CHARLES-ANTOINE TASCHEREAU
Né à Québec le lo juin 1741.
Il fit les campagnes de 1758, 1759 et 1760 sous Montcalni ^t Lé vis.
Il fut iioiiimé enseigne d'artillerie en 1759 par le marquis de \^audreuil, gouverneur-général de la Nouvelle- France.
Le ler février 1760, le Roi lui accordait le brevet d'envseigne d'artillerie à la compagnie de Lusigne.
En juin de la même année, il était nommé par le marquis de Vaudreuil commandant de l'artillerie de la ville de Trois- Rivières.
Il passa en France prisonnier de guerre à la reddition du pa3^s en septembre r76o.
De 1763 à 1768, année de son retour en France, il fut sous-lieutenant au régiment de Fore3^-infanterie en garnison à l'île Saint-Domingue.
En 1772, il passa en Corse vsous le commandement du comte de Marbœuf.
En 1781, il était de service sur l'escadre commandée par le comte de Grasse. Il se trouva dans les différents combats livrés par l'escadre. Il prit aussi part au blocus de Gloucester, Virginie, sous M. de Choisy, maréchal de camp de l'armée de Rochambeau.
Il ne put rejoindre ses drapeaux qu'en juin 1783 à Strasbourg.
L'année précédente, le roi lui avait accordé la croix de Saint-Louis mais elle ne put lui être envoyée, étant alors de vservice sur l'escadre du comte de Grasse. Il fut reçu chevalier de Saint-Louis par le marquis Caillelot de la Salle, lieutenantgénéral.
Le 6 août 1783, le Roi lui donnait une pension de 400 livres en récompense de ses services.
Il se retira du service en 1790.
Charles- Antoine Taschereau entretint un commerce de lettres très suivi avec ses frères et soeurs demeurés au Canada. Une de ses épîtres, adressée à la mère Saint- François-Xavier, sa sœur, et qui a été conservée, nous prouve qu'il n'avait pas perdu la foi de son enfance :
" Nos dangers sont passés, et nos consolations sont de nous retrouver. Mon frère vous dira en peu de mots les peines que nous avons eues pendant l'orage (la Révolution) ; mais le Seigneur que vous ser\-ez avec tant de zèle a écouté vos prières, nos jours ont été préser\'és ; que ce soit donc pour mieux le ser\-ir et nous attacher plus fortement à son souvenir ! A bien réfléchir, la révolution de France doit être regardée comme un châtiment de la part de Dieu. Si nous voulons bien nous rappeler que son peuple d'Israël fut emmené captif par le roi Nabuchodonosor à Babylone, que le roi Cyrus, après soixante-dix ans de captivité, le renvoya pour rétablir la cité et le temple de Jérusalem : nous y trouverons l'image du retour de l'EglivSe en France. Il faut avoir été dans ces temps de calamité privé du culte le plus saint, avoir vu le paganisme remplacer la divinité, pour goûter le bonheur de la religion et s'y attacher fortement. Tel est le temps de l'idolâtrie que nous avons vu renaître ! réflexions qui occupent toutes mes pensées et sur lesquelles je médite de plus en plus."
Dans une autre lettre qu'il écrivait à son frère Gabriel- Elzéar en 1803, il nous fait une peinture bien sombre mais bien vraie de la Révolution :
" Je te ferais un volume si je voulais te tracer tous les maux que la Révolution nous a fait éprouver en tout genre et qui ont ensanglanté la France entière. Il suffira de te dire en peu de mots que nous nous tenions le plus souvent caché et entièrement ignoré ; encore étions-nous assez connu pour être porté sur des listes de proscriptions ; mon épouse ne pouvait sortir sans s'entendre menacer du glaive de la loi, tel était le méchant peuple qui exerçait alors la souveraineté. Juge de la vie que nous avons mené pendant l'anarchie et
qui nous faisait changer plus d'une fois de demeure pour nous soustraire aux emprisonnements auxquels nous avons heureusement échappés ; Paris était encore l'endroit le plus sûr au milieu de tant d'horreurs. Il n'était plus possible de vsonger à nous sauver en Canada, nos jours eussent été trop en danger. La Providence nous gardait dans nos désastres, nos souffrances et nos privations n'étaient rien, aussi nous nous consolions en silence du souvenir de la religion, que nous professions clandestinement, n^ayantplus la permission d'exercer librement le culte sans être arrêtés et emprisonnés. Les églises étaient fermées ou démolies, et les temples que la Providence gardait debout ser\^aient de magasins. Dans cet état de choses Robespierre exerçait l'empire le plus cruel et le plus despote. La France entière tremblait sous son règne. Il osa même porter l'audace jusqu'à prOvScrire les têtes dans le sein de l'Aasemblée législative dont il était membre. Les victimes étaient traînées en tombereaux en place de grève et les têtes étaient abattues sous le glaive. C'est ainsi que luimême tomba sous le couteau dont il avait tant abusé. Bientôt après les portes des prisons s'ouvrirent, les malheureuses victimes sortirent de ces antres hideux où régnait la mort."
M. Charles- Antoine Taschereau mourut à Thiais, près Paris, le 15 juillet 1820.
Sa veuve, née Catherine Mahut, mourut au même endroit le 18 mars 1826. Il n'y eut pas d'enfaiits de ce mariage,
PIERRE- FRANCOLS TASCHEREAU (i)
Né à Québec le 21 septembre 1742.
Il s'enrôla e'n 1759 pour défendre la patrie en danger.
La paix rétablie, il se mit dans le connnerce.
(ï) Srrtionimé d'e Linière.
Il épousa, à Montréal, le 23 novembre 1772, Marie- Anne- Charlotte, fille de Alexis Trottier dit Desaulniers et de Madeleine Audet de Bailleul.
Pierre- François Taschereau mourut à Montréal le 26 mars 1773, quatre mois après son mariage. Il fut inhumé le lendemain dans la chapelle Saint- Amable de l'église paroissiale.
La veuve Taschereau se remaria, à l'Assomption, le 7 septembre 1774, à Paul Hervieux, marchand. Elle eut huit enfants de ce second mariage. PIer\àeux mourut à Repentigny le 21 août 1799. Elle le suivit dans la tombe trois jours plus tard, le 24.
Xîî
MARIE-ANNE- LOUISE TAvSCHEREAU (i)
Née à Québec le 18 octobre 1743.
Sa plus tendre enfance fut confiée à la garde du cloître, puisque dès l'âge de cinq ans elle se trouvait aux classes du couvent des Ursulines de Québec. A peine âgée de quinze ans, Marie- Anne-Louise avait déjà franchi le seuil du cloître. Quoique pieuse, le monde et ses plaisirs eurent pour elle des attraits et jusqu'à l'âge de vingt ans, surent lui plaire. Assistant à la neuvaine de saint François-Xavier, à Montréal, en mars 1764, elle entendit le Père Jésuite LeFranc prêcher sur ces paroles : " Que sert à l'homme de gagner tout l'univers, s'il vient à perdre son âme ? " Elle fut si touchée de ces paroles et des réflexions qui les accompagnaient, que, ne pouvant résister à la grâce qui la sollicitait, elle quitta le monde et se consacra à Dieu. Le 13 mai 1764, elle choisit le monastère des Ursulines de Québec pour son séjour jusqu'à l'éternité. Par reconnaissance pour le grand apôtre des
(i) L'acte de naissance porte Marianne.
Indes auquel elle se croyait redevable de cette faveur, elle prit le nom de Saint- François-Xavier.
Supérieure du Monastère de 1793 à 1799, de 1805 à 181 1, et de 1815 à 18 18, elle fit ressortir son talent pour le bon ordre et le gouvernement, et son amour pour les traditions primitives et la pratique de la sainte pauvreté. Le 12 août 181 6, elle célébra le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse.
La mère Saint- François- Xavier mourut le 16 mars 1825, dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge, après avoir vécu soixante et un ans et dix mois dans le cloître. Mgr Plessis, qui devait la suivre de si près dans l'éternité, voulut dire la messe sur son corps et honorer de sa présence les obsèques de la chère et regrettée défunte.
" Une âme droite, ferme et généreuse, dit l'annaliste du monastère des Ursulines de Québec, un esprit éclairé, un cœur sensible, un jugement sain, une vertu éprouvée, une piété sincère, l'ont dans tous les temps de sa belle et longue vie rendue précieUvSe et très utile à la communauté, où elle a exercé pendant plus de trente-six ans les principales charges, ayant été en particulier quinze ans supérieure et quinze ans dépositaire." (i)
GABRIEL-ELZÉAR TASCHEREAU Le continuateur de la lignée.