SCENE V
Les Précedenls, VOLTAIRE, LASAT.LE, Mad. LASALLE, Domcsliques. Paysans,
Voltaire et Lasalle traversent le pont.
SIRVEN
Mes amis , nous sommes de pauvres gens : voilà notre père !
Les ménéuiers jouent L'air : O^' peut-on être mieux , etc. Les villageois agi eut leurs chapeaux.
VOLTAIRE , riant.^
OL ! oL! on rae reçoit ici comme un maître dccliâteaul
Mad. LASALLE.
Non, Monsieur, comme un ami.
Ce n'est pas toujours la même chose... mon cher Lasalle, il ne me manquerait plus que le petit discours du Biiili.
TOUSSAINT , s" avançant.
Il est fait, M. deVoltaiie.
Oui , mais il u'est pas prononce.
TOUSSAINT
Je vais...
Non, non : veuillez, si cela vous est e'i^ai , mêle donner par e'crit... j'en goûterai mieux les louanges... tout seul, on a moins de modestie; j'en apprécierai mieux l'esprit ; la lecture rend un jugement plus solide... enlln, je vous e'viterai une peine que je ne mérite pas.
TOUSSAINT
Vous me priez vainement. ( Avec beaucoup d'emphase. ) Illustre Voltaire I...
Illustre! Mais si vous commencez ainsi , comment ûnirez-yous ?
SIRVEW.
Par immortel !
VOLTAIRE, secouant la têtet
Heinî... je voudrais bien finir comme cela.
LASALLE
La poste'rite' exaucera votre vœu.
TOUSSAINT, avec importance Illustre Voltaire! le Bailli de ce Village, ignorant...
VOLTAIRE, riant.
Ab! abl Bailli, je ne vous demande pas de ces aveux-là.
TOUSSAINT , continuant.
Ignnrnnt de qne'le manière il pouvait vous recevoir lionoratlemcnl, a eu l'idée de faire servir les fleurs de nos campagnes à entourer les célèbres chefs-d'œuvre sortis de votre imagination féconde, incomparable-
rticnf.. . f imcux .nulcur fin Ciel !... (y/ un villas,eois. ) Tournez l'inscrîpliOQ.. {Le villageois la tourne, onvoit écrit : n I'auieur du Cid!)
Fimcnx auteur du Cid'... Continuez, ijailli3 celui-là, vous ne pouvc?, trop le loiicr.
LASALLE
Ce Bailli est un singulier homme î
Mad. LASALtE.
Laissons le dire.
6TRVEN, bas au Baillis Mais, M. Toussaint...
TOUSSAINT
Lai>S'z donc... Tendre père d'ipliige'nie !.. ( J[ un villageois. ) Tourne, l'itiscrip'ion. ( Même jeu.)
On voit sur l inscription : ^v pÈre dTphigenieI
Tondre... Ajoutez, M. le Biilii , aimable, éloquent, sensible et so- JjliiJic I
TOUSSAINT , à pari.
Hum î je croyais M. de Voltaire pins modeste. siRVEN, bas à Toussaint.
Mais, Bailli, vous ignorez...
TOUSSAINT
Ne rae troublez donc p.is... Joyeux peintre du Misanlrbope et du Tartufe!...
Saluez tous , mes amis; c'est un liomnie admirable ! {Les paysans saluent de son côté. ) Non , non , c'est là que doivent s'adresser vos hommages ; je vais moi-même vous en donner l'exemple. TOUSSAINT , à part.
Comme il se loue, comme il se salue i m modestement,
thÉrÈse, riant.
Il est bien votre discours.
TOUSSAINT
Oh ! vous n'y êtes pasj il finit encore mieux que cela. {Elevant la voix.) Quand par votre gcnie...
As'îcz, M. le Biilli, après ces grands hommes, qui pourriez- VOUS louer dignement? Corneille, auteur dn Cid...
TOUSSAINT
Corneille I
Racine, pcrc d'Ipliige'uic....
TOUSSAINT
Racine I
Enfin Molière, ami de la nature, peintre habile da Tartufe et du Misaii(i4io|)e...
TOUSSAINT
Ahl mon Dicul...
Mdrilent tous vos éloges , l'ai! i , comme ils onî ceux de la posle'rité.
TOUSSAINT , à paru Que va-t-il penserde mon ciu.lition ?
ticmcttcz-vous, Sonf^rz qu'oi» le ptiit mieux fêter un CIs, qu'en faisant dcv.inllni l'éloge de ses pères, quelque loin qu'il soit do sesrjres luouèles.
TOUSSAINT
P.Trdon , M. de Voltaire !... ma moiiioirr... vous êtts arrivé si subitciiieiit... si JHvais été prévenu douze ou quinze jours à l'avance... mais je crois qu'il est inutile présentement...
Oui, oui, donnez moi votre liaranj^uf; c'est un liomm^ge du rcur à des uMÎtros en e-^pril ; je ne l'oublierai pas. Sii ven . j'ai bi aucoup de plaisir h vous revoir... Lisalle m'a dit que vous mariez vos enfaiîJs... je me félicite Jr pouvoir quelques instants part.ig rvotie bonheur.
M. Je Vo'taire,je conserverai toute ma vie le souvenir de cette journée... permettez que je vous présente ma fille.
LlSALLE.
Et moi je vous demande votre (Stime pour cebrave garçon qui, demain, sciM l'époux de la gentille Thérèse; il est depuis long-temps attaché à ma maison ; c'est un très honnête homme.
Il est digne alors d'être lefils dtSirven.
THIBAUT
M. de Voltaire, si j'osais... si je ne craignais pas de vous offenser... je vous demanderais...
Quoi; mon ami?
THIBAUT
Celle main qui a écrit de si belles choses , à ce que tout le monde dit.
JN'estce que cela?... donne-moi la tienne.
THIBAUT, baisant la main de Foliaire.
Ab! mon Dieu I il m'a semblé que je tenais la main... la main du cieîj q'ioi!
VOLTAIRE, arrêtant Thérèse qui s' est emparée de son autre main.
Un moment, mon enfant. Une jolie fille ne peut plus recevoir de prix de uioi j mais elle veut bien quelquefois m'en donner.
Il l'embrasse au front.
O'ii î que je suis contente!
THIBAUT
Jo crois ben ! d'être embrassée par un £;rand liorame !ae l'y accoutumés p s, car, avec moi, çi ne sera pas la même chose,
La Fam. Sirven. 5
T.ASALLE, h Foltaiie.
Won ami, si vous laissiez ces bonucs gens se livrer à la jaie (\\\t Itur cause \olrc prc'sciicc?
Mad, LASALLE, bas.
Je vois dans leurs rpggr^ls qu'ils sonlimpaticnts de se montrer plus adroits et plus ^piriluels (jae leur Hailli.
VOLTAIRE , bas.
Ce ne srra pas difficile. ( ^««f.) Allons, allons, vous aviez disposé une fête; je ne veux nulle part, et surtout au village, troubler d'innocents plaisirs. Commencez.
TUIBAUT.
Ail ! quel bonlieurî je ne me serais jamais doute' que la veille de ma noce en serait le plus beau jour.
siRVEN , consultant sa montre.
Que les heures s'ecoulcnt lentement!... à peine si Pauline a déjà quitts la ferme.
the'aÈse., Allons ; allons , dansez.