‹ La famille TachéChapitre 1 sur 69 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Tout le monde connaît l'œuvre immense accomplie par Mgr Tanguay, je veux dire son Dictio7inaire gêfiéalogique des faviilles canadiennes. Comme toutes les grandes œuvres, celle-ci n'a pu naître toute déterminée dans la tête d'un seul homme. Il y a des impossibilités qui empêchent même la pensée de certains projets. C'est ce qui a eu lieu pour le Dictionnaire généalogique.

Mgr Tanguay, dans les différentes paroisses où il exerça le saint ministère, constata les difficultés qui se présentent très souvent pour la détermination des degrés de parenté entre futurs époux. Son esprit méthodique lui eût bientôt fourni le moyen de remédier à cet embarras dans les limites de sa paroisse et des paroisses environnantes, en faisant un catalogue alphabétique sur cartes mobiles de tous les noms qui étaient consignés dans les registres paroissiaux de son voisinage. Ami intime de M. Joseph- Charles Taché pendant que tous deux habitaient Rimouski, il eut souvent occasion de lui faire voir l'avantage de son dictionnaire restreint : M. Taché, toujours à l'affût

de tout ce qui pouvait promouvoir les intérêts de son paj^s et de ses nationaux, saisit tout de suite l'importance qu'il y aurait à étendre ce travail à toute la province et au moins à tous les Canadiens- français. Mais comme Mgr Tanguay, il comprit que c'était là un ouvrage impossible pour un seul homme, quelque compétent qu'il fût, sans l'appui du gouvernement, qui seul pouvait permettre l'accès à tous les registres des greffes. Or comment intéresser le gouvernement à une œuvre semblable ?

Les choses en restèrent donc là, à l'état de projet latent et à peu près inutile, jusqu'à 1864, où M. Taché fut appelé au poste de sous-ministre de l'agriculture et des statistiques à Ottawa. M. Taché, que les circonstances avaient séparé de son ami depuis plusieurs années, n'avait toutefois jamais perdu de vue le projet élaboré à Rim^ouski. Avec ce désintéressement qui, au risque de tout perdre pour soimême, veut arriver à un but élevé, M. Taché mit à son acceptation du poste de sous-ministre la condition formelle que l'abbé Tanguay serait adjoint comme agrégé à son département. C'était le moyen de faire le Dictionnaire tant convoité. Le projet réussit : avec l'assentiment des autorités religieuses, l'abbé Tanguay alla se fixer à Ottawa, où il put travailler avec l'autorité voulue à préparer les matériaux de son immense ouvrage. Ce travail est l'œuvre personnelle de Mgr Tanguay, que le Saint Père a récompensé par un titre qui honore et couronne la belle vieillesse du

vénéré prélat. Mais il n'en e.st pas moins vrai que, sans l'énergique initiative de Joseph- Charles Taché, le Dictw7inaire restait indéfiniment à l'état de projet. Aussi Mgr Tanguay n'a jamais oublié la part qui revient à M. Taché dans son œuvre du Dictionnaire ; et, au moment d'en publier le premier volume, il voulut lui témoigner son appréciation du mérite qu'y avait son ami, en lui en faisant la dédicace solennelle au frontispice de son ouvrage. Il écrivit donc à M. Taché pour avoir son autorisation. Mais M. Taché avait bien d'autres soucis que ceux de la gloire humaine et surtout de sa gloire personnelle. L'ouvrage avait à ses yeux une importance bien trop grande, bien trop élevée, pour être dédié à un homme et en particulier à lui-même. Voici donc la noble lettre qu'il écrivit à l'auteur du Dictionnaire :

" Mon cher monsieur,

" Vous me demandez, par votre dernière lettre, de vous permettre de me dédier votre grand ouvrage de généalogie canadienne : j'apprécie l'honneur qui serait fait à mon nom d'être inscrit, à ce titre, en tête d'un aussi beau travail, d'un édifice qui subsistera encore alors que bien des choses de notre temps auront été oubliées ; j'apprécie également le motif qui vous a poussé à m' offrir cet honneur ; mais à cause de cela même, je me crois obligé de vous demander la permission de ne pas accepter votre offre pour la raison que je vais vous donner, et que je vous prie de bien vouloir trouver bonne.

" Le livre que vous allez publier est d'une importance trop grande, d'une portée trop vaste, il se lie d'ailleurs à des souvenirs et à des intérêts trop généraux pour pouvoir être dédié à un individu.

C'est l'histoire de chacune des familles qui aujourd'hui constituent la population catholique française du pays, c'est le registre des générations qui reposent dans le sein de notre terre canadienne ou se meuvent à sa surface, que vous avez collectionnées, arrangées et ordonnées, et c'est l'église qui vous a fourni les sources où vous avez dû puiser vos renseignements; j'ose donc vous suggérer la dédicace suivante : ** A. I,' Eglise et a mon pays."

*' Agréez l'expression de mon admiration pour vos travaux et de mon amitié pour vous.

J. C. Taché, D. M. de V agriculture:''

Il était impossible de ne pas se rendre à une demande aussi noblement formulée : et voilà pourquoi Mgr Tanguay a dédié son livre à l'Eglise et à son pays. Toutefois, pour que le nom de M. Taché parût au commencement du Dictionnabe sans froisser son illustre ami, ni blesser la délicatesse de sa susceptibilité, il a publié sa généalogie complète dans le pays, en donnant celle-ci comme modèle que chacun pût imiter, (i) Mgr Thos.-E. Hamei.

(i) Nous avons tenu à reproduire ces pages pour rendre justice à la mémoire de Mgr Tanguay dont l'arbre généalogique de la famille Taché placé en tête du premier volume de sou Dictionnaire nous a beaucoup aidé dans notre travail.

La famille Taché est originaire de la commune de Garganvillars, département de Tarn-et-Garonne, ancienne Guienne, diocèse de Montauban.

Les registres de Garganvillars, antérieurs à 1642, ont été dispersés dans la Révolution, nous apprend Mgr Tanguay. Le peu qui en reste a été sauvé à grande peine des mains des dévastateurs de 1793, qu'on appelle encore dans le pays la bande ncdre.

Le premier Taché retracé par Mgr Tanguay est Roland Taché marié à Isabeau Delzers. Leur fils, Jean, naquit à Garganvillars, le 23 décembre 1642.

Jean Taché épousa Françoise Pérès, et en eut, entre autres enfants, un fils qui fut baptisé à Garganvillars le 14 janvier 1666, sous le prénom de Etjenne,

et devint commissaire des vivres à Saint-Malo.

C'est du mariage de ce dernier avec Marguerite ^ D'Auzet que naquit le premier Taché qui vint s'établir dans la Nouvelle- France. ^

A peu près vers le même temps où Jean-Paschal Taché ouvrait un comptoir à QuébecJ'im autre Taché venait aussi tenter fortune dans le pays. Guillaume Taché était fils de Joseph Taché et de Catherine Guénaud, et était originaire de Saint-Sauvan, évêché de Xaintes, en Saintonge. Il fut tué d'un boulet de

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canon le 28 avril 1760, pendant le siège de Québec. Il s'était marié, à Québec, à Louise-Charlotte Métivier, mais il ne fit pas souche. Nous ignorons si Guillaume Taché et Jean-Paschal Taché étaient parents.

Pierre de Sales Laterrière, de passage à La Rochelle en 1764, et à la veille de s'embarquer pour le Canada, eut la bonne fortune d'être présenté à Mathieu Mounier, membre de l'Académie française. Ce haut personnage s'intéressa beaucoup au jeune Laterrière et l'admit dans son intimité. Avec ses parentes, madame de Couagne et sa fille, mariée à un M. Taché, marchand de draps de la même ville, il alla plusieurs fois au théâtre. Toutes deux se disaient originaires du Canada, (i) Nous n'avons pu établir, non plus, si ce M. Taché, établi à La Rochelle, était parent de Jean-Paschal Taché.

(i) Mémoires de Pierre de Sales Laternère et de ses traverses, p. 19.

Première génération : Jean-Paschal Taché

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