‹ La famille Tarieu de LanaudièreChapitre 2 sur 17 · SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

SAINT-GERMAIN

Maugue. (1)

Le 4 mars 1697, MM. de Frontenac et Bochart Champigny concédaient à madame veuve de Lanaudière trois iieues de terre de profondeur derrière la terre et seigneurie de Sainte-Anne sur toute la largeur d'icelle et celle des sieurs de Suève et Hamelin avec les îles, îlets et battures non concédés qui se trouveraient dans la dite étendue, la dite concession à titre de lief et seigneurie, avec haute, moyenne et basse justice, avec droit de chasse, pêche et traite dans toute son étendue. (2)

Un mois plus tard, le 6 avril 1697, madame de Lanaudière obtenait de MM. de Frontenac et Bochart Champigny la concession des îles qui se trouvaient devant sa terre de Sainte- Anne. Il est dit dans l'acte de concession : " Sur la réquisition à nous faite par dame Marguerite Denis, veuve du sieur de Lanaudière, de vouloir lui accorder les îles qui se trouvent devant

(1) Document en la possession de l'auteur.

(2) Pièces et documents relatifs à la tenurê seigneurial?, p. 429.

sa terre de Sainte-Anne, et à l'entrée de sa rivière, et, entr'autres celle où est son moulin, appelée l'île du Large, attendu qu'il n'en a été fait aucune mention dans l'acquisition faite du sieur Gamelin (Hamelin) en l'année mil-sixcent-soixante-dix, ni dans le titre de M. Talon, pour lors intendant en ce pays, qui autorise la dite vente, en mil-six-cent-soixante-et-douze, à quoi ayant égard " (1)

Les difficultés que lui firent ses voisins au sujet de la propriété des îles que lui avaient concédées MM. de Frontenac et Bochart Champigny, le 6 avril 1697, engagèrent madame de Lanaudière à demander une nouvelle concession plus explicite.

Le 30 octobre 1700, MM. de Callières et Bochart Champigny lui concédaient de nouveau les mêmes îles. L'acte de concession disait cette fois : " Sur la réquisition à nous faite par dame Marguerite Denis, veuve du feu sr de Lanaudière, de lui accorder et concéder les îles qui sont le long du fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis l'entrée de la rivière, terre et seigneurie de Sainte-Anne, à titre de fief et seigneurie avec droits de justice, haute, moyenne et basse, et de chasse, pêches et traite avec les Sauvages, dans toute l'étendue des dites îles, Nous, en vertu du pouvoir à nous donné, avons accordé, donné et concédé, accordons, donnons et concédons à la dite dame Marguerite Denis les dites îles qui sont le long du fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis

(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 26.

l'entrée de la dite rivière, terre et seigneurie de Sainte-Anne, tout le long de l'espace et étendue d'icelle, pour jouir, faire et disposer des dites îles par la dite dame Denis, ses hoirs et ayant cause, en pleine propriété et à toujours, au dit titre de fief et seigneurie, haute, moyenne et basse justice, avec droit de chasse, pêche et traite dans toute l'étendue des dites îles. ." (1)

Après trente années de veuvage, Marguerite-Renée Denys, convolait en secondes noces, à Sainte- Anne de la Pérade, le 9 juillet 1708, avec Jacques- Alexis de Fleury Deschambault, lieutenant général de la juridiction royale de Montréal, veuf de Marguerite de Chavigny.

De son premier mariage, M. de Fleury Deschambault avait eu plusieurs enfants qui s'allièrent aux Rigaud de Vaudreuil, aux Taschereau, aux Jolliet, etc., etc.

Un malheur n'arrive jamais seul, dit un brocard vieux comme le monde. Les bonheurs, pareillement, voyagent de concert. A plusieurs reprises les gouverneurs de la Nouvelle-France avaient essayé d'obtenir une pension royale en faveur de madame de Lanaudière. Cette pension lui fut accordée l'année même de son second mariage.

Le 14 novembre 1708, MM. de Vaudreuil et Raudot écrivaient au ministre :

" Les sieurs de Vaudreuil et Raudot vous remercient de la pension dont vous leur marquez avoir gratifié la dame de Lanaudière." (2)

(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 27.

(2) Archives du Canada, Correspondance générale.

M. Fleury Deschambault décéda à Montréal, le 31 mars 1715.

Sa veuve décéda au même endroit le 3 février 1722, à l'âge de 65 ans, et fut inhumée dans l'église des Récollets.

De son mariage avec M. de Lanaudière, Marguerite-Renée Denys avait eu trois enfants :

Louise-Rose Tarieu de Lanaudière

Née à Montréal le 8 juillet 1674.

Placée au pensionnat des dames Ursulines de Québec, elle montra bientôt que le Seigneur avait toujours été seul maître de son cœur. Elle passa du pensionnat au noviciat.

Mademoiselle de Lanaudière reçut le voile des mains de M. l'abbé Claude-Louis Trouvé, Suipicien, le 26 mai 1691, après avoir prononcé ses vœux avec une ferveur angélique. Elle avait adopté le nom de sœur Sainte-Catherine.

" C'est surtout comme maîtresse, nous dit Y Histoire des Ursulines de Québec, que la Mère de Lanaudière de Sainte-Catherine paraît avoir excellé. Son ardeur était toute concentrée sur ses chères élèves externes, dont elle eut le soin pendant plusieurs années. Elle en a instruit un grand nombre pour la première communion, dit sa notice, et nous avons eu la consolation de voir dans la suite, ces enfants vivre en bonnes chrétiennes et élever leur famille dans la crainte de Dieu. Elle avait aussi un talent

tout particulier pour instruire les filles sauvages, qui ont toutes si bien profité de ses instructions qu'elles ont vécu en bonnes servantes de Dieu, édifiant par leur bonne conduite les personnes de leurs villages, ou les familles chez qui elles étaient en service/'

En 1747, la Mère Saint-Catherine célébrait son cinquantième anniversaire de profession religieuse.

Elle décéda le 5 octobre 1748, âgée de soixante-quatorze ans, dont elle avait passé cinquante-neuf en religion, laissant à sa communauté un bel exemple de piété et de ferveur. (1)

Louis Tarieu de Lanaudière

Né à Québec le 3 juin 1676.

Nous n'avons pas de données bien certaines sur lui.

Le recensement de 1681 le mentionne et lui donne l'âge de cinq ans.

Dans un acte du 4 novembre 1704, il est dit au sujet de Louis Tarieu de Lanaudière .... " attendu l'absence depuis huit ans de Louis Tarieu* Ecuyer, sieur de la Nouguère (Lanau-

(1) La Sœur Sainte-Catherine fut miraculeusement guérie dans sa jeunesse d'un mal étrange au bras droit par l'intercession du très dévot Frère récollet Didace Pelletier. Voir l'attestation de cette guérison reçue devant M. Charles Glandelet, vicaire-général de Québec, le 22 octobre 1699, dans le Canada-Français, vol. IV, p. 258.

dière), censé mort n'en ayant appris aucune nouvelle depuis le dit temps " (1)

Dans un mémoire sur le commerce de l'eau-de-vie, et qui date de 1696 ou peu après, nous lisons :

"Le carnaval de 167.., six traiteurs du fort Katarak8y, nommés Duplessis, Ptolémée, Dautru,Lamouche,Colin et Cascaret,enivrèrent tout le village de Taheyagon, dont tous les sauvages furent saouls trois jours durant. Les vieillards, les femmes et les enfants s'enivrèrent tous. Après quoi, les six traiteurs firent la débauche que les sauvages appellent gan 8 ary, courant tout nus avec un baril d'eau-de-vie sous le bras. Ils ont tous fini d'une mort misérable. Duplessis est mort à la Barbade où il a été vendu par les Anglais. Ptolémée s'est noyé, tournant en canot sur un rocher auquel il a donné son nom : le Sault Ptolémée. Dautru s'est noyé dans la barque de M. de La Salle, qui périt dans le lac Huron. Lamouche s'est noyé à l'entrée de la rivière Sainte-Anne, avec un Lanodière. Colin a été brûlé aux Iroquois, en 1692, accompagnant M. le chevalier d'Eau en ambassade. Cascaret est mort, sans confession, chez un chirurgien de Montréal, rongé de vérole, aussi bien qu'un nommé Lacause, qui fut trouvé mangé des aigles à la Pointe-à- Beaudet, dans le lac Saint-François. C'était un

(1) Abandon et cession par madame de Lanaudière en faveur du sieur de la Pérade, son fils, devant Gcnaple, notaire à Québec, le 4 novembre 1704.

célèbre impudique et un fameux traiteur d'eaudc-vie.w(l)

Le Lanodière mentionné ici ne peut être Louis Tarieu de Lanaudière. En effet, si ce jeune homme s'était noyé dans la rivière Sainte- Anne, sa famille aurait connu son sort. Or l'acte notarié du 4 novembre 1704 dit formellement qu'on en avait eu aucune nouvelle depuis huit ans.

Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade

Le continuateur de la lignée.

(1) Cité par M. Benjamin Suite, Mémoires de la Soeiété Royale du Canada, année 1901, p. 82.

Première génération : Thomas-Xavier Taricu de Lanaudière

Deuxième génération : Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade

PIERRE-THOMAS TARIEU DE LA PERADE

Né le 11 septembre 1677, il fut baptisé à Québec le 12 novembre suivant.

Comme l'acte de baptême le dit âgé de deux mois et un jour, nous pouvons présumer qu'il naquit à Sainte-Anne de la Pérade, où il n'y avait pas encore de curé ni missionnaire.

Un peu plus de trois ans auparavant, le 29 mars 1674, Mgr de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique de la Nouvelle-France, avait ordonné à tous les pères et mères de faire baptiser leurs enfants au plus tôt après leur naissance. (1) Si Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade était né à Québec, son père, qui était un fervent catholique, n'aurait pas attendu deux mois pour le porter au baptême. La paroisse de Sainte-Anne de la Pérade peut, croyons-nous, réclamer Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade comme le premier enfant né sur son territoire.

On s'est souvent demandé pour quelle raison Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade n'avait pas pris le nom de Lanaudière qui était celui de son père. Pierre-Thomas était le second fils de M. de Lanaudière. Louis, l'aîné, disparut vers 1696. Malgré les recherches de sa mère, elle n'en eut plus aucune nouvelle certaine. C'est

(î) Mandements des évoques de Québec, vol. 1, p. 161.

sans doute parce qu'il n'avait pas de preuves légales de la mort de son frère qui comme aîné avait le droit de porter le nom de Lanaudière, que Pierre-Thomas adopta et garda toute sa vie le nom de la Pérade.

En 1687, le jeune de la Pérade entra dans les troupes du détachement de la marine en qualité de cadet. Les cadets gentilshommes servaient alors comme soldats mais avec certains privilèges.

Trois ans plus tard, en 1690, il prit part à la défense de Québec attaquée par Phipps. Aucune des nombreuses relations du siège de Québec ne nous fait part des hauts faits du jeune cadet, mais, comme à l'automne de cette année, le gouverneur de Frontenac lui accorda une enseigne, nous pouvons présumer qu'il se conduisit bravement, car Frontenac ne récompensait que ceux qui le méritaient.

Le 16 mars 1691, le roi confirmait l'enseigne que M. de Frontenac avait accordée à M. de la Pérade l'année précédente. (1)

Un " rôle des officiers du Canada " fait en 1692, sous l'inspiration de M. de Frontenac, dit de M. de la Pérade :

" La Pérade. Canadien. Enseigne en 1690. Brave. Jeune." (2)

Le 2 janvier 1694, M. de la Pérade était promu lieutenant réformé. Ce grade fut confirmé par le roi, le 16 avril 1695. (3)

(1) Laffilard, Alphabet, tome II, p. 144.

(2) Archives du Canada, Correspondance générale,vol.l20.

(3) Laffilard, Alphabet, tome II, p. 144.

Dans une Relation de ce qui s'est passé en Canada en 1696, nous voyons que dans l'été de 1696, M. de la Pérade fut envoyé avec un certain nombre de soldats sur le brigantin commandé par le fameux capitaine corsaire Outlas.

Le 9 juin, dit cette Relation, la frégate du roi la Bouffonne leva l'ancre de devant Québec, pour aller croiser, commandée par le sieur de la Vallière. Il avait pour lieutenant le sieur de Beaubassin, son fils, et pour enseigne le sieur de la Potherie, son autre fils.

" On mit deux soldats par compagnie tant dans cette frégate que sur un brigantin que commandait le sieur Outlas, anglais habitué depuis longtemps parmi nous, qui avait pour lieutenant le sieur de la Pérade." (1)

Comme un bon nombre des officiers des troupes du détachement de la marine, M. de la Pérade suppléait à l'insuffisance de son traitement en faisant la traite avec les Sauvages. Le 27 octobre 1700, les sous-fermiers de la traite de Tadoussac, la veuve Vianney-Pachot et MM. Dupont, Perthuis et Joseph Riverin, faisaient servir un protêt aux fermiers-généraux du Canada qui avaient permis à M. de la Pérade d'aller hiverner à Tadoussac sous prétexte d'y faire la chasse mais en réalité pour traiter avec

les Sauvages, "lesquels (sous-fermiers),

disait le protêt, ont dit et déclaré qu'ils protestent à l'encontre de messieurs les fermiers généraux de Canada de tous dépens, dommages et intérêts au sujet du canot commandé par le

(1) Collection de manuscrits, vol. II, p. 222.

sieur de la Pérade parti ce jourd'hui pour aller hiverner sur les limites de la dite traite de Tadoussac sous prétexte de chasse nonobstant les avertissements et oppositions verbales qu'ils ont fait pour empêcher le départ du dit canot ; le départ du dit canot étant la destruction et ruine totale de la dite sous-ferme, pourquoi ils persistent en la dite déclaration qu'ils ne paieront point la ferme qu'ils sont obligés de payer, attendu qu'ils ne jouissent point des droits, privilèges et prérogatives dont ont joui leurs prédécesseurs en la dite sous-ferme. ..." (1)

Le 30 octobre 1700, M. de la Pérade se faisait concéder par MM. de Callières et Bochart Champigny un nouveau fief en arrière de la seigneurie de Sainte- Anne qui appartenait à sa mère. L'acte de concession disait :

" Sur la réquisition par Pierre-Thomas Tarieu, sieur de la Pérade, lieutenant reformé des troupes du détachement de la marine en ce pays, de lui vouloir accorder en titre de fief et seigneurie l'espace de terre qui se trouve au derrière de la terre et seigneurie de Sainte- Anne, laquelle espace contient environ deux lieues de front entre les lignes prolongées des seigneuries de Saint-Charles des Roches (les Grondines) et Batiscan sur une lieue et demie de profondeur, ensemble la rivière qui peut traverser la dite espace de terre et les islets qui peuvent s'y rencontrer, pour s'y faire le sieur de la Pérade un établissement et domaine, y

(1) Protestation et déclaration des sous-fermiers de la traite de Tadoussac devant Rageot, notaire à Québec, le 27 octobre 1700.

placer des tenanciers et en jouir et disposer par lui au dit titre de fief et seigneurie avec haute, moyenne et basse justice, à quoi ayant égard, Nous, en vertu du pouvoir à nous conjointement donné par Sa Majesté avons accordé, donné et concédé, donnons, accordons et concédons au dit sieur de la Pérade la dite espace de terre de toute l'étendue qu'elle est ici désignée ; ensemble la rivière qui la peut traverser et les îlets qui s'y rencontreront si aucuns y a, pour en jouir, faire et disposer par le dit sieur de la Pérade, ses hoirs et ayant cause en pleine propriété à toujours aux susdits titres et droits de fief et seigneurie, haute, moyenne et basse justice, avec droit de chasse, pêche et traite " (1)

Dans un état des officiers servant au Canada envoyé au ministre le 15 octobre 1701 et apostille par M. de Callières, nous lisons :

" Le S r de la Pérade, natif du Canada, âgé de 25 ans, a servy depuis Tannée 1687 en qualité de cadet jusqu'en 1689 qu'il fut fait enseigne et lieutenant reformé en 1694. Bon officier." (2)

Le 4 novembre 1704, Marguerite-Renée Denys, veuve de Lanaudière, voulant aider à l'établissement de son fils, lui cédait la seigneurie de Sainte-Anne qu'elle faisait valoir depuis la mort de son mari. Le cadeau en valait la peine car madame de Lanaudière par sa sage administration avait beaucoup augmenté la

(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale,

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.

valeur de sa seigneurie. Afin d'indemniser sa mère, M. de ia Pérade s'engagea à lui payer jusqu'à sa mort une rente annuelle de quatre cents livres, payable de trois mois en trois mois à raison de cent francs par chaque quartier.(l)

Propriétaire d'une des plus belles seigneuries de la colonie, habitant un manoir superbe, apparenté aux principales familles du pays, très bien vu du gouverneur et de l'intendant, il manquait cependant encore quelque chose au bonheur de M. de la Pérade. Agé de près de trente ans, il était célibataire. En septembre 1706, il épousait, à Verchères, Marie-Madeleine de Verchères, fille de défunt François Jarret de Verchères, enseigne dans le régiment de Carignan, seigneur de Verchères, et de Marie Perrot. (2)

C'est la fameuse Madeleine ou "Madelon" de Verchères que les poètes ont chantée et dont nos historiens ont raconté les prouesses.

M. de la Pérade, il n'y a pas à le cacher, avait l'humeur plutôt difficile. Madame de Lanaudière, sa mère, pendant les vingt-six années qu'elle avait exploité la seigneurie de Sainte- Anne, avait eu de temps en temps des petites difficultés avec les seigneurs voisins au sujet des bornes de leurs seigneuries respectives. Mais elle avait toujours réussi à régler ces différends sans recourir aux tribunaux. Elle connaissait sans doute la valeur du proverbe : mieux vaut

(1) Abandon et cession devant François Genaple, notaire à Québec, le 4 novembre 1704.

(2) Contrat de mariage devant Michel Lepailleur,notaire à Montréal, le 8 septembre 1706.

te plus mauvais arrangement que le meilleur procès. A peine en possession de la seigneurie de Sainte- Anne, M. de la Pérade commençait avec les seigneurs voisins et ses censitaires une série de procès qui se continuèrent presque sans interruption jusqu'à sa mort.

La seigneurie de Sainte-Anne, on se le rappelle, avait été concédée conjointement à MM. de Lanaudière et de Suève. A la mort de ce dernier, en 1707, M. de la Pérade fit sommer le curateur de sa succession de procéder avec lui à l'arpentage de la seigneurie afin d'établir exactement ses bornes. Le curateur refusa de se rendre à la demande de M. de la Pérade.

Le 18 avril 1708, M. de la Pérade obtenait de l'intendant Raudot une ordonnance qui déclarait que la ligne de séparation entre la seigneurie de Sainte-Anne et celle des Grondines serait tirée par le nommé Laseriot (?), arpenteur. Le curateur de la succession était condamné à payer le quart des vacations de l'arpenteur. (1)

En 1709, M. de Ramezay fut envoyé en découverte du côté du lac Champlain avec un détachement de troupes, de milices et de Sauvages. M. de la Pérade, qui était le neveu de M. de Ramezay, avait un commandement dans cette expédition.

La petite armée partit de Chambly à la fin de juillet. Elle côtoya le lac Champlain du côté du nord.

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 2, folio 27.

A la rivière des Sables, M. de Ramezay trouva deux Sauvages qui venaient du côté de Corlar. Ils l'informèrent qu'ils avaient vu des ennemis à la Pointe à la Chevelure.

M. de Ramezay se décida alors d'envoyer à la découverte afin de s'assurer du nombre et de la position des ennemis.

Mais laissons parler M. de Catalogne, qui faisait partie de l'expédition. Il faut cependant prendre ses dires avec hésitation parce qu'il ne manque jamais de donner des coups de dents à ceux qu'il n'aimait pas.

" Celui que M. de Ramezay mit à la tête des découvreurs, dit-il, était le sieur de la Pérade, son neveu. Comme ce départ se fit presque incognito, il était déjà bien loin lorsque je l'appris ; cependant je fis remontrer à M. de Ramezay qu'en pareil cas, il ne pouvait envoyer en ces endroits un homme trop sensé. Il me témoigna en être mortifié, mais il n'y avait plus de remède.

" Le jour étant sur le déclin, nous nous mîmes en marche et arrivâmes à nuit close à la rivière aux Loutres, où le sieur de la Pérade devait nous attendre. Cependant, il avait passé outre et avait été vu des ennemis qui étaient à la découverte,ce qui les fit disposer à faire une embuscade à environ un quart de lieue au-dessous de leur camp.

" Un canot de nos Sauvages qui se voyant bravés pour n'avoir pas été choisis pour aller à la découverte, prirent le mors aux dents, et partirent sans consulter personne, et nous arri-

vâmes à la rivière aux Loutres sans y trouver le sieur de la Pérade.

" M. de Ramezay était comme un furieux, menaçant de faire casser son neveu qui, peu de temps après, arriva, qui dit qu'il avait découvert la fumée du camp des ennemis, de quoi nous ne doutions pas, mais il ne disait pas qu'il avait été vu des ennemis ; enfin,la nuit on se mit en marche ayant le sieur de Montigny avec des Abénaquis à la tête.

" Vers les deux heures après minuit le canot des Sauvages qui s'était débandé vint à notre rencontre, qui dirent que voulant débarquer ils avaient donné dans l'ambuscade des ennemis, qui avaient tué un de leurs gens et un autre blessé, qu'ils s'étaient pourtant tirés au large sans autre accident.

" Voilà les fruits de la découverte de M. de la Pérade." (L)

En 1710, M. de la Pérade, s'appuyant sur les concessions qui avaient été accordées à sa mère et à lui-même, l'une par MM. de Frontenac et Bochart Champigny, le 6 avril 1697, des îles qui se trouvaient en face de la seigneurie de Sainte-Anne, l'autre par MM. de Cal- Hères et Bochart Champigny, le 30 octobre 1700, d'un espace de terre d'environ deux lieues de front en arrière de la même seigneurie, demandait à l'intendant Raudot de faire défense à M. Chorel Dorvilliers, héritier de M. de Suève, coseigneur de Sainte-Anne, de le troubler dans sa possession. Il demandait en

(1) Collection de Manuscrits, vol. 1, p. 616.

même temps le partage de ia seigneurie de Sainte-Anne qui avait toujours été possédée en commun par M. de vSuève et M. de Lanaudière, son père.

Le 8 janvier 1710, l'intendant Raudot rendait son jugement. Il déclarait M. de la Pérade propriétaire des îles qui étaient en face de la seigneurie de Sainte-Anne et des terres qui se trouvaient en arrière de la même seigneurie. Il commettait en même temps l'arpenteur Hilaire Bernard de la Rivière pour tirer les lignes de la seigneurie de Sainte-Anne afin de régler les contestations entre M. de la Pérade et M. Chorel Dorvilliers. Le 28 mars 1710, M. Raudot homologuait le procès-verbal d'alignement et partage de la seigneurie de Sainte-Anne fait par Bernard de la Rivière et défendait au sieur Dorvilliers de troubler M. de la Pérade dans la possession de la dite seigneurie. Le succès de M. de la Pérade fut cependant de courte durée. Le lendemain, 29 mars 1710, M. Raudot modifiait considérablement son ordonnance de la veille au profit de M. Dorvilliers. Le domaine que M. de la Pérade s'était taillé dans la seigneurie de Sainte-Anne au détriment de son coseigneur était diminué presque de moitié. (1)

En 1711, M. et madame de la Pérade étaient poursuivis par François Baribault, un brave cultivateur de Sainte-Anne, à qui ils avaient loué l'île Saint-Ignace. Baribault prouva si clairement qu'il ne pourrait jamais s'accorder avec M. de la Pérade et sa femme

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 4.

qui, disait-il, le menaçaient à tout instant de voies de faits, que l'intendant Raudot, le 29 avril 171 L, annulait le bail consenti par M. de la Pérade à Baribault et permettait au seigneur de disposer de l'île Saint-Ignace comme il l'entendrait. (1)

En 1715, nouvelles difficultés entre MM. de la Pérade et Chorel Dorvilliers, seigneurs conjoints de Sainte-Anne. M. de la Pérade avait construit le moulin banal et en retirait de ce fait tous les revenus. Le 15 février 1715, l'intendant Raudot permettait à M. Chorel Dorvilliers de construire, lui aussi, un moulin dans sa partie de seigneurie. L'intendant Raudot établissait en même temps un règlement de comptes entre les deux seigneurs afin d'empêcher les contestations à l'avenir. (2)

En 1715, M. de la Pérade intentait aux habitants de sa seigneurie de Sainte-Anne un procès qui devait durer plusieurs années.

Les habitants de Sainte-Anne, depuis plusieurs années, faisaient pacager et herbager leurs bestiaux sur l'île au Sable qui appartenait à M. de la Pérade. Les habitants prétendaient que l'île au Sable dépendait de la commune qui leur avait été accordée par leurs titres de concessions.

Après cinq années de procédures et d'interventions de toutes sortes, le 16 août 1720, l'intendant Bégon rendait son jugement. Il maintenait les habitants de Sainte- Anne dans

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 5.

(2) Ordonnances des Intendants, cahier 5.

la possession et jouissance de l'île au Sable " pour en jouir par eux comme commune ainsi qu'ils en avaient joui ci-devant à la charge d'abattre tous les ans, dans le mois de mars, un demi arpent de bois, conformément à leurs titres de concession." (1)

Le jugement de l'intendant Bégon fut porté par M. de la Pérade au Conseil du Roi. Huit ans plus tard, le 22 mai 1728, un arrêt du Conseil d'Etat cassait l'ordonnance de M. Bégon et maintenait M. de la Pérade dans la propriété de l'île au Sable. (2)

Le litige avait duré de 1715 à 1728, soit treize années ! Si, de nos jours, les plaideurs attendent parfois quelques années pour avoir justice, ils peuvent au moins se consoler en songeant qu'il y a des précédents à ces longues attentes.

" En 1721, écrit Mgr Tanguay, Pierre- Thomas De la Nouguère (Lanaudière) ou de la Pérade obtint de l'intendant Bégon, le privilège de tenir les postes pendant vingt ans entre Québec et Montréal, avec un tarif des charges gradué sur les distances. C'est la première institution postale établie en Canada." (3)

Mgr Tanguay fait erreur ici. Il a été trompé par la similitude des noms. Ce n'est pas M. de la Pérade qui obtint un privilège de l'intendant Bégon en 1721 pour tenir les postes entre Québec et Montréal, mais Nicolas La-

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 7 72, folio 7.

(2) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1904, pp. 102 et 104.

(3) A travers les registres, p. 114.

noullier. Ce privilège, d'ailleurs, ne fut pas confirmé par le roi. (1)

Dans la liste des officiers de guerre qui servaient en Canada en 1722, apostillée par le gouverneur de Vaudreuii en octobre 1722, il est dit de M. de la Pérade :

" Le Sr de la Pérade, âgé de 45 ans. Il est en état de servir mais il a peu de capacité pour le commandement." (2)

En cette même année 1722, M. de la Pérade, malade à son manoir de Sainte-Anne de la Pérade, eut une aventure avec deux Abénaquis qui se serait certainement terminée de façon tragique pour lui sans la présence d'esprit et la force peu ordinaire de sa femme. Celle-ci racontait elle-même le fait dans la " Relation de ses faits héroïques adressés à la comtesse de Maurepas, à la demande de M. de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle- France."

u L'an 1722, je me suis trouvée dans une occasion assez délicate où il s'agissait de sauver la vie à M. de la Pérade, mon mari, et à moi. Deux Abénaquis des plus grands hommes de leur nation étant entrés chez nous, cherchèrent querelle à M. de la Pérade. Il leur dit en iroquois : sortez d'ici. Ils sortirent tous deux très fâchés. Leur sortie qui fut fort brusque nous fit croire la querelle finie. Nous n'examinâmes

(1) Sur Nicolas Lanoullier et son privilège pour établir des postes entre Québec et Montréal, on peut consulter le Bulletin des Recherches Historiques, vol. XII, p. 3.

(2) Archives du Canada, Correspondnace générale, vol.

point leur démarche, persuadés qu'ils avaient pris le parti de s'en aller. Dans un moment nous fûmes fort surpris de les entendre tous dans le tambour de la maison, faisant le cri de mort et disant : Tagarianguen,qui est le nom iroquois de mon mari, tu es mort. Ils étaient armés : l'un d'un casse-tête et l'autre d'une hache. Celui-ci enfonce, brise la porte à coups de hache sur la tête de M. de la Pérade, qui fut assez adroit et assez heureux pour parer le coup en se jetant à corps perdu sur le sauvage ; mais il était trop faible pour pouvoir résister longtemps à un sauvage d'une stature gigantesque et dont les forces répondaient à la haute taille. Un homme de résolution qui se trouva fort à propos à la porte de la maison donna du secours à M. de la Pérade. Le sauvage qui était armé d'un cassetête voyant son compagnon en presse entre, lève le bras pour décharger son coup sur la tête de mon mari ; résolue de périr avec lui et suivant les mouvements de mon cœur, je sautai ou plutôt je volai vers ce sauvage, j'empoigne son casse-tête, je le désarme. Il veut monter sur un coffre, je lui casse les reins avec son cassetête et je le vois tomber à mes pieds. Je ne fus jamais plus surprise que de me voir enveloppée à l'instant par quatre sauvagesses ; l'une me prend à la gorge, l'autre aux cheveux, après avoir arraché ma coiffe ; les deux autres me saisissent par le corps pour me jeter dans le feu. A ce moment, un peintre me voyant aurait bien pu tirer le portrait d'une Madeleine ; décoiffée, mes cheveux épars et mal arrangés,

mes habits tous déchirés, n'ayant rien sur moi qui ne fût pas morceaux, je ressemblais pas mal à cette sainte aux larmes près, qui ne coulèrent jamais de mes yeux. Je me regardais comme la victime de ces furieuses outrées de douleur de voir, l'une son mari, les autres, leur parent, étendu sur la place sans mouvement et presque sans vie. Bientôt, j'allais être jetée dans le feu, lorsque mon fils Tarieu, âgé seulement de douze ans, animé comme un lion à la vue de son père qui encore aux prises avec le sauvage et de sa mère prête à être dévorée par les flammes, il s'arme de ce qu'il rencontre, frappe avec tant de force et de courage sur la tête et les bras de ces sauvagesses, qu'il les obligea à lâcher prise. Débarrassée de leurs mains, je cours au secours de M. de la Pérade, passant sur le ventre de celui que j'avais étendu par terre. Les quatre sauvagesses s'étaient déjà jetées sur M. de la Pérade, pour lui arracher la hache qu'il tenait et dont il voulait casser la tête au malheureux qui venait de le manquer. Prenant le sauvage par les cheveux, je lui dis ; tu es mort, je veux avoir ta vie. Le Français dont j'ai parlé qui donnait secours à M. de la Pérade me dit : madame, ce sauvage demande la vie, je crois qu'il faut lui donner quartier. En même temps, ces sauvagesses qui jusqu'alors avaient toujours poussé des cris effroyables qui nous empêchaient de nous entendre, demandèrent aussi la vie. Nous voyant les maîtres, nous crûmes qu'il était plus glorieux de laisser la vie à notre ennemi vaincu que de le faire

mourir. Ainsi je sauvai la vie à mon mari, et mon fils âgé de douze ans sauva la vie à sa mère. Cette action fut aux oreilles de M. de Vaudreuil ; il voulut s'informer du fait par lui-même, il vint exprès sur les lieux, il vit la porte cassée, il parla au Français témoin de Faction et sut dans la suite des sauvages mêmes la vérité de ce que je viens d'exposer." (1)

En 1727, l'île au Sable revenait sur le tapis. M. Voyer, curé de Sainte- Anne, ayant eu le malheur de faire couper quelques arbres sur cette île, M. de la Pérade le poursuivit devant la Prévôté. Le 14 janvier 1727, le curé était condamné pour ce crime à cinq livres d'amende envers le roi et aux dépens du procès. (2)

Comme conséquence de ce jugement, le 21 mars 1727, M. de la Pérade obtenait de l'intendant Dupuy une ordonnance exécutoire contre le curé Voyer pour la somme de 225 livres, montant des dépens dans son affaire avec lui. (3)

Le sieur Normandin, huissier de Batiscan, n'ayant pas mis à exécution l'ordonnance portée contre le curé Voyer par M. de la Pérade, celui-ci, le 8 avril 1727, obtenait de l'intendant Dupuy l'interdiction de Normandin pour trois mois. (4)

En 1728, M. de la Pérade intentait un nouveau procès à M. Chorel Dorviiliers. Cette fois, il lui réclamait les cens et rentes seigneu-

(1) Supplément du Rapport du Dr Brymner sur les Archives Canadiennes, pour 1899, p. 7.

(2) Registre de la Prévôté de Québec, 1726-1728.-

(3) Ordonnances des Intendants, cahier 12 A.

(4) Ordonnances des Intendants, cahier 12 A.

riales sur huit arpents de terre qu'il possédait dans File Saint-Ignace sur le pied de six deniers de cens, de vingt sols de rentes annuelles par arpent et un chapon vif aussi par arpent, à compter du 9 mars 1697. M. de la Pérade voulait de plus obliger M. Chorel Dorvilliers à prendre un titre de concession pour ses huit arpents de terre, attendu, disait-il, qu'il les possède sans aucun titre et indûment.

Le 10 juillet 1728, l'intendant Dupuy donnait raison à M. de la Pérade sur toute la ligne.

" Avons ordonné et ordonnons, disait-il, que la dite île Saint-Ignace aussi bien que toutes celles qui sont sur la devanture de la seigneurie de Sainte-Anne seront et demeureront au sieur de la Pérade, faisons défense au sieur Dorvilliers de le troubler en la possession et jouissance d'icelles, ordonnons en outre que les terres que le sieur Dorvilliers a dans l'île Saint-Ignace aussi bien que les habitants qui en pourraient avoir relèveront du sieur de la Pérade à qui ils payeront les cens et rentes aux conditions ci-devant dites et seront tenus de prendre titre et contrat du dit sieur de la Pérade " (1)

Il va sans dire que M. Chorel Dorvilliers était condamné à tous les dépens de l'instance de même qu'aux frais des voyages de M. et madame de la Pérade à Québec.

Une des principales obligations des censitaires, sous le régime seigneurial, était de faire moudre leurs grains au moulin banal. Le mou-

Ci) Ordonnances des Intendants, cahier 15.

lin de M. de la Pérade devait avoir bien des défauts puisque les habitants de Sainte-Anne préféraient faire moudre leurs grains au moulin de la seigneurie de Saint-Pierre, qui appartenait à M. Levrard.

Déjà, en" 1707, M, de la Pérade avait obtenu de l'intendant Raudot une ordonnance par laquelle il obligeait le curé et tous les habitants de Sainte-Anne de porter moudre leur blé au moulin banal, avec défense d'aller ailleurs, à peine de confiscation et d'amende.

Pendant un certain nombre d'années les habitants de Sainte-Anne se conformèrent à cette ordonnance. Ils connaissaient leur seigneur et savaient qu'il n'était pas homme à se laisser léser sans avoir recours à la justice.

En 1728, les habitants de Sainte-Anne se sentant moins surveillés recommencèrent leurs visites au moulin de Saint-Pierre.

M. de la Pérade, en vertu de l'ordonnance rendue par M. Raudot en 1707, fit saisir chez le nommé Pierre Brisson, meunier de la seigneurie de Saint-Pierre, les blés portés à son moulin par le curé et huit habitants de sa seigneurie.

Quelques jours plus tard, M. de la Pérade faisait assigner devant l'intendant Dupuy, le curé et les habitants en faute.

Le 10 juillet 1728, l'intendant Dupuy déclarait les saisies faites entre les mains du meunier Brisson bonnes et valables et ordonnait à celui-ci de remettre les blés en question à M. de la Pérade. Le curé et les habitants furent

de plus condamnés aux dépens tant des saisies que des assignations et aux frais de voyage de M. de la Pérade à Québec taxés à trente livres. M. Dupuy déchargea cependant les habitants de l'amende; M. de la Pérade ayant déclaré qu'il la leur remettait pour cette fois. (1)

Brisson ayant refusé de remettre les blés saisis chez lui, M. de la Pérade obtint de l'intendant Dupuy, le 20 août 1728, un exécutoire contre l'entêté meunier qui fut de plus condamné à tous les frais et dépens et à cinq livres d'amende, pour sa désobéissance, applicable à la paroisse de la seigneurie de Sainte- Anne. (2)

Pendant la vacance du siège de Québec occasionnée par la mort de Mgr de Saint-Vallier, le Chapitre de Québec avait eu la malencontreuse idée de nommer des curés inamovibles dans les paroisses de Lachenaie, Repentigny, Château-Richer,Beaumont,Laprairie et Sainte- Anne de la Pérade. M. Voyer, nommé curé inamovible de Sainte- Anne de la Pérade le 3 février 1728, desservait cette paroisse en qualité de missionnaire depuis sept ans.

Informé de ces nominations insolites dès son accession au siège de Québec, Mgr de Mornay, qui ne passa pas dans la Nouvelle-France, donna instruction à son coadjuteur, Mgr Dosquet, d'exiger la démission de ces six prétendus curés inamovibles.

Cinq se soumirent de bonne grâce. Le

Cl) Edits et Ordonnances, vol. II, p. 497. (2) Edits et Ordonnances, vol. III, p. 246.

sixième, M. Voyer, curé de Sainte- Anne de la Pérade, refusa de donner la démission demandée. Il écrivit même à Mgr Dosquet quelques lettres peu conformes à la subordination qu'un prêtre doit à son évêque, Mgr Dosquet, piqué de ce procédé et fort de son droit, lui enleva les pouvoirs de prêcher et de confesser, puis, par le ministère de son archidiacre, M. de Lotbinière, le suspendit et nomma le Père Luc, récollet, pour desservir Sainte- Anne de la Pérade jusqu'à nouvel ordre.

M. de la Pérade qui avait déjà en maille à partir avec son curé, trouva le moyen d'intervenir dans la chicane de ce dernier avec Mgr Dosquet qui ne le regardait pourtant pas en aucune façon.

On voit sa signature sur la dernière monition adressée par l'archidiacre de Lotbinière à M. Voyer.

Le curé Voyer finit par entendre raison et, au mois de mars 1733, il se démettait de sa cure en bonne et due forme. Mgr Dosquet lui remit tous ses pouvoirs et M. Voyer continua à desservir la paroisse à titre de missionnaire.

Les habitants de Sainte-Anne de la Pérade qui avaient été divisés en deux camps pendant plusieurs mois reprirent peu à peu leur vie ordinaire.

Dans l'été de 1730, M. et madame de la Pérade étaient assignés devant la Prévôté de Québec par M. Gervais Lefebvre, curé de Batiscan, paroisse voisine de Sainte-Anne de la Pérade, qui les accusait d'avoir fait circuler

des propos diffamatoires contre son caractère, son honneur et sa réputation.

Si le curé Lef ebvre croyait avoir la partie belle avec le seigneur de Sainte-Anne et sa femme, il ne les connaissait pas ou les connaissait mal. Ils se défendirent avec une énergie digne d'une meilleure cause. Ils amenèrent devant la Prévôté une foule de témoins qui avaient des griefs plus ou moins justifiés contre le curé Lef ebvre et donnèrent des témoignages qui n'avaient pas rapport à la cause mais préjugèrent le juge contre le curé de Batiscan.

Le 29 août 1730, M. André de Leigne, lieutenant-général de la Prévôté, rendait son jugement. Il condamnait le curé Lefebvre à la somme de deux cents livres de dommages et intérêts envers M. et madame de la Pérade " pour les avoir traduits en justice mal à propos et inconsidérément." De plus, tous les dépens du procès étaient mis à sa charge.

Le curé Lefebvre appela immédiatement au Conseil Supérieur de la Nouvelle-France du jugement rendu contre lui par la Prévôté de Québec. Il demandait au Conseil Supérieur de le décharger des condamnations de la Prévôté et exigeait des sieur et dame de la Pérade réparation d'honneur pour les fausses accusations et calomnies portées contre lui. Il demandait, de plus, que les dépositions mal à propos reçues et admises par le lieutenant général de la Prévôté fussent mises au feu et brûlées.

Le 23 décembre 1730, le Conseil Supérieur rendait son jugement. Il déchargeait le curé

Lefebvre des condamnations contre lui prononcées par la sentence de la Prévôté de Québec. Sur la demande en réparation d'honneur et les autres demandes du curé Lefebvre, le Conseil mettait les parties hors de cour et de procès, ordonnait la suppression de la procédure et condamnait M. et madame de la Pérade aux dépens des causes principale et d'appel.

M. et madame de la Pérade, on peut le croire sans peine, ne furent pas satisfaits de ce jugement qui, sans accorder toutes les demandes du curé Lefebvre, mettait cependant à leurs charges tous les frais du procès tant devant la Prévôté que devant le Conseil Supérieur.

Il n'y avait pas d'autre juridiction dans la Nouvelle-France, mais iî y avait le Conseil d'Etat dans la vieille France. Les frais d'un semblable appel étaient assez élevés, mais pour des plaideurs avisés comme le seigneur de Sainte-Anne et sa femme pareille considération n'entrait pas en ligne de compte.

Madame de la Pérade se décida à passer en France afin de porter elle-même son affaire devant le Conseil d'Etat. Elle s'embarqua à Québec à l'automne de 1732.

Les hauts faits de Madeleine de Verchères étaient bien connus en France. Elle recevait depuis plusieurs années une pension du roi pour sa belle défense du fort de Verchères. Le gouverneur de Beauharnois, peu après son arrivée ici, avait fait envoyer à madame de Maurepas, femme du ministre, une relation de

ses actions d'éclat écrite par l'héroïne ellemême.

Les portes des différents ministères lui furent donc toutes grandes ouvertes. Le président du Conseil de marine, entre autres, la reçut avec le plus vif intérêt. Il s'intéressa tout de suite à son affaire sans toutefois se compromettre.

Le 12 mai 1733, le président du Conseil de marine écrivait à MM. de Beauharnois et Hocquart qu'il ne comprenait pas comment il se faisait que dans le procès entre M. et madame de la Pérade avec M. Lefebvre, curé de Batiscan, les parties avaient été mises hors de cour et M. de la Pérade condamné aux dépens. Si le curé Lefebvre était coupable des faits imputés, pourquoi le mettre hors de cour ? S'il était innocent, pourquoi ne condamner M. de la Pérade qu'aux dépens et ne pas punir lui et sa femme comme calomniateurs ? Le président du Conseil de marine informait cependant le gouverneur et l'intendant qu'il n'accorderait pas le pourvoi en cassation afin d'éviter la continuation du scandale. Le président du Conseil de marine exhortait fortement MM. de Beauharnois et Hocquart à concilier les parties sur le paiement des frais. (1)

Madame de la Pérade, comme on vient de le voir, n'avait pas obtenu la permission de porter son affaire devant Je Conseil d'Etat, mais le président du Conseil de marine lui avait

(1) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1904, p. 176.

fait toutes sortes de belles promesses. Les bonnes paroles coûtent peu et les ministres du grand roi en étaient prodigues.

Madame de la Pérade se rembarqua pour la Nouvelle-France au printemps de 1733. Le président du Conseil de marine poussa l'amabilité jusqu'à lui permettre de faire le voyage sur le vaisseau du roi. (1) C'est une faveur qu'on obtenait peu souvent alors.

Peu après le retour de madame de la Pérade au pays, le gouverneur de Beauharnois et l'intendant Hocquart, pour se conformer aux ordres du président du Conseil de marine, commençaient leur travail pour amener les parties à une entente. La tâche n'était pas facile. Le Conseil Supérieur ayant donné raison à peu près sur tous les points au curé Lefebvre, celui-ci était bien disposé à régler l'affaire à l'amiable. Mais M. et madame de la Pérade ne voulaient pas démordre. Comme nos Canadiens de la campagne lorsqu'ils s'engagent dans un procès, ils voulaient en voir le bout. Enfin, après plusieurs entrevues avec M. et madame de la Pérade, le gouverneur et l'intendant réussirent à régler l'affaire.

Le 21 octobre 1733, M. Joachim Fornel, chanoine de la cathédrale de Québec, au nom et comme fondé de pouvoir de M. Gervais Lefebvre, docteur en théologie et curé de Batiscan. et Marie-Madeleine Jarret de Verchères, tant

(1) Rapport sur les Archives Canadiennes, pour 1391, p. 186.

pour elle que pour son mari Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade, signaient l'accord suivant :

" Pardevant les notaires royaux en la prévosté de cette ville de Québec sont comparus Me Joachim Fornel, prêtre, chanoine de la cathédrale de cette ditte ville, au nom et comme fondé du pouvoir soubs sein privé en datte du premier octobre dernier de Me Gervais Lefebvre, aussy prêtre et docteur en théologie, et dame jarret de Verchères faisant tant pour elle que se faisant fort de faire ratiffier le contenu en ces présentes par Pierre-Thomas Tarieu Eser, sieur de la Pérade, ofïer dans les troupes du détachement de la marine entretenues en ce pays pour le service du Roy, son époux, lesquels sieur Fornel et dame de la Pérade es noms nous ont dits et déclarés que nos seigneurs marquis de Beauharnois, commandeur de l'Ordre royal et militaire de St-Louis, gouverneur et lieutenant-général en ce pays, Gilles Hocquart, chevalier coner du Roy, en ses conseils, intendant de justice, police et finances en ce dit pays, ont bien voulus les concilier et acomoder sur l'affaire qu'ils ont eus au conseil dont arrest est intervenu le 23 décembre 1730, en conséquence duquel a été décerné exécutoire pour les dépends le sixième aoust 1731 et qu'au moyen de cette consiliation et accomcdement faits par nos dits seigneurs le dit sieur Fornel au dit nom tient quitte et décharge les dits sieur et dame de la Pérade des condamnations portées par le dit arrest et exécutoire dont et de quoy les parties nous ont

requis acte que nous leur avons octroyés, voulant et promettant qu'il ne soit plus parlé ny question des différents cy-devant mus et de faire cesser tous reproches en cette occasion au moyen de la présente transaction, s'obligeant mon dit sieur Fournel de faire ratifier par mon dit sieur Lef ebvre la présente transaction toutes fois et quantes, car ainsy etc., promettant etc., obligeant etc Renonçant etc. Fait etc à Québec au Palais du Roy dans un des appartements de mon dit seigneur l'intendant après-midy le vingt-unième jour d'octobre mil sept cent trente trois, et ont les dites parties signées avec nous dits notaire.

FORNEL, Ptre

MARIE DE VERCHER DE LA PERADE

LOUET

HICHE,"(1)

Dans sa lettre du 13 avril 1734, le président du Conseil de marine félicitait chaleureusement MM. de Beauharnois et Hocquart d'avoir réussi à régler à l'amiable cette affaire si épineuse. (2)

Le procès du curé Lefebvre contre M. et madame de la Pérade avait passionné les esprits pendant trois années. Il y avait eu tort des deux côtés. Mais on ne peut blâmer le curé Lefebvre d'avoir revendiqué son honneur. Il était curé d'une importante paroisse et sa répu-

(1) Acte de Henry Hiché, notaire à Québec.

(2) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1904,

tation devait être intacte pour y exercer son ministère avec fruit. (1)

En 1728, M. de la Pérade avait fait déclarer par l'intendant Dupuy qu'il était l'unique propriétaire de l'île Saint-Ignace. M. Chorel Dorvilliers, pendant ses années d'usurpation, avait concédé des terres dans l'île Saint- Ignace, à deux habitants de Sainte-Anne, Pierre Rivard Lanouette et Julien Rivard Lanouette. Ceux-ci avaient continué à payer leurs cens et rentes à M. Chorel Dorvilliers.

M. de la Pérade avait encore là une belle occasion de plaider. Il ne la manqua pas. Le procès qu'il intenta à Pierre Rivard Lanouette, en 1732, dura quatre ans.

Le 25 septembre 1736, M. de la Pérade réussissait enfin à faire décider par l'intendant Hocquart que la terre acquise par Pierre Rivard Lanouette de M. Chorel Dorvilliers, le 30 septembre 1723, relevait de sa seigneurie comme faisant partie de l'île Saint-Ignace, et il faisait condamner Pierre Rivard Lanouette à lui paya les lods et ventes de son acquisition suivant la coutume comme aussi tous les arrérages de cens et rentes dus et échus depuis le 20 septembre 1723, date de son acquisition. (2)

Pierre Rivard Lanouette, se conformant au jugement rendu contre lui, offrait immédiatement de payer à M. de la Pérade tout ce qu'il lui devait. Celui-ci trouva le moyen de créer un

(1) Dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. VI, pp. 340 et seq., en trouvera un résumé du procès du curé Lefebvre et de M. et madame de la Pérade.

(2) Ordonnances des Intendants, cahier 24.

nouveau procès. Cette fois, l'intendant Hocquart, qui lui était moins favorable que l'intendant Dupuy, le mit proprement à sa place. Le 13 octobre 1736, il déclarait les offres faites à M. de la Pérade par Rivard Lanouette bonnes et valables et décida que, faute par M. de la Pérade d'accepter les lods et ventes, cens et rentes et arrérages d'icelles offertes par Rivard Lanouette, ce dernier serait bien et valablement déchargé de tout paiement. (1)

Pendant son séjour en France en 1732- 1733, madame de la Pérade s'était occupé, en outre de son procès avec le curé Lefebvre, d'une autre affaire importante.

Le 4 mars 1697, madame de Lanaudière, mère de son mari, avait obtenu de MM. de Frontenac et Bochart Champigny une concession de trois lieues de terre de profondeur derrière sa seigneurie de Sainte-Anne.

Le 30 octobre 1700, M. de la Pérade avait également obtenu de MM. de Caliières et Bochart Champigny une concession d'environ deux lieues de terre de front sur une lieue et demie de profondeur " au derrière de la terre et seigneurie de Sainte- Anne."

Le roi n'avait pas encore ratifié ces deux concessions qui remontaient l'une à trente-six ans et l'autre à trente-trois ans parce que les tenants et aboutissants de la concession de 1700 étaient les mêmes que celle de 1697.

Madame de la Pérade obtint du président

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 24.

du Conseil de marine le règlement de cette affaire embrouillée.

Le 29 avril 1734, le président du Conseil de marine donnait ordre à MM. de Beauharnois et Hocquart d'annuler la concession faite à madame de Lanaudière le 4 mars 1697 et d'accorder à M. de la Pérade une nouvelle concession sur le derrière et sur le même front que celle qui lui avait été accordée le 30 octobre 1700. (1)

En conséquence de cet ordre, le 20 avril 1735, MM. de Beauharnois et Hocquart supprimaient et annulaient la concession faite à madame de Lanaudière le 4 mars 1697 et concédaient à M. de la Pérade " une étendue de terre de trois lieues de profondeur à prendre derrière et sur la même largeur de la concession du 30 octobre 1700." Cette concession était faite à titre de fief et seigneurie, avec droit de haute, moyenne et basse justice, etc. (2)

Cette concession fut ratifiée par le roi le 17 avril 1736. (3)

En 1735, M. de la Pérade entrait en lice avec un nouvel adversaire, M. Louis Gatineau Duplessis, seigneur de Sainte-Marie. Le 5 avril 1735, l'intendant Hocquart pour mettre fin à leurs contestations fixait les bornes respectives

(\) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1904, p. 194.

(2) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 177.

(3) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1904, p. 228.

des fiefs voisins de Sainte-Anne et de Sainte- Marie. (1)

Le 21 janvier 1736, M. de la Pérade obtenait de l'intendant Hocquart une ordonnance qui réitérait les défenses déjà faites à tous les habitants de Sainte-Anne de faucher ni enlever aucuns foins de la commune de sa seigneurie à peine de dix livres d'amende et de punition corporelle en cas de récidive. Jean-Baptiste Grimard, qui avait enlevé du foin de la commune, était condamné en trois livres d'amende. (2)

En 1737, M. de la Pérade entra de nouveau en guerre contre M. Voyer, curé de Sainte- Anne. Il lui fit signifier défense " d'abattre, d'enlever ou de faire enlever aucun bois sur la terre du défunt Philippe Etienne ", dont le fonds, prétendait-il, lui appartenait. Pendant plusieurs semaines, le seigneur de Sainte-Anne et le curé Voyer se signifièrent par ministère d'huissier, menaces de procès, sommations, actes notariés, etc., etc. Le litige, cependant, ne fut pas porté devant les tribunaux. Du moins, nous n'en trouvons aucune trace.

En 1739, Pierre Rivard Lanouette, qui avait eu à se plaindre des procédés de M. de la Pérade, trouvait une bonne occasion de le prendre en défaut. M. de la Pérade ayant négligé de faire ses clôtures mitoyennes dans l'île Saint-Ignace, Pierre Rivard Lanouette, le 31 juillet 1739, obtenait de l'intendant Hoc-

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 23.

(2) Ordonnances des Intendants, cahier 24.

quart défaut contre lui. En plus, M. de la Pérade était condamné aux dépens du procès liquidés à quinze livres. (1)

Le 15 mars 1741, M. de la Pérade faisait condamner M. Chorel Dorvilliers à faire sa part de clôture mitoyenne dans l'île Saint- Ignace et ce au printemps de 1742 pour toute préfixion et délai. (2)

En 1744, nouvelle difficulté entre MM. de la Pérade et Chorel Dorvilliers. Julien Rivard Lanouette, habitant de Sainte-Anne, était-il le censitaire de M. de la Pérade ou de M. Chorel Dorvilliers ? Le 4 juin 1744, M. Hocquart tranchait la difficulté en condamnant Julien Rivard Lanouette à payer ses cens et rentes à M. Chorel Dorvilliers. (3) M.de la Pérade évidemment, avait perdu un bon ami par le départ de l'intendant Dupuy !

Daniel Portail de Gevron était le débiteur commun de MM. de la Pérade et Joseph Levreau de Langy. Il était parti du pays sans leur payer ce qu'il leur devait. Le 16 janvier 1747, MM. de la Pérade et Levreau de Langy obtenaient jugement de l'intendant Hocquart contre leur débiteur récalcitrant. M.de la Gorgendière, agent de la Compagnie des Indes, recevait en même temps ordre de se désaisir ni vider ses mains dé la somme de cinq cents et quelques livres appartenantes au sieur Portail de Gevron. (4)

(1) Ordonnances des Intendants, cahier 27.

(2) Ordonnances des Intendants, cahier 27.

(3) Ordonnances des Intendants, cahier 32. (1) Ordonnances des Intendants, cahier 34.

Le 8 août 1747, le deuil entrait dans le manoir de Sainte-Anne de la Pérade. Marie- Madeleine de Verchères, épouse de M. de la Pérade, décédait, à l'âge de soixante-neuf ans. Elle fut inhumée sous le banc seigneurial, dans l'église de Sainte- Anne de la Pérade. (1)

Après la . mort de madame de la Pérade, nous cherchons vainement le nom de son mari dans les paperasses de nos anciens tribunaux. Un esprit soupçonneux en tirerait la conclusion que Madelon de Verchères était l'instigatrice des nombreux procès dans lesquels s'engagea son mari. N'allons pas si loin. Laissons à l'héroïne de Verchères l'auréole bien méritée que lui ont donnée ses actes héroïques.

M. de la Pérade survécut dix ans à sa femme. Il décéda à Sainte-Anne de la Pérade, le 25 janvier 1757, à l'âge de quatre-vingts ans. Il fut inhumé le lendemain, dans l'église paroissiale, sous son banc, a côté des restes de sa femme.

Du mariage de Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade et de Marie-Madeleine de Verchères étaient nés cinq enfants :

(1) Sur Marie-Madeleine de Verchères on peut consulter Joseph Frémont, Annuaire de l'Institut Canadien de Québec, 1888, pp. 69 et 73 ; Sainte-Anne de la Pérade autrefois et aujourdh'ui, p. 23 ; l'abbé Daniel, Grandes familles du Canada, p. 452 ; N. E. Dionne, La Kermesse, p. 93 ; Raoul Renault, Revue Canadienne, vol. XXXI (1885), pp. 279 et 340 ; Fréchette, Légende d'un peuple, p. 63 ; sir J.-M. Le Moine, Les héroïnes de la Nouvelle-France, p. 14 ; Frédéric de Kastner, Héros de la Nouvelle-France, première série, p. 82 ; Drummond, Madeleine Verchères ; A.-G. Doughty, A daughter of New-France ; F.-A. Baillairgé, Marie-Madeleine de Verchères ; Edmond Roy, Madeleine de Verchères, Le Soleil, 20 mars 1909 ; Pierre-Georges Roy, La famille Jarret de Verchères.

Marguerite-Marie-Anne Tarieu de Lanaudière

Née à Sainte-Anne de la Pérade le 3 juillet 1707.

Mariée à Québec, le 17 octobre 1727, à Richard Testu de la Richardière, capitaine de flûte, veuf de Marie Huraut.

M. Testu de la Richardière décéda à Québec, le 25 octobre 1741.

En deuxièmes noces, à Québec, le 7 octobre 1743, Marguerite-Marie- Anne de Lanaudière devint la femme de Anfoine Coulon, écuyer, sieur de Villiers, lieutenant d'une compagnie du détachement de la marine, fils de Nicolas- Antoine Coulon, sieur de Villiers, capitaine, et de Angélique Jarret de Verchères.

M. de Villiers décéda à Montréal le 3 avril 1750.

Sa veuve se remaria à Sainte-Anne de la Pérade, le 12 mars 1752, à Jean-François Gaultier, médecin du Roi et conseiller au Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, fils de René Gaultier de Lapénin et de Françoise Câlin, de la paroisse de la Croix en la Vranchin, diocèse d'Avranches, en Normandie.

M. Gaultier décéda à Québec le 1 1, octobre

Une tradition conservée dans la famille de Lanaudière veut que Marguerite-Marie-Anne de Lanaudière ait été sur le point de se marier en quatrièmes noces avec le célèbre de Bougainville.

Madame Gaultier décéda à l'Hôpital-Général de Québec le 6 janvier 1776.

Elle n'avait pas eu d'enfants.

Charles-François-Xavier Tarieu de Lanaudière

Né à Sainte-Anne de la Pérade le 4 novembre 1710.

Le continuateur de la lignée.

Louis-Joseph Tarieu de Lanaudière

Né à Sainte-Anne de îa Pérade le 15 août

Probablement décédé en bas âge. (1)

Marie-Madeleine Tarieu de Lanaudière

Née à Sainte- Anne de la Pérade le 19 novembre 1717.

Décédé au même endroit le 20 novembre

(1) Nous n'avons aucun renseignement sur lui. Un tableau généalogique de la famille de Verchères dressé par le major René Boileau (publié à la fin de la seconde édition de Zouiviana du chevalier Gustave-A. Drolet), dit que Louis- Joseph Tarieu de Lanaudière décéda garçon.

Jean-Baptiste-Léon Tarieu de la Pérade

Né à Sainte-Anne de la Pérade le 5 mai

Il servit en qualité d'enseigne dans les troupes du détachement de la marine.

En 1747, le chevalier de la Pérade commandait au poste des Ouytanons. (1)

En 1748, le chevalier de la Pérade était envoyé pour servir dans les troupes de l'île Royale.

Le chevalier de la Pérade fut mortellement blessé à la bataille de la Monongahéla, le 9 juillet 1755. Il décéda le lendemain.

Enregistrons ici l'acte de sépulture de ce héros :

" L'an mille sept cent cinquante cinq, le dix de juillet, est décédé au fort Duquesne, sous le titre de l'Assomption de la Ste-Vierge, Mr Jean-Baptiste de Lapérade, Escuyer, sieur de Tarieux, enseigne dans les troupes de l'isle Royale, ayant été blessé, le neuf du présent mois, dans le combat donné contre les Anglais,

(1) Les Ouyatanons étaient plutôt des guerriers que des amis de la terre. M. de la Pérade, pendant son séjour parmi eux, était obligé d'acheter ses provisions de bouche au Détroit. Dans le Livre de compte de la mission des Hurons de 'lîle aux Bois-Blanc, à la date du 24 septembre 1747, nous lisons : " 10 minots de blé d'Inde livré A M. de la Pérade point de prix fait. Il se vendait une pistole ; ce qui fait 100 francs." The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. LLIX, p. 276.

après avoir reçu les Sts sacrements de pénitence et d'extrême onction, son corps a esté inhumé dans le cimetière du mesme fort, par nous ptre récollet soussigné, aumônier du Roy au susdit fort, En foy de quoy avons signé.

Fr DENYS BARON, P.R.

aumônier."

Le chevalier de la Pérade ne s'était pas marié. (1)

(1) Mgr Tanguay (Dictionnaire généalogique, vol. VII, p. 263), lui fait épouser, en 1749, Marie Bertrand de qui il aurait eu une fille, Marie-Antoinette, qui serait née à Montréal, le 27 mars 1750. Mgr Tanguay a fait erreur.

1ère génération : Thomas-Xavier Tarieu de Lanau-

dière

2ème génération : Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade 3ème génération : Charles-François-Xavier Tarieu de

I^anaudière

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