La famille Tarieu de Lanaudière
J'appelle grande famille, grande race, grand nom, ces familles, ces races, ces noms, que de mémorables services rendus au pays, à quelque époque que ce soit, ont fait historiques, qui ont conquis leur illustration par la gloire des armes dans les camps ; par leur habileté dans les hautes négociations et dans le maniement des affaires politiques, et par l'éclat des talents et quelquefois du génie,dans les sciences, dans les lettres ; enfin dans la magistrature ou dans l'Eglise, par la sainteté des mœurs et la grandeur du caractère.
Voilà ce que j'appelle les grandes familles, les grandes races d'un pays. Eh bien ! je l'avouerai sans détour, ces grandes familles, je les aimeje les respecteje les vénère,parce que j'aime, je respecte, je vénère les grands souvenirs et les grandes choses. Je ne sache pas une nation dont elles ne soient la force et la gloire, et qui n'ait une inclination naturelle à leur donner ses chefs, ses guerriers, ses ministres, ses premiers magistrats, ses administrateurs. Il y a là peut-être préjugé, mais il est profond ; et, sauf les temps de trouble où ce préjugé se tourne quelquefois en haine, on y revient toujours.
Un grand nom, sans doute, c'est l'héritage d'une famille et un homme illustre, en donnant à ses fils, l'éclat de la naissance, leur impose aussi l'obligation de ses vertus ; car noblesse oblige, suivant un axiome d'honneur tout français. Mais un grand nom, un grand homme, c'est aussi la gloire d'une nation, c'est la gloire de l'humanité même : par cette raison profonde que c'est un nom, c'est un homme en qui la Providence a fait resplendir ses dons, et que tous réclament leur part de cet honneur fait à la nature humaine. Voilà pourquoi l'instinct national honorera toujours les noms glorieux et les grandes races.
Mgr DUPANLOUP (1)
(1) De l'éducation, tome premier, p. 228.
Première génération : Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière.
THOMAS-XAVIER TARIEU DE LANAUDIERE
Quatre mois avant sa mort, l'illustre fondateur de Québec, Champlain, demandait au roi de lui envoyer une centaine de soldats afin de forcer les Iroquois à cesser leurs déprédations.
Les gouverneurs qui lui succédèrent firent tour à tour la même demande. Le roi envoyait bien quelques soldats de temps en temps, mais jamais en assez grand nombre pour en imposer aux Iroquois.
Colbert se décida enfin à frapper un grand coup, et, le 18 mars 1664, il informait M. de Mézy que le roi allait envoyer à la fin de Tannée ou au commencement de 1665, un régiment d'infanterie, afin de réduire entièrement les Iroquois.
Le régiment de Carignan débarqua à Québec au cours de l'été de 1665. On sait quels services ce régiment rendit à la colonie.
Plusieurs des officiers et des soldats du régiment de Carignan décidèrent de s'établir dans la Nouvelle-France.
Au nombre des premiers nous devons compter Thomas-Xavier Tarieu de Lanouguère ( 1 ) ou de Lanaudière, enseigne dans la compagnie de Saint-Ours. Il était fils de messire Jean de Tarieu et de dame Jeanne de Samalins, de la petite ville de Mirande,archevêché d'Auch, en Guienne. Sa famille, de vieille noblesse française, était alliée aux ducs de Mortemart, aux comtes de Maleuvrier et à la vieille famille de Montet.
Lorsque le chevalier Charles de Lanaudière passa en France après la conquête, il renoua des relations avec toutes ces familles illustres. Dans une lettre datée de Londres, le S septembre 1786, il est dit au sujet du chevalier de Lanaudière, alors en France :
" Madame la duchesse de Mortemart le voit beaucoup quand elle est à sa terre de Manneville, en Normandie, et qu'il est chez M. de Boishébert, son oncle, qui demeure au château de Rastot. M. de Montet, qui demeure à Boisle-Clerc, est son parent. M. le comte de Maleuvrier, ministre à Cologne, est son parent." (2)
L'intendant Talon, qui avait de si grandes vues, était d'opinion que l'Acadie pouvait contribuer à fortifier puissamment la Nouvelle- France. Le plus grand avantage de l'Acadie en
(1) Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière signait Lanouguère. Son petit-fils adopta la forme plus moderne Lanaudière que ses descendants ont conservée.
(2) M. de Gaspé, Mémoires, p. 93.
faveur de la Nouvelle-France, d'après Talonf était que ses ports de mer étaient libres en toute saison. De là, le projet de Talon d'ouvrir au plus vite des communications plus promptes et plus sûres entre le Canada et l'Acadie.
Le bassin de la rivière Penobscot, à l'embouchure de laquelle se trouvait le fort de Pentagoùet, communiquait dans l'intérieur avec celui du Kennebec par le portage de Kidiscuit, et en remontant la rivière Kennebec et un de ses affluents (la Moose River de nos jours), on parvenait jusqu'à la hauteur du bassin supérieur de la rivière Chaudière, que l'on gagnait par un nouveau portage, et par laquelle on descendait jusque dans le fleuve Saint-Laurent, un peu en haut de la Pointe-Lé vy. Ce trajet ne dépassait guère cent vingt-cinq lieues.
En 1670, M. Talon chargeait son secrétaire, M. Patoulet, de dresser un rapport sur cette route communément appelée le chemin de Kennebec.
Au mois de septembre 1671, M. Talon envoyait MM. Daumont de Saint-Lusson et de Lanaudière pour faire une exploration en règle du chemin projeté entre l'Acadie et la Nouvelle-France. Tous deux partirent en canot, mais ils ne rirent pas route ensemble. Les deux explorateurs revinrent à Québec tard dans l'automne de 1671. (1)
(1) Benjamin Suite, Histoire des Canadiens-Français, tome IV, p. 148. Il est juste d'ajouter que M. Thomas Chapais (Jean Talon, p. 366), dit que cette mission fut confiée à M. de Lanoraie. Dans un vieux manuscrit à l'écriture difficile à défricher on peut facilement lire Lanaudière au lieu de Lanoraie.
C'est probablement pour récompenser M.
de Lanaudière du rude voyage qu'il avait fait à Pentagoùet et l'attacher davantage à son pays d'adoption, que, le 29 octobre 1672, l'intendant Talon lui concédait une superbe seigneurie sur la rive nord du Saint-Laurent, à vingt lieues de Québec. Cette concession était faite conjointement à M. de Lanaudière et à son ami et compagnon d'armes du régiment de Carignan, Edmond de Suève.
Il était dit dans les lettres de concession accordées à MM. de Lanaudière et de Suève :
14 Sa Majesté ayant de tout temps recherché avec soin et le zèle convenable au juste titre de fils aîné de l'Eglise, les moyens de pousser dans les pays les plus inconnus, par la propagation de la foi et la publication de l'Evangile, la gloire de Dieu avec le nom chrétien, fin première et principale de l'établissement de ia colonie française en Canada, et par accessoire de faire connaître aux parties de la terre les plus éloignées du commerce des hommes sociables la grandeur de son nom et la force de ses armes, et n'ayant pas estimé qu'il y en eut de plus sûrs que de composer cette colonie que de gens capables de la bien remplir par les qualités de leurs personnes, l'augmenter par leurs travaux et leur application à la culture des terres, et de la soutenir par une vigoureuse défense contre les insultes auxquelles elle pourrait être exposée dans la suite des temps, a fait passer en ce pays bon nombre de ses fidèles sujets, officiers de ses troupes dans le régiment
de Carignan, et autres, dont la plupart se conforment aux grands et pieux desseins de Sa Majesté, voulant bien se lier au pays en y formant des terres et seigneuries d'une étendue proportionnée à leurs forces, et les sieurs de Suève, lieutenant, et Lanauguerre (Lanaudière), enseigne d'une compagnie d'infanterie, nous ayant prié de leur en départir, Nous, en considération des bons, utiles et louables services qu'ils ont rendus à Sa Majesté en différents endroits tant en l'Ancienne France que dans la Nouvelle depuis qu'ils y sont passés par ordre de Sa Majesté, et en vue de ceux qu'ils témoignent vouloir encore rendre ciaprès, en vertu du pouvoir par elle à nous donné avons accordé, donné et concédé, accordons, donnons et concédons par ces présentes aux dits de Suève et Lanauguerre (Lanaudière), l'étendue de la terre qui se trouvera sur le fleuve Saint-Laurent au lieu dit des Grondines, depuis celles appartenantes aux Religieuses de l'Hôpital, jusqu'à la rivière Sainte-Anne, icelle comprise, sur une lieue de profondeur, avec la quantité de terre qu'ils ont acquise du sieur Amelin (Hamelin), par contrat passé par devant le notaire " ( 1 )
MM. de Suève et de Lanaudière devaient jouir de leur concession en fief, seigneurie et justice, à la charge de la foi et hommage au château Saint-Louis de Québec.
(1) Pièce* et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 10.
En 1673, le gouverneur de Frontenac décidait de bâtir un fort sur les bords du lac Ontario pour surveiller les mouvements des Iroquois. Vers la fin de juin de cette année, M. de Frontenac partait de Montréal, afin de mettre son projet à exécution le plus tôt possible. La flottille qui conduisit le gouverneur au lac Ontario se composait de quatre bateaux plats et de cent vingt canots, qui portaient six canons et quatre cents hommes.
M. de Lanaudière fit partie de cette expédition. Au témoignage de M. de Frontenac même, il s'y conduisit de brillante façon.
A son retour de ce périlleux voyage, le gouverneur de Frontenac attachait M. de Lanaudière à sa personne en le nommant lieutenant de ses gardes. Cet emploi militaire était très recherché.
On sait les difficultés qui s'élevèrent en 1674, entre M. François-Marie Perrot, gouverneur de Montréal, et M. de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France. Celui-ci garda Perrot en prison pendant dix mois à Québec, puis Tenvoya en France.
Le 10 février 1674, M. de Frontenac donnait la commission suivante à M. de Lanaudière :
" Les plaintes et les avis que nous avons sus de la mauvaise conduite du sieur Perrot, gouverneur particulier de l'île et de la ville de Montréal, et ses contraventions aux ordres de Sa Majesté et aux nôtres, nous ont obligé de le mander en cette ville et de nous assurer de
sa personne. Comme la santé et l'âge du sieur Dupuy, major du dit lieu, ne lui permettent pas d'agir avec toute la diligence requise pour faire arrêter et punir les coureurs de bois et empêcher les autres désordres qui se commettent dans ce gouvernement : nous avons estimé qu'il était nécessaire d'y commettre quelque personne fidèle et agissante, et nous ne pouvons faire un meilleur choix que du sieur LaNauguère, qui, ayant déjà fait paraître, dans tous les emplois de guerre qu'il a eus en France et dans ce pays, beaucoup de zèle et d'affection pour le service de Sa Majesté, nous fait prendre une entière confiance en sa fidélité, sa capacité et sa bonne conduite, et nous donne lieu de croire qu'il fera exécuter les ordres du Roi et les nôtres avec soin et vigueur. Nous l'établissons donc commandant dans la ville et l'île de Montréal pendant que le sieur Perrot en sera absent, et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par Sa Majesté ou par nous. Nous lui donnons pouvoir d'assembler, quand il jugera bon, les officiers, bourgeois, habitants, soldats et milices de ces lieux, de leur faire prendre les armes et de veiller à ce qu'ils en apprennent le maniement, en faisant de temps en temps l'exercice : comme aussi de terminer à l'amiable, autant qu'il se pourra, les différents des particuliers ; d'empêcher les désordres, les pilleries, les violences, et principalement les courses et traites dans les bois, sans une permission expresse de nous par écrit ; de poursuivre et de faire arrêter les contrevenants, et de nous les envoyer
sous bonne et sûre garde ; de changer même de garnison, s'il le trouve à propos ; de casser ceux de qui la fidélité serait suspecte, d'en mettre d'autres à leur place ; enfin de faire observer à tous une exacte discipline, et généralement de faire tout ce qu'il croira de meilleur et de plus avantageux pour le service de Sa Majesté, la conservation et la défense du pays, l'augmentation de la colonie, et pour maintenir les habitants de la ville et ceux de l'île de Montréal en bonne intelligence et en union tant entre eux qu'avec les Sauvages. Nous mandons au sieur Dupuy, major, de faire reconnaître par les officiers et soldats de la garnison le sieur de LaNauguère en qualité de commandant, et ordonnons aux seigneurs, aux juges, aux officiers et aux habitants de toute l'étendue de ce gouvernement qu'ils aient pareillement à le reconnaître en cette qualité, et à lui obéir en tout ce qu'il commandera pour le service de Sa Majesté et pour l'exécution de nos ordres." (1) Comme les lettres de commandement données à M. de Lanaudière, sans la participation des seigneurs de Montréal, pouvaient porter atteinte au droit que les lettres patentes du roi de 1644 attribuaient à eux seuls de commettre tel capitaine ou gouverneur particulier qu'ils voudraient nommer, ceux-ci jugèrent que, sans s'opposer à la commission de M. de Lanaudière, ils devaient protester juridiquement qu'elle ne pourrait nuire ni tirer à conséquence. Ils firent cette protestation devant leur juge, M. d'Aille-
(1) Archives du séminaire de Ville-Marie,! 0 février 1674.
boust, au commencement de mars 1674, par leur procureur fiscal, M. Migeon de Bransac. (1)
Le 14 novembre 1674, M. de Frontenac écrivait au ministre :
" Je dois vous dire que j'ai obligation aux soins que le sieur de la Nouguère (Lanaudière), que j'ai mis commandant à Montréal en l'absence de M. Perrot, a pris et prend tous les jours pour l'observation des ordres du Roi et des miens dans un lieu d'où provenait la source du mal et comme aussi au sieur de Verchères, enseigne, qui a fait cette expédition à 200 lieues de Montréal, s'en étant l'un et l'autre acquittés d'une manière qui mérite assurément quelque récompense lorsque le Roi voudra songer à ce pays. Cela ne leur a pas attiré, non plus qu'à moi, l'affection de beaucoup de gens, mais quand j'ai entrepris la chose, je m'y suis attendu et n'ai point craint de m'exposer à tout ce qui pourrait arriver pourvu que j'exécutasse les ordres qu'il me paraissait que Sa Majesté avait si fort à cœur, dans la confiance que j'en ai eue de l'honneur de sa protection."
Dans cette même lettre du 14 novembre 1674, M. de Frontenac proposait de remplacer le major de Montréal, vieux et malade, par M. de Lanaudière :
" Je vous ai déjà mandé, écrivait-il, que le major qui est à Montréal est si vieux qu'il est hors d'état de pouvoir servir et il se trouve même si mal d'une chute qu'il a faite, que je
(1) Faillon, Histoire de la Colonie Française, vol. III,
ne crois pas qu'il passe l'hiver. Si vous aviez agréable d'en gratifier le sieur Lanouguère (Lanaudière), lorsque vous le retirerez du commandement de Montréal et que les affaires de M. Perrot seront terminées, personne ne s'en acquitterait mieux que lui ; sinon, je vous proposerais le lieutenant de mes gardes qui a une inclination de se marier et de s'habituer en ce pays. Il est fils du ministre de Neufchâtel et je le convertis en Candie où il servit auprès de moi d'aide de camp avec beaucoup de valeur et d'expérience. Je l'avais trouvé officier dans le régiment de Maron (?) et le pris parce qu'il était fort entendu aux mines. Depuis il a eu une enseigne dans une des compagnies franches que le Roi leva en Suisse il y a quatre ou cinq ans et ne l'a quittée que pour me suivre au Canada." (1)
M. de Lanaudière resta commandant à Montréal jusqu'au retour de M. Perrot dans son gouvernement en 1675. (2)
Le gouverneur de Frontenac, pour marquer à M. de Lanaudière sa satisfaction du commandement qu'il avait exercé à Montréal, lui donna dès son retour à la capitale une belle promotion. Il le nomma capitaine de ses gardes. (3)
(1) Archives publiques du Canada, Correspondance générale.
(2) Presque tous nos auteurs donnent M. de Lanaudière comme gouverneur de Montréal. Comme on le voit par la commission même de M. de Lanaudière publiée ici, le brave militaire ne fut que commandant de Montréal.
(3) Jugements et délibérations du Conseil Souverain.
M. de Lanaudière décéda à Québec au mois de mai 1678. (1)
M. de Lanaudière avait épousé à Québec, le 16 octobre 1672, Marguerite-Renée Denys, fille de Pierre Denys de la Ronde et de Catherine LeNeuf. (2)
Comme la plupart des officiers qui mouraient dans la Nouvelle-France, M. de Lanaudière laissa plus de gloire que de fortune à sa veuve.
Celle-ci, qui était mère de trois enfants, se retira dans sa seigneurie de Sainte-Anne afin de demander à la terre sa subsistance et celle de ses enfants.
Le recensement de 1681 nous donne de précieux renseignements sur la seigneurie de Sainte-Anne. On y voit madame veuve de Lanaudière, âgée de 25 ans, avec ses trois enfants et ses trois domestiques, Louis Gillet, âgé de 20 ans ; Alexandre Petit, âgé de 18 ans ; Jean- Paul Maçon, âgé de 35 ans. Dans la maison on garde trois fusils. L'étable contient quatorze bêtes à cornes. Vingt-six arpents de la terre de la seigneuresse sont en valeur.
Le même recensement donne les noms de tous les habitants établis dans la seigneurie. Ce sont Mathurin Tessier, 22 arpents en valeur ;
(1) Ce renseignement nous est donné par l'inventaire de ses biens meubles, etc., etc., dressé par le notaire Duquet, le 3 juin 1678. L'absence de l'acte de sépulture de M. de Lanaudière aux registres de l'état civil de Québec nous permet de supposer qu'il fut inhumé dnas sa seigneurie de Sainte-Anne.
(2) Contrat de mariage devant Romain Becquet, notaire à Québec, le 12 octobre 1672.
Pierre Pinot dit Laperle, 7 arpents en valeur ; Mathurin Gouin, 20 arpents en valeur ; Pierre Lamoureux, 2 arpents en valeur ; Julien Bion ; Pierre- Jean Gendron, 4 arpents en valeur ; Jean Richard, 6 arpents en valeur ; Simon- Pierre Denis ; Pierre Levesque, 12 arpents en valeur ; Jacques Hudes ; Moïse Faure, 4 arpents en valeur ; Pierre Cartier, 4 arpents en valeur ; Louis Faucher, 3 arpents en valeur ; Michel Le Roy dit Chatellereau, 4 arpents en valeur ; Michel Feuillon, 6 arpents en valeur ; Jean Picard, 10 arpents en valeur ; Jean LeMoyne, 40 arpents en valeur ; Jean Cevelle, 4 arpents en valeur ; Gilbert LeRoux, 4. arpents en valeur ; Pierre Baubriau, 3 arpents en valeur. Fvdmond de Suève, co-seigneur, habitait aussi la seigneurie. Comme il n'était pas marié, il ne s'occupait pas de culture. Le recensement se contente de noter qu'il avait trois fusils (1).
M. de Frontenac, qui n'avait pas oublié la veuve de l'ancien capitaine de ses gardes, lui accorda au printemps de 1682 un des vingt-cinq congés de traite que le roi lui avait permis de donner aux chefs de famille dans le besoin.
Le document suivant nous apprend que madame de Lanaudière confia ce congé de traite à trois habitants de sa seigneurie et à François Langlois, habitant de Verchères :
"Ce 19 juin 1682, est comparu (au greffe de Montréal) le sieur Saint-Germain, habitant de la seigneurie de Sainte-Anne, lequel a dit
(1) Benjamin Suite, Histoire des Canadiens-Français, tome V, p. f>0.
qu'il allait partir pour les 8ta8ak soubs deux congés, l'un de mademoiselle Denis l'autre de mademoiselle Lanaudière, celui de Mlle Denis et avec luy conduisent les canots le sieur Saint- Pierre Denis, Pierre Cartier, Thomas Drouin, François Langlois, tous habitans ou demeurant à Sainte- Anne, à la réserve du dit Langlois, habitant de Varennes, et a signé le dit comparant.