ORAISON FUNÈBRE DE MGR TACHÉ
L'oraison funèbre de Mgr Alexandre-Antonin Taché, archevêque de Saint-Boniface. prononcée dans la cathédrale de Saint-Boniface, le 27 juin 1894, par Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières, a été publiée dans le MaJiitoba des 21 et 28 novembre et 5 et 12 décembre 1894.
i85 LA SEIGNEURIE DE KAMOURASKA
Le 15 juillet 1674,1e gouverneur de Frontenac concédait à Olivier Morel de la Durantaye, " en considération des services qu'il avait rendus à Sa Majesté en ce pays, où il était venu capitaine d'une compagnie dans le régiment de Carignan, " la consistance de trois lieues de terre de front le long du fleuve Saint- Laurent, savoir : deux lieues au-dessus de la rivière appelée Kamouraska, et une lieue au-dessous icelle comprise, avec deux lieues de profondeur dans les djtes terres, ensemble les îlets étant au-devant des dites trois lieues, et le droit de chasse et de pêche dans l'étendue des dits lieux. " (i)
Cette concession était faite en fief, seigneurie, haute, moyenne et basse justice, à la charge de la foi et hommage au château Saint-Louis de Québec.
Le 5 novembre 1680, par acte passé à Québec par Maître Duquet, Olivier Morel de la Durantaye et sa femme Françoise Duquet, vendent, cèdent, transportent et laissent à Charles Aubert de la Chesnaye, la terre, fief, seigneurie et justice de Kamouraska, "à la charge des droits et autres redevances mentionnés à l'acte de concession et en outre moyennant le prix et somme de douze cents livres laquelle le dit acquéreur a présentement passée au compte des dits sieur et dame vendeurs qui lui en étaient redevables et les acquitte et décharge au moyen de la présente vente."
Le 18 octobre 1700, Louis Aubert du Forillon et Barbe LeNeuf de la Vallière, sa femme, acquièrent de Charles iVubert de la Chesnaye, par acte passé devant Maître Chambalon, la terre, fief et seigneurie de Kamouraska. Cette acquisition était faite en retour de l'abandon par Louis Aubert du Forillon de tous ses droits dans la succession de sa mère, Marie-Louise Juchereau de la Ferté.
Le 20 juillet 17 13, par acte passé à Québec par
(i.) Pièces et docmnents relatifs à la te mire seigneuriale, p.
Maître Chambalon, Louis Aubert du Forillon et Barbe LeNeuf de la Vallière donnent par donation pure et simple entre vifs, à Henry Hiché, marchand, de Québec, la terre, fief et seigneurie de Kamouraska. "Cette donation était faite à la charge par le dit donataire de porter la foi et hommage au château de Saint-Louis, de pa3^er les droits au domaine du roi, et outre ce pour la bonne amitié que le dit sieur et dame du Forillon, donateurs, ont toujours porté et portent au dit sieur Hiché et à condition que le dit sieur donataire promette et s'oblige d'épouser demoiselle Marguerite LeGardeur, leur nièce, fille de Jean- Paul LeGardeur, sieur de Saint-Pierre, et de défunte Marie-Joseph LeNeuf de la Vallière."
Le 15 septembre 1723, par acte passé devant de la Cetière, notaire à Québec, Henry Hiché et Marie LeGardeur de Saint-Pierre, son épouse, vendent, cèdent, quittent et transportent à Louis-Joseph Morel de la Durantaye et à Elizabeth Becard, son épouse, la seigneurie de Kamouraska, pour le prix et somme de quinze mille livres, (i)
A la mort de Louis-Joseph Morel de la Durantaye, la seigneurie de Kamouraska passa à ses enfants. Louis- Joseph Morel de la Durantaye, l'aîné, en eut la moitié. Les autres enfants, Marie-Catherine de la Durantaye, André Morel de la Durantaye, Charles Morel de la Durantaye, Brigitte Morel de la Durantaye se partagèrent l'autre moitié.
Le 22 novembre 1757, par acte devant Dionne, notaire à Sainte-Anne de la Pocatière, Marie-Catherine Morel de la Durantaye et son mari François Gagnon, vendent à Jean- Baptiste de Charnay, pour le prix de 2773 livres et 14 sols, un cinquième de la seigneurie de Kamouraska à eux appartenant.
Le 20 janvier 1758, par acte passé devant le même notaire Dionne, André Morel de la Durantaye
(i) Louis-Joseph Morel de la Durantaye venait de vendre à r Hôpital-Général de Québec, au prix de trente mille livres, la moitié de sa seigneurie de la Durantaye. C'est le domaine qui prit dès lors le nom de seigneurie de St-Vallier. Voir Mo?iseigneur de Saint- Vallier et l' Hôpital-Général de Québec, p. 253.
vend à Jean-Baptiste de Charnay un cinquième de la seigneurie de Kamouraska pour la somme de 3843 livres et 14 sols.
Le 20 janvier 1758, par acte devant le même notaire Dionne, Charles Morel de la Durantaye vend à Jean-Baptiste de Charnay un cinquième de la seigneurie de Kamouraska pour la somme de 2773 livres et 14 sols.
Le 8 mai 1765, par acte devant Dionne, notaire à Sainte-Anne de la Pocatière, Brigitte Morel de la Durantaye et François LaChaussée, sieur de la Durantaye, vendent à Marie- Louise Quercy, veuve de Jean- Baptiste de Charnay, leurs parts et portions dans le fief de Kamouraska pour la somme de 800 livres.
Le 9 mars 1770, par acte devant vSaint- Aubin, notaire à Kamouraska, Ignace Noël vend à Marie-Louise Quercy, veuve de Jean- Baptiste de Charna}'-, ses parts et portions dans la seigneurie de Kamouraska pour la somme de 1000 livres.
Madame de Charnay étant commune en biens avec feu son mari avait hérité de la moitié de la seigneurie de Kamouraska. Marie-Louise de Charna}^ mariée à Jean-Baptiste Magnan, et Marie- Louise-Renée de Charnay de Varviile, ses enfants, avaient hérité de l'autre partie chacune pour un quart.
Marie-Louise de Charnay, épouse de Jean-Baptiste Magnan, devint veuve après quelques années de mariage. Le 26 septembre 1785, elle se remariait à Paschal-Jacques Taché. C'est par elle que la seigneurie de Kamouraska passa à la famille Taché .
Le 22 janvier 1790, par acte de cession et transport devant'Charles Voyer, notaire à Québec, Louise Quercy, veuve de M. de Charnay, en son vivant notaire et avocat, en considération de l'estime qu'elle a toujours eu pour M. Paschal-Jacques Taché, devenu son gendre par son mariage avec Marie-Louise de Charnay sa fille unique, veuve en premières noces de Jean- Baptiste Magnan, duquel mariage il n'est resté aucun enfant vivant et vSeule héritière de la dite veuve de Charnay sa mère, et voulant leur assurer un établissement honorable, les constitue les héritiers de sa part aiïé-
rente dans le fief et seigneurie de Saint- Louis de Kamouraska. Paschal-Jacques Taché, pour remercier madame de Charnay et lui donner des marques de sa gratitude, s'engage à lui payer une rente viagère de trois mille livres de vingt coppes égale à cent-vingtcinq livres argent courant de la province.
A MONSIEUR ET MADAME IVANHOE TACHÉ(i)
A P occasion de la mort de quatre de leurs enfants
Le sacrifice d a juste est bien reçu de Dieu, et le Seigneur n'en perdra point le souvenir.
Ecoles., XXXV, V. 9
Le sort de ces enfants qui vont, avec les anges. Orner du Saint-des-Saints les célestes phalanges,
Ne devrait point nous attrister ; Car ceux que nous pleurons, incessamment peut-être, S'ils pouvaient sur la terre un moment reparaître.
Viendraient nous dire de chanter.
Ils ne sont point perdus, ces êtres chers à l'âme Des parents, des amis ; au ciel Dieu les réclame
Pour en former son plus doux choeur.
Là, priant pour tous ceux qu'ils aimaient dans la vie Leur joie est pure, entière, et n'est jamais suivie
D'aucune affliction du coeur.
De ceux dont Dieu vous prive, ô famille affligée, Isabelle- Marie était la plus âgée
Et la mieux faite pour charmer.
Son douzième printemps fleurissait sur sa joue ; Ce n'était déjà plus l'enfant qui rit et joue ;
Sa jeunesse allait se former.
(i) Voir p. 165.
iB9
Douée, au plus haut point, des vertus qu'on admire, Ht qui font d'une élève un brillant point de mire,
Ou le bon exemple vivant, Isabelle-Marie eut un droit légitime A l'admiration de même qu'à l'estime
De ses maîtresses du couvent.
Ses maîtresses l'aimaient. Sa figure angélique Plaisait, de prime abord, à la plus apathique,
Qui dès lors devenait sa soeur.
Ayant reçu du ciel tous les dons en partage, Elle semblait charmer chaque jour davantage
En donnant cours à sa douceur.
Vous l'aimiez, frères, soeurs ; vous l'aimiez père, mère. Sa mort empreint vos traits d'une souffrance amère,
Vos coeurs sont abreuvés de fiel ....
Vous l'aimiez. . Mais l'église, aux funèbres offices, Vous dit combien à Dieu plai^.ent les sacrifices :
Offrez tous les vôtres au ciel.
Amis, votre douleur n'est pas seulement vôtre ; Elle est si grande, hélas ! qu'elle devient la nôtre
Et que nous pleurons aussi, nous
A défaut de bonheur, à défaut d'espérance, lya sympathie apporte un baume à la souffrance
Où l'on prie et pleure à genoux.
Mais le sort des enfants qui vont avec les anges, Orner du Saint -des-Saints les célestes phalanges.
Ne devrait point nous attrister ; Car ceux que nous pleurons, incessamment peut-être S'ils pouvaient sur la terre un moment reparaître.
Viendraient nous dire de chanter.
J. A. BÉLANGER, (i)
(i) Foyer domestique, ler janvier 1880.