormais consacrée sans réserve à Dieu seul, par l’exercice continuel des chants de l’Eglise et de la récitation du saint office.
“Catherine-Madeleine des Méloizes, en se dépouillant de ses manières vaines et mondaines, avait conservé, comme le veulent les règles des Ursulines, cette exquise politesse qui donne tant de charmes à la vertu, surtout dans une communauté religieuse où l’on est incessamment en rapport les unes avec les autres, ainsi qu’avec les personnes du dehors. Quel beau spectacle que celui de cette gracieuse jeune novice, appliquant toute son adresse et sa prévenance à obliger ses sœurs, cherchant même à se faire leur servante, aimant de préférence les emplois les plus bas et les plus pénibles ! Comme elle comprenait bien qu’il lui était plus utile et plus glorieux aux yeux du sau-
veur des hommes, de balayer et de travailler des mains dans la maison du Seigneur, que de briller et de plaire dans les demeures splendides des mondains !
“Une des pratiques de la mère Catherine-Madeleine de Saint-Borgia était de chercher une expiation particulière pour chacune des jouissances dangereuses qu’elle s’était autrefois accordées ; ainsi pour expier le plaisir qu elle avait pris à entendre de beaux compliments, elle voulait qu’on ne parlât plus au monastère que de ses défauts, et elle disait souvent avec ingénuité aux anciennes : “Ma mère, parlez-moi, je vous en prie, de mes défauts et de
mes fautes.”
“Cette âme d’élite qui avait volé plutôt que couru dans le chemin de la perfection, fut bientôt trouvée digne de la récompense. La mort n’eut rien d’aftiigeant pour cette fervente épouse de Jésus-Christ ; à travers les ombres du tombeau elle apercevait de loin le premier rayon de son bouhenr éternel, et elle s’élança avec transport au-devant de 1 Epoux des âmes, le 8 février- 1725.” (*)