‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 21 sur 50 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

TOUSSAIINT, THIBAUT, THÉRÈSE, SIRVEN, Villageois , Garçons, et Filles de ferme.

Les villageois , garçons et filles de ferme arrivent par le bas , le long de La riinèrc ; ils ont à leur tête des ménétriers qiii jouent un air Languedocien : au même instant , Sirven , Thérèse et Thibaut sortent de la métairie.

THIBAUT

Ah! vous v'ià donc arrivés, vous autres. ..à la bonne heure. Vite, qu'oa donne un coup à boire aux musiciens , ça ne peut pas leur faire de peine, et ils l'ont ben gagné!. .Vrai !.. leurs airs sont charmants... le dernier surtout!., je r,.i entendu de l'antre bout du jardin , et j'en dansais de plaisir!.. Ali! Dieu!., un air comme ça!... c'est capable de réveiller un horaïuequi n'aurait pas dormi depuis quinze jourS.

THERESE

Mon cher mari , je l'apprendrai pour vous le chanter quand vous dormirez.

THIBAUT

Madame Thibaut , vous ne le chanterez jamais assez souvent.

therȧe.

C'est donc à dire que vous dorminz toujours ?..

THIBAUT

Ah! par exemple ! quelle sopposiiion!.. dormir toujours !... Je le voudrais , que je ne le pourrais pas.

the'rÈse.

Qn'nvez-vous , mon père? comme vous me pai;aissez triste , aujourd'hui î

SIRVEN

Triste !.. comment pourrais-jc fèire? je te vois heureuse. THIBAUT , frappant sur l'épaule de Toussaint. Eh bien ! et vous aussi , cousin? vous avez l'air tout...

TOUSSAINT

Nullement... je réfléchissais sur le courroux que vient de me lemoigncv M. de Brémout...

siRVipr.

TOUSSAINT

t,e rencontrant iii , je l'Invilai très poliment. ..

 notre noce ?

11 refusa absolument.

II a bien fait , certainement.

TnERÈsÈ.

TOUSSAINT

THIBAUT

TOUSSAINT

Chut î ne parlez pas si haut... c'tst le seigneur du village.

TQIBAUT.

Le srigneiir ! le seigneur !.. il n'y a pas de doute qu'il l'est puisqu'il a acheté la place ; niais qu'il soit content ou non de notre mariage, qu'estce que ça nous fait ? je ne dépends pas de lui. M. Lasalle m'approuve ; il m'a permis de donner la fêle là, en face de sa maison , et voilà tout ce qu'il me faut.

TOUSSAINT

M. Lasalle est un excellent homme j mais il n'est pas seigneur positivement.

tuÉrÈse.

C'est juste, il n'a qu'une petite maison, tandis que M. de Bie'monta un château.

Ça n'empêche pas qu'il n'y a plus de malheureux dans le pnys, depuis qu'ill'habife... et que le vrai seigneur d'un village, c'est celui-'à qui y fait le jflus de bien.

TOUSSAINT

C'est penser judicieusement , mais...

THIBAUT

Mais, mais, mais , toujours de^ mais! je vas voir au souper; vous autres, préparez tout pour la danse. Vous savez ce que j'ai promis à l'occasion de mou mariage; fête la veille, fèto le jour , et ce qui est bien plus fort , fête le lendemain.

tuerÈse.

Allons , courage, Thibaut 1 à t'èntendre, ce sera tous les jours fête.

THIBAUT

Laisse donc ! les autres , ça ne sera que pour nous.

SIRVEW.

Sait-on si M. de Voltaire est arrivé ?

TOUSSAINT

Ah ! mon Dieu! vous m'y faites penser !.. il est arrive certainemehl ; il est chez M. Lasalle, et il viendra nous voir très prochainement.

TOUS

Tant mieux !

TOUSSAINT, à Ventrée de l'enclos.

Eh ! les autres I apportez mes inscriptions , et placcz-lcs symétriquement.

Flusieiirs paysans sortent ds l'enclos , et apportent des houlèlles garnies de Jleurs , au boni desquelles sont des inscriptions entourées de guirlandes j ils les placent où le bailli le leur indique , eu ajant grand soin ne les montrer d'abord par derrière , afui que le public ns les voje qu'au moment nécessaire.

TOUSSAIMT.

J'ai réuni dans ces iuscriplions toutes les pièces , tQus les chefsâ'oeiivre de IVl. de Voltaire j ne vous étonnez pas s'il y a des iropliées si abond.immeut.

SIRVEN

Vous n'en pouvez trop faire, M. le Bailli. Les défenseurs de l'iiunaanite, les soutiens du pauvre, les protecteurs de l'innocence, on ne saurait trop les honorer I

THICArX.

Comment ! cousin^ toutes les œuvres de M. de Voltaire sont là-dessus ?

TOUSSAINT

Toutes!., pas abso'nmenlj mais celles qui sont venues à ma connaissance ^ et je puis me flatter...

THIBAUT

Ahî vous les connaissci donc ? Hein l Thérèse , que c'est heureux d'être savant comme ça!

thÉrÈse.

Savant? lui î à chaque fcte du château ou du vilbge , il fait toujours quelque bévue , et il dit précisément le contraire de ce qu'il faut dire...

THIBAUT

Bah ! je voudrais déjà y être , pour voir ce qu'il va dire à M. de Voltaire...

tuÉrÈse.

Il lui dira quelques bêtises... Eh bien! ça nous amusera et M. de Voltaire aussi.

C'est ça, ça sera plus farce.

SIRVEN, regardant Thérèse et Thibaut.

Ces chers enfants ! ils s'aiment... ils vont êlre unis ; ils seront heureux, tandis que Pauline !.. Ah ! pourquoi suis-je contraint de m'opposer à soii bonheur ?

On entend aufotid du Théâtre des cris dt

Vive M. de Voltaire !

TOUS

M. de Voltaire !

THIBAUT

Voilà M. de Voltaire !.. Donne-moi le bras, Thérèse que je nous présente à lui.

TOUSSAINT, de son côté.

Voilà M. de Voltaire !.. <n place , vous autres, et soyez prêts à mon premier..MgnaI... vite, sur d';us rangs , avec alignement , et chapeau bas simultanément.

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