VII. Joseph-Jean-Paschai. Taché
Né à Saint-Hyacinthe le 22 février 1866.
Après avoir reçu une éducation commerciale, iî entra au service de la banque Jacques-Cartier, à Montréal.
En 1890, il passait à l'emploi de la People' s Bank of Halifax. Il fut successivement gérant des succursales de cette banque à Edmundston, Nouveau-Brunswick, à Fraserville, à Lé vis et à Québec.
En 1897, M. Taché résignait sa position pour ouvrir à Montréal un bureau de courtier, où il s'occupa de l'achat et de la vente des débentures municipales et de chemins de fer.
M. Taché est depuis 1902, le secrétaire et gérant de la Provijiciale , compagnie d'assurance mutuelle contre le feu, dont il est un des principaux fondateurs.
Il a épousé, à Montréal, le 7 juin 1893, Marie- Anne- Adine, fille de Martin Honan, avocat, et de Annabella Stein.
Enfant :
Marie- Blanche- Adine Taché née à la Rivière-du- Loup (en bas) le 5 avril 1894.
AEEXANDRE-ANTONIN TACHÉ
'' Né à Saint-Patrice de la Rivière-du-Eoup (en bas) le 23 juillet 1823.
" Il n'avait pas encore trois ans lorsqu'il perdit son père. Après la mort de son époux, madame Taché alla résider à Boucherville avec sa jeune famille, chez M. de la Broquerie, son père.
" Madame Taché était une mère admirable. Elle
Joseph-Jean Paschal Taché
remarqua les bonnes dispositions de son fils Alexandre- Antonin et s'empressa de faire pénétrer dans son âme, avec les premières lueurs de la raison, les vertus et les nobles sentiments qui ornaient la sienne.
"A l'école comme au collège, Alexandre- Antonin Taché se fit remarquer par la douceur de son caractère, sa naïve et franche gaieté et la vivacité de son intelligence. Le collège de Saint-Hyacinthe eut l'honneur de former cet élève destiné à de si grandes choses.
" Son cours terminé, il prit l'habit ecclésiastique, passa quelques mois au grand séminaire de Montréal et au collège de Cbambly, et retourna à vSaint-Hyacinthe, où il enseigna les mathématiques.
" Mais sa vocation religieuse l'appelait ailleurs ; il fallait un autre champ, des horizons plus vastes à hon zèle apostolique. La Providence avait mis dans son âme le sentiment des grands sacrifices, la soif du salut des âmes. C'est sous l'empire de cette vocation irrésistible qu'il entra au noviciat des RR. PP. Oblats à Longueuil. C'est là que la Providence l'attendait pour lui faire connaître sa vocation.
" C'était en 1845. Le Saint-Siège venait de détacher du diocèse de Québec le territoire de la baie d'Hudson et du Nord-Ouest, et de l'ériger en vicariat apostolique. Ce vicariat, devenu depuis le diocèse de Saint-Boniface, fut confié au zèle apostolique de Mgr Provencher, l'un des plus illustres et des plus dévoués missionnaires de la Rivière-Rouge.
' ' Ce saint évêque voulant assurer à son vicariat les services d'un ordre religieux, avait jeté les yeux sur les RR. PP. Oblats, établis au Canada depuis trois ans. Ceux-ci, ayant accepté l'offre libérale qu'on leur faisait d'aller pour convertir les sauvages, se consacrer à une vie de peines, de souffrances et de priva-
tions de toutes sortes, le frère Taché eut la pensée d'offrir ses services à Mgr Provencher.
"Cette pensée l'effraya d'abord, et il y avait de quoi. Il avait 21 ans. Il était à cet âge où les fibres qui attachent l'homme au sol natal, aux amis de son enfance, aux personnes qui l'ont aimé, sont si difficiles à briser. ly' arbre dont le temps a desséché les racines, que la tempête a courbé vers la terre, est plus facile à déraciner que la jeune plante pleine de sève et de vigueur. Mgr Taché n'avait pas éprouvé encore ces désenchantements et ces misères de la vie qui aident le sacrifice. Il n'avait connu que les joies naïves de la famille, les soins et les sollicitudes d'une mère adorée ; il avait grandi au milieu des affections les plus douces et les plus délicates.
"Mais l'amour qu'il portait à sa mère fut le moyen dont la Providence se servit pour le décider à accomplir le grand projet qui fermentait dans son âme. Madame Taché était bien malade, il demanda à Dieu la guérison de sa mère en retour du sacrifice que le ciel exigeait de lui. Ce dévouement fut agréable à Dieu, car madame Taché recouvra la santé et vécut encore vingt ans.
"Le 24 juin i845, tout était consommé : le frère Taché partait de Montréal avec le R. P. Aubert, pour sa pénible mais glorieuse mission. C'était le jour de la Saint- Jean-Baptiste, un mauvais jour pour se séparer de la patrie. Partout sur son passage, il vit des signes de joie, des drapeaux, des arcs de verdure, il entendit les chants joyeux de la patrie, ces airs nationaux que l'exilé canadien ne peut entendre sans pleurer. Qu'il dut souffrir !
"Il a écrit lui-même, dans une page sublime, les sentiments qu'il éprouva lorsqu'il quitta le sol canadien. Laissons-le parler :
Joseph- Antoine-Henri-Oscar Taché
Mer Alexandre-Antonin Taché
"Nous arrivions à l'une des sources du Saint- Laurent ; nous allions laisser le grand fleuve sur les bords duquel la Providence a placé mon berceau, sur les eaux duquel j'eus la première pensée de me faire missionnaire de la Rivière-Rouge. Je bus de cette eau pour la dernière fois ; j'y mêlai quelques larmes et lui confiai quelques-unes de mes pensées les plus intimes, de mes sentiments les plus affectueux.
"Il me semblait que quelques gouttes de cette onde limpide, après avoir traversé la chaîne de nos grands lacs, iraient battre la plage près de laquelle une mère bien-aimée priait pour son fils, pour qu'il fût un bon Oblat, un saint missionnaire.
"Je savais que, toute préoccupée du bonheur de ce fils, elle écoutait le moindre murmure du nordouest, jusqu'au moindre murmure de la vague, comme pour y découvrir l'écho de sa voix demandant une prière, promettant un souvenir. J'exprime ce sentiment parce que, depuis vingt ans, le souvenir de l'émotion qu'il m'a causée me permet de mieux apprécier le généreux dévouement de ceux qui consacrent ici leur vie au salut de leurs semblables.
"La hauteur des terres était comme le seuil de la porte qui nous laissait pénétrer dans notre nouveau séjour ; c'était comme la barrière qui allait se fermer derrière nous. Quand le coeur est en proie à une vive émotion, il a besoin d'un aliment plus fort.
"Pour calmer le mien, je lui dis de considérer tout ce qu'il y a d'inculte et de sauvage dans la nature du sol qu'il foulait aux pieds. Je lui dis surtout de se rappeler tout ce qu'il y a de misères à soulager dans un grand nombre des habitants de ce sol. Je compris alors toute la grandeur du sacrifice imposé au missionnaire ; j'en calculai ou du moins j'en acceptai
toutes les conséquences. Je fis à ma patrie un adieu que je croyais éternel, et je vouai à mon pays adoptif un amour et un attachement auxquels je ne voulais et ne veux donner d'autre terme que celui de ma vie. Dieu accepta, j'espère, le sacrifice qu'il m'inspira, la prière que je lui adressai."
"Mgr Taché arriva à Saint-Boniface, le 25 août, après soizanteet deux jours d'un voyage pénible. Dans ce temps-là, le canot d'écorce était le seul moyen de transport de Montréal à la Rivière-Rouge ; les portages étaient longs ; il fallait faire souvent plusieurs milles à pied, à travers des bois, des marais et des rochers. Le voyage fut rude pour le jeune missionnaire si peu habitué à de pareilles fatigues.
"Le premier dimanche après son arrivée à Saint- Boniface, le frère Taché fut ordonné diacre, et, le 12 octobre de la même année, il était fait prêtre par Mgr Provencher, et Oblat par le R. P. Aubert.
" C'était la première fois que des voeux étaient ) prononcés sur les bords de la Rivière-Rouge, et, / chose digne de remarque, le jeune Oblat qui les faisait^ était le descendant de celui qui le premier arbora lef drapeau de la France dans ces régions lointaines, sa- 1 voir : l'illustre Varennes de la Vérandrye, parent par ' sa mère des de la Broquerie.
" Au mois de juillet de l'année suivante, le P. Taché commença sérieusement cette vie de voyages fatigants, d'aventures émouvantes et de dévouements sublimes que les Aîinales de la propagation de la foi offrent à notre admiration. Il partait pour l'Iie-à-la Crosse, oiÀ le P. Thibault avait fondé une mission l'année précédente. Il avait pour compagnon cet illustre apôtre de la Rivière-Rouge qui porta plus tard le nom de Mgr Laflèche. Nos deux héroïques mis-
sionnaires prirent deux mois pour faire les trois cents lieues qui séparaient l'Ile-à-la-Crosse de Saint- Boniface.
" Le P. Taché n'avait encore voyagé qu'en été, il avait beaucoup marché, sillonné bien des lacs et des rivières en canot d'écorce, mais il n'avait pas encore éprouvé les douceurs d'un voyage en hiver à travers ces régions glaciales où le froid descend si facilement à 25 ou 30 degrés au-dessous de zéro. Il connut ces douceurs, car de l'Ile-à-la-Crosse il reçut ordre de se rendre au lac Vert pour baptiser un vieux chef sauvage qui avait toujours refusé de se faire chrétien, mais que la grâce avait touché à la fin, et de là il partit pour le lac Caribou, à une centaine de lieues au nord-est de l'Ile-à-la-Crosse.
" Il faudrait un volume pour dire tout ce que Mgr Taché a fait dans le Nord-Ouest, pour célébrer ses actes de vertu et de dévouement. Il n'y a pas un arbre, en quelque sorte, pas une rivière qui ne chante les grandes actions de l'apôtre de la Rivière-Rouge. Comment rendre justice à une vie dont chaque instant a été marqué par un sacrifice ? On transmet à la postérité le nom du soldat qui, dans l'enivrement de la bataille, s'est exposé à la mort pour sauver son général, que dire alors de celui qui, pour sauver des âmes, s'expose tous les jours pendant vingt ans au même danger, sans aucun espoir de récompense humaine ? D'ailleurs, il est quelque chose qui l'emporte, à notre point de vue, sur ces actions brillantes accomplies dans un moment d'enthousiasme, sous l'empire d'une grande surexcitation ; c'est une vie entière consacrée à s'humilier, à endurer toute espèce de souffrances physiques et morales, c'est le sacrifice obscur et continuel, sans trêve ni repos, l'immolation de soi-même passée à l'état d'habitude.
lOO
"Les vertus et les bonnes oeuvres de Mgr Taché l'avaient rendu aussi populaire sur les bords de la Rivière-Rouge que sur les rives du Saint-Laurent, et ses supérieurs n'avaient pas tardé à admirer son zèle et ses talents. Aussi, lorsque Mgr Lailèche refusa, en 1850, à cause de ses infirmités, la place de coadjuteur auprès de Mgr Provencber, le vénérable évêque de Saint - Boniface s'adressa au P. Taché. Celui-ci n'avait que vingt-six ans, il ne put croire d'abord qu'on l'appelait sérieusement à l'épiscopat, mais il comprit, en arrivant à la Rivière-Rouge, que la chose était sérieuse. Une lettre du fondateur de l'ordre des Oblats, Mgr de Mazenod, lui commandait de se rendre à Marseille.
"Il s'y rendit aussitôt, se jeta aux genoux de son supérieur et le supplia de le soustraire au fardeau qui le menaçait.
"Laissons Mgr Taché raconter l'entretien intéressant qu'il eut à ce sujet avec Mgr de Mazenod : ^
*' — Tu seras évêque, lui dit Mgr de Mazenod,
" — Mais, monseigneur, mon âge, mes défauts, telle et telle raison . , . .
" — Le Souverain Pontife t'a nommé, et quand le Pape parle, c'est Dieu qui parle.
*' — Monseigneur, je veux rester Oblat.
" — Certes, c'est bien ainsi que je l'entends.
" — Mais la dignité épiscopale semble incompatible avec la vie religieuse !
" — Comment! la plénitude du sacerdoce exclurait la perfection à laquelle doit tendre un religieux !
"Puis, se dressant avec la noble fierté et la religieuse grandeur qui le caractérisaient, il ajouta:
" — Personne n'est plus évêque que moi et personne n'est plus Oblat non plus. Est-ce que je