‹ La fantomeChapitre 9 sur 15 · LES LICORNES · texte numérisé non relu

LES LICORNES

Après cette crise, Hyacinthe m'ayant pardonné, — avec presque l'étonnement que j'eusse besoin de pardon, — nous entrâmes résolument dans la forêt mystique, où ne vivent nulles autres notables bêtes que les peureuses licornes. Comme elles fuyaient devant elle, secouées par de grands airs dédaigneux, ce fut pour mon amie une occasion excessivement propice de regretter sa virginité. Je lui fis comprendre qu'il y avait un mérite évident en un tel regret, une dorure très fine pour son âme fanée, une parure de repentir peut-être supérieure même à l'intégrité perdue, et elle consentit à offrir à Jésus l'oblation des plaisirs où elle avait compromis la native candeur de sa toison.

De métaphores en métaphores nous nous élevâmes au mystère du Sacrifice. « Mon

Amour est crucifié » — 6 laoç Ipi»; IcTavpwxai.

Le mysticisme tel que nous l'acceptâmes nous paraissait la suprême dignité d'une âme humaine dédaigneuse d'intermédiaires entre sa noblesse et l'infinie noblesse de Dieu, entre sa quotidienne agonie et l'immortelle agonie du Christ. C'est selon ces dispositions que nous décidâmes d'assister désormais à la messe que chanteraient en nos mémoires le prêtre et les diacres choisis parmi les plus sanctifiés dont les gestes d'adoration s'élèvent entre les lames de plomb des vieux vitraux.

LES JIGU%ES

Cloches, vases sacrés, oints, bénits et baptisés, trompettes et marteaux de jadis, semanterions et xylophones, noies, campanes, airains, tintinnabules, cloches, vases sacrés !

La hiérarchie est convoquée jusqu'au plus modeste, qui n'est rien et qui va devenir égal enimmunité aux plushauts saints : il participe au signe de la croix.

Source lavatoire, l'eau salée mugit dans le bénitier comme un océan de conjurations.

Femmes, vierges, clercs, lais : il n'y a plus de pénitents captifs sous la symbolique chaîne d'un démon de pierre ; il n'y a plus de chœur des vierges, la cloison est abattue et la vierge a perdu la fierté de son état. Il n'y a plus de grille aux strictes mailles : le sanctuaire s'est ouvert. Le prêtre n'est plus vieux par règle et même il est jeune et ses cheveux blonds dorent d'un reflet de concupiscence l'œil des matrones dévoilées.

j6 LE FANTOME

Seul, le Pauvre, liturgiquement se tient à la porte, avec le devoir de 'gémir, afin que les oreilles heureuses s'épouvantent au cri de réternelle misère.

Des sépulcres, sous les dalles, s'exhale une odeur de vie permanente ; et des ossuaires, une radiance d'étoiles. Les reliquaires contiennent de la poussière d'amour.

Le chrême a sacré la table de l'autel (ainsi le très saint Jésus se purifie lui-même) et, tel que d'un parterre impérial, les cierges, sous l'arrosoir enflammé des acolytes, vont surgir et fleurir.

Les anges prient, humanisés par des simulacres très raisonnables, car il est bien véritable qu'ils odorent les parfums essentiels, qu'ils goûtent les suavités saintes, qu'ils entendent la parole incréée : ils sont jeunes, forts, libres, plus féconds que les plus puissants reins. Ils vont nus, sans corruption, et s'ils se vêtent, c'est de la transparence du feu.

Ange aussi, l'aigle du lectorium, aux élévations royales ; anges, les lions couchés, autoritaires et obscurs.

Oraison

Jésus, le grain d'encens fume dans l'encensoir : la Victime s'allume et l'oblation future s'accomplit en désir. Elle s'allume et fume et son amour apparaît sur la scène du monde : les Figures surveillent leurs accomplissements.

Le Prêtre. — Exorci^o te^ creatura salis, Je t'exorcise, ô créature, pour que tu guérisses la stérilité des eaux. Exorci^o te, creatura aqiiae, je t'exorcise, ô créature, pour que tu apaises l'amertume du sel.

Oraison Dorénavant, l'eau sera salée et il pleuvra d'incorruptibles rosées : dénudez vos têtes, ce sont les larmes de Jésus.

Procession Les Palmes absolues s'érigent en concerts alternatifs autour du Prédestiné que le Verbe antérieur donne à la vie. Il se mêle au peuple, et le Sacrifice, comme une constellation, s'avance le premier.

Le Prêtre. — Veni, Sancte Spiritus.

Prose

Le Chœur. — Saint Esprit, Esprit des cimes, Esprit radiant.

Esprit prodigue, Lumière !

Très bon consolateur.

Hôte très doux des âmes.

Refuge ombraculaire !

O flamme très heureuse,

Lave les cœurs sordides,

Arrose les cœurs arides,

O toi l'Esprit !

Fléchis les cœurs rigides.

Fomente les cœurs frigides,

O toi l'Esprit,

O Flamme très heureuse !

Nous attendons le sacré Septénaire,

Amen.

O Flamme très heureuse,

Amen.

Oraison

Flambez, flambeaux ardents, soyez l'illumination de l'Agneau ! Brûle, cire vierge de rhommé : ton essence est incombustible.

Le Prêtre. — Seigneur, votre Fils accepta le fardeau de la chair, Je couvre mes épaules du joug de la chasuble.

Au nom des Trois qui sont Un, soient baisés à jamais tes pieds divins.

Jésus-Christ. — Introibo. Je suis pareil aux victimes nourries dans le Temple :

j'attends l'heure propitiatoire.

Le Prêtre. — hiti^oibo. Je monterai à l'autel, je monterai vers Celui qui me réjouira d'une éternelle jeunesse.

Juge-moi, Seigneur, discerne ma cause d'entre la gent des Gentils ; de l'homme inique et dolosif arrache-moi !

Jésus-Christ. — Le Dragon illusionne les âmes : plantez la Verge fleurie.

Oraison

La droite est la dignité du Roi, mais la gauche est réservée à l'Amour : c'est là que l'on goûte la plénitude des influences excessives. Les cheveux de Jean ont la douceur des âmes fraîches : il reçoit d'un cœur pâmé les caresses de son Maître .

Le Prêtre. — Ab illo benedicaris in ciijus houoî'e cremaberis. Amen.

Jésus-Christ. — Je suis venu incendier la terre : ce que n'ont pas fait les Chérubins, je l'accomplirai, car l'Esprit est en moi et tout le reste est stupidité.

Oraison

La navette est un navire, les grains d'encens sont l'équipage : la navette est un navire sans voilure et sans cordage : la navette est un navire et ses flancs sontgonflés d'or. Vierge, et toi. Thuriféraire, tu portes entre tes mains la barque de saint Pierre, stable et profonde comme le sein de Dieu. La navette est un navire, l'or de ses flancs, ce sont les peuples : un sacrement les pêche et les sauve et les plonge dans la fournaise. La navette est un navire et l'encensoir est la fournaise.

Le Prêtre. — Kyrie eleison.

Le Chœur. — Christ e eleison.

Oraison Le parfum s'élève au-dessus des roses.

LES FIGURES 8l

car les roses moisiront, mais le parfum des roses est une oblation imputrescible.

Le Prêtre. — Gloria in excelsis.

Le Chœur. — Gloire, gloire, gloire à l'Esprit.

Gloire à la Béatitude, Gloire à l'Essence, Gloire à l'Unité, Gloire à la Plénitude, Gloire, gloire, gloire à l'Esprit.

Le Prêtre. — Je suis la Voix qui crie dans le désert, la Voix qui n'est pas bénie et mon infécondité me désespère.

Je suis un ministre de mort, un ministre d'aveuglement : les voiles de deuil m'accablent de nuit.

Jésus-Christ. — Plantez la Verge fleurie.

Epitre 5. Paul, Rom. 24.

C'est pourquoi Dieu, selon les convoitises de leur cœur, les a livrés à la souillure : tellement qu'ils ont déshonoré leurs

propres corps. A cause de cela, Dieu les a livrés aux passions de l'ignominie : car les femmes ont changé l'usage de nature en des usages qui sont contre nature. Et pareillemment les hommes, abandonnant Tusage naturel de la femme, ont Tun pour l'autre brûlé de désir, les mâles sur les mâles opérant des turpitudes et recevant en eux-mêmes le convenable salaire de leur égarement.

Le Prêtre. — O Virga ac diadana.

Séquence

Le Chœur. — O verge et diadème du roi de pourpre,

Tes gemmes ont fleuri en une haute prévoyance, dès le temps où dans l'homme dormait le genre humain.

O fleur, tu n'as pas germé de la rosée, ni des gouttes de la pluie, et l'air n'a pas plané autour de toi, mais tu es née sur une très noble verge par l'œuvre de la seule Clarté.

O verge, tu as surgi tout en or, ô verge et diadème du roi de pourpre.

Jésus-Christ. — Ce que je vous dis dans les ténèbres, redites-le dans la lumière.

Évangile

En ce temps-là le Seigneur interrogé par une certaine Salomé sur le temps de son règne, répondit : « Lorsque deux feront un et lorsque ce qui est en dehors sera comme ce qui est dedans, et lorsque le mâle étant sur la femelle, ils ne seront ni mâle ni femelle. » Salomé demanda : « Jusques à quand lés hommes mourront-ils ? » Le Seigneur dit : « Tant que, vous autres femmes, vous enfanterez. » Salomé demanda : « J'ai donc bien fait, moi qui n'ai pas enfanté ? « Le Seigneur répondit : « Nourrissez-vous de toute herbe, mais ne vous nourrissez pas de celle qui a de Tamertume. » Le Seigneur dit encore : « Je suis venu pour détruire les œuvres delà femme : or ses œuvres sont la génération et la mort. »

Le Chœur. — Ainsi soit-il.

Prône Dieu, lisons-nous en saint Denis l'Aréo-

pagite, Dieu n'est ni àme, ni nombre, ni ordre, ni grandeur, ni égalité, ni similitude, ni dissemblance. Il ne vit point, il n'est point la vie. Il n'est ni essence, ni éternité, ni temps. Il n'est pas science, il n'est pas sagesse, il n'est pasunité, ni divinité, ni bonté. Nul ne le connaît tel qu'il est et il ne connaît aucune des choses qui existent telle qu'elle est. Il n'est point parole, il n'est point pensée et il ne peut être ni nommé, ni compris.

Prière. — OTrinité très essentielle, nous te supplions de nous recevoir en ta translumineuse obscurité.

Le Prêtre. — Credo.

Jésus-Christ. — Brisez la Verge morte, plantez la Verge fleurie.

Le Chœur. — Credo. Je crois à la faute et à la rédemption, je crois à la mort et à la résurrection. Credo. Ameji.

Oblation

Elle a trouvé douze corbeilles dans son héritage, douze corbeilles de pain bénit.

Les Figures sont les gardiennes du mystère, et toutes les figures obéissent au Symbole.

Le ventre de la Femme est un autel d'offrande et la première station du Calvaire, l'habitacle premier choisi par l'Hostie : oblation obscure, prélude sanglant de la Transfîxion.

Le Prêtre. — Reçois, Père, l'immaculé sacrifice de primordiale intention : l'azyme a la blancheur d'un front divin. O Jésus, pain candide! O Jésus, pain neigeux! Le vin des gémellions a des grâces de cordial, mais le sang est thaumaturge. Reçois, Père, l'immaculé sacrifice, et toi, peuple, pense au prix de ton rachat.

Oraison

La Patène apporte la paix.

Marie, nimbée de rouge, élève sous un dais de pourpre l'Enfant-Roi, deux anges offrent la fumée procellaire de leurs encensoirs, et Jésus aussi s'auréole de sang, et les anges, et sur le ciel bleu, doré par les étoiles, des nuées de tonnerre s'amoncel-

lent, couleur de colère et couleur de paix, couleur de sang.

Antiphone Le Roi était couché, le Roi dormait dans son lit ro3'al, mais le nard de mon amour a pénétré son sommeil, et le Roi s'est levé et a dit : <i J'entrerai dans ce corps à la bonne odeur et je dormirai là. »

Le Prêtre. — Que mes mains soient des mains innocentes.

Dans tous les siècles des siècles.

Préface Les glorifications angéliques, les adorations archangéliques, la révérence des Dominations, le tremblement des Puissances, Textase des Thrônes, la joie des Vertus, la volupté des Séraphins : Peuple, ton humble exultation atteindra, si tu es pur, à la concordance des Béatitudes.

Le Chœur. — Sanctiis^ Sanctus, Saiictus. Les yeux des anges sont sous leurs ailes, et nous, ta gloire nous aveugle, ô Seigneur.

. L'Orgue. — Des ténèbres du profond

exil, l'âme d'un seul bond s'exalte aux bleus violents de l'espérance, puis se profuse en laudations c(Aileur de soleil.

De glauques ondulations agitent les abîmes, l'océan de la peur se soulève en vertes écumes, mais une main paraît sur la surface des eaux troublées et d'une cassolette invisible se répandent d'abondantes fumées violettes.

Les vagues humaines se gonflent vers le ciel, et dans les corps transfigurés les cœurs palpitent comme des roses au vent du matin, et les yeux sont vraiment de pures améthystes : des nuages candides dérobent les ventres frissonnants d'amour et tout s'apothéose dans la blancheur totale.

Le Chœur. — O salutaris Hostia,

Qiiae Coelipandis ost'mm.

Le Prêtre. — Père clémentissime, accepte l'oblation sacrificatoire de notre servitude. Nous la signons de ton sang, nous la scellons de ton corps.

Oraison Magie d'une surnaturalité terrifiante, ô

puissance absolue, invincible domination des mots, merveilleuse fonction des syllabes : Verba coîisecrationis efficiunt quod signijicant : et la parole, ici, est une immolation.

Jésus-Christ. — La Verge a poussé comme un cèdre et le cèdre a étendu des bras cruciformes : plantez la Croix du Salut.

Elévation

L'hosties'élèvedans les flammes solaires:

l'Agneau demeure et saigne sur la terre.

Le Prêtre. — Souviens-toi, Christ, du sommeil de la paix. Accorde-nous la paix du tombeau et le silence sacré des nécropoles.

Jésus-Christ. — Vous dormirez en paix trois Jours, si vous m'aimez, et la pierre de vos tombes se brisera, et vous connaîtrez la Vie, si vous avez connu l'Amour.

Le Prêtre. — Pater noster.

Oraison

Le Verbe est la splendeur de la gloire et la figure de la substance.

Le Chœur. — Agniis Dei, qui tollis pcccata miindi, miserere nobis.

Oraison Les baisers sont les endormeurs des anciennes querelles, les baisers sont les pacificateurs corporels.

Le Chœur. — Agmis Dei^ qui tollis peccata mundi, miserere nobis,

Jésus-Christ. — Plantez la Croix dans vos cœurs.

Communion Chair du Salut, Sang de Téternelle joie, soyez la macération de ma chair et l'apaisement de mon sang. Je crucifierai mes désirs sur la croix du calvaire, je couronnerai mes pensées de la couronne d'épines, j'enfoncerai dans mon côté la lance du renoncement, je boirai le vinaigre de la dérision et nul plaisir jamais n'amoindrira mon âme.

Jésus-Christ. — Le plaisir s'arrête à l'unité et les douleurs sont au nombre de sept fois sept.

Le Chœur. — Pitié! Pitié!

Jésus-Christ. — Tout est consommé.

Le Prêtre. — Ite, missa est.

Évangile

Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Dès le commencement il était en Dieu.

Toutes choses ont été faites par lui et sans lui rien n'a été fait. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes : et la lumière était dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

Amen.

LE ^l'RE

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