VOLTAIRE , SIRVEN
SIRVEN avec surprise.
Que veut-il dire?.... Nous vous sauverons!.... Ah! que l'on sauve ma fille, et je donne tout , ma liberté, ma vie !
VOLTAIRE , après: l'avoir regardé attentivement.
Approchez, Sirven.... je vous ai fiit demander un moment d'entretien f. ct, sans doute, vous en soupçonnez le molif.
SIRVEN
Je l'ignore. Monsieur.
11 m'en cuûte de vous le dire; ra^isiemelk à votre courage... Mon ami^ «ne accusation terrible va peser sur vous !
SIRVEN, avec calme.
Une accusation 1... sur moi !... quelle qu'elle soit, je ne la crains pas.
Il existe contre vous des charges presque accablantes! on vous accuse du plusépouvantabledetous les crimes! d'une action qui révolte la nature, et que ne commettent pas même les monstres les plus.=.'iuvages ! on yous accuse enfin du crime impute à Calas , et qui l'a conduit à l'écliafaud!
siRVEN , saisi d'horreur.
Moil... giMiiil Dieu!... ôma fille!... que ne pnix-tu niejiistificr !... mais, hélas I... et toi aussi tu semblés acciisor loti inallK-urcnx pcrc.
Vos (iiiicmis ignorofit les aveux tic l'duline; mais ils réunissent tant de présomptions, tant de preuves
SIRVEN
Dos preuves... des preuves...
Écoutez-moi : vous avez obligé Piiliiieà quitter la ferme.
SIRVEN
C'est vrai.
Vous avez cacbé son départ à tout ie monde?
SIRVEN
11 le fallait. Je redoutais pour elle les poursuites de M. de Brémont. Je craignais aussi ie désespoir d^4'tol(llle.
Que fî'(S vous pour éloigner Pauline? \A^ec ivleniion. ) Sjhs doute^ vous vous ê'.es servi d'une des voitures de votre ferme ?
SIRVEN
Non, Monsieur, d'une cliaisede poste.
VOLTAIRE , h part, avec joie.
11 n'en impose pas. (^Haul.) Et cette chaise de po te?
SIRVEN
Est venue à huit heures prendre Pauline 'i la ferme. VOLTAIRE, consullant le papier.
C'est cela.
SIRVEN , continuant.
Elle l'a conduite à Brass.iC, oii elle s'est arrêtée , selon mon ordre, à la pointe du bois de St.- Julien, et prés tics rives de la Torre..
Continuez.
SIRVEN
Je devais y monter et profiter de la nuit pour conduire ma fille à Alby .. Vous rae fîtes changer de résolution , je fus chercher Pau'ine, et je renvoyai la voiture.
Cependant vous êtes rentré seul à la métairie; les domesli([ue."! vous ont vu vous diriger vers le jardin, et après le malheur de votre û le, !a petiîe porte fui trouvée ouverte.
SIRVEN
Je vou'ais faire entrer Pauline sms que personne l'aperçût; elle devait nie rejoindre à cette peliie porte , et j'avais été la lui ouvrir. VOLTAIRE , à part.
Chacune de ses réponses accroît mon estime pour lui! (//auf. )Enfin, Sirven , oùéliczvous quaul Pauline a été précipitée dans les flots ? Siryen roitirc safi;^ure de ses mains; rollaire s'en inquiète.
SIRVEN
Pardonnez, ce souvenir affreux !... j'e'ais h IVnIreV du jardin... inquiet de ne pas l'y voir, jr rappelai... Au même in tant j'entendis le bruit d'une arme à feu !... Dos cris parvinrent jusqu'à rai)i... Je reconnus sa voix.., i'accourus, mais il n'était plus temps... et je ne la r.^hnu li qu'ici, en proie aux angoisses de la mort , au délire ie plus épouvantable!
Avez-vous dit, Sirven, en présence de l'oncle d'A lolplie et d'un de ses valets : « Plutôt la mort de ma fille que de la voir uuie à la famille de Bie'iuont? »
SIRVEH.
Je l'ai dit.
Eh bien! mon ami , foules les questions que j'' viens de vous adresser sont la ba.ic des dépositinns qui ont été' faites contic vou«; on vi jusqu'à diie que le chagrin, la mél mcoli' île votre fi le, ne dahnt q le de 1 1 perte de sa mère!... que vos mauvais trai eniens pour Pauline, votre piéfcrcuce pour Thérèse...
SIRVEN, vivement.
Ah! ne répe'tez pas ces iifàuies discours; dans la bonehc d'un autre
ils me feraient pitié; dans la vôtre ils me font ma !... J'^ jure devant
Dieu que je suis innocent ; je juredi v.itil les hommes (pi'il n'eu est pas un,
pas un seul dont la vie, comme citoyen, comme père, soit plus in éprochable.
VOLTAIRE lui tendant les bras.
Sirven! viens, viens, brave homme I... va, je te défendrai! fa cause est trop belle pour que je la laisse échapper !.o. Mais il faut d'abord te dérober à la persécution... Tu vas quitter ces lieux.
SIRTEN.
Fuir!...
II le faut!... Mais je reste, et tu peux me confier le soin de ton honneur. Adolphe s'est chargé de tout préparer, il t'aecorapaj^nera: moi, je vais plaider ta cause... et j'iiai, si l'on m'y force, jusqu'au piid du tiône fdire entendre le cri de l'innocence et de la vérité! Pars aujourd'hui même , et , quel que soit ton sort, rappelle-toi que tu trouveras toujours à Ferney un asile et un véritable ami !
SIRVEN
Ah! M. de Voltaire!... ma reconnaissance...
C'est assez. .. Hâte-toi.
Cris, bruit) tumulte.