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La fantome

Aux matines de notre amour le ciel fut blanc et miséricordieux : les mamelles sidérales épandaient vers nos lèvres le lait très intègre du premier rafraîchissement, et vers nos yeux, les prunelles polaires, la grâce d'une lumière équivalente à la transparence de nos désirs.

Notre éveil avait été par des cloches qui sonnaiem délicieusement en nos têtes et nous appelaient hors de nous : elles sonnaient en nos têtes et au-dessus de la ville, comme tous les jours, et cependant nous ne fûmes pas dupes de l'habitude des cloches crépusculaires. Nos âmes obéissantes et joyeuses se rendirent aux irrévocables matines : les corps frileux attendaient encore encapuchonnés de sommeil, inquiets, mais consolés au fond de leur chair par un espoir de réunion, et la soli-

tude fut tolérable sous la grâce du ciel blanc et miséricordieux.

Verset. — Ta Jeunesse s'est levée d'entre ses sœurs et elle est venue à moi. Je ne te connais pas, ô sœur, et ton essence me fait peur. Et pourquoi viens-tu toute nue ? Le corps est la pudeur de l'âme : va te vêtir, car tu confonds mon innocence et tu excites en mon essence la concupiscence de l'amour pur.

Répons. — Je veux baigner dans les eaux fraîches de ta pensée, ô sœur, la nudité de mon désir. Tu connaîtras mon essence si tu m'admets en ta profondeur. Laissemoi : je tomberai comme une pierre tranchante sur ton sein à jamais blessé, et doucement j'irai au fond de toi et tu saigneras si haut que les hautes feuilles en seront éclaboussées d'amour.

Verset. — Pourquoi veux-tu faire saigner d'amour l'immatérialité de ma paix? O sœur folle et cruelle, je n'ai ni sein, ni sang, et tu n'as ni tranchant ni pesanteur.

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